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Author:  Blanche St-Jean

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Ibsensenteret

HENRIK IBBEN

Le Canard Sauvage ROS ME R S H O L M T R A D U C T IO N

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- PAlUS NOUVELLE L1URA11lIE PA Rlsn::'lNE

ALBEIlT ~AVINE, ÉOITE UB 1'1. Aue des Pyramides. 12

LE

CANA D SAUVAGE RüSMERSllüLM

A LA MÊME L1B IiAIHI E COllECT ION I N- IS J ESUS

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II. III. 1\' ,

L e s R e v e n ants . - Mais on d e P oupe e . l "01. L e Can ar d s a uv age. - R osm e rsh ol m . 1 \QI . - H edd a Ga b ie r J ,. I. _ L a D a m e d e l a Mer. - U n Ennemi du P e u pl e. 1 \nl. _ Soln ess le Constructeur. 1 \1.1. _

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_ L e s Soutie n s de la g o c i èt è. L'Union d e l a J eu n e sse . t v 1. \"II. _ L es Prét en d a n ts L es Gu erriers . 1 vol. - B r a n d . l 'Ill.

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Vor< la fin de mirs de eclle nnnée, les jnuruaux annoucercut tout à co up que, ren o nçan t il mo nter sans délai La Paix de la Maison, pièce de M. Augus le Ge rmain, M. Anto in e , directeur du Théâ tre L ibre , met tait en r ép éIitiou Le Canard Sauoaqe, trad uction dc MM. Armand Eph raim et Tb. Li ndenlaud . On n'a pe ut-être point oublié les violentes polémiques qui s'é levèrent aussitôt dan' la prcsse, en même tem ps que ~J . Au gu lc G,',·ma in croyait devoir retirer sa pièce. Dan s le fra cas de cette lull e , une pe tite not e du Gaulois, in diquant q uc le maitre I bsen pourrait bien s'opposer ù la re présouta tio u du Canard Satil.'agc au Th éàtre libre, passa à pe u pres inaperçue, mais :\1 . An toine, remis de

n

cclle chaude alerte . eommuniqua à la presse a mie un e lettre sans date d' Ibsen. dont nous reproduisons plus bas le tex te. Il co n vie nt don c d 'expli quer ici les droit-

de M. P rozor e l d'on bien montrer l'antériorité ct la pers istunco. Le 7 Jan vier 1891 , alors quo nous étions e n possession . depuis plus de six mois, de la tradu ction duemout autorisée de ~1. PI'OZOI', Henri k Ib sen écrivait a ~l. Roger. ugent de la S o ciété des auteu rs dramatiques:

Je crois devoir informer lu Socieu' des auteurs dramatiques qlle la seille traduction [rançaise de mon drame , L I:: CA:\AIID SAtV.\t:E, dont j"(llllorise la représentation SUl' la scène, es: celle du comte M. Prozor. publiée pal' JI. Sa cine. éditeur. Je serais très reconnaissant à ln Société {ft. cou loir bien interposer ses bons offices a/in qUt celte pièce ne puisse être jouée Mms mon coJt scntemeut et autrement qu"à la condition que je uieus d'indiquer . C' est postérie urem ent à relie for me lle déclara tiou que 11 ..vutoi ue sol hci ta l'u utu risa -

'" tion dc j o ucr la version de ,nr. E ph rnïrn c t Lindenland, version Iaite sur la traduction ullemande, alors qu e ce lle dc M. P ro zor éta it [aite directement su r le texte nor w égien . '1 . Ibsen, suivant dcs lettres qu c nou s avo ns IIICS, répondit à ,1. A ntoi ne q u' il dési rai t voir joucr la traduction dc '1 . P rozor e t non un e autre. M. A ntoin e qui , p ub liq uc me nt, a ffi rm e q uc Ic caractè re d' entrep ri se priv ée du Th éàl re libre l'autori se il j ou er cc q u'i l lu i pla ît . maintint ses prétentions et a me na Ic po èt e scandinave à lui écrire une leUre d'acquiescement forcé que le directe ur d u Th éâtre lib re

traduit ainsi: Monsieur le directeu r , Je \'OUII prie par la pré-ente d'oc rée r mon re mercie - . ruent Je plus obligé pour votre lettre amicale e l en même temps je m'empresse d'y repondre très brièvement. Puis'luP donc, ain ..i qu'il ressort dp 1;'Jlre lettre, vous ,iésirf =, 110ur la rel rësentation imminent» du Théûtre lif"'f, do/mer h traduction de MM. ,lnnrm,[ Ephraim et Th. Linil,'nlflllrl, je vrHU donne, ll'tr la présmte, f acfJuiescemen t et l'uutorisation que t'OU~ dCfnrlnrlez tour rotre projd Av. c l'cvprcssion tif' ma reconnaissance immuable pour l'infuticnble activite avec l.rqu Ile vou- poussez

IV

m r-s o-uvres sur 1:1. scène franç aise à Par is pt il Ilrurelles, j'a i l'honneur de signer votre tou t dévo ué H r.XnT K

Insux,

Interrog é au lendemain oc la publicati on ,II' celle lellre, Henr ik I bsen expliqua il M. P rozor qu'il n'avait fini p ar céder a/lx inslances de lIl , Antoine que parce que vis-t' -vis du Tl uultre libre. ent reprise entièrement pricéc, il n"1aoau pas m oyen d'in terdire formellemen t li, traduction Ephraim qu' il u'aoait dailleurs jamais lue.

Nous recevions cn mêm e temps un télégmnl me dont voici le texte : Paris , dr Munich, nO 3 10, mots

2:,

dépôt le 2 avril, il 3 he ures .iO du soir . SAY I:'\E, Rr r. P YR.\ lUlD J:S ,

12,

P ARIS

JI' déclare par la présente que vous avr: Ir droit I~XC Lli SIl~ de 7Hi bliel' LI: C A:'iAHD S Al;VAGC en France . Il nmlcl\

I n !' ~. l'i .

IIHA).lf; E:"O

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.\C T E S

NOTICE

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LE

«

C.\:\'ARD SAUVAGE "

Da ns au cun e œu vre d'Ihsen le ca ractè re spéc ial d e son gèuic Ile se dessine au ssi n eLlem cnl qu e da ns le CCl1lurtl slUlcage. Je ne veux pas d ire q ue ce soit là l 'o-uvre capi tale d u grand d ra ma t ur-ee qu'o n a ppelle d'ordinairel'auteu r des n e. nanis. Les jo urs où IIIfigure ll'O..wald, celle de sa mère el ta ule celle vision du nurd , d'u ne !'Î effrayante lucidité, lui est apparuf', au solei l de j uillet , sur les bords du go lfe de Naples, ne sont-i le pas les plus imp ortants de sa vie in tell ectuell e? Il le pe nserait lui-m ême q ue j e n'en sera is pa s surpris . M'lis ce qu i ne m' étonn erait pas davanta ge, c'est qu'II l'OL dé ro,g-t. e n celle occasio n à SO Il systè me d e tr avail habituel. qui n'est ra~ de s'aba ndonne r il l'iu epirati on, d'improviser ses œuvres et de les tracer d'une ba leine. A cet egard , les renseie ne me nts ne nous manq uent pas, En Allem agne com me en Scan dinavie, ce n' est pas seuleme nt l'œu vre d'I bsen, c'es t encore sa phys ionom ie qui intéresse le publi c, lLsen nous offre , en cûe t , en plein XU O siècle, Je type d' uu de ces labori eux d'âm e et d'es prit dont la figure séd uit quico nque son-le le pas-è pour y retrouver le secre t Je la gra nde prod uction iutelleetu elle Depuis longte mps, celle saine inte lligence s'est <1.-



~O 'l' ICE

treinte à u ne d iscipli ne sévère à laqu ell e nous d evon s la puissance et la solidité de tout ce qu'elle produit. l'ii so n esp rit hardi, ni so n au dacie use im azi ua tlon

n'out jamais entralnè ce poète da ns les parna es dangere ux où le ju gem en t perd pied, où sc perd la déclamation . Ceci est un tr aiLde ra ce qui l' empêchera lou-

jours d'être dénational isé: le Scandin ave a peur de sa p ropre voix q uand il J'entend sonner cr eux. Ibse n a urait pu peupler la scè ne d 'ab stra ction s el il fau t lui être reconnaissant d'avoir- évité ce t écue il, d 'a uta nt plus q ue ces ab straction s mêm e aurai ent pu êLI'C séd uisa nt es: té moins ses petits ap ologu es dont le sens profond no us rév èle parfoi s t au le un e con cept ion du monde con ten ue da ns une t rentaine de ver s, Mais, dès q ue le dra ma turge s' éveille c u lu i, b rid e sa fanta isie e t S'C il "en d mait re . Durant des m ois, regarda nt e t réfléchi ssant, il prom ène dan s Je mon de J'id ée du nouveau probl ème moral qu 'il po rtera s ur la scèn e. Ce probl ème s'es t po sé devant lui d epuis lon gt em ps. JI s'ag it maintenant de le présenter a u pu blic de la façon dont les pr obl èm es m oraux se pr ésenten t d an s la vie réelle. Et, s'arr-achant au rêve com me il. la spe culation, Ibsen se tourne ver s la r éalit é, pour lui emprunte r ses formes et ses cou leurs. 11 va , dit-on, jusqu 'à J ire assidû men t la quatri ème page des journaux de SO li pays, po ur bien se représenter J'image de celte exist ence q uoti d ienn e da ns laqu elle il place ra l'action de sa piè ce, li dema nd e <'l ses impression s, il ses souvenirs, des fa its, d es physion omi es, des m ilieux, les réuni t, les exa mi ne, Cil fait J'obj et d e long ues réll cxiou s. ]1 va sans di re qu'un e pensée maltrcsse diri g u ce trnvuil e xpé r imcu' ul cl rh uist r e (lui lui co nvien t

su n

L I': l :\"\1111 '\1'\ .\1,1':

parmi les r éalités q ui dé file n t dr wan t I'observa teur ou s'éveille n t dan s sn m emo ire . C'c..t ain ",i qu 'i l r end dra ma ti que ct vivant cc m o nde d' im ages q ui se pr esse da ns se n ce rvea u, si tOt qu'il se Illet à r éfléchir e t à r ai so n ne r, co m me l'at teste tout e son œuvre po ét iq ue. Pr en on s le Cawlrd sauvage : Ib se n, apr ès avoir de m a ndé dan s ses dra m es pr écéd ents qu e la vér it é serve de hase il toutes les rela tio n, h umain es, p arait tout à coup sa isi d e dès a huse m en t et s'éc r ie : « )Ja is non ! lai sson s l' illus ion aux âm es Inibles ; elles sont n ca pnhlcs do Sl1P P OI'lO I' la lu mière . L'Illu sion se ule les l'end h CU I'CUiie ,.. , Aussi t ôt l'i llu sion se pré sen te il lu i pa reille il ce gre nier, où , tou t e n fa nt , a u d ire d'u n de ses hioemphes, i l s'enfermait dura nt des h e u res, soit pou r feuilleter de vie ux livres illust rés, so it po ur an imer d' un e vic fa n ta sti q ue un vast e en co mbre m ent d 'obj ets hors d 'usage, nu m ilieu des q ue ls sa uta ien t les lopin s, gloussa ien t 105 poul e -, t an di s q u'u n ca nard caq ue tai t d a ns so n baqu e t. Cc ca na rd, dans la pi èce, jo ue t, 11 r ôle èlranee . 11 es t là , viva nt : les per-c nn arres le voie n t de la scè ne . 1: Ce n'est pa :;. u n ca na rd. ord ina ire, c'est un cana rd sau vage , ' di t a l' ut opi ste ü rè g ui re , le vieil Ekdal, ce m a lh e ur e ux d ont la fa ib lesse d 'esp ri t a j a dis ét é explo it ée par un mi séra ble et. qu i 3. pe rd u en pri son le pe u d'int elligen ce q u'il poseèdai t. E t la Iahl e ing énieu se du can ard blessé qu i plon ge jusqu'a la vase, )' piq ue so n bec, se reti ent aux varechs et ne reparalt plus jama is à la s urface , à m oin s q u'un ch ien h a b ile ne J'y r a m èn e, se d éro ule sous la for m e d' un simp le r adot ag e placé dan s la bou ch e de ce vieux chas..e ur tom b é en e nla nee. - La physiono mie de ce bonh omm e est u ne des pl us vra ies , t1f'~ plu ... p ittore-qu es de tout Je th éât re d'th-en. l'.

G

-

doit avo ir étudié su r natur e cette flgu re épiso d iq ue qui, bi en rep résentée sur l a scè ne, est d'u n effet ino uhli abl e. Mais il en est une a utr e , p lus fouillée, plus saisiss a nte d e réal ité : c'est celle du fils d'Ekdal, dIliulm ar, le ph otog rfœh c le fallx a rtis te, le fau x ge nie, le faùXc araclè rc, avec qUI , pl us qu'avêë"loiil ~, c'es t vraimen t pe ine perd ue de faire de l'apostolat. Ah ! pout' lui la r édem pt ion elle-même n'est qu'un sacrifice inu t ile : nou s le VO\'0I15 à la m or t de sa fille H -d wice, q ui ne fournira à cet homme qu'u a Ihè rue à pose cl à dècla runtiun . Cela n 'é tonn e IlUllC IlH'nL le docteur Rell illg', ('f! cy nique bi en fais an t qui e ntretient chez les autres Il' mensonGe 'Vital au q'uCl il n e croit 135 lu i- mêlll':" Hue façon à l ui de compre nd re l'idéal et de le uêfcnd l'c co n tre des idi!alistes, co ntre des exultés comme ce m alh eu re ux Grézo ire w crl é. On raconte qu' tm acteu r norw ègien s'es t co mposé le ma:<
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LI=: (,; \:\I\ IlD S.\U Y \I :r.

rien eur lïn crlie des m asses gr ossi ères, el qu'i l valait mieux, pour ne pa s nt tirer des d ésas tros , les la is-er à leur fange , accroch ées aux varechs po ur ne pas voir le mond e tel qu'il csl! Il fa ut qu c l'am ertume ai t é té g ru ude pou r que le po ète ait re vêtu d u 11I a ~q u e ridicul e de û rcg otre un perionnagc qu i, dans ce dram e, j ou e le rOle r evendiqu e jadis pa r lui, I bsen, et q ue, peut- être, i l ambitio n ne encore de Le mps en temps. Et ce pe nd a nt ce même bon sens s'est refusé à g én èrali ser sa conclusion pessim iste. L'a ction se déroule dan s un mil ieu tout spéc ialemen t marqué au coin de la vulg nrit è, un e v.... ~l r i lé choquante che z Gina, la femm e de lIia lmar , étui;7Cë'So u ~ des ô"ehol's po mpeux chez ::011 pi ètre mari, declaru a tcur gr otesque quand il n'e st pas od ieu x, null ité dès l'enfuuce , surfa ite par l ous. On co mp rend qu'un type co mme celui -là ai l paru hetssab le à l'artist e labori eux et sin c ère qu' est Ibsen . Cc profanateur de l'ar t, - ce n'est pa s po ur rien q ue J'a uteur ra fait photograph e, - est presque au -si rud em ent sucmausé qu e les profanateurs de la vérité, le vieux WCI'lé e t sa. femme de ménage, q ui vont fon der W l C n! l'i ttlblc uni on cOllj llf)ll lc SU I' l'aveu r écip roqu e de le urs vices ct de leurs mèfuits, parodiant le noble prin cipe affirmé dans c Ma iso n de Po upée • . Xou ! on ne conver tit pas les hommes de nos j our s. On sc -ré fugi e dan s l'i soleme nt comme le Slcck mnn d"Un ennemi :lu Peuple, on est honteusement ba ll u co m me le Gré;.coi l'e du Canard saulJa!]c. ou hien on ch erc h e le triomp he au fond d u terr en t co m me Hc sm er. Cf'S trois dr a mes se sont succédé . Chacun d'eus est un pus de plus vers le pessimi sm e cl le d ècoumgem eut . Il est singulier que le poète les ait ècr-i ts au cours d'un e vieillesse calm e. honorée, au

NOT H':!=:

mi lieu d'un repos tardif, dont il se m ble j ouir avec honb eur. Et ils Il e son t pas le résultat duu parti pri s, e Ma pe nsee est a mère qu a nd elle Il ' C5t pa s Lriste . • Cetle con fidence d' un silencieux Il C sa ura it être sus-

pecte. Quel est, en ce cas, le st imulant qui anim e cet esprit si vif', do nt la verve écla te a u m il ie u de ses product ion s les plus chngrines ? C'e st te bonheur d e travail le!', de fa ire vivr e ces figure s qui nous cap tiven t da ns so n o-uvre et a bon dent dan s le Gw w rll slIura!Jt". Chacune d'c lic es t le r ésul tat d 'un e ét ude minut ieu se . Lorsqu e, après la p èriu de d'oh scrva tton, le mom ent d'écrire a rri ve, le mou le est prê t e t, au hau t de tres pcu de temp s, l'œuvre appa rnlt vivant e, ordonnée dans t out es ses parties. Ma is al or s comm en ce une esp èce d'er p éri rncntntion. Puur m c se rvir d'un e expre ssion d'Ibse n, il veut fa ire la conna issan ce de son mond e, voir se s persunnuzes de fa ce, de profil el Ile do s. Ce qui veut d irc, co m me on nou s l'a ppr end, qu'i l refa it pa rfois lin drame entier, non pou r le r-lraug cr , non po ur comp l éter un e simpl e ébauche . mais pour m ieux étudier un cn rnc tê re, en le pla ça nt dans telle ou te lle a ut re condition . Il m odifie d 'a pr ès cela un trai t, une allure, un mouvem en t qui Il C lui co nvient p as e n tièr e men t. On com p re nd q ue cet artist e, d ont la ûg urc semh le emprun tée aux ûees au ..lères de s maltres p rim iti f", conserve, mal zr è ses dé sillu sion s el ses désespèru nces , les biens inappr éciables (Jue nous leur envi on s : la fo i en lui -mêm e el la s incé t-i tè . e Je n'ai qu 'un e pr éteulion, a-t-il d it un jo ur , c'es t de présenter a u puhlic , dans ch acun e de m es pi èces, un fra gm ent de la reah tè. » Un e autre fois, co m m e on t'I nterrogeait su r Il s

S U II

L I~

CA:'l .\ I\ l)

~AU\'Ar;E

mob iles d'un de ses pe rson nages, il répond it à peu près ccci : e Je ne sais trop comm ent VOliS les expliquer. Je r a i vu dan s tel appartement , à telle heu re de la j ourn ée, pa r telle tem pératu re. JI est proba ble q ue, da ns d'au tres conditions, il a urai t ag i différemm e nt. J Une énergie comme celle d'Ibsen s'i mpose. A un moment donn é, la personn alit é qu i en est capabl e doit sc fa ire jou r da ns ses créat ions. L'illu sion scénique un e fois pro dui te, elle en tre clic-même en scène. On cède à sa volonté j e convai ncre. L'idée ct l'ac tion se conronden t et l'e uehun temeut s'opere. Parm i les secr ets don t disposent les gén ies dra matiqu es, celui d' Ibsen me parait répond re h- nueu x a ux exige nces de plu, en plus pressantes du public, Le COIl'1/'(l s!Luvoye a été acueilli avec e nthou siasme. l ~ le répète, de toutes les œ uvres du célèbre J rama tu rco norwégie n, c'est peut- êtr e celle qu i faille micu r comprendre la nat ure de son espr it el les proc édés de son art. rtf. Pnozc n.

1.

(.E CAN ARD SAUVAGE DRA ME E~ CINQ ACT ES

PEIl SON :'< Ar.ES W.enLÉ, industri el, prop r iét ai r e d ' usin es ,

"'F.nti:, Le vie il EK DU .

G RÉGOIR E

SO Il

ût-.

Ih u :v.u EKDU , son (lis, p ho tcgraphr- , G l ~ _~ Ei nA L, fem me d l lialmar. II f D W IG .~1 leur fille, q ua to rze an s. Mad am e SfTRBY.

medecin .

B r LLI :\ G, M OLVI G,

a ncien é tud ian t rn t !lI~ol o,~ ic .

co m mis . PEn: nSE:i. do mes trque de we rl é. J E:oi<: F,N, dom estiq ue d'ex tra . r Il monsieu r gras el pâle. (; RAil ERC ,

Un m o nsi eur c ha uve.

Un m onsieur myope. Six a utr es messieurs.

Des domcsliques d'extra.

L e ïi r r mi cr (I("('!o:r P(l.~s(' t h»z 1Vt" '/é, l ,'s

di t': l l lul mur B lt.d/ll.

quatre autres

P HE~ IIER

.\ l: T C

Chr z Wf'r1{'. Un cnh in et de travail , lu xueux el rc n forInbl e. Al'llloil'(''; re mplies d e l ivre s. M Cllhlc ~ ('a pitun ué s . Au mili eu de la. c ha m b re, UI1 hui-eau r- o uve rt d r- pa piers cl de r cgi -trcs . Des la m pes allum ées répande nt u ne lum ière adO UCIe par des a ba t-j ou rverts, Pa r la porle du fond , o uver te à. deu x ha ltan ls

ct dont les po rtiè res son t relevées,

011

a perç oit un

p',';uHi salo n, r ich om ent m eub lé, très éclairé . A dro ite , da ns le cahin ct d e travail, u ne po r te perdue donn ant sur les burea ux . A gau che . dans un e c he-

min ee , un feu de charbo ns, P lus a u fond, une por le à deux battants cond uit à la salle à manger .

Petersen , en livrée, et Jensen , en habit, rangent le ca binet IIi' t ravail. Dans le grand salo n, on volt deux 011 tro is aut res deme..tiques rangeant el all umant des boug ies . On en tend un bruit de con vers.nio ns e l c1 f' rires ve nant d e la sa lit' h man ger. On Irnpp e 1111 H!ITC avec lin COIltenu. Il se fai t un slt ence. On 1)01'(8 1111 touer . On appla udit. Le bourdonnem ent des con versa tions recomm ence. P i;T E R ~ E :"1 , alluman t un e lampe &ur la chemi née et la coiffun t d' ml abat-j our, - Ecoul e, J eu- en, ne

1F

r vx vnn

~ A l- \,\G E

voil à-t-il pal: le vieux qui fait un discours en l' hon neur de madame Sœr by? JE"~E~, auonçan: lUI ( auteuil. Est-ce vrai ce que dit le Inonde, qu 'il y a quelq ue chose cn tre cux ? 1 E'I EHSEN. Dieu le sa it. J E:\.... E N. C'est que c'était un Fam eux pnillanl dan - le temps, paraît-il. PETE R<:'EN. Peut- être bien. JE:'i ~[N. On dit q ue c'es t pour son fils qu'il donn e ce dîner . P ETE R S E~. - Oui. Il esl r evenu hier . JE XSEX. Je ne sa vais pas qu 'il eût un Ills, M. Wcrl é. PETEn "E;'i . Pour sûr, qu'il a un fils. Mais il ne bou ge pas de là- haut, des usines d'Il eydal. Je ne l'ai pa ~ vu en ville une se ule fois, depu is tou tes les ann ées que j e sers dan s la mai -on. eN DOMESTIQUE d'ext ra, à la porte du salon. Peter-en ! Il Y a là un vieux bonhomme q ui.. . P ET E n ~ E:'f , marmottant, -- Bon ! Qui diable peul venir à celle beure ? (On ape rçoit. le vieil Ekdnl il la porte du salon . Il est vètu d'une redingotc niJl'~c il col 111"0i1, porto des pants de lain e, tient ii la main un bâton et lin bonne t Ile fou rru re, et so us le brns uu paque t dnns d u papier gr!s , JI po rte une pl' ITlllltlt" sale, d'un rouge -brun et une ba rbiche gri:--e.) P ET ER ~ EN, allant alt-devmlt de lui. - S.. . pri:::li, que venez-vous faire iri t

-

LE 1: \

x,\ Il Il

~;\

L \ .\ G E

15

ni:n.\L, à la porte. - Je dois alle r a ux bureaux) P ctersen. , . . faut absolument. l ' I·; T E HS I~ :'i. Les bur eau x son t ferm és d ep uis une heure, ct ... !:liliAl. On m'a dit t:a il la po r le, peti t pèr e, mnis Grahcrg e-t enco re là, Soyez ge ntil, Peter -en, lai ..sez-mn i passer. (Il indique du doi(j l la porte pel'dup.) Conna is d éj à cc chem in.

Bon, bon , allez. (il OUVI'e t aporl e.)

PETE R"E:'L -

Mai:,; souvenez-vous du mo ins qu' il fa ud r a so r ti r par l'a u tre porte ; ca r nou s av on s du monde. EK D.\L . _rl' rès bien, hum ! ~ r e r c j , père P etersen l vi eil am i. :11 er ci. Entre les dents.) Vieill e m orue ! (Il passe dans les bUl'eml.c; Petersen referme la p orte SUI' lui .) JI·::-;S, EN. l'I.TEllo;,l:'1 .

C'est un employé des bureau x, ça ?

~ Xnn, on lui d onne d e la cop ie q ua nd

ça pre-se. âl ais dan:' le te m ps, ma foi, c'éta it un fameux lapi n . que le pere Ekdul. ,1 ENS E~ . - En effet , il a l' a ir d e q uelq ue chose . PE I'EnSI: ~ . Je crois hien. Il a été lieutenant ! " ou!' comp renez. JE:"i:-F\. Ah bah! il a été lieutena nt! l' ET E1l5'E:-i. -

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oui, mai.., après cela, il a

voul u fa ire le comme rce du bois ou q ue lque chose d'approchant. D'e-t ulor-s qu' il li joué , dit-o n, un l'(Hlu\"an ta!Jlt~ tou r ~l mon . . ieu r. ,"OU5 cornprenez :

ils étuient associes pOllr l'cxploitntion d' lIeyd al.

16

Ah! je le con nais bien, le père Ekd ut . ou'" avon s pris plu s d 'un biller o u d 'un bor k cri-e -nbi c , che z mad a me Erik sen. J E~5E:"I . -

Il ne doit pas a voir de q uoi réga ler

souve nt , cel homme . PET ERSEi'l". Vou s pensez Lien , J en sen , q ue c'es t moi q ui r ég al e. J e tr ouv e, ma fo i, qu 'il fau t ê tre g entil e nvers un h omme co mme il fa ut q ui a e u d es m alh eurs. JE NSEN. Il a donc fuit failli te t PET ERSEN. - - Bien p is qu e ça : il a été en pr ison . JENSE:"1. - En priso n ! P ET ERSE:"1. E n fin, il a élé enfe r mé . (Pl'ëlan l l'o1'eille.) Cbu l! Voici q u'on se l ève, (Des domest iques ouvren t la porte de la - nüe " mange r . Maflal!l(' Sœrby ent re en ca usant, 3\"eC deux me ssieurs . Peu ft pe u, on voit apparaître 10 Ul; les C()II\-in' .<; et, pa rmi eux, werlé . Hialm ar Ekdal et w erlé l'llIrellt les de mie rs.} MADAME

SŒRB Y

e,&passant , ail domestique. -

Pe ter -sen , faites ser vir Je café d an s la sa lle d e m usiq ue. PET ERSE N. Oui, mad am e. (Elle traverse la cha mbre, accom pag née tics deu x messieurs , sort pa r 1.1 pert e (lu rond et tou rne il. droite . Lr s domestiqu es prennen t If' même cbemin.) UN MONSIE UR GRA S ET PAL E, à un monsieur chauve. - Ouf, ce d îner! Il a fallu tra vai ller fer m e.

u:

?ilONSn:UR Cil \ U Vt~. -

Avec un peu de bo n ne

1.1'; cx x vn n S. \l' VAC r.

11

volonté, on a r-r- ive :J. faire énormé me nt, en trois heure:" . LE MOXsIl::liH GRAS. - Oui, mai s a près cela, mon cher cha mbella n, a près cela . .. UN T n O bll:;~n: MON SIRl'R. - je vois qu'on compte se rvir le moka el le marn squ!n dan s la sa lle de

mu..ique, u: MOX"IEt:lt "

A la bonne h eure! Sœrby vu peut- être nou- jouer q uelq ue cho-c. GRAS.

-

LE )IO:,\:::,II;L"H lJI.\Un;, ci demi-voix , On n e sait ja mais ce q u'elle pe ut nous j ou er, M'Ile Sœ rby . LEMO:'(SIECR G R A~ . -En tout ens, ce n e sera pa s un m a u va i s tour : Berth e n e lâch e pa s ses vieux. nml s. ( 11~

sorten t

(' II

ria nt par la parle du fond. )

w E nL I~, â demi-voix , d'lm air soucieux. J e ne rrn is pas qu 'o n l'ail rem arqu é. N'est-ce pas, Grép:oire ? GREGO IRE, le reqardont, étonné. - Quoi! \HRLÉ. - .\ Iors tu ne l'as pas rem arqu é n on pl us?

Remarque qu oi ! Nous étio ns treize à table . GRI::GOtRE. - Vraim ent ? nou s é lio ns tr eize! WERr.(:, j etant tm reçard sur Iliotmar Ekiiat. N() l1~ so mmes touj ours douze . (Atl.l' convives qui St' trm uient dons la ,-//ambre.) Veuill ez pa sser , mes..leurs. GR(;GOIRE. WERL E . -

[Tous sortent par la porte du fond, sauf Hinlm nr Cl ' in·,::.)i'·l'. )

I .~

qui a entendu les dernières paroles de rVerll:'.- T u n 'aurais pas dû m'e nvoyer celle invitali on, Grégoi re. lIRÉGOIRE. Comment ! LJ fêle e-t soi-di ..ant en mon h on neur, et je n'aura is pas le droit d'inviter mon meilleur a mi. UI.\DfAR. J e ne crois pas que j'aie fail plui-ir à ton père : je ne viens jamais ici. GRÉr.nIRE . - Je Je sa is. )f ais j'ai tenu à le voir, à le pa rler, car bientôt je m'en Irai sans doute, je retournerai là·1.H1S. - Eh oui! Hlalrnnr, nOl1 " nou..;; étlons perdu!" de vue depuis récole. Yoilà seize ou dix-sept ans que je ne l'a i rencontré. IIIA LM.\R. Y a-L-il vra iment si longtemps '! GRf:GIIIRE. -Sanc:;doute. Yoyons ' ûomment cela lllALMAR,

va-t- il t Tu as bonne mine. Un peu plus, je le trou-

vernis zros el gra-. I1L\DI.\R. Hum - gra:::, n'est p:l.~ précisément le mo t. -'la is j'ai probablement J'air plu .. viril q ue je ne l'avais alors. GRÉGOIRE . - C'est ce rtain. Ton physique n'a pas souffe r t. nUDl\R, d'une voix sombre. - ~Iai:;; le moral, Grégoire! J e t'ass ure bie n qu'il a cha ngé ! Tu sais rom ment tout s'est effond ré pour moi el les miens, depuis que nnus np. nous somme- vuc, GnËGOIRE, baissant la l.:oi.c. ---:- Ton père ? - Que .u.n maintcnant t

LE

c vx \ 1: 11

~_\ U \" \ (; F:

IlIAL!\IAR. Ah, mon ami, pourquoi en parler? Mon malh eureux pere h abite chez moi , bien entendu , Il n'a que moi a u mon rie. uni s c'est là, vois- tu , un s uje t si cru el , ~ i puignunt. Dis-moi pluIùt re q ue t u as Iai t l à-haut , il. l'u sin e . laÜ:G01Rl::. - J'ai j oui de ma sol it ude . J' ai eu le loi sir de r éfl échir à bien des ch oses. Vien s ici, nou s sero ns mi eu x p our ca user .

(Il ",':1- -je" ûnns un Fauteuil, devan t la cheminée ct ohli; l' lI i ,t1 m :\I" ;1 prendre lIll si.'riP à eût,' du !;Ît'll.) l IlADL\B ,

avec fÎnlOlirHl. -

N'i mp orte, Grégo ir e :

je te dois bien des rcmerclments po ur m'avoir faiL tliner à la table d e ton pè re : cela me pr ouve qu e lu ne m' en vell x plus, GRi;GOIRE, étonné D'o ù te vi ent ce tte idée, pourqu oi t 'en vou dra is-j e ? lIl\ L~IAFL J e nr sa is pns. \I ai . ; tu m' en as ce r ta in em ent voulu les premi ùrc -, années. GRf:GOtRE. - De q uelles années pa rles- tu f 111.\L11.\R. - DiJ celles q u i o nt - uivi le désastre. El c'é ta it si naturel L .. Il s'e n es t fallu de peu que Lou pè re l ui-m ême fLil compronts dans ces.... dan s ces horribles histnires, Gn É G O m l~, Et j e t' en au r-a is voulu, tl toi ~ Qui a.

pu te le fa ire croi re t IiI.\L) I.\ R. J e le sal-.

l oi',

zoirc : c'est to n pè re

lui-mêm e qui me l'u d it. Gn f:GOIIU:: . erce /(J. sursaut, -

tl nn père! Ah , tr i' e;

LE CAi'iA H D S A UVAC E

bie n ! - C'e st donc pour cela qu e tu ne m'as plus do n né sig ne d e vie, depui s ce tem ps ? IlIALMAIL GR É GOI RE . -

Oui. Pas mêm e quand tu res décid é il. le

fair e photographe! IIIALl\IAR. Ton p èr e m 'a d it qu 'il val ait mieu x ne te ri en dire.

c n ÉGO IIl E, reç arda otdroit dcoaru lui ,:-: Bien , bi en , ;\ ét ait peut- êtr e d an s Je vrai. - Mai s d is- mo i, Ili almur, as -tu qu elqu e rai son d 'être sa t isfait de ta situatio n ? llIAUIAR , avec un soupir, Eh, m on Dieu , oui; je ne pui s pas dire le con traire. Au co mme nce me nt, tu co m pre n ds, j'étai s un p eu dépays é. C'é ta it si d ifférent de ce qu e j'av ais conn u 1... Mals q ue resta it-il du p as sé? Les ruin es ac cumu lées par le d ésa stre de m on p ÔI'E', - la h onte et l'op probre. - Ah, Grég oire!

Gn ÉGOIRE,

saisi. -

Oui, oui, je co mp re nds .

lIIAlMAn. - Il ne pou vai t plu s êlre qu es tion de co n t in ue r m es él udes . 11 ne re stai t pa s un so u va illant. Rien qu e des de ttes à pay er, su r tou t il ton p èr e , j e cro is. GRÉGOI RE . Hum ... HIAL~IAR. - Al or s, vois-tu, j'ai pe nsé q u' il val ait mi eu x rompre d' un se ul co up tout cc q ui nous ratta chait a u p assé . J e l' o. i fui t, sur to ut, SU I' le conseil

L E CA:\ AHll S AU VAG E

21

de ton père . Et comme il a eu la bonté de me ven ir en aide. .. Gn ÉGOIRE . Ah , il a fait cela ? UlALMAR . Oui; tu ne le sava is pas ? Comment aura is-je pu, sa ns cela , tr ouver de qu oi app rendre le métier de phot ogra ph e, monter un a telie r, m' éta blir, en fin. Cela coOte de l' ar gen t, tu sa is GRI:;GOIRE. Et c'es t mon pèr e qui te l'a ava ncé 1 II1AI.1'tI AIl. -O ui, mon ami. Mais comm enl sefaiL· il q ue tu J'ign or es ? J 'ai cru co mpre ndre qu 'il le l' a vai t éc rit. GRÉGO IRE . - Il ne m' a j am ais écrit que c'é ta it lui . Il l'aura oublié. D'aill eurs nous n' échangeon s qu e. des lettres d'affaires. Ainsi, c'é tait mon pèr e! lliA LMAR. -Oui, c' était l ui. Il a toujou rs te nu à ce qu 'on l'ig norât. Jïl ais c' éta it bien lui. Et c'est enco re grâce à lu i que j'ai pu me mari er . Sera it-ce a uss i d u nou vea u pour toi ? GRéGOIRE . Assur ément. (l ui prenant le bras.) Ah, mon che r , Hialm ar tu ne sa urais cro ire cu mbien je suis heureux de ce que tu m'apprends el qu elle pe ine cela me fait en mêm e te mps . J 'ai peutêtre é té injuste envers mon pèr e jusqu 'à un certa in point. Oui, car enfin, LouL cela prouv e du cœ ur . Il y a là un e cerLaine consc ience. llIALMA R . Tu dis co nscience? GI\ ÉGOLHE. Oui, si lu veu x. Non , j e ne sa ura is le dire qu el bonheur j'eprou ve -s: apprendre tout

T. E

c \ x \1\1)

~A

U V.l GE

ce la sur le compte de Illon pèr e. - û' c-t juste, t u es mari é, toi , Il ia lmar. J~ ne pourrai j am ai s en dire aut ant de moi. Allo ns, j'espère q ue l u es heureux en ménage. UIAl.MAH. Cer tainement, oui. C'est une femm e comme on ne peul en so uha iter de meill eure, h abile el bonne ménagère. Avec cela, elle n'est pas sa ns qu elque édu cation . J

GHÉGOIHE, avec tm peu d'"Ho11lIemeli l. - J 'esper e icn qu e non. Ul~lMAR . -

C'est q ue , vois-tu , la vic est une école . fréquentation qu otidienne..... cl pui-s , nous avon s, co mme ha bitu és, quelqu es gens de mér-i te. J e t'a ssure que lu ne rcco nnnl trals pas Gina. ~I a

GHÉGOIRE. -

Gin a 1

âlni s oui, mon che r . Tu De le rappelle s don c pas qu 'ell e s'a ppelle Gina 1 GRéGOIHE. - Quell e Gina '! J e ne pub pas savoir. UL\lllAR. liais tu ne le so uviens donc pas qu 'ell e a se rv i ici dan s le tem ps ! UIALMAR.

-

le regardant - Gina Han sen t Mais oui ce r ta ineme nt : Gina Jlan sen. GRÉGOIRE. - Celle qui a gouvern é la m aison penGRÉ GOUlE,

llIALMAR. -

1

dant la dernière maladi e de ma mèr e? UIALMAR . '\Iai s ou i . Voyon s, mon che r GI'é goire : je suis sûr que ton pèr e l' a a nno ncé mon mariage. lSHÉGOIRl::, qUI s'est letJé . - En cû et, il me J'a an4

L E CA NA H D SA tIrA GE

no ncé; mai s il ne m' av ait pa s dit. .. - (ll arpente la scène.) Si, si, attends un peu j - j e cro is m e souven ir. - Mai s les lettres d e m on père son t si cour tes. (ll s'assied sur 'lU} bras du fauteuil.) Eco ut e, Hialmat -, dis-mo i d onc ... - c'est si curi eu x. Voyon s... co m me ntas-lu failla connaissance de Gina ... d e ta. femme ? Ill.\LMAH . Mai s d'un e façon toute sim ple : Gina avai t qu itté lu maiso n , où tout était se ns dessu s d essous ; dep uis la m aladi e d e ta m èr e - tu compre nds ; Gina ne po u vai t plu s y tenir. EUe a dem an dé so n congé el elle es t par tie. C' était l'ann ée qu i a précédé la mor t de ta m èr e - ou peu t-être l' an née même. GHtGO IRl:::. Oui , c'était l'an née mêm e d e sa m ort. A cel te é poq ue, j'étais déjà à l'u sin e . Mais voyon s, co ntinue. UIAL MAR. Eh bien , Gina es t allée s'éta blir che z sa m èr e, un e femme active et en tre p re na nte qui tenait un peti t rest aurant. A côté, elle avait un e cha mbre à lou er, une joli e ch ambre, élégante et bi en m eublée . GRÉ GOIRE . - Et tu as prob abl ement eu l a chance de t' y loger. nIALllAR. Oui. C'e st mê me lon pèr e q ui m 'en a do n né l'i d ée . Et c'est là, - lu co mp re nds - c'est ju- tcment Ja que j'a i fail la con nais -ance Je Gina. cuecorue. - Et cel a a abouti il. un en gagem en t.

L E t: .\X .\ Il IJ

21

SAUVAG~

IllALYAR. Oui. Un je une homm e, une j eune fill'.:, - l'amour vient vite.

GR ~ G OlR E,

se levant

el

se remettant à marcher. _

Dis-moi , - c'es t a près ce la - après tes fiança illes , qu e mon père t'a con seill é; - enfin, c'est a lo rs qu e tu t'es décidé à le faire photographe' IIJAL:\lA R. -

Ju- ternent. J'ai voulu me crée r un

éta l et m'ét ab lir le plu s tôt po ssibl e. Ton pèr e cl mo i, n uus so mmes tomb és d'accord qu e la p hotog raphie était ce q u'il y avai t de plus facile. Gina éta it du mêm e av is. Ah, c'est juste! Il Y avait en-

core une ra ison : Gina avai t précisément fuit quelques él ud es de re touche. GRÉGOIRE. -

lIIALMA R ,

Cela se trouva it il merv eill e,

se levant , d'un ai,. satisfait. -

N'est-ce

pas, mon a mi ' N'est - ce pas qu e cela se trouvait à me rveille. GRÉGOIRE . Ah! il faut en convenir! .Mai~ mon père a été un e so r te de providence pour toi . lllALMAR } ému . - I l n'a pas aband onné le fll s de so n vieil a mi en dé tre sse. C'es t q ue} vois- tu, c'est un no ble cœur. MAOAME SŒ BBY, entrant au bra» de lVe1'lé. - Pu!'; de protesta tion} mon che r mon sieur Werlé . Il ne fau t pas q ue vou s soye z là, a u m ilie u de tout es ce :'. lumières. Cela vous éblou it ct vous rail d u mal.

L~

CANA H U SA U VA G I::

WE HL.;, quittant son bras, et se passant la main sur les yeux . - J e cro is qu e VOll S a vez rai son.

(Pctersen ct Jensen entrent, portant des plateaux.) M,\DAME Sœ RBY, aux convives, qui se tiennent dans l'autre pièce. - Entrez, messieurs. Si qu elqu'un "c ul un verre de p unch, qu 'il se donne la p ein e cie venir ici. u ; MONSIEUR GRAS, s'approchant de Mmo S œrby.Voyon s, est-ce possibl e qu e vou s ay ez sup p r imé la sa in le li berlé de fum er ? MADAME SŒ RBY. Oui, mon sieur le ch am bella n, clle est proscrite da ns les domain es de M, W er l é. L E MONSIEUR CllAU VE . Et de qu and dal e celle disposition draconi enn e, madame Sœrby r MA DAME SŒRBY . Du d ernier dîner, monsieur le cha mbe lla n, o ù qu elqu es personnes so nl a ll ées j usq u'a la licence. L E MONSIEUR CUAU VE. Et l' on ne peut pa s se permettr e un tout petit peu de licenc e) madame Berthe ? Pas le moindre petit br in ! MADAME SŒR B\' . En a uc une faç on, chambellan Ba llé.

(La plupart des convives sont entrés dans le ca binet de w erlè. Les domes tique s offren t le punch.) WERt É,

à Hialmur, qui se tient à l' écart , près

d'un e table . lllAMlAR . LE MONSlEUn

Qu' étu diez-vou s là , Ek dal t Un s imp le alb um, mon sieur w erl é. CUAUVE,

qui se promène dans la 2

26

L~

CAN A Il U

SAUVAG~

pièce. - Des photograp hies ! Cela doit vous intéresser. LEM.ONSIEUR GRAS, du/and d'un fauteuil. n'en avez pas avec vous t lIlA LY.\ R. -

Vous

Non, monsieur.

LE MONSIE UR CHAS. C'est domma ge: on passe si bien son tem ps à regar der des images, assis dans un fauteu il. LE

illONS IEU It

C Il AU V F~ . -

El cela ent re tient la

conversat ion, (La conversuuon conti nue a u milieu des rir es ct des plaisnnterics.)

GRÉGOIRE, à voix basse. -

Il faul que lu causes,

Hj al mar.

avec quo i cause r? lllA.UIAR,

W~

mouvement d'épaules. -

De

LE MONSUWRGRAS . - N'ëles vous pas d' avis, m on sieu r \Verl é, que le tokay est plutôt sa in pour l' cs-

Larnac ? WERLt , près de la cheminee. - Da ns tou s les ca s, j e me porte garan t d u tokay que vous a vez bu auj ourd'hui j il est d'un e er.:cellente a nnée. Du reste, vou s l'avez bien sent i. L~ MONSI E UR GRAS. - Oui, il a vait un bouquet ad mi rable. DlALMA lt , il/certain. Y a- t-il qu elq ue d.Ilérencc entre une an née el une au tre t

LI:;

C A ~ A n lJ

LE MO:'i'S IE UR GRAS,

SAU \' AGE

riant, -

Ahl

VOU S

.. o-

ères bon,

VOLIS!

WERLt:, ceec
LE CANA nn SA crACE

MADAME SŒRBY. -

V OU S

êtes, selo n moi , de s an-

nées dou ces, messieurs, (Elle porte un ver re de pun ch (1 ses lèvres, Les chambellans rient et bad inent a\'CC elle.) \VEilL É, - Mad am e Sœ rby sail touj o urs se tire r d 'affai re qu and elle veut. Ne posez pas vos verres, m essieurs! P etersen, re mplissez ! Grégoire, buvon s un yerre ense mble! (G,.égoÙ·e ne bouge pas. ) Ne voulez -volis pas ê tre de la partie, Ekdal ? J e n'ai pas eu l' occasion de boire uvee YOLIS il dîn er,

(ë rnberg cutr'ouvre la porte en tapisscrlc .] CRA BERG, -

Excusee, mon sieur Wer -l é, je suis

en fer mé. \VERtÉ.

BOil, vou s voilà de no uveau en-

-

ferm é. GRABE HG. -

Oui , et Ftokst ad est pa rt i a vec les

clefs. WERtÉ. CRABERC. WERLÉ . -

C'est bon , passez pa r ic i. C' es t qu e nou s so mmes deux. Eh bien, passez tou s les de ux, ne vous

gênez p as. (Graberg et le père Ekdnl sor tent des bureaux.) WEH U;,

malgré lui. -

Ouf!

(Les rires et les plaisanteries cesse nt parm i les convives . lli alma r tr essaille fi. la Vile de son père, dépose so n verre cl se tourne vers la chemtn ée.) EK DAL, les!.J eux baissés:{ait de petits saluts à droite et li gauche el s'en va en murmurant ... Dem a nde

LI';

pardon fermée

C A ~ \ R I)

SAU VA G E

29

fait fau sse ro ute . .. Por te ferm ée ... port e Deman de pard on .

(Ekdal et û rabe rg sortent paf la port e du fend à. drone.)

entre les dents. - Ce sacré Gra berg t ouvre de g'r ands yeux , et reste bouche beante , puis il di t à Ilialmar .' - Ce n'éta it po urInnt pas là .. . ? LI-: )lO ~SI EU R GRAS . Que se passe-t-il t Qui éta itce! GRtGOIRE . Oh , pers onne , le co m mis el qu elqu' un d'aut re . LE MO~SIEUR MYOPE, à H ialmor, - Vou s connaisset cel indi vidu ? U1ALMAR. Je ne sa is pas ; je n'ai pas remar qu é. LE MO:'iSIE UR GRAS . se levan t. Que diab le se passe-t-il? WERÜ;,

GH EGOIRE

(II s'approche de quelques a utres messieurs q ui pa rIent entre eux, â voix basse.} MA DAM E SŒRBY , au domestique , Donnez-lut qu elqu e chose à em por ter, qu elq ue chose de bon. P ET EBSEN , faisant un geste d'assentiment. Oui, madam e . GA~; G OIRE , avec emotien, d'un e voix contenue , à Il ialmar. - Ain si, c'é ta it lui 1

IIIALMAR . -

GR t comE. -

Ouï. El pourt ant lu vien s lie le r enier. 2.

.10

L E C.\:\ .\ 11 11 S.\ U YA GE

IIIAL:lIAR ,

agi/,:, ù voix basse. - Comm en t au rais-

je pu ... GRÉGOIHE. -

Ne pas reni er ton pè re?

UlALM.... n , douloureusement . -

Oh! si l u étais il

ma place, lu .. . (Les convives, qui cc usalent entl'" CIlX à voix basse, a ffecten t ma int en ant de parler très hnur.j LE MONSIE UR cmuvs, d'un ail' affable, en se 1'OPP)'I)chant dt Hialmar et de Grégoire. - Oh ! on fa it r evivr e , à ce q ue j e vois l Ies vieux sou venirs

duniversit é. Comment ! Vo us ne fumez pas, m onsie ur E kdal ? Voulez-vou s d u feu ? Ah , c'es t vr ai ,

c'est défendu. Mer ci, j e n' en veux pas. .. LE MONSIEUR GllAS. - N'au r iez-vous pas qu elq ues j o lis vers à n ou s dire, mo nsieur Ekd a l ? Da ns le temps vo us d écla mi ez si jolim en t. lllAUiAR . Malh eureu sem ent , j e ne p uis m e souven ir d e rie n. LE MOXSIE UR GRAS. Oh , c'est bien d omm age. Que pourrions-nous im ag iner, Ba llé ? lllALMAR. -

(II passe dans l'a utre chambre arec Dallé.) llU.BIA R d'un e voix sombre. - Grég oire , j e veux partir ! Vois- lu, q ua nd un homm e se se nt fra ppé par Ïe d estin ... - Présente mes sa lu tat ions à ton p ère. GRtGOfRE. Oui, DuL .. lt entres- tu che z loi ? III AL.'IAIt . - Oui. Po urq uo i celte qu est ion!

LE

cvxv n n

S \ I'\" \ f:L:

t.;IlÉG OIllE , Puree qu e j'ir a i peut- être te r njoindre tout à l' he u re. IJI.\LJIAH. Non, ne viens pa!; chez moi. j[a. demeure est triste, Grégoire, surt out ap r ès un e brillan te fète J com me celle - ci . Nous pour rons facilement nous rencontre r qu elqu e part en vill e. M\ D.\MF. sœnuv, qui s'est app1'oc/uJc, li voix basse. - Yous pa rtez, Ekd al ? IIL\LYA Il . Oui. ~I AD AME SŒR8 \' , - Sal uez Gina . IIIAL\IAIl . :\I erci. MAD.um SŒRB\' . - Dites-lui qu e j 'ir ai ln voir un de ('C ~ j our s. lII AL~IA n . - Oui : mer ci. (A C1'Pgnr,·e.) Rest e ici. J e yeux dispa ra lt re, sa ns éveiller l' attention.

(II n'averse len temen t la. scène , entre da ns l'autre droite.) clmmbrc , puis sort ù

)T,\n.n!l': sœnnv 1 i l

voix basse 1 au domestique qui

est entre , -

Eh bien , a vez-vous donn é quelque chose au vieu x ? PETEHSEX . J ~ crois bie n. Une bou teille de cognac. l'IIAD \ ME ~ŒRB Y . Oh! vou s a uriez pu trouver m ieu x que cela . PETEIl SE:'i . Pour su r que non , madam e. 11 aime le cognac pa r-dessus tout. LE

xoxsitun

till A"' .

à la I'"l'te. tenant

Wl

cahier de

LE CAN.\ H IJ SI\U VAG E

musique. - Ne voul ez-vou s pas q ue n ous Fassions de la m usiq ue ense mble, mada me Sœrb y ? 1\I.\DAME S(ERB Y. Volon tier s. LES CONVIVES . BI'a,rO, bravo t (Elle passe da na l'autre ch ambr e et tourn e ;'t droite , suivie rie to us les invités . Werlé cherche qu elque chose SUl' so n burea u et se mble d ésirer q ue Grégoire s' en aille. Voyant que celui-ci ne bouge pas, il se dlrrgn vers la porte d'entrée.) Gn l~ G OIllE. WER LÉ,

Un instant , m on p èr e . Qu'y a-t- il? J e voudra is te par le r. Ne peux -Lu pas attendre q ue nous

s'orvëtant . -

GRÉ GOIR E. WER LÉ . -

soyo ns se uls? G RÉGOIRE. Non , j e n e peu x p as. Il est poss ible qu e nou s n e soyo ns p lus j am ai s seu ls. W ERLÉ , se rapproclumt , - Que veu x- tu dire?

(Pendant la scène suivante, on entend au loin le so n d' un pianc .) GRÉGOIR E . Comment a-t-on pu lai sser cette famill e s'effo nd re r a uss i mi séra blement ? W ERLÉ . 'fu parle d es Ekdal , je pense. GRÉGOIRE . Oui, j e parle des Elcdul. Il y cu l cepe ndan t un tem ps, o ù Je Iieul en ant Ekda l te ten a it d e bien près. W ERLÉ. Ou i 1 malh eureusem ent , il me tenai t de tr op près. J' en a i assez so u ffert pendan t de lon gu es a nnée s. Grâce il lui , une so r te d'éc la boussu re a r ej ailli s ur mon nom.

31 GRÉGOIRE , li voix basse. seul coupable? W E R LI~. -

Et ait- Jl vr aim en t le

Que yeux-tu dire!

GHf:GO llU:. - Celle g ra nde o pé ra tio n , ccl ac ha t de forêts, \' OUS l'avi ez pourtant Iaite ensem ble . WEfiLÉ. -

âlais c'es t Ekdal qui a dessin é la cor te

du lerra in, -

celte ca rle inexacte. C'est lui qui

li

Iait celle co upe ill égnl e s ur les terrain s d e n~ l a t. Tu :-,ai" hien qu e c'etn it Iul q ui dirigeait toute l'ex-

ploitation là-ha ut. )Ioi 1 j'ignorais les e ntreprises du lieute nant Ekdal. GllI~GOIRE. Le lie ut en an t Ek da l ign orait s ûrem on t lui- même la portée de ses entre p r ises. WERIA - C'est bien possibl e. Mais un ar gum ent

Sonos répliqu e, c'es t qu'il j 'ai été acquitté. GREGOI RE. -

il

été conda mné el que

Oui , je sa is bien qu 'il n' y av ai t pa s

de preu ves. WL:RL'É. Un acq uitteme n t es t un acqu itteme n t. Po urq uoi remu er ces vieilles hi- toires q u i m'ont blanch i les cheve ux a yan t l'à ge. C'est don c cela qui ra trava illé pe nda n t ta u les ces a nnées qu e tu cs resté l à-h aut t J e t' cesure, Grégoir e, qu'i ci ces choses so nt o u bliées depuis lon gt emps - en ce q ui me co nce rne . GRÉGOIRE. Eh bicn ! et la malh eureu se famill e

I~ k ù al ? \\ T I\L 'É. -

Ma is q u'aurai s- tu donc vou lu {lue je

31

LE CAl'\A HD SAur .\GF.

flsse pour ces gens-là t Quand Ekd al es t sor li d e prison , c'était un homme fini. 11 n'y avait rien à faire . Il y a de s hom mes qu i co ulent il Iond , nu sslt ôt q u'il s se sentent u n pet it gra in de plomb d an s Je co r ps, el q ui ne pe uvent plu s reven ir à la s ur face . T u pe ux en croi r e ma paro le, Gré goire j j e suis

allé aussi loin qu 'il m'a été possible, sans m'exp ose r aux soupço ns et aux mauvai s prop os. GRÉGOIR 8 . WEBL I~. -

Aux soup çons ? .. Ah, oui.

J 'a i procu ré il Ekd ul de la co pie d an s les bu reaux el j ~ le paye beaucoup plu s que son ouv rage Ile vau t. GRÉGOIR E , sans le reqardcr, - J e n'en d oute pa s . WEnLÉ. - Tu sour is? T u ne me crois pas? Il est vra i q ue cela n e se trouve n ulle pa rl dan s mes comptes; je n'i nscr is jamais ces d épenses-l à. GHÉGOIRE, souriant froidement. Sa ns do ut e, il y a cer ta ines dép en ses qu ' il vau t mi eux ne pas in scr ir e. \VERLÉ, tressaülont. Qu'entends-tu par là ? GR~:G OIHE, s'échauffant , - As-tu inscri t combi en t u a s dépe nsé pou r faire apprendre la ph ot ograph ie Ù lli alrnar Ekdal ~ WERJ.É. -- Moi 't Comment ce la? GR ~:G OIRt~ , Je sais m ai n tenant qu e c' es t toi qui u;; fait cette d ép en se, Je sai s éga leme n t qu e c'es t toi qui lui a s fourni a mpleme nt de qu oi s'é ta blir. \\'~;RLI~, T u vois bie n! Et, mal gré cela, lu

L E CA N A H U S AU VAG E

35

prétends qu e j e n'ai r ien rait pour les Ekdall. .. J e te jure que ces gens-là m'o nt coû lé assez d' argent. GRÉGOIRE . As-lu inscrit un e seule de ces dépenses y WEIILB. - Pourq uoi cette qu estion? GRÉGOIRE. Oh, j'ai mes raisons. Ecoule-moi bien : l'époque où tu t'es si vivement int ér essé au fils de ton vieil ami, n'a- t-elle pas coï ncidé a vec le ma riage d 'Hialm ar WERLÉ. - Comme nt, d iantre, veux-tu qu 'apr ès une longue su ite d'an nées ... GRÉGOIRE. Tu m' as écrit un e lettre dan s le temp s, une lettre d'affaires, naturell ernent ; et dans un post -scrip t um t u m'annonçais le mari age d'Il inlmar- Ekd al a vec une demoiselle ll ausen. WEIl Lf:. - Eb bien , c'ét ait ex act. Elle s'ap pelait ainsi. GRÉGOIRE. - Mais tu ne me disais pas qu e celle demo iselle Il ausen, c'étai t Gina Hau sen, - notre a ncienne bonn e. WEI\LÉ , avec un sow'i1'e inmique , mais forcé. J e ne savais pas que tu l'intér essais spéciale men t à notre a ncienne bo nne. GRÉGOIRE . - Tu avais raison . .Mais.. , (IL baisse la voix. ) '" mais il y avait da ns la mai son qu elqu'un qui s'i ntéressait to ut particulièr ement à elle. W ERLÉ. Que Yeux-tu ài re ? Ce n' est pas moi q ue tu vises ? î

36

bas , mais avec f ermeté. Si,

-C'C::iL toi T u oses ! T u te permets! Cel ing rat , ce phot ograp he , com ment peul-il, comment oset- il faire de pa reilles insinua tions ! GRÉGOIRE. Hialm ar ne m'en a pas touché un GRÉGOIRE,

WERLÉ. -

mot. Je ne crois pas qu'il se do ute de quoi que ce soit. WERtÉ. Mais alo rs d' où te vient ce tte idee ? Qui a pu le dire pareille chose 1 GRÉGOIRE. C'est ma pauvre, ma malh eureuse mere, la dern ière fois qu e je l' ai vue. W ERtÉ . Ta mèr e! J 'aurai s d û m'e n do uter! Ell e el loi , vou s ne fai siez qu 'un. C'est clic q ui, des le co m mence me nt, l'a élo igné de moi. GRf:GOmE. - Non, ce n 'est pas elle, c'C~L to ut ce qu 'elle a so uffe rt, tout ce qui l' a bri ..ée, accablée, cond uite à sa misérable fi n. WERLÊ. Ell e n' a pas plus souffe r t q ue 10u1e3

les femm es. On ne peut pas faire entendre raison à des malades, à des exa ltées ..l'en sais quelque

chose. Et te voilà main tenant concevant des soupçons, pr êtant l'or eille à un las de racont ar s et de calomnies contre ton prop re père!.. . Ecoul e, Grégoire, il me semble qu'à ton âge t u pou rra is trouver u ne occup ati on plu s utile. En effet, il en es t tem ps. P eut- être te sen ti r-ais-tu a lors le cœu r plus léger . Où cela peut-il te mener de te ba rrl GR ÉG OIR E. -

WERLÉ. -

31

LE CANAR U SAUVACE

cad er là-h aut, dan s les usines, de peine r com me un simple commis, sa ns l'OU loir toucher un so u de plus que les gages ordina ires? C'est une vr a ie folie lie la part. GH':; GOIRE . En cs-lu bien s ûr 1 WEIlLÉ. - Va, je te co mp rend s . T u veux être indépend ant , lu ne veux ricn me devoir. J'ai ju stem ent une occ as ion pour loi de devenir indépenda nt et de ne releve r de personn e . GREGOI RE. - Vraim ent ! Comm ent cela 7 wlmLÉ. - Quand je l'ai écrit qu 'i l était indi spen sable qu e tu vinsses en ville sur-le-cha mp... liBt;COI RE. - Oui, au rail , que me veux -lu? J'a i attendu tout e la j ourn ée que lu me le d ises. \VEHLÉ. Je veux te pr op oser une asso ciation . G n~G O IR E.

- Une association? Mo], ent re r dans

le" affaires? Oui. Nous n'aurions pas besoin d'être toujours ensemble, T u po ur rais, toi, diriger la maison de commerce, et moi, j'irais m 'établir aux u-i nes. GRf:GOtRE, Toi ~ WERL É. Oui . Vois -tu , je ne pui s plus travaill er comme a utre fois. Je doi s ménager mes yeu x, Grégoiro ; ma vue co mme nce à faiblir un pe u. G R ~ G 01R E . - .lIai s elle a toujours été faible. W ERLÉ , Pas autant qu 'aujou rd 'hui . Et pu is, vois-tu , il pourrait se pr oduire telles circon..tan ces WERLt . -

3

38

LE LAr\AHU

~l.\L.v.\ta;

qui me déterm ineraient, peul -être, à alle r m' étaLlir là-haut: a u moins po ur quel que tem ps. GRÉGOIRE. - J e ne me figur e pas cela . WERLÉ. Eco ule- moi, Grégo ire, il y a tan t de choses qui nou s sépa re nt : mais cela n'e mpêche pao; qu e je sois lon père e l que tu sois mon ûls. JI me se mble que nou s pourrion s arri ver il une entent e. GREGOIRE . - Appar en te, veux-lu dire . W ERLÉ. E nfin, ce sera it toujour.... cela de g-agné. Réfléchis, Grégoir e . Ne cro is- tu pa,:; ( IU~ cela pou rrui t se faire ? Dis? GREGOIRE, le reçardant fr oidement. Il Y a quelqu e chose là-dessous. "'ERLÉ. Comm ent cela '! GREG OIRE. - J e dois po uvoir t' être util e fi q uelq ue ch ose. WEIlLÉ. - Qua nd on se tient de si pr ès, on peu t toujours s'ê tre util e l'un à l' a utre. GRÉGOIRE. - Oui, 0 11 dit cela. W I:!:RLÉ. J e voudr ais maintenant te ga rder quelque temps à la maison . J e suis se ul, Grégoire, je me suis t oujours senti se ul, - du ran t toute ma vie ; et sur to ut maintena nt, qu e j e commence il me faire vieux . J 'ai b esoin de q uelqu' un pres de mo i, j e... GntGOlRE. - T u as àl Sœrby, W EULE. Oui, c'es t vrai , c t j e le dirai m ème

I.E L\:'i.\I\U S \l" \.\I,L

39

qu 'elle m'e-t devenue en quelque so rt e in dispensable, Elle a de lesprit . une hume ur égale, die auirne la muison , et voila j ustement ce q u'il me

raut. GREGOIRE , -

Eh Lien, oui, alors t u as ce qu e tu

dés ires .

Mais, vois-tu , j e cra ins qu e cela ne pui-se pas du rer. Une femm e dans ces conditions arrive facilement à avoi r une fa u-se position.ôl ême pour un homme. cela ne va ut rien. i,;.RÉGOIRE. Bah ! q uand un hom me donn e des dîners, comme toi, il doit y avoir peu de chose qu'il ne pui sse se permettre. WE RLt . :Mais pense à elle, Grégoir e. J 'ai peur qu e cela n e lui répu gn e à la lon gue . Et si mêm e, pa r dévoueme nt po ur moi, elle consentait à braver les mauvaises la ng ues, les méchants pr op os el tout ce qu i s'ens uit? Peux-lu vraiment admettre, Grécoi re , avec le sentim ent de j ustice qui le ca rnetéri-e. .. ! GRÈGOfRE, Linterrompont. - Dis-moi simplem ent que tu yeux l'épouser ? WERLÉ . Et si je le voul ais t Qu'y aurait-il à dir e? GREGOI RE . J e le demand e a u-si, qu'y au ra it- il u dire t WERLI!: . Cela te serai t-il extrê mement d ésa wE RLÉ. -

olt:.tble ?

40

l. E CAXAHn SAU\ AGE

GRÉG OllU :. -

Alais pas du tout. Pas le moins cl Il

m onde .

Yois-tu , je ne savais pas si, pa r égard

\VERLÉ. -

pour la mé moire de la m ère•.. GBÉGOIRE . - J e ne suis pas un exalté.

Que lu le sois ou non, lu viens dans

W EHLf:. -

tou s les cas d e me snu lage r d'u n gra nd poi ds . Il m 'est bi en doux d e pouvo ir comple r sur loi, da ns

cette affaire . GRÉGO IRE,

le reqarda»! fixement. -

Maintenant,

j e rois il. q uoi lu voulais m'employe r. WERLÉ . Temp loyer t. , ; Celle express ion.. . GRÉGOIRE. -

Oh 1 ne soyons pas si chatou illeux.

sur ies exp ress ions .. . Au m oin s q uand

n OLI S

som mes

seuls. (Ricanant .) Ah ! c'est comme ça! madame Sœrb y éta n t en j eu, on avait hesoin d'u n joli tableau de ramille da ns la maison, quelq ues scènes att endri ssan tes entre l e père et Je fils. Ce sera il du nouveau, ça! WERL~. Commenl oses-lu me pa rler sur ce ton 1 GRÉGOmE . La vie de famille ! Quan d l'avonsnous menée ici ' Jamais, au ssi loin que vont mes souvenirs. Mais aujourd'h ui il en faut un peu, cela aurelt si-bonne façon, si l'on pouvait dire, q u'entraîn é par la piété filiale, le fil . est r entré à la maison pour as- Ister aux noces de son vieux pè re ! Que resterait-il de Lo us ces bruit s qui représentent

LE

CA~ ,\ n Jl

41

R.\UV AG f:

la pau vre lléfu nle s ucco mba nt a ux chagr ins el aux souflrunces ? P as un écho, le fils les a urait fai t éva nouir. WERLt . Gr égnire !... Ah! je le vois hien : il n'c-t personne a u mond e qu e tu resp ect es moi ns

q ue moi. GRÉGOIRE,

bas . -

Je t'ai vu rie tro p près.

T u m'a.. vu pa r lp,. yeux de la mèr e . Buisuuü tm peu la vni..c. 'r u devra is le so uvenir q ue WERLE . -

CC~

yeux voyaient trouble qu elquefois.

lin~liOlllF. .

d'une voix trembionte. -

J e c om-

p rend s il quo i tu fai:", allusion. Mais s ur qui retombe l a re-p o n- a bilit é de cette malhe ure use fai blesse de ma mere t Sur toi ct 'ur toute - C~5 • . . La. dem i-re etait cet te pe r-onne que lu a-, fait épouser à Hiulma,' Ekdul, qu an d lu n' en a plus voulu ... Oh ! WI::RÜ;,

leunu les cl/JUllil's. - J e croira is ente ndre

la mè re . LHtliOIHE , so.llS [aire IlUell lirm à SPS paroles. El voilà ce lle nature conllunte, cc g ra nd enfant. le vo ilà pris dans un filet cie per fid ies, h abitant so us le même toit qu' une femme de celte e-péce, sans 5 ~ duuler que -o n foye r , co m me il l'e ppell e . rep ose su r un men-onge : (I,'aisrwt lUl JJa~ l'ers SI/Il pfre. ) 'Tun ex i..tence rn' uppa m tt , q ua nd je la r egard e . comme un champ de carnage j onch éde cada vres, a perle de vue,

L I~

r. A:"A n U SAUL\GI':

J e suis ten té de croire qu 'il y Il entre nous un e barrière infra nchissa ble. GREGOIRE, s'inclinant avec sang-froid. - J e m' en ap er çois j voilà pourquoi je prend s mon ch ap ea u et j e m'en vais. \VERtÉ . T u l'e n vns ? l u quilles ln mai son! GRÉGOIRE. - Oui. J 'ni enfin tr ouvé un but à ma. WERLÉ. -

" ie. \VERtÉ . -

Gn~GOIRE.

Et q uel est ce bu t! Tu ne fera is qu 'e n rire, si je le le di.

sais . WERLÉ. Un solitaire comme moi ne rit pas facile me nt, Grégoire. GRBGOIRE, montrant tilt doifJllr- fond d» la scène. - Vois, mo n pere , - voici les cbn mheliuns q ui j o ue nt a u coli n-maillard av ec madame Sœrby, Bon soir , et por te- toi bien .

(Il so rt par lu fond il droite. On en tenr l rire 1('" con vives, pui s on les ven ap pnrattre dan s la chambre Ilu fond .)

ironiquement (entl"e les dents) suivant des yeux G1·pgoire qui s'en va. - Le malheureux! el cc n'est pas un exalté, lui! WERLÉ,

ACTE DE UX IÈME

1:,lll'lil"r d'Hialmnr Ekdnl. Un e '10;51'7. vaste m an sarde . A d roite, toit C il ap pentis avec de gr andes fenê tres , à d emi cac hées pal' des r id eau x ble us. Da ns le coin de droite, la porte d'e ntrée . Pins e n avant, du mêm e c ôté , un e porte co nd uisa nt un peti t sa lo n. Deux portes à gauche , Entre les deux, un po ële en fer . Dans le fond , une Inrcc porte à doubles coulisses. L' a telie r est simplemen t, mais convenable ment a rran gé et m eu blé. A d ro ite , ent re les d eux portes . à q uelqu e d ista nce d u m u r, un sofa , u ne tnhl e et quelques sièges ; sur la table, un e la mpe allumée, coiffée d'un abat-jo u r. Au coi n d u poè te, lin vieux Fauteuil . P",,·ci par -là, des instru ments de ph olog raphe . Pr ès du mur du fond, à gauche de la la ur e porte, une étagère cha raèe de livres, de bott es, de fioles} d'in st rume nts, d'outi ls el d'a utr es objets , Sur la table, des photograp hies, des pap iers, des pinceaux, etc .

a

Gina Ekd al et Hed wige sont osstses, la première près dt! l:\ taule, occupée à coudre, la seconde su r le sofa, Hedwig,-, les coud. s sur la ta ble, les mai ns en a bat-jou r

Ir" ouce. dan l, ore illes, ,-"t absorbee da ns un e lecrure.s GINA}

avec un sauci contenu, après avoir reqar-

1\

LE CI\:\'AIlD SA UrA G E

de plu sieurs {ois lJedwige en dessous, Hedwirre J (Hedwige n'ent end pas.} GINA ,

plus [ort, - Hedw ige! ecal'tmll les mains, et lei uuü les yeu.x . -

llEDWIGE

Oui, maman. Chère lI ed wi ge , il ne faut pa s tant lir e. Oh 1 mumnn, laisse-m oi lire enco re un peu. Un tou t peli l pe u. GI~A. - Non , non, ferm e le livr e. Papu ne le veut pas ; lui -mêm e ne lit ja mais le soi r . llEDWIGE, fermant le licre. - C'est que papa n'en a pa s tant envi e qu e moi! GINA , déposant son. ouvrage, prend un crayon et un petit livre de notes. - Te so uviens-lu co mbien nous avo ns dépe nsé pour le beurre a ujo urd'h ui! GINA. -

llEDWIG fo; . -

HEDWi GE. -

Une couronne soixante-cinq,

C'est ju ste . (E lle 1Iole.) C'esl effrayan t , ee que nou s d épensons pour le beurre . Il y a auss i GINA . -

les saucissons, le fromage, el puis, voyons le j am bon, hu m (additionnant) voi lù déjà . .. Et pu is la bi ère , C'est vr ai , la bièr e ... (additlOmwn t). Ça fait un j oli chiffre. Mnis o n n'y peu l rien. llEDWIG E. El puis, co m me pap a é ta it abse nt, no us av on s pu nou e passer de plat ch au d à dln er . GINA . Oui, el c'es t bien heureu x. Avec ça, j'ai touch é huit co uro nnes cinquante po ur des ph ot ographi es. H EDWIGE . -

GINA. -

vraim ent ! Tant que ça ? Ju ste huit cnuronnes cinqua nte .

III:UWIGE. liL'U . -

(Lu sile nce. Gina rep ren d sou ouvrage Hedw igu prend du pap ier et un rra yon et se met à d c ~ ~ill cr, cu 1)1' Iu saut un aba t-jou r de la main g.ruchu.) J1E1lWll ij : N'est-ce pas amusant que para ail él é invité a un gra nd dlner chez monsieu r \\'e rl ~ t GINA - On ne peul P,lSdire qu'il dîne che ... mun sieur W er-l é. C'e-t le fils q ui lui a envoyé un e invi ta tion. (Ulle pouse.) No us n'avons rien à d émêler avec mon ..ieu r W erl é. lIEDWI G8 . J e me réj ouis ta nl de vo ir rentrer papa . Il m'u promis de m'apporter qu elque ch o-c de bon qu'il voulait dem and er pou r mo i à madame

Sœrby. GI~A. -

Oui, il y a de bonnes choses, là-bas, t u

peux ;0' co m pt er .

ucuwu.e, dessme, pendent la scène suivante . EL puis , ilm c -emble qu e j'ui un peu faim, ~ai:'- l ". (Le vu-il Fk.lal en t re par la POI1(' du pa lier , ~O Tl ro uleau de flapie;' l'ons le Lr ,H. Un au tre paquet sor t de la poche Ile l'a re.li ugote.)

Comme grand-pe re re nt re la rd ce so ir . Ils avai ent fermé les bu rea ux . Obligé d'att endre chez Gra berg et de passer pa r .. . IIU)\\'((~~. - rf 'onl-I1s do nn éde ln no uve lle copie, grnud- pcre ~ 1:1\11.\[. . Oui, tout ça. Vois un peu. lil~.\. - C'c:-ltrl's bien . GLU. -

EKD.H" -

3.

LI':

El

IILDWIGI::. -

1~.\:-;. \ 1l11

Ù,lII'i

:-;.\L\ \1;1;

ta puche, tu a... encore un

paq uet . Comment? Des bètises ; il n'y il rien ?u tout. (Posant sa canlle dans tm C/1ll'-) Ca va fa ire de l'ouvrage pou r lon g tem ps, (Jina. (Il entrouore la por te du (ond) Chut ! (Il regard,! Wl momenl à L'intérieur, puis referme la porte euec precaution , lIÜ! hé! Ils dorment tous en-emhle , II es t m êm e couc hé dan s le pa nier . li é hé 1 EIi:DAL. -

Es-tu bien sùr-, grand-père, qu'il n'ait

IlEDWIGE. -

pas fr oid d ans le pani er? EK DAL . QuellC': idée! Froid , dans to ut cc foin ? (Il se diri ge vers la seconde porte li fJaurhe.) Je trou ver a i des all umettes? GIX.\. - Les allumettes sont su r la commode. Œkda l entre dans sa chamhre.) DED' \1.GE . Comme c'est bien qu'on ait donné to ute ce tte copie à grand-pere. G I ~Ü . - Oui , pauv re g rand -pè re, il pourra gagne r un pe u d 'a rg ent d e poch e . lI EDWlGE . E t p uis, çà l' em pêchera de pa-sor tou tes ses ma tin ées da ns le r esta ur ant de celle Ma dam e Er ik-en. Gl:'iA. -Ab, oui 1

(Court silence.)

Crois- lu q u'Ils soient encore ,'l table? Dieu le sait 1 (' 'c-t Lien pos-ihlc, ma

lI EOW1GE . - t.;liiA. -

fui.

47

nrnwrcr. - Pen-e un peu, comm e papa a c u
lIF.OWIGE, -

Ce soir, ce n' est pas nécessa ire,

lil:'l A . Ça ne gâte ra it rien , tu sais . Et cette clru mbre ne nom; ser t à rie n .

J e voul a is dir e qu e pa pa sera ga i cc soir q ua nd mêm e. II vaut mieu x que nou s ayon s la cha mbre en réserv e pour une a ut re fois. GIXA, la )eqardant, Tu es conte nte d'avoir une bon ne nouvelle â. a nno ncer à papa lor squ 'il rentre le soir! HEDWI GE. -

1II:0WIGE. -

gaie.

Oui, la maison est tout de suite plus ..

CIX", se pa rlant à elle-même. - Oh oui ! il Y a d u vra i Ft ded an s.

(Lt' vieil Ekdal rentr e et se dirige vers la prcrniêre porteà gnucbe.) Gl:"\ A, se retou l'nan t à demi. Granet-p ère besoi n de qu elque chose à la cuisine ? EKDAL . Duit o ui, ne te dérange pas .

il

(Il sort. ) GI:"\.\ . -

II ne va pas fuuill er dan s les cha rbo ns,

48

L I<: C.\:'\ .\11 0

~ A U V AG E

j'esp ère! (Attendant lm ins tant .) I-Iedwige, va donc voir ce qu'il fa it. (Ekdal rent re, un e petite ta sse d 'eau bouillante à la m ain. } OEDWI GE . - Tu es a ll é che rc her de l'ca u cha ude, gran d-père! EKD AL . Oui, oui, j'en a i besoin . Dois écrire;

l' encr e est devenu e épai sse co mm e du g r uau , hu m . GINA. - Ma is gra nd-père devrait man ger d'abord. Le so upe r est l à qu i a tte nd, EKDAL. J e me passer ai de souper, Gina. J e suis tr ès occupé, te dis-je. Per sonn e ne peu t entre r chez moi. Per sonne, - h um.

(II rentre dan s sa cha mbre . Gina et Hedwige s'en tre rega rdenr. } GINA , baissant la voix. Explique-m oi, si l u pe ux, où il a tr ouv é de l' ar gen t. llEDWI GE . C'est peut-être Graber g qu i lu i en 11 donn é. GINA . .Mai s non. C'est toujo urs à moi qu e Graber g en voie l' argent. DEDWIGE. - Il a ura pris une bouteille à cr édit qu elque part. GtNA. - Pauvre g ra nd-p ère , on ne l ui donnerait ri en à crédit:

(Hia lmar Ekdal e ntre par la uorte de d roite . Il est e n pardessu s, u n chapeau g ris en feutre mou sur la t éte.)

I. E

r. A~,\ R U

SAU VAG E

49

GL''iA, jetan t son OUVl'a [Je et se levant, Cornment, te voilà, Ekùal ! UEDWIGE, bondissent , Déjà r en tr é, papa ! UI.\ L:\l A R, litant son chapeau, Tou l le mo nde doit ëtre pa r ti, il l'h eure qu'il est. UEDWIGE. De si bonne heu re? UlAL:\I .\R , - Ma is oui , pul-que c'était u n dîne r.

\JI fait un mouvement pour ôter son panlessu a.) GIXA , -

Laisse-moi t'aider,

UI;DWIGE. -

Et moi a ussi .

( Elles If débarrassent de son pardessus , qu e Gina va sus pendre à un clou ail fonrf.) UEDWIGE , -

y a vait-il beau coup d e mond e,

papa t JIIALMAR. -

Oh , non 1 n ou s étions de douze il

quatorze personn es à table, GIXA . Et tu as pu leur par ler à l ous ? U l.\L~AR. Oui , queèq ues mot s, Mais il y avait Grég oi re, q ui s'es t emparé de moi.

Grégoire est-il toujo urs aussi laid! llBUI.\R. -II fi 'est pas bien bea u, c'est vrai. Mon GIXA, -

pere n' e-t pas encore rentr é ! ll EDWl GE, -

Si; gra nd -pe re s'e- t enfer mé pour

écri re . lllALM .\R . -

Gl).:A. -

Il n'a r ien dit 1 qu'aurait -il dit? Il n'a pas ra cont é que ! ... .. 11 me

:\ PIl :

U1ALYAI\ , -

semble avoir entendu qu'il a été chez Grnberg. Je vais entre r chez lu i un in st an t, Non, non , n'entre pas. Pourqu oi ! A-t-il dit qu'il ne voulait pas me voir ? G l~A . J e crois qu 'il ne veut voir per sonn e ce soir. IIEDWIGE, lw' faisant lUI signe. - Hum hu m l GINA, qui ne la remarque pas. - Il s'es t pr ocuré de J'ea u bouillante tantôt . IlTALMAR. Ah , il est en train de 1..• GINA. Oui, c'est possibl e. GI:-JA. -

DIA!')!.'R. -

fiIAL;,uR . .Mon Dieu , mon pa uvre vieux père !... Penson s à ses che veux bl an cs ! Laisson...-le se régaler à son aise.

( Le père Ekdal ren tre, fumant une pille. Il a

Jl:l.<;~l!

sa robe de chambre .) E KDAL . -

Rentré t Il m' a bien semblé reco nnaîl re

ta voix. nIALMAR. -

EKOAL . -

Je vien s de rentrer. Tu ne m 'as pas vu passer , di!=;?

Non; mais on m'a di t que tu vena is de passer, el alors j'ai voulu te rejoindr e. EKDAL. Gentil à loi, Hialmar. Et tout cc mond e, qui éta it-ce , d is ? IIIAL\lA R. Oh ! il y ava it plusieurs per-onnes : le cha mbella n F lor, ct Je cha mbella n D:lll é, el le ll[AL:YAR. -

I r: C.\:'\ \HO S.\ l' Y.\r. E

~

1

rh rnbellnn 1\ rsperse n, d ie chambellnn un lei; je II {'

me souv iens plu s .. .

hoclmnt la tête. - T u entend-, Gina! Il été dans une société où il n'y av ait q ue des cha mLellans, ri en q ue de5 cha mbe llans. GINA. La mai son es t d evenu e très éléga nte, c'est s ûr . Les cha mbel la ns on t-ils ch a nt é, IlEDW IGE. P'P" ? Ou peu l-êt re q u' ils onl r écité q uelq ue EKD.\L,

ft

chr... e! IIl\LMAR. Non ; ils n'ont fait qu e bav arde r . P uis, ils o nt vo ulu me faire d écl am er; ma is j e n'a i pas vo ul u. EKDAt . - P a s vou lu, di s-t u ! GINA. - Tu au rais bien pli le fair e, il me semble, 1II.\L:\1.\R. Non ; on ne doi t pas être à la so nne tte de toul le m onde . (Se promenant pal' la chnmbre. ) Dan s tous les cas , ce n' est pa s da ns mon caractè re . • EKDAt . t'on , non , Hial m ar n' est pa s un h om me à ça. lui. IltADnR . J e ne vois p a~ po u rq uo i j e me cha r gerai ... de divertir les a u tres , po u r une fois q ue je r ai:'. dan- le mon-le. Lei; au tres n' ont qu'à s'éc h iner . Cev gnilla rd- -lù ne von t-ils P,B de mai son en maison , bo ire el m anger, el cela tou!'; le.. j our-s d e l'a n née? Qu'il ;;; a ien t la bo nté . alors , de se r end r e utile.., en écha nge de tout ce q u'on leur offre .

Il

CA:\.\1l1J St\UV .\GE

Gl~.\.

-'T'u ne leur as pas dit ça, au moin s? [redonnant . .- Oh, o h , oh! Il s Cil ont ent endu un peu s ur tou s les ton s. EKDAL . - Vraim ent, si ch ambell an s qu'il s so ien t ! lIJAL\IAR. Cela ne leur a se rvi il. ri en. (ChanfjPmll de t on. ) Aprè s cela, nou s ay on s eu un e petit e dispute au sujet du tokay. EKDAL . - Du tokay.di s-tu? Un vin très lin , su ne d ou te t UlA DI\R, s'an·han t. - Il peut être tr ès fin . )I ais les ann ées ne -unt pas éga le me nt bon nes vois-Lu. Cela dépend du plus ou moin s de so leil qu'il y a IJL\L.lI.\II ,

CLI.

GI~A. EKDAL. -

T u sai s tout, Ekdal ! Et ils on t pu se disputer à ca use de

ça ~ filADIAR . Il s o nt manqu é le faire; mai s alo rs ils ont appr is que les cha m bella ns so nt dan s le même ca s. Pou r eu x au svi, il y a ann ée et an née. On le leur a bien dit. GL'i'A. Tu trouves touj ours le mot qu 'il fa ut. EKO.U . Ti en s, ti ens! Et ils o nt a va lé ça ? UlAL'IAR. En plein. EKD\L. Tu ente nds , Gina, il leur a envoyé ça en plein, il tou s ces cha m bellans . GI~A. Vraim ent! En plein! UlAUlAIl. Oui; ruai s je ne veux pas qu 'on en parle. 11 ne faudrai t pas répandre ces choses -In.

LE

C A~ A H IJ

S A l' YAGE

--- - -

-

-

Tout cela, d'ailleurs, s'est passé entre a mis. Ils sont tous si gent ils, de si bo nne com pos itio n . Je n'au ra is pas vo ulu Ica blesser , po ur sûr, EKDAL. Pourtant il" l'ont reçu e n ple in. llEDWIGl:: , insÙlllan te. - Comme c'est a musant de le voi r en ha bit. Tu te prése ntes bien en ha bit , tu sui-, papa. UI.\LlI.\R. 'est-ce pas'! T u trouves'! C'est qu'il me va très bien, ce t habit. On dira it presque qu 'il a été fuit po ur mo i. Peu l-être un peu étroi t aux entournures. Aide-mo i, Il e lwige , (Il flle Lkabit , ) J e pr éfère passer ma jaquette. Où est ma jaquette, Gina t GINA. - Voici. (Elle lui pré ente la jaquette el l'aide à la meure.) llIALYAR . A la bonne heure! N'oublie pas seu le ment de rendre l'h abit à Mal vik dès dema in mat in. GIXA, mettant l'habit de -edlé. So is t ra nquille . IIIALM AR , s'élÙyml. Ah! on se sent plu s chez soi, ainsi. Et pu is, ce négti c é convient mieu x il ma manière d'être. N'est-ce I)US , lledw ige 1 llEIlWIGE. Oh ou i! papa. llIAD IAR . Si je fai sais flot ter les bout s de la cravate ~ liens, com me ça. Qu'en di-cru '! UF.DWIGE. - Oui, ça va bien à ta ba rbiche et à l a masse de che veux crép us.

L E CA:" A R n SAUVAGE

UI\LM.\R . -

P as exacteme nt crép us; pl ut ôt ho u-

rl és.

llEDWIGE. cles .

C'est vrai : t u as de -i g ra ndes hou-

C'est cela. : des boucles , DEDWIGEJ après un moment, le tirant pm' sa [a queue . - Papa! mA LMAR. Eh b ie n ! Que Yeu x-tu? n EDWIGI~ . - Oh ! tu snis bien cc qu e j e veux. llIALJI .
lIT,UMAR . -

Vra iment non, je n' en sa is rien.

d'une voix plaint ive, souriant. - Que si, pa pa l Tu ne vas pus me tourmenter plus long temps. lIIALJL\ R. Mais q u'e st-ce qu 'il y a donc? llEDWIGF;, le secouant. Eh bien , n nn, lu vas m e les donner ma intenant L. . T u sais bien, les bonnes cho ses que t u m'a s prom ises , ll U L»AR. Bon ! Voilà que je les ai ouhli ées ! ll EDWI GE . T u veux me taquine r, pap a! Tu devrai s avoir honte, voyons ! Où c'est-il cac hé ? DTAL:\IAR . Vrai ~ J 'ai oublié . .lIais attend s un peu. J 'ai là q uelq ue chose d'au tre pour toi, Iledll ED\VlGE,

wi ge. (II pre nd J'habit et cherch e dans les poches.) 1J EO W I G 1~ ,

sautent et battant des mains. - Oh, mama n, mam an ! IHAI.YA R, th'Wl e tme {euille de p ap ier, - Tiens, voici.

LI:: 1; ,\:'i\IlU

lI En WI GE. -

S.\ U V A( ~ E

ç:J. ! C'est u ne feuill e d e papier, vnilà

to ut. IIL\ UIAR . C'est un m enu, petite. Le menu du dlner . Tu vois : c'es t écri t de-sus. m:D\\lGE. - T u n'as que ccln f

Puisqu e j e te di, que j'ai oubli é. C'es t u n so t dive rtisse me nt q ue tout es ces fr -land i-es. Assied s-toi 1;\ el fais la lecture du m enu. J ~ i f' d écrirni ens ui te le g OLil des plats . Eh bi en , llTALMAH . -

I ledwi ce ! J1EDWIGE ,

avalant ses lam !es. -

(Elle s'a ."iNl, mai ne lit pas.

Merci. a mère lui fait nn

signe. Hialm ar If> remarquc.) llIA LM.\R ,

arpentant la scène. -

C'est incr oya ble,

tou t ce qu'u n pè re d e fa m ille doi t se ra pp eler. Et s' il oublie la moi ndre des c hoses , - vite 0 11 lui fa it gri-e min e. All on s! on s'h abit ue l\ tout. (Il se "op proch» de SOli p ère, assis près du, 7Joële.) As-tu j eté un coup d' œil là dedans, ce so ir !' Di5l. 1 p ère. EKIU L . J e cro is bie n . Il es t entré dan s le pa nie r . llI\LMAR. Ah 1 il es t entré da ns le pa nier ! Il comme nce il s'hab ituer . EKDAL. J e te le d isais bi en. eu le me n t il ~. a ura it q uelqu es cha nge me n ts ~L fair e. voi s-lu l'our... 1IT.\T." \1\. Quelqu es p erfect ionn em ents, ou i. E KD AL . Il raut le.; :' faire, sa i...tu .

lIIAUfAR . T r ès bien. Pa rl ons un peu de ces perfectionnem ents. Vien s, pere. Asseyon s-nous la , S Ul' le so fa. EKOAL. Oui , o ui.. . Il fa u t d'a bo rd que je bou r re ma pipe . Ell e es t un peu sale aussi. Il faut la cure r . Hutu.. . ·

(JI entre dans sa chambre.) GI NA,

li Hiulmar, en sourient, -

Eco ute , il cure

sa pip e. III ALMAR . -

E h bi en , ou i, Gina, laisse-l e fa ir e;

-

pallue vieu x na ufragé ! - Ces améliorations, il faut les entrep re nd re dema in, pour en être

qu ill e. GINA .

-

Demai n, Ekda l, tu

n' au ras pas le

tem ps .

interrompant. - Oh q ue si, m a ma n ! A ca use d e ces épreuves à l'd o uch er. On est venu les demand er si so uve nt . UB LYA R. Allons, bo n, enco re ces épreuves 1 C'est bien , elles se ron t pr èles. Il y a peut-être c u de no uvell es com mand es a uss i ! GINA. Hélas, non ! Dem a in , j e n'ai que ces deux portra its il faire, tu sais bien. Ul AUIAR. Rien d 'au tre ! Mon Dieu, non , q ua nd o n ne se d onne au cun e peine .. . GINA . ) Iai s qu e pub -je fait e ! J e pu bli e d es annonces, tan t q ue je peux. UIAL;\IAIL J1. 1I 11 les a n no nces! T u vols hien il lJ EIJ\r IGE ,

GiNA. -

quo i ça sert , Et il n' est venu person ne pour la cha mb re? GINA. Per sonn e ju squ' à prése nt . DIA..l.JiA R. Il fallait s'y attendre. .. Qua nd on ne sa it pas s'y prend re .. . T u sa is, Gina, il fau t se secoue r. UEDWIGE, !~·app,.orlimlt de t ui, Faut-il qu e j'a ille cherche r la flût e, papa '! lllAL:\IAH. Non , pas de ü üte t J e n'ai pas besoin de joie da ns ce mon de 1 (Marc/wll t.) Assur ément oui . je me mett rai a u t ra vai l dema in: on peut .Y com pter. Je tr availl erai , ta nt qu e j'aurai des forces. GINA. Yoyon s, mon bon , mon che r Ekdal , ce n'e..t pas ai nsi que je l'e nten dais. HEDWlGE . - Papa , ne veu x-tu pas qu e je t'apporte un e bo ute ille de bière t DIAL)(AR. Non. J e n'ai besoin de ri en , moi, ("ar>·~lan l .) De la bière! De la bière, d is-lu ? llEDWlGE , empressée. Oui, papa, de la bonn e bière. bien fraîche. • llIA UlAR. AHan s, pu isque lu y tiens ab solum ent, lu peu x ap port er une bouteille de bière . GINA. Oui , c'est ce la ; vas en che rc he r une : nou s a llons nous do nner un peu de bon tem ps. (Hedwige se précipite vers la por.a de la cuisine .}

près du poêle, I'arr éte, la rega rde , lui saisit la tête et l'appuie contre sa pon rine, - ll edwi gc, ll edwige ! m AuIAR,

LE

CA~.\ nD

SAU V AC:E

pleurant de joie . - Papa chéri ! Non , ne m'a ppelle pas ainsi. J e me suis assis à la tabl e de ce ri che, chargée de mets exquis , et j e m'en suis délecté 1 J'aurais pu d u moins!... GINA, assise près de la table. - Des b êtises, Ekdal, des bêtises. UfALMAR. Oh non! :\Iais il ne fau t pas m' en vouloir. Vous savez bien q ue j e vo us aime tout de mè rne, UEDWIGE, liujetant les bras autour du cou. - E l nous, papa, no us t'adorons J UIALYAR. Et s'il m'arr ive d'être fanta sque qu elqu efois, mon Dieu, souve nez - vous de to us le; cha gr ins dont je subis l' assaut. Alions ! (Il s'essuie les yeux. ) Pas de bière en un pa rei l moment , donn e-m oi la fl ûte. Il EDWIGg ,

III ALl\L\R . -

(Hed wige se pr ècipite vers l'éta gère et apporte Ll üùte .} UlALYAH . -

deu x

Mer ci. Là. La flûte en main s el Oh!

r OU 5

a mes côtés.

(Hed wige s'ass ied à la ta ble. à coté de Gina. lIia lmar arpen te la pièce, attaque fcnerneru l'instrument et joue une danse populaire tch èq ue, eu lui donna nt un car ac tère élégiaque et senn meutal .) u[ALMA.R,

s'iuten'ompant pour tendrela maingauche

ri Gina. D'un ton ému. - On a beau être il l'ét roit sous notre h umble toit, Gina, ce n'en est pas moin s le foyer. Et je le le dis en r éri té : il fait bon id. ( li se reme t à Jo uer. Ou trappe ;i la porte u'euu ée.)

LE

CL'U,

cx xx nn

se levant. -

SAU V \ C E

Ch ut, Ekdal, je crois qu'on

vient. lllAUlAR,

remettant la flût e sur l'étagère. - Bon 1

Voici que ça recommence. (Gi na va ouvri r la porte.)

sur le seuil. - Pa rdon. reculent un lJeu. - Oh? GHÉGOU\E. - Est-ce ici qu e demeure M. Ekdal, le photograph e? GUÜ. Oui, c'es t ici. IIl\L:ll..\R , allant à la porte. Gr égoire! Tu es venu malg ré tout. Hé hien! entre . G n f~ GOlRB, ent rant - Je t'ai dit que je viendrais, ce soir . 1IIALMAR. Pourquoi ce soir ? -- Tu as qu itt é la réunion? GHI~G OIRE. - La réun ion, et la maison paternelle, l'un e el l'autre. Bonsoir! madam e Ekdal , Je ne ~a i ... !,as si \" ou ~ me reconn ai..-ëz. • G I~ :\ . Bien S IÎ l' : mon sieur Werl è fils n'est pa .. ditllr ile à reconn attre. GRt:GOIRE. Non , je r essemble à ma mère. El vou s ne l'avez pas oubliée, j e pen se . UlALMAR. Tu as quitté la mulson, dis-t u ' GIlI::r.OIllE . Oui , j 'a i Pl'Î." LIlle chambre à l' hûlel. Il I.\D1 AR. Vrniment î H é bien 1 Puisqu e te vo ici, debarrasse-tel de LOIl pardessus el pr end s place. CHÉGOIRE WEHLt ,

GINA,

00

LE CA.\AHlJ

GBÉGOJRE. -

~.\U \.\ta:

M erci.

(II ôte eon pardessus. Il il chang(' di' costu me et rev êtu un simple complet gr is, d e co upe call1l';t:;n' lI'dc.) DL\LMAR . -

Mets-l oi à ton a ise ..• lit, s ur le so fa.

(Grégoire s'ass ied s ur le sofa. Ihalm ar sur une chaise , près rie la ta ble.) GRÉGOIRE,

promenant un regard dans la pièce. -

C'est don c là ton in tér ieur, Hja lmar . C'est ici que lu demeures! III ALMA R. Ceci es t l'a telier , comme l u vois . Gl:'iA. Il Y a plus d'espace da ns celle pièce ; c'es t pou r cela q ue nou s nou s y ten ons de préfé-

rence. urAUIA R . - ~ O Il a vons été mieux logés, d'abord . ;\la is ce logement a un grand avantage : il y fi de superbes chambres d e débarras. G I ~A . - El pui s e n face , su r le même pa lier, nous avons une cha mbre qu e no us pouvons louer. GRÉGOIRE, à Hialmar, - Tiens, tien s, lu as des loca ta ires? m ALllAR. P as en core. Tu s a is, cela ne "a pas si vile. D fa ut se do nne r de la pe ine. (a Hedwigr). Eh bien! Hed wlge , el celle bière.

(Hedwige fait un sign e d'assentiment et va à la cul sîne.} GRÉGOIRE. IlI ALMAR . -

GRÉ GOIRE. U1AL lL \ H -

C'esl là la I1 l1 e? Oui, c'est lJedwige ! Une enfant un iqu e , n' est-ce pas ? Oui, une enfant uni que . C'es t no tre

LE CA :'1 A H IJ SA U VA G E

6t

plu s gra nde j oie dan s ce monde, mais (baissant la voix ) c'es t a uss i no tr e plu s g ra nd so uci, Gré goire. L:n~GOmE. - Que dis-tu là1 ll L\ U l AH. Oui, mon a mi. Elle est en danger de perdre lu vu e. CRÉG01RE. - Men a ç ée d' être aveu gle! U1ALMAR . Oui. Ju squ'a pr ésent, il n'y a que le s pre miers sy m ptô mes . Cela peut durer quelque tem ps enco re. Mai s nou s som mes avertis par le médeci n : c'est irrémi ssibl e. GHI~GOmE. -

Quel terrible malheur 1 D'où cela

lui vient-il? llIA LMAR,

avec un soupir . -

C'est probablement

h ér éd itaire.

frappé. Il ér éditaire î La mère d'Ekdal a va it la vu e faible.

GH8cOIRE, GINA. -

-c-

llI ALMAR. Oui ; c'es t ce qu'affirme mon père. Qua nt à. moi, j e n' ai ga rdé a ucun so uve nir d'ell e.

GHÉGOlB E. -

Pau vre enfa nt ! Et coÎnm.ent sup-

porte-t-elle cela! llI ALi\1AIL Tu co m pre nds, nou s n'avon s pas Je cœu r de le lui dir e . Ell e ne se doute .pa s du dan ger. J oyeuse el insoucia nte, c' est en gazouill ant, en vol tigeant comme un pe ti t oisea u, qu'ell e: entre ra dan s la. nu it étern elle. (D'un ion accablé) Oh! mon a mi , qu ell e to r ture pour moi 1

{lIcll wil;C ap port e dl} la blère et de s verre s sur un pla[ca u, qu'elle pose 5tH' la ta ble )

62

LE

C A~ A HU

SA U VA GK

DlALlIA" , lui passant la maill sur la tête. - 'I PfCi, merci, Hedwi ge. llED WlG E, passan: le bras autour du COll de son p ère lu i murmu re quelque chose à l'oreille. OJALMAR. Non, pas de tar tines en cc moment. (Regardmlt r;"égoire) A moins que Grégoi re n'en veuill e GRÉGOIRE, [aisant ml. signe de ,'e{us.- Non, merci. ntALMA R, d' une voie émile. Allons! Tu pe ux nous app or ter q uelq ues tartines tout de même. S'il y a une croute, c'est tant mieux. E t puis, il î

faudrait l es bi en beu r rer, lu sa is. n EDWIGE {ait un petit siç ne satisfait el retourne à la cm"sîne. GRÉGOIRE,

qui l'a suivie des yeux . -

Elle a ce-

pendant un a ir de Ir utcheur el de sa nté . GINA. - Oui , il n'y a pas à se pl aindre po ur le re ste. Dieu merci, il ne lui manqu e rien de r ien . GRtGOlRE . - EUe vo us ressem ble, mad a me Ek-

da!. Quel âg e peul-elle avoir? GINA. Hedwi ge a ura ta nt ôt qu atorze ans. Après-demain, c'est so n jour de nai ssance . GRtGOlRE. Ell e est assez g ra nd e pour son

Age. G1NA . -

Oui, elle est montée en gra ine, l'an der-

nier. GRÉGOIRE. -

C'est en voyant gra nd ie ainsi les

enfants, q u'on s'a per çoit de l'âge qui vient.

LE

c vxvn u

G3

S.\UVAGE

Combien de tem ps y a-t-il q ue VOU 5 êtes mariés! GI:\A. Nous so m mes ma r iés dep uis, - oui, depui s bientôt qu inze a ns. GHtGOIRE::. - Vraim ent , il y a si long tem ps q ue

cela! GI:'lAI

le reçardtuü avec Il /US Jouenticn. -

P our

sùr que o ui. UI.\L!lI.A R. Cer tain em ent, quinze uns , à qu elqu e- mois pr ès-" .Changeant de ton.) - Cela t'a palu long, tou tes ces ann ées pas- ées à l' usine, dis , Grégoi re? GH(:GOIRE. Cela me parai ssai t lo ng tant q ue j'étais là ; - maintenant, qu e j e regard e en arri ère, je ne sa is pas co rnment Ie te m ps il pass é.

(1.(' père Ekdal rent re, !;,IIIS sa pipe, une \j ri1lt' casque tte d'uniform e sur la t ète, d'un pas un peu chancelaut.) EKO.\L. All on s, Hia lmar , ma in tena nt nous pouvo ns nou s a sseo ir el parler de celle a tlu ire h ei n t... Qu'est-ce q ue c'éta it d on c ?

allant à sa rencontre . - Pere, il y a quelqu'un . Grég oire "r c r1~ : je ne sais si t u te sou viens de lu i. EKD AL, reqardan: Grégoire, qui. s'est ieo», W ei-lu t C'est le fils, ça '! Ou'est- ce q u'il me veut, 1Il .\Ul..\R,

l ui ? I1lAUI.\lL -

Hien . û'e st moi q n'i l vlent vo!r-.

6t

LE CAXAR II foi ,\UVA c, r

EKDAL. IIlAUIA R. -

Bon. Alors il n'y a rien d e no uvea u ? 'on, non, il n'y a rien .

BliDAL , at'ec tm moucement de bras. Ce n'e-t pas ça , tu sa is. Je n'ai pas peur . Mais... GRÉG OI RE, allant 'Cers lui. J e vo udrais seu-

le me nt

' -OU I'

donner des nouv el les de la chas-e.

Vous vous en souve ncz, lieutenant Ekdnl ? EKDAI.. La chnc:. se ? GntG OIRF:. - Oui, là-haut, aux enviro n s d' Ileydul . F.KDAL. -- Ah Dil i ! lü-hau t. On m'y con nais-ait hien, dan s Je temps. GRÉGOIRE. A l'ép oqu e o ù VOLI S étiez g ra nd cha sseur. ~ I\ D A L. - J e l' étai s, o ui. C'est bien possible. V Otl S r egardez J'u niform e. J e ne de ma nde il personne la permission de le port er ici. P Oli n ' li que je ne le port e pa ;; da ns la Tue.. ,

(Uedwige apporte les tartines qu'elle table.} UIAUfAR. -

po!;P

l'u r la

Meto:: · toi là, père, et pr ends un ve r re.

Sers-toi , Grégoire . (Ekdal m a rmot te quelque chose entre ses dents, et gag ne le sofa en trébuchant. Grégoi re s'a ssied sur une ch ai se à côt é d e lu i. Hralm ar prend place (le l'autre côté de Grégoire . Gina coud, ass ise il quelque distance de la table. Hedw ige sc tien t debout il côté de son pèr e . ) GRi~ G Om E . -

VOll S sou ve ne z- vo us .

lieutenant

Ekd al , du tem ps où lli alm ar et moi nous all ions \ ' O l1 S vo ir là hau t , a r\ucl ct en été 1

F.KO.\ L . Vou ;;; ètes venu me voir? Non , non, non , j e ne me so uviens pas de ça . "fa is ce q ue j'ose dire , c'es t qu e j'ai été un r ude chasse ur, moi. J 'ai tué des o urs . J'en ai tu é neuf, rien qu e ça . Gn l~GOIRE, le reqardant avec compassion, Et maintenant vou s n'allez plu s jamai s à la chasse '1 EKDAL . Dites pas ça, petit père... Cha ssons enco re de tem ps en tem ps.. . Pas co m me ça , non . .. Pour ce qui est de la for êt, vou s sa vez, - la for êt, 1.. forê t 1.. . (II boit.) Les bois vonl bien il l' he ure qu'il est ? li n f; GOIRE . Pas comme de vot re lem ps, On a beauco up abat tu. EKDAL. Abauu ? (Baissant la voix comme pris de peur.) C'est dange re ux d'ab attre . Ça ades suites. La for êt se venge.

DlALMAR,

"emplissant le vetre ri Ekda l. -

Al-

lons, pè re , enco re une go utte. GREGOIRE. - Comment un h omme com me vou s, habitu é a u g ra nd a ir, peut-il vivr e dan s la fum ée d'u ne vill e, en tre ces qu atre m ur s! EKOAL, souriallt /li. peu et cligllallt de tœi l à Il iolmor, - Oh 1 on n'e st pas si III a1 ici , pas si m al du tout. GRKG OIRE. Mais. . . Mais to utes les co nd itio ns auxq uelles vou s étiez Iait là-hau t, l'air fra is et vivifiant, la vie libre des Ior èts et des g rands plateaux, le gibier de plume et de poil '! <.

66

LE CA .:\ \ H U S A U L \ C E

EKDAY'l

sour iant. -

Hialm ar, veux-tu q ue nous

lu i mon trion s ? .. ll IAL:Y.AR, vivement aL'ec tm peu d'em barras . Non, non, père . Pas cc soir . GRI:;GOlRE. - Que veut -il me montrer ? lllALYAR . - Ob ! ri en. Tu verras cela un e ant re

rois. CIlÉGOTRE, s'adr essant de nouveau au vieux . Eco ut ez, lieuten ant Elidai: voici cc q ue je voulai s vous proposer: ven ez avec moi à l'usine. J'y retou rn e b ientôt. On VOu s tr ouver a d es ec ri tures, I?L comme ici. Aussi bien , vou s n'a vez r icn au m on de qui vous attach e ou vous int éresee. EKOAL, le requrdant avec stupeur. - J e n'a i ri en qui m'intéresse , mo i ! GRÉGOIIIE . Oui , vou s ay ez Hialmar. Jb i;; lui, de so n côté, il il les siens. El un homme comme vou s, qui s'e- t touj ou rs se nti a tt iré vers la nature libre et sauvage. . . EKDAL, donnant un coup de poing Sllr la table, llinlrnar-, il fuul Je l ui mont rer . UlAL:'1IAn . Voyon s, per e, ce n'est pas la pe ine. JI fuit noir , EK IU L. Des bêtises. Il y a cla ir de lune , (Il se l èce., Il faut qu 'il voie ça, te dis-je . Laisse-moi pa sser. Viens m'a ider, Ited wigc ! IIE DWIGl::. Oh , o ui, pa pa! 1IIA I .~ .\I\' Allons, bien.

I. E

C .\~ \ H Il

CIl ~:GOlR E li Gillll . -

sv r vvur

l,ji

(ju 'est-ce qu e c'e st donc "!

GI:'i \, Vous savez : il ne fau l pas se Ilg ur er que lque chose de bien extraord ina ire .

(Ekdnl et Htalm nr sc dingent " crs le fon d et écar ten t chacun une mo itié de la porte à couli sses. Hedwic e ail l" le vu-illa rd. Grégoire se nent debout prè s du sofa , ü m n cont inue t ra nquill em ent à co ud l' !'. Par l'ou vert ur r fil! fond, on e pereo lt 11llE" vaste man sa rd e de forme irr égutière . Par-ci par-là, des poutres, de s tuyaux de che min ée. 1)1)1' les lucarnes du toit. la tune éclaire en plein certaine p, l'lie du grenier, tandi o; que le re st e est plon g é dan s l'omb re), EKD .\L

à G1·égoire. -

Là! Ven ez. Appr och ez-

VOLI S.

c n(:cOlRE, s'apprcc han t. - Voyon s, Qu'est-ce que c'e ..t ? EKD.\L. Vo us po uvez voi r . Hum. lIIALMAR , un peu embarrossé>-: Tu sa is, tout ce la, c'est à mon père. GUEC01RE s'al'ance[ usquô: la porte et j ette tm coup d œit dans la mansarde, - Vou s éle vez. dt!'s poules, lieu tena nt Ekdall

Je vo us crois ! Nous élevons des poul es. sont perchées pour la nuit. 3lai:". si vous les voyie z en plein jou r, ces poul es ! EKDAL. -

EI1 ~~

El puis il y a ... Ch ut, - ch ut ; fa ul pas enco re le dire, GIÜ:GOIRE. Vo us avez des pigeons a uss i, à ce que

IIEDWIGE, EK DAL.

j e '"IIi<. EIiU\ L. -

TI "C pourrai t Il Il e n o us euss i ons dl':;;

08

LE CA:-lAH U SA U V A G E

pigeon s a uss i, je n e dis pas le co nt ra ire l 11 5 on t le ur co uvair là -b as, so us I'avant-toit. i. Vou s co mpren ez... I ls a ime nt à percher haut, les pigeo ns. IIIALMAR.

-

ll n'y a pas que des pigeons ordi-

n aires, tu sais. E K DA L . Ordinaires! Il me se mble qu e n on 1 NOLIs avons de'> pigeons cul ùutants ; et puis, une pa ir e de grands-gosiers. Venez ici, main ten an t. Vous voyez celte huche, là-bas, con tre l e mur ! GB F::G OlH.E. Oui; qu 'e st- ce q ue VOtlS en fai tes ? EKDAL. Les lapin s dorment l à dedan s pen da nt la nu it, pe tit pèr e . GRÉi.iOIR E. Com me nt ; vou s a vez au ssi des l apins ? EIWAL. -

Je cro is, fichtre, bien,que

n OLI s a vo ns

des la pins ! Dis d on c, Hialmar, il dem an de si nous a von s des lapins. .. Hum 1... Mais main ten an t, voici l'essentiel . Main tenant , c'est l'essenti el! Ole -toi de là, Il edwt ge. Mett ez-vous là , comme çà; à pré aenl, regard ez la-ba s. Vou s voyez un pani er rem pl i de foin? GRÉGOIR E . Oui j et j e vois qu'il y il un oise au dan s le pani er . EKDAL. Bum, .: un oiseau 1 :J GRÉGOIRE . C'est un cana rd , n'est-pas '! EKDA L , froissé. - Evi demmen t: c'e-t un canard. lHALMA R. .lIai s quel esp èce de ca na rd cro is- tu que c'est 't

LE

CA~ARD

69

SAUVAGE

- -- - - - - - nEDWIGE. - Ce n'est pasun canard ordinaire. Chut ! OnlCOIItE. - Cc n'est pas un canard lurc.

ERO\L. -

EKD.\ L. -

Non , mon sieur w ert é, ce n'e st pas un

canard lurc; c'est un can ard sa uvage, là. GRÉGOIRE. -

Yrairn ent

î

Un ca na rd sa uvage?

Il EKO.\T" -Oui: un canard Mtl\'age. Ccl I : oiseau , ~

comme vous l' ap pelez, - c'es t le ca na rd snu vture , entend ez-vous. Nolre ca na rd sa uvage , pet it pèr e. lIEOWIGE. - M on can ard. Car il es t moi. GRI:GOIRE. El il peut vine da ns ce gren ier? il à

s'y trouve bien? ERDAL. -

Vou s co m pre nez : il a. un baqu et rem-

pli d' eau pou r bar boter dedans. IIUL:'> IAR. El tic l'eau fraîch e tou s les deux j our s. CL'i" , s'adressant à ltialmor, - )Jais, mon che r E kdal , il cornme nee à fai re un froid glac ial, ici. EIOHL . Hu m .. . Fa ut f crm er, al or s. Paut pa s déran ger leur so mme il, non plus. - Voyon s, IIedwi ge, viens m'aid er. (Hialm ar et Hcdwlge referm ent la nort e d u grenier.)

Une au t r-e fois, vous po ur rez mi eux le voir. (Il ,assied dans le [auteui l, près du poêle.) Oh, ils so nt s urp re na nts, ces canard s sa uvage s, sa vez-vou!'. GIlÉGOII\E, Comment avez-vous fait po ur I'aurupper, lieut ena nt Ektlal? EKD.\L. -

70

LE CANA n O SAU VAC E

C'est pas moi qui l'ai a tt rapé . C'est à certa in per son nage de celle ville que nou s le devon s. GR ÊGOIHE, avec un mouvement . - Ce person nage, cc n' est pas mon père ? EKDAL. - Si, parfai tement. C'estj ust emenl votr e pèr e. Hum . lllALMAR. C'est d rô le q ue tu l'aies devi né , Grégoire. GRÉGOIRE . - Tu m'as dit avo ir ta nt d'obli ga tions envers mon pèr e. J' a i pensé ... GINA . Mais ce n'est pas d e ïf. \ Vcrl é lui-mêm e qu e nou s l' a von s r e çu... EI\:O,\L. C'est tout de même il Jean Wei-l é que nou s le d evon s, Gina . (A Gri{joi1'e. ) Il fa isai t la chasse en bateau, voyez-vou..;, Il lire dessus . Ma is il voi t si ma l, votre père. 1Iul11 . Il n'a fuit que l' estro pier. GHÉliO lllE . - Quelqu es pl omb s d an s le corps. IIlA LMAR. Oui. d eu x o u trois plo mbs . II EDWIGE. Il a été louché so us l'aile, de soruqu 'i l ne pouv ai t pl us voler . GHÉGOIRE. Il est a llé a u fond , bie n en te nd u. EKD.U, à moitie endormi, la bouche péteuse , Nat ur elle men t. Il s font touj ours ça, les cnn nrds sa uvages. Vo nt nu fond, tant q u' ils peuven t, pcüt père ; - se retienn ent avec le bec dans les her bes marin es elles ro sea ux - el cl ~d'" toutes les ::(1EK DAL . -

L E CA N'A H U

sx u vvu e

71

let és qu i ge tro uven t là-bas, - ne r em ontent plu s jamai -. GRtGOTRE . - Mail;l, lieutenant, vot re canard sa uvage es t bien remonté, lu i. EKDAL , Il ava it un fameux chie n, votre pèr e,11 a. plo ngé, ce chien, el il a ra me né le ca na rd . (;B~;GOlRE, cl H ia/mal'. Après cela, c'est vous qui l'avez eu . Ul ALMAH ,- Pas tout de su ite; d'a bord , il est r est é chez. ton père, mais il ne se trouvait pas bien là ; Alurs Petersen reçut l'ord re de le tue r. EKDAL, presque endormi. Hum, oui, P etersen , - celle morue. llIALlIlAR, baissant la »oi». C'est com me cela , vois-tu) qu' il est venu chez. nous. Mon père, qu i connatt un peu Pe ter-sen , a app ris la chose et s'est arran gé p our q u'o n nous le cédâ t. GRÉGOlRE. - Et le vo ici ma inte na nt pa rfaiteme nt h e ureux dans ce grenie r. • UL".LMAR . Oui, mon che r, parfaitem ent heu reux. Il a engraissé. C'est vra i qu 'il est là depuis si lon gt em ps, qu'il a ura oublié la vie sauvag e, et c'est tou t ce qu'il fau t. GRtGOIRE . T u as pa rfaite ment ra ison , Hialmal'. Prend s ga rde se uleme nt q u'il ri-aperçoive j amais le ciel et la mer . - Ma is il fau l q ue je m'e n aille . Ton père do rt , je cro is. lllALl'dAR. - Oh, pon r cela •••

L E (;. \ \ \ 11 11 S.\U \' A G E

72

GUl:GOIRE. - Ah , c'est vr ai , - lu disais ta ntô t qu e lu ava is une cham bre à lou er, u ne chambre

li bre. ll LUYAR , -

En effet. Que veux-tu di re '! Sa ur a is-

lu q uelqu 'un '! GRÉGOl RE . -

Veux-tu me la lou er, cet te cham -

b re t A toi '! A vous, mon sieur Werl é ?

lllALMAR. -

GINA. -

GnÉ GOIHE. Si j e lou e celle cha m bre, j e my inslallerai dès demain matin. lIlALMAH . Tr ès bien. - Avec le plu s grand pl ut-ir. GINA. - Non, m on sieur Werl é, ce n'est pa s une ch ambre pour vou s, bien sû r . ULHMAR. - Voy on s, Gina, pourquo i d is-lu cela? GINA. Parce {lue la cha mb re n'est ni a ssez g rande, ni assez clai re, el.. . lsHÉGO IR E . Peu im porte, mad am e Ekdul. HlA L:llAR . Il me se mb le qu e c'es t une ge ntille ch amb re el pas trop mal me ublée. GINA. - .Mai a so uviens- to i des gens qui demeur ent en bas. GR É GOIllE . Qui est-ce f GIN A . Oh, l'un est un a ncie n préce pte ur . 1IIA L:\IAH. Le ca ndidat Molvik . GI NA. L'a utre C:-tUIl médecin , ùu nom de HeIIing.

LB

Glti:GOIRE . -

C.\~ A R ll

S AU V AG E

llelllnrr t )Ia i" je le connais u n peu ;

il a été pcudaul quelque ternp -, médeci n à lleyd al. CL'U. - D'e-t une pa ire de cou reu rs d e la p ir e espèce. II ~ Iont la noce, ren trent tr ès tard d ans la nuit, el a lors ils so nt qu elquef ois. .. lan:I,.;OIRE . - On s'habi t ue facilement à tout cel a . J'espe re que je ferai com me le ca nar d sauvage. GI'\.\ . Moi , j e crois q u' il vau drait m ieux y

n-Iléchir. liRÉGO IHE . Vou s ne voulez pas de moi dan s la maison, madame Ekda l. GI:'iA. Oh, pa r exe mple, po urq uoi dites-v ou s t:o'l ! III.\ UI.\ R. Vr aim en t , Gin a , tu m' étonnes. (A (;ré!J0ire. ) )I ai .;, d is-mo i, tu co mp tes donc rest er en ville pou r le momen t! GRtôOtnE. Oui, mai nt en ant j e co m pte re ster en ville . Ir IlI ALMA R. - Mais pas chez ton père! Que comptest u fa ire? GRf:COIRE. Ah voilà! Si j e le sa va is, j e se r ais plus avancé, )l ais qu an d on a le ma lheur de s'appeler Grégoire - c Grégoire ~ el avec ça c w erl é s • - As-tu j am ni.. ente ndu ri en de plu s laid ? 111.\1.'1.\ 1\. - Comment t Cc n' est pas du tout mon

uvis. ôHLtoùIRE. Fi! (Jud ie ho rreu r ! J 'aurais en vie de crac he r sur un individu portant un t r- 'Il m.

Il

tE C.\:\ .\ lI l 1 ~ A L \ ALL

11

Enfin! quand on a le malheur d'êtr e Grégoire W erl é - comme moi. DlALMAR, souriant. - lI a ha, si lu Il'é ta is p as Grégoire werl é, qu e voudrais-t u don c ê tre '! GRÉGOIRE. Si j'avais l e choix, - j e voudra is ê tre un chi en intelligent. GINA. - Un chi en! U ED\\'rGJo~ , malgl'é elle. - Oh n on! GRÉGOIRE . Si. Un ch ien ex trê meme nt int ellige nt, un de ceux qui ram ènent les ca nard s sauv ages quand ils plongent ju squ 'au fond el piq uen l leur bec dans la boue en s'accroc ha nt aux varech s. llIALMAR . En vérité, Grégoir e, je ne cornprend s pas un trallre mot à tout ce qu e tu dis. GRÉ GOlRE. - Non , non, el l'idée n 'est p as belle, pour sûr . Ainsi, demain malin , je m'installe. (A Gina). J e ne vous ca usera i a ucun dé ran ge ment, je n'ai besoin de personne, (A H ialmar.) Quanl au reste, nous en reparl erons demain. Bonsoir 1 madame, (Il lait un signe de t éte à Hedwige.) Bonsoir 1 GINA. - Bonsoir, monsieur W èrl é. n EDW1GE. Bonsoir. llIALMAR , qui a allum é une bougie. - Attends un Instant. Je vais l' éclairer. Il doit faire noir sur l'escal ler. (Grégoire et Hralm ar orie nt par la porte du palier.) G l ~ A,

le regard fixe. son ouvrage3ur les genoux.-

L~

CA:" .\HU S.\ U \'.\ G E

Drôle d'idée, tout de mêm e, de dire q u' il voudrait être un ch ien. UEDWIGE . J e vai s te dire, ma man. J e crois q u' il pensait à autre chose. GINA . Qu'est-ce q u'i l pouvait pe nser! I1EDWIGE. J e ne sa is pa s . Ma is il a vait l'ai r tout le temps de penser il to ute autre chose qu 'à ce qu 'il d isa it. GINA. - Tu cro is? Tout ça est bien drôl e. Ul ADI.\ R, qui revient. JI y a va it enco re de la 'l umière, dan s l'escalier. (Il éteint la bougie et la dépo!e.) Ah ! en fin, on pou rra avaler une bouch ée. (IL entame une tartin e.) Eh bien, t u vois, Gina, qu an d o n sa it s'ar ra nger . GINA. S'a rranger, co mme nt ça? llIAUHR . Ma is oui. C'es t tout de même un e cha nce d'avoi r pu louer ce lle cha mbre . Et à Grégo ire encore, pense don c, à un vieil a mi. r G I~ A, ~t a foi , on ne peut pa s sa voir ... HEDWIGE . Oh, mama n, tu verras que ce sera bi en a musa nt . DlALMAR. Tu es vr aim en t bien singu lière. Ayant , tu voulais absolumen t lou er cell e chambre, et, ma inte nant q ue c'est fa it, l u n'es pas conten te. GI:iA. Mai s si, Ekda l . Si seu le ment ç'a vail été àquelqu ' un d' au tr e; q ue cro is-tu que dira ~1. " .crié ? llI ,nXAR. Le vieux ' Verlé '! .\ la is cela ne le regard e pas.

.6

LE

Ci\~ A H IJ

SAU VAGE

GINA. - 1\1 compre nds bien qu'il y 0. de nouveau une br ouille ent re eux, puisque le His quille la. ma ison . Tu sais com ment ils sont l'un a vec l'autre. UI.\UUR . -

C'est peut-être vrai, mais cepen-

dant. .. GIN, \. El rna intenant M. W crl è va cro ire que c'es t toi qui es fautif de tou t. lII ALlI AR . Eh hien ! Qu' il croie ce qu 'il voudra. ~ 1. w eri é a beaucoup fait pour moi. Dieu me garde de le nier. ll a i ~ ce n'est pas une ra ison pour que je re-te à ja mais sous sa dépe ndance. GIN,\. - Tu sa is, mon crier Ekdal, il la fln , Lout <:a pourra retom ber su r gra nd -pè re . P rut- êt re bien qu 'il y perd ra son pauvre peli t ga in chez Gra berg. D1.\L:\l\R. Un peu plu", je di rais tant mieux. N'est-ce pas humiliant pour un ho mme comme mo i ùe voir so n vieu x pè re faire ai ns i l' üne du mou lin! Mai s le temps n' est pas loin, j'esp èr e.. . (li prend une ncuuelle lm·tine.) J'ai une lâche à re mpl ir, je n 'y faillirai pas . UEDWIGE. - Oh oui! papa. crx.c. - Chu t. Il ne fau t pas l'éveiller. mADI.\R, baissant la voix . - Je n'y faillira i pas , d is-j e . 11 f aut bie n qu 'un jour ... Voilà po urquo i il est heureux qu e nou s ayons lou é la cha m bre . Cela me donnera une po ... ition plu.. indépendan te. comme il convient à un homme qui a une tâche à rempl ir. (. tt.'ec l;uwlÙm, sc touruaut oers le (auteuil.)

L E CANAR D SAUVAG E

77

Mon pa uvre vieux pè re! T u pe ux comp te r sur lon Hi ulm a r . 11 il d e larges épaul e:" - d es épa ules soli des , e n to u t ca s. Un bea u j o ur , ;\ ton r éveil. .; (ri (;j ~lfl . ) Tu n' en dou tes pa - , d is? 1,IX'\1 s(' teoant, Dien sû r qu e non. )l ai;; il Inut d'a bord 'l ue nous tàchinne de le m ettre ;1lI lit . 1lI \1.) I \U . Allon s. (Ils emp ortent le vieux avec ptécau tic n.)



ACT E TR OI Sll~ ~ I E

L'nielle r d' Il ialm ar Fkdal . Les rav ons du malin entrent par la toiture vttrèe . Les rideaux 's ont écart és. Hial mar retouch e un e épreuve. Devant lui, la tab le os t co uverte de ph otogruphi ea . Ali bout d'un instant , üi un ent re, en manteau et en chapeau, u n panier de provi sion s

au bras. nIALMAR . GINA . -

Tu es donc rent rée, Gina.

Oui, il Faut hien sc dépêcher un peu .

(Ell e pose le panier sur une cha ise et ôte so n manteau et son chnpeau.) 1ll.\L lI AR . -

goire

As-Lu jeté u n co up d' œ il ch ez Grr -

~

Ou i, bien sûr". Ah, c'e-t gen til ch_e~ lui! 11 a fui t d u pr opre, si tû t installé. II l-\.LMAR . Com men t cela? GINA . Il a voulu faire sa cha mbre lui-meme, a -t-i l d it. El puis, il a vo ul u chauffer. Et alors il a ferm é le so upirai l a u lie u d e l' o uvr ir , si bic n que GINA. -

la. cha mbre est pleine de fumée. Ouf 1 ça YOu __ prend a u nez, bo n Dieu !

L f. C.\ :'L \ R U S.\U " AG E

79

1I1.\ L~"\R . -

Allons d on c ! :\Jai s ce n'est pas toul. Le pire , c'e st q u' il a vou lu étei nd re, et alo rs il a vidé le pot à eau Gl'i \. -

dons le poële. Ça u coulé par terre, qu e c'e n est dégoû ta nt. Ça, c'es t enn uyeux . J ' ai envoyé la por tière lav er ap rès lui. . . ~I a i ~ il n'y a ura pa s moyen de mett re le pied dan s h chambre a vant ce so ir. 111 \LlIAR . Et penda nt ce tem ps, q u'e st-ce qu ' il IlIALMAR . -

GI:O. -

devient

î

G1'\ I\ , -

Il est a llé se prom en er un mom ent, qu ' il

a di t. Moi au ssi, j'ai é té un instant chez lui, ap rè s to n d épart . GINA. Oui, j e sa is. Tu l'as invité à d éj euner , III.\LMAR -

n'est-ce pas ? ll I.\ LY AR, Oh ! UII petit morceau s ur le po uce , tu sais , Le premie r j our , il n' y a vai t pa s md'yen de faire aut reme nt. T u as bien un petit ri en à la

mai-on 't J e tâch era i de trouver qu elqu e ch ose . àfai s il faudrai t tou t. de m ême q u'il y en eû t pour tou t le mon de. J e pense q ue Relli ng el âlnlvi k moa ter on t a uss i. J'ai ren contré Rollin g xur l'cscal ier ; a lors j 'ai bien dû .. , GI:U , Com men t, ils viend ront a ussi, ces deux la! GI:i.\. -

UI.HMAR. -

80

LE CA:".\nn SAl'VAGE

llIAL'I.\ H. - ~ I on Dieu, deux de pl us 011 cie moins r ein. ne Iai t pas d e d iûé re nce . LE p ÊnE EKO.\ L, oltvrml1 sa porte et jetant un coup d'œil dans la pi èce. Ecoule, Hialm ar. (Remarquant Giaa.) Ah ! GIN .\. EKDAL. -

Vo us roul ez qu elqu e chose, g ra nd-pè re?

Non, non . Peu import e. lI um. (Il rcnt re.)

prenant le panier, - Pai s bien a tte ntio n il lui, qu 'il ne sorte pas, T1IAL:'llA R. - Oui, oui. J'y veillera i. Ecoul e, Gina: GINA,

u n peu de salade rie haren g ne se r a il pas d r trop. Relling el Molvik auront cer ta ine me nt fait la nor e

celle nuit. GINA. Pour peu qu'ils ne me tom bent pas su r le d os tout de suite. IIIALliAR . - Non, non. Pren ds ton tem ps. GI:i.". - C'est hien. c' e-t bi en . Et toi , pe ndant cc temps, lu pourras trav aill er un pe u. HJALMAR. ~I a i s j e tr nvnilla.j e ne fuis que celn ! Je travaille tant qu e je peux! GI:'1A. Tu sa is, c'es t puur en êl re plu s vile d ébarrass é.

(Elle prend le panier et va à ln cntslne .)

continue les retouches, Il travaille ri contre-cœur, FKDAL entr'l) ut:l'e la porte.je ue ua coup d'œil dan.!; nTALl'rIAR

l'atelier et dit ri l'oi.c bosse : -

Es-tu pr ess é, dl- !

81

Oui. j e -u i... là , il m' échin er eur ces pholuzr,l l' hie-. EI\Il.\L. ü'es t bon, c'est bon, pui squ e lu es si pre-se, hum ! llI\1.'I.\R. -

(II rentre clH'7. lui; la perte res te en u-u uve ue .)

moment fi travai ller en si/eure. il pose le pinceo« ~l se dirige l'ers la porte. Es- tu pres-é, père t E l\!) \L, de îuutre ]Jil'ce, fJl'olnJnelaut : - Pui sq ue tu es 1 r es- é, je le su is au ssi. llum ! II I. \ L'I AlL C'es t hie n, c'es t bien . nt \ L'I.\ U rontinue lin

plli.~

(II

retourne à son ouvrage .]

repnraissan t à la porte, un insta nt après. Hum ; lu sais, Hjalmar, j e ne suis pa s s- i pr esse

EI\n\L.

-

que ça, Tu éc ri rais , j e crois. Que diable , comme ~i Gruherg ne po u"ait pas attendre un j o ur ou de ux . Il n' y ' ~pa ,; de la vic, j e pen se. lI1\ DIA It. El tu n'es pas lin esc lave, après tout. EKO. \L, NUIl, ct puis il y fi q uelqu e chose a arranger- la dedans. 1II.\I.'I.\ H. En effet . Ve ux-lu entre r ~ Fau t-il ouvr ir ~ "~KIl.\L. - Je ne dis pas non. Il 1.\ Dl \ R , se lere» ! El pu is nou s en se r- inn-, quiu- ... . III.\DI\R. F.KII.\L. -

(.

LE C,\:\ A H U SAUVAGE

Elin .H. C'est bien Çil. Faut till e ce so it prêt demain malin , de bonne heure. Car c'est dem ain, n' est-c e pa ~? Hum ! IIIAUI.\H. Ma is o ui, c'est demain . (Hial ma r et Ekdnl rirent chac un un e coul isse de la porte du fond, l e so lei l entre pm- les luc a-nos du toit. Quelqu es p igeons passeur et repassent en volan t sur I'échn faudnge . On en tend de tem ps en tem ps lee; poules caq ueter a u fund du gre nier.)

H1.\LU\R.-Voilà, Maintenant t u peu x enlr ür. pè re, I~ K D.U , entrant. - T u ne vien s pas ? HI,\LMAR. Ah, ma foi, après tout ? .. (Il aperçoit Gina à la porte de la cuisine.) M;d s non , je n'ai pas le temps, moi, je dois travaill er. Maintenant... le mécan isme ... (II tir e un carto n. Un rideau des cen d de vant la port/', La partie inférieure est e n \'i\'jlh' telle, la jl11'I il' Mlpt' neur e consiste Cil un filet, Le plancher d u grenier e t de I,l sor te, cac he a u spec ta te ur.j UI.\UI \R, "evt!llani li la table. Enfin , j 'aurai un mom en t de tra nqui llit é. GI.\'A, Bon, le voil à qui tripote de nouv eau J ~l dedans . UlAJjJ .\R, Aurait -il mieux valu qu'il fût desce nd u che z ~1 ""1 Erik sen (Il s·aseietl.) Que d ésirestu ~ T u d isuis ~ GINA . Je voulais seuleme nt te dem ander si tu cro is que nous pouvo ns ser vir le déjeun er ici? HIAL:'llAR. Oui, je cr ois que personne ne viend ra. de Ri lio nne heure. î

83 (;1:'\.\. J e n' attend ... qu e les deux a mo ureux qui posent ensemble . 1I1.\L:\1\R. II~ pourraie nt bie n pose r ensemble un autre jo ur, que dia ble! GINA. Ma is no n, mon a mi, j e leur ai dit de venir après le dîne r, penda n t q ue lu dor s. IIIAL)lAR. Bien. Da ns ce CO!§, nou s po urron s déjeuner ici. 4;DiA. Oui, oui , ma is il n'e st pas encore temps de mettre le couvert. Tu peux le servi r de la tabl e, en att endant. llL\LYAR. T u vois bien que je me sers de la tabl e tant que je peux ! GINA . Apr ès ça tu seras libre, vois-tu.

(Elle re tourne à la culsiue.j (Un cour t ailence.)

EKDA~, à la porte du greni er, de l'autre cûté du fil et. - Ilialmar : • UJALlIAR . Quoi donc? EKDAL. Je cra ins bien qu e nous n e devions to ut de même tran sporter le baquet. III.\LMAR. C'e..l bien cc que j'ai dit tout le temps. t:KOA L. -

H um ! hum! h um!

(11 s'é loig ne lie la port e.) III AU I AH. tracaille un p el' , reçarde le pl afond el se lève à demi.

(Hedwige vient dt> la cuis ine.)

81

LE CA N A R I) SA U V AG E

1l1\L\U H,

se

H ED\\J li l:;. -

l'it'ement. - Que veux-tu '! JI} voulai-, -culemeut rC 1l11' ver- 101,

J'(ls~eyrllll

p' pa.

. après un instant , - Tu Furet es partou t. T u me s ur veilles peul-êt re f " ED\\ IGE. - )la i:;; pa" d u tout. llIAL:\IAR . - Que fuit la m e re , là- ba" ? lIB OWIGE. - Ob, ma man est Cil Ir..t in de Inh-e la sal ade. (EU e s'al'pruche de la lable.) J e ne l'eux pas l'a ider, pa pa ? IIlAL:'\I AR. Non, non. II vaut mieux que je fas:o:e l'ou vrage to ut seu l, tant qu e mes for ces me Sout iendront . Il n'y a r ien il cr aindre , Hed wige aus si lon g tem ps q ue Die u con serve la sant é tun père ! llED WIGE . Voyons, pa pa, ne dis donc pas des cho ses comme ça 1 UIABIA R,

à

(Elle rôde un peu dans la chamhre , puis s'aflt:lt' devan t la porte el regarde dans Il! greu ier.]

Que fuit-il, dis ~ Je c rois qu ïl arra nge un nouv eau ch emi n po ur q ue Je ca nard pu isse alle r a u baque t. UlAUIAR. - Ja ma is de la d e il ne sa ur-a fai re cela tou t seul ! Et moi
UEDWI GE. -

,"oili) tou t. ..

LI : e .\:'iAHH

~ .\U\'AGE

Pa", du tnut l Donn e-m oi le plu cco« . l, l'fUll. - Enfln, cc ne sera i l'I ll e P(l UI' U1W minute ou de ux. f1ED\\' IGE . Tu vois bien. Quel mal cela pourrail-i l me faire ? ( Hile prend le pinceau.) Comme <:.l. Elle s'assÙ>d.) El vo ici u n mod èle. f1L\DI\ fl , ~1 1\i ~ il ne raul P,lS t'ublm er les yeux, tu entends : ce n' est pas moi qui s uis res ponsable, c'e-t loi ... lo i to ute seule ... lu sa is. IIEIJWIGE. retouehont. Oui , o ui, c'est m oi , ri en q ue moi. III AL ~l.\ R . Tu es tr ès ad ro ite . Ii edw ize. Hien (lue deux mi nutes, lu sais . 111:11 \\'l f,I-:, -

11\ \ 1.\1 \ H 1 se

(11 passe avec précnuuon

SOU!;

un pan du ridea u ft

entre au gr-nier. lIedw ige trn vnille . On entend les voix d'Hralmar Cl d'Ekdal ' lui se disputcnt.) lIIA DI.\ Il ,

se 71lrmÜ'an t de tautre rôté du filet. -

Hed wige , do nne- mo i les ten nillcs q ui sont s ur l' étagè re, el puis le marteau .je l'en pri e. (,,'c retournant. ) j talnt en ant tu vas voir, per e, Luis-e moi seulemen t le mon tr er co m ment je l' ent ends .

va chercher tes outils et les Lui pa.çsf'.

UEDWIGE

llI AL)l AR. -

C'est bien, merci. 11 éta it temps,

lu suis . (II s'éloigne Ill' la pOlte. On entend lies COUp'i de mart eau et Il.' bruit de leur conversaüon .) ll ED\\'lta ;

moment

(,11

1"j)'enrllJ(l ~

s'al,,.ête a les ,·egard.!r. \.l u bout d'un trappe ti la porte d't!utn;e: malS etlu fl' y

gll r de.

86

I. E CD.I Jl II :S.I I I' AG I;

GB 1~GOIRE W ERLI~

entre el S'Q1'1'êtc un instant /)1'/;s

d» la porte; il est sans chapeau et sans pa/dol. _ H um ! IIEDW IGE,

se retourne el va au.dcoant de lui. _

Bonj o ur. En tr ez, j e vou s prie. onuconœ. - ~I crci. tl l reçarde r entrée du grenier. ) On d ira it que " OU i:- avez des ouvri er , à la mai son. IJEDWIGE . - Non, ce n'es t que papa e l g randpère. Je vais pr é veni r. GRÉGOIRE. -

Non, non, je préf ère att endre un

mom ent. (II s'ass ied sur la sora.)

11 .Y a un déso rdre ici. .. f (Elle veut enlever les photogrnphie s.]

UEDWIGE. -

GRt:GOlRE. - Laissez don c. Cc sont là des ph otog raph ies aux q uelles vou s tra vaillez. HEDWIGE. Un petit trava il, pour aide r papa. GRÉGOIRIi: . Il ne Fau t pas q ue j e \' DUS dér a nge. lIED WIGE . Po ur sûr que vous ne me dérangez pas,

(Elle attire les objet s vers elle et se remet a u travail. Gr égoire la regarde en silence .] GRt~GOIRE.

cell e nuit

-

Le cana rd sa uvage a bie n do rm i,

Ï

Je vous rem ercie ; je croi s que oui. tourné vers le qrenier, - Ce matin, <:a a un to ut autre aspect q u' hier so ir, uu clair de lune . UEDWI GB. -

G R~GO Ir.E ,

Le C.\ X.\ I\ 1J S.\ U VAG f:

8i

IIEIlWIGE. - Oh o ui ! ça peut cha nge r du t ou t au tout. Le matin ce n' est pa s com me le so ir , et q ua nd il pl eu t, ce n' est plus la mêm e ch ose que lor squ'il fait beau. GnÉGOIRE . Vou s av ez rem arqu é cela . II I: D\\1 GE. C' est facil e à voir. GBÉGOI RE. - Vou s a imez a u-s i à vou s tenir l à-ba s, près du ca na rd? II EDWIG E. Oui, qu and il y a moyen, j e... GBt GOIRE. - Vou s n'avez pr obablement pa s beauco up de tem ps, Vou s devez all er à récole? ur~DWIGE. Non, plus maintenant. Papa cra int

po ur- mes yeux . GnI'.:GOIRE . -

Alor s, il vou s donne des leçon s Iui-

mêm e '! ll EDWI GE. - Papa l'a prom is, mais il n'a pa s enco re eu le temps. GRt:GOIRE. - Et , sa ns ce la, il n'y a pe rso nn e qui pui s-e s'occu pe r de vous. • II EDWIGE. i ; le ca nd ida t l\I olv ik, m ai s il n'est pas touj ours. .. VOli S sa vez... GRÉGOI RE. - Il se gr-ise, qu ui '! llEDWI GE. J e crois qu e o ui. (~ RÉGOII\ E . - Comme ce la, vou__ nvez beaucoup de temps libre. Etl à dedans, c'e- t un monde à part...

j'imag ine? HEUWIGE. - Oh, o u i , tout il fait à part. El p uis il y a III tant de choses es t rnordi nai res ! .. .

I.E CA:\' .\nll

r.n(;GOIRr. -

m;ll\\"lra:. -

~.\

\' A I ~ E

vraim ent ~

De gra ndcio;

a r r ntlil'l ' ~ n'mp lil'~

de

livr es. Et dans plu sieurs rie ces livres, il y a des images. GRf:GOIRE, - Oh! HEDWIGE. Et puis il " .1. tin vie ux secrétai re , nvec d es ti ro ir s c t d es p upl tres , el pu i,;; un e grnnde pe nd ule , a vec des ûg ures q ui doive nt ap paraît re. âluis cel te pend ule ne march e plus, G R ~GlI l l"iE. Le le mps s'est a rrêté, chez le ca nard sa uvage . IIEnWI GE. - Oui. Il y il aussi de vlcilles boites à co ule u rs e l d' a utr es choses du m èrne g enre ; el p uis Lo us les livres . GBt:GO IRE . Vou s les liecz, n 'e... t- ee pus , to us ces livres ~ IIED \\1 GE. Oh o ui ! Quand je puis . Seul emen t. ln plupart so nl en a n!{lai;:. J e ne comp re nds pa s ; ma is a lors j e reg-arde les imnz es. Il y n un livre q ui s'appelle « Harrv son's lIi ~ t or .v or Lo ndon " q ui il pour sû r cen t uns et où il y a un e tell e ma sse d'im ag es i .. A ln pr e mière page il y a une plan ch e qu i re pr ésent e la -'fort avec un sa blie r el une Vier ge. C'est bien laid ! .. 'I ni ~ il y a tou tes ces autres images a vec des égl ises , des pa lai s. des ru es, e l d e g ra nds vais-eaux (fu i vo nt sn r la mer, GHÉliOIBE . Mili!'\ d ites-moi. d' o ù vous vien nen t tuu tes ce- bell es ehuses ?

L E C.\:Il.\ H IJ S.\U L \l. a:

II1:DWIGf . C'est un d eux capitaine qu i a. d omeure id i-L qu i les il appc rtèe -. On r a p pelai t il le llollnndn is vola nt », C'e... t hien drôl e, pa rce qu ' il n'etait pa, Holl a nda is. r:1l~:r:nIBE, Vraim ent? IlEOWlliE. v on . El puis il n'est pas r even u cl tou t \,a c- t encore I iI ,

GRf:Gomr. -

Dites-moi runintonant., . qua nd vous

r e;.;arù C/. Cl':' imngcs, l'envie ne vou s vient- cli c jamai.. de voir vuu- meme le monde, le vrnl monde,

tel qu'il c-t?

Oh non! J e veu x touj n urs r ester à la ma ison pour aille r pap:~ ot mamm . Gn~:l>O IHE , - A reto uc he r (le,; ph ntog r"lp hi\' .:? IIEDW IGr. . Oll ! ce n'e-t pa, ..eulcmen t t::l. J e voud rais surtout app re nd re ;\ g ra ver d es im ugcs , cornm ~ celles qui "ont dan .... le .. liv re- nn alnis. HE DWI GI: , -

GR f~\;OI1lE • •-

El. ..

qu' r-n

dit voire p.·re ~

ne croi .. pa" que ce . . oit d~1I1;;:; les idees de pnpa. JI est drôle, P:I'''I. Pcu-cz du nr-. il di t qu e je doi ... appre nd re Ù u-c.. sC' 1' dus co rbc illes cl il rempai ller. )l ai:-: cela ne me platt pa::: , à moi . GRÉfiOIllE . - A moi no n pl us. HEDWIG!':. - Seulement . p.rpn a nntu retle ment rai son de dir e que si j'uva le a pp ris il tre sser, j 'aura is pli fai re Je nouveau pallier pou r le cnnnrd , GIÜ:Gomc . - )Ini,;; oui, cl c'éta it la votre nfl lire lIEOWHa:. -

n vnn t tout.

Je

00

LE

cs x.vn n

S AO VAC E

Oui, puisq ue le cana rd est à moi. J ustem ent. lI ED\\l GE . - Oui, il est à moi, mais papa el grand pèr e peuv ent me l'em pru nter a ussi souven t qu'ils UEDWI GE . -

GRÉGO In E . -

veulent. GRÉGOIRE. -

Vrai ment. El qu'est-ce qu 'il s en

funl 1 Oh! ils s'occ u pe nt de lui , Hs lu i a rra nge nt des choses, el voilà! .. GnÉGOIRE. - Je comp rends. Le canard sauvage a na t urellement la pre mièr e place ici. IIEDWI GE . -

II EDWIGE. - Bien sûr; puisque c'est un véritu b!e oisea u sa uvage. El puig il faiLtant de peine, il n'a pas a vec q ui se ten ir, le pa uvre pe tit. GHÉGOIHE. II n'a pas de famill o, lui, connue les lapi ns... UEDW IGE . .:\'011. Les po ules auss i,.. il y en a tan t . .. elles o nt été poussins ense mble; mais lu i, il est sép a ré de to us les siens. Et p uis, il Jo' a une chose ext rao rdinai re, avec le canard sauvage ; personne ne le co nnult, el per -onn e ne sail d'o ù il vient. GREGOIRE . El puis il a été au fond des mers . IIED\\'I GE jette lOI coup d'œil SU1' Gregoire et réprime un sourire . - Puurqu oi dit es-vous e a u fon d des mers J ~ linÉGOIRE. Commenl devrais-je dire autre-

ment ?

LL

cv xv nn

S.\ l' \' \G E

91

llEDWIGE. V OLIS pourriez dire au fond de la mer , ou au fond de l'ca u. GRÉGOIRE. - Pourquoi pas. au fond des mer s ~ J HEDW IGE. - Cela me semble :oi dr ôl e qu and d'autr es d isent. le fond des mer s J . GRt':GOIRE, - Pourqu oi cela? Pourqu oi, dites ? T1EDWlG E. N'on, je ne yeux pas, c' est trop bête! GI\ÉGOIRE . Pas du tout. Dites-moi pourquoi vous avez souri? IIEDWIGL Voilà : toutes les fois qu e je pense à tout ~il ensemble, il ce qu'il y a lit dedan s, je me dis que le grenie r et cc q u'il con tie nt s'a ppelle d'un seul nom: • le fond des mer s J. - Mais c'est si bête . GRÉGOIRE. - Ne dites pas cela . uenwn . s . - Si, puisque c'es t tout simplement u n gre nier. G lI.GOIRE, la l'e[Jarda1l1 fixement. - En êtes-vou bien certaine ~ • IIED\\lGE, arec Slllp';{flClioJl. Que c'est Ih u n gre nier? t.;RI:GOIRE. Vous en ètes sùre ! IJEDWIGE se lait et le ,'egal'de, bouche béante. (ûina cntre, venaut de la cuisine ct portant une nappe

Cl d,- la \3 i"''1'1I('.) liRtliOIHE.

se lrcant, -

Je cra ins dèt re venu

t rop tôt. Gl:U. -

1\ faut hien que

W IlI --

soyez quelq ue part.

LE

cxxvn u

~ A l r \ G t:

Ce sera. prê t to ul il l'h eur e. D éba rra -se la table,

lf edwigc . IIl'llwltj" déba rrasse 1,\ ta ble. Pen dan t la sor-ne "'tlivante, elle et Gina me ueru Il' couvert. Grh:roilt' s'assH'd da ns Je Iaut outl ct Ieuül eu e lin nlbum.) G REGO IR ~: . J 'appren ds qu e vous savez r et ou che r , mad am e Ekd ul. ta:H , le "egarrlant de cMé. - En effet . GnÉGOl ln:. - Uuelle heureuse coï ncidence ! GIi'iA. Commen t cela? GBf:cO TB E.- Pui squ e Ekdal s'e stf' ait pho tograp he.

UEII\\'I GI: . -

)Iam an sal t aus- i fa ire de la l' holo-

g ra p h ie . GI ';A . -

Oh oui; j'ai été bien for cée d'apprendre

ce méti er . CRtGOIRE. -

C'est peut êtr e vous qu i dir'izez lev

ofla ires t CI "'''. -

Oui , qu and Ekdal n'a pas le tem ps. Son vieu x p t"I"C dnit l'O C(,ll PCI" 1)('> ,111 -

GBI~ C OI1lE . -

onup. CI;\'A. -

El

puis ce n'e st pa s UTI o u vroce p Olir o n

homm e co m me Ekdal , de po rt raiture r nin - i tou t le monde , Je crois hie n !.. Po u-r ent pu isa choi..i ce métier ... GI~ .\. Vou '" pou vez hicn vous ûau re r, monsieur w er lé, q u'E kda l n'est pa s un pho tographe ord ina ire. GRtCO IR E.

qu 'il

L ~ C Ai\A IUJ S AU VAG E

LiH I~GOIIIE. -

Assur é ment non ! )I ais. ..

\Lï n coup de feu dans le g re uie r.]

CIIÊGOlltE, bondissant. - l) u'esl -ce que c'es t q ue ça? GINA. -

Ouf, voilà qu'il s tirent d e n .uvea u . Ils tirent d es coups de feu , m ainte-

LiHÉGOIitE. -

nunt !

..ont a la chas se . GHEGOIHE. Commen t ça? :A ïentrée du 9re'l ier .) Tu es en tra in de cha-sec, Hia lm ar ? 1IL\ U I AII , de l'autre côlé du filet. - ' ru es là ! j e n' en sa va is r ien , J 'éta is s i occupé (à IJedwige). Et lo i qu i ne p ré vie ns pe rso nne. I1~

lI EU\\l GL -

i.i1\1~Co mE .

-

(Il entre .} Tu lir es des coups de feu dans le

grl'nier ? lJl ALMAn , mOntrant tm pi stolet d'm'fan. - Oh ! av ec ceci seulemen t. G I~A. J e suis sûre que, toi el gra nd-père , vous finirez par causer un malhe ur, a vec votr e pissa/el. III.\ LMAR , avec colère. - J e cru is t'avo ir dit qu e

l'aime ici prése nte se nomm e un pistole t. crxx , - Elle n'en va ul guère mieu x, ma foi. (I llEGalitE. - Tu es donc d even u chasse ur , toi au s-i , Hinlmn r-? UI \UI \IL Oh ! un e pe tite l'h'- ,::e a u la pi n, de tCll1 J1" Cil temps, tu co mpre nds. C' ~ . .t s urt o ut po u r Jaire pl•rieir à Ill UU vere.

LE

CA~.\ I\U

SA U VA GE

GINA. - C'est drôl e , les hommes: il fautt ouj ou rs qu 'il s aient de qu oi se ,'ae,'fie,'. UlHMAR , irrite. - Oui, o ui ; il nous faut touj o urs qu elqu e chose pour nou s récr éer. GINA. Mais c'es t exac te ment ce qu e j e dis. IlIALM .\R. C'esl bien , c'es t bien . (A C,'égoil'e.) Vois-lu , ce gre nier est si bien si tué qu e pe rsonne ne nou s 'entend tirer. (Il dépose le pist olet S UI' le r ayOll le plus élevé de l'étagère.) rie lo uche pas au pi stol et, Hed wi ge; souv iens- loi qu'il ya U I1 cano n ch argé. GRÉGOnU;, reqard ant par le filet, Tu as Ull fusil au ssi, à ce que je vois. HlALMAR. - C'est le vieux fusil de m on pè re . On ne peul pl us s'e n se r vir. Il y a qu elqu e chose d'a bîm é au ch ien. Ilais c'est tout de mêm e amusant de l' avoir. Nous pouv on s de temps en temps le démon ter , le nettoyer , le g ra isse r et le revisser ensuite. - Il va s'e n dire que c'es t s ur to ut mon père q ui s'en occ up e . HEDWIGE, qu i s'est approchée de Grégoire. -.ll ai ntenant , vous pouv el. bien vo ir le ca na rd sa uvage . GRÉGOIRE. - J e le regarde justem ent . Il traîn e un peu l'ail e, à ce qu ' il me se mble. UJ,\LMAH . Ce n' est pa s éto nna nt, il a été bless é, GREGOlHE. El pui s la patte au ssi, si j e ne me tro m pe.

Lb l : .\\ ,\HII S.\ L \.\l; 1:;

DlADIAR. -

Il la traîne lin tout peti t peu , c'e st

possible. IIEnW IGt:;. -

C'est ce lle pal le que le chien a mor-

d ue. U1ALMAR. San s cela il n'a au cu n mal ; et c'e st vraim ent ex truo rdi nai re , quand o n so nge qu ' il Il re çu un e cha rge de plomb dan s le corps, qu e le chien tenu en trc ses dents. GRÉlOOIRE , avec tm coup d'œil (L l1edll'ige. - Et qu'il a séjourné si long tem ps au fond des mers, J1 ED\\l GE, souriant. - Oui. GINA, p rès de la table. Cc maudit canard. J 'es p ère qu'il nou s en donne de l'embarras. C'est un vra i ra iva ir e. llIALMAH. Le co uver t n'e-t pas enco re mis '! GI"A. Tou t à l'h eur e. Viens m' aid er , Hedwi ge.

"a

(Gi n~\

ct Ii('d wig-e vunt

a la

cuisl ne.}

à demi- veix... - Il vaut mieu x que tu t'éloignes de là . )Ion pè re n a ime pa ~u ' on le re garde. GRÉGOIRE s'eloiç ne du qrenier. lIl.\LMAIL Et pu is, je vai s fermer ava nt qu e les autres n'arrivent. (Il frappe dan s ses mains .) 11uche, hu ch e ! Voul ez-vo us bien vous en all er! (I l relève le "idealt ct [erm e la pOI·te. ) Celle mécanique estde m on inv ention . C'est assez amusan t , cie :-;'o('{' upe r de ces ch oses-l à et de les rem ettre Cil éta l qu and ell es so nl nblméce. Du re-te c'est tout à fait nécessaire, IIIAUl.\R ,

96

LI!: CA:-iAIUJ SA UVAG E

r o is-lu, ca r Gina ne veu t pas de lapin s et de po ules da ns l'a telie r. GREGOIR e. -

Non, el c'est sans doute la femm e

qui go uverne ici? 1l1.\LMAIL En gé né r a l, je lui a ba ndon ne les a ffaire co ura ntes. cl pe ndan t ce temp- j e Ille réfugi e d uns le sa lon p OUl' y ~ongc r il des choses plu s grav es. GRÉGOIRE. - A qu oi songes-tu, Ili alm ar t llIAL:\IA R. Cela m 'éton ne q ue tu ne me l'aies pa déjà demandé. Peul-être au ssi n'as-tu pas e nte ndu parler de l'invention . GRÉGOIRE. -

Non. De quelle invention t

Vrai ment t Tu n' en as pas entendu parler ? C'est vrai qu e, dan s les co ntrées dése r tes d 'où tu viens... Gnl;GOIRE. - Tu as fuit un e d écouverte 1 UHLIlAR . P as enco re , mais j'y trava ille. Tu le figures bien, n'e st-ce pas, que, si je me suis vou é la ph ot ographie, ce n'est pas pour faire tou t simplc ment les portraits de ce ux-ci et de ceu x-l à ?. GRÊGOLRE. - NOD, non, ta femme vien t de me le dire. HIAUlAR. Je m e s uis juré qu e, du mom ent où je co nsac rerais mes for ces il ce méti er', je sau ra is l'elever il ln di gni t é d'u n a rt, r n mê me temps que .l'um- ,, l'lI'lJI't ', C'l'..t a lo rs que j e mu decidai a fa ire celle ë r..md e decouv erte. mAUlAR. -

à

91

En qu oi con siste - t-el le celle décou-

GBÉGOIHE. -

vert e! Mon ch er , il ne Iuu t p as encore m e q uesti on ner s ur les d étai ls. Cela de ma nde d u tem ps, voi s-tu. El puis, ne croi s p as qu e ce so it ln va n ité qui me pou sse . Ce n' es t pas p our m oi que je tr availle. Oh non ! J 'ai un bu t q ui me pr éocupe n uit el jo ur. IIIAL:'lIAR . -

De quel but pa rle s-lu?

GRÉGOIHE. -

Tu oub lies le vie illard a ux cheve ux

IIIAtMA.R. -

hlun es, Gn ~ G OIHE .

- Ton pauvre père? Que pourrais- lu

fair e pour lui ? lIIALMAR. J e puis réveiller en lui le sentime nt de sa d ignit é, cn couvra nt de glo ire el d'h onne ur le nnm d' Ekd al.

GRËGOIHE. -

C'es t don c là le but de ton exis-

ten ce t



IlIALMAn. - Je veux sauver le naufragé 1 Oui, il il fait na ufr-ag e. au ssitôt que la tem pê te s'es t déch aîn ée SU I'

Sa

têt e.

De-qu e ces ter r ibles enq uète s

ont commencé, il est devenu un a utre homm e , tru sa is, ce pistolet q ui est lü, le même avec lequ el nou s tu on s des la pins, il a j oué un r ôle dan s la tra géd ie de la famill e Bkdal. Gnf: GOIRE . Le pistolet ? Vrai men t? llIALMAH . -

Qua nd le j ugement a été pron oncé, 6

L E C.\:-\An U SAUVAGE

quan d il alla it être mi s en pri son, il Il saisi so n pisto let , cucc ome. - Il voulait '! ... iliA LlL\Il. Oui . Ma is il n'a pas eu 18 co urage. Il il élé lâ che . Déj à so n âm e éta it affeibli e, égarée. Oh 1 co mp rends-tu cela t Lui , un milita ir e, u n homme qui a va it tu é neuf ou rs et qui descend ait do deux lieu tenan ts-colonels, o ui, l' un ap rès l' a utre , naturell em ent, comp re nd s-l u cela, Grég oire? c uecome. - Je le co m pre nds tr ès bien. UlAUIAn . Pas mo i. Et de nouveau , Je pist olet in ter vint dan s l'hist oi re de notre fumi lle : q uen d on l' a vê tu d e gris, qu 'o n l' a m is au ver r ou , oh! qu elle é poq ue épou va nt a ble pour moi!.. Les st o res d e mes d eux fen êtres étaie nt ba is- és. En r egar d ant deh ors, j e voyai s le sole il br ille r co m me d 'h abi tu de . J e ne co m prena is plu s ri en. J e voy ai s les gen s d an s la r ue rire et ca user de chose" indifférentes. J e ne co mpre nais plu s r ien . Il me se mblait que tout ce qui e xiste aura it dù s'a r rëtu r , co m me pend ant une éclipse. GR ÉGOIllE . Quand ma m èr e es t mo rte , j'ai éprouvé le mêm e se n ti men t. lIIAUll AIL A ce mom ent-là , Hial mar Ek dal il a ppuyé su r sa po itr ine le cano n d e so n pistol et. GR tG OIRE . 'fo i auss i, tu voul ais ... l llIALlI AR. Ou i. GRÉGO I RE . xlai s tu n' as pas ti ré.

J. E C \ .'1A H O S A U V A G E

lIlALMAIL-N on. Au mom en t décisif, j'ai tri omphé de moi-même. Je con tinua i â. vine. lI ai s, crois- moi, il fau t du co urage pou r choisir la vie dan s de telles circo nsta nces . GRÉGOIRE. - Cela dépe nd du poi nl de vue. IIlALllAR. - Il n' y en a qu ' un , cr ois-m oi , el il est heu reux q ue j e l'aie cho isi, ca r bientô t j 'a ura i fa it rna découve rte el le docteur Relling cro it, co mme moi, qu e mon pè re po ur ra , a près cela , repr en dre so n uniform e. C'est tout ce q ue j e de mand era i pou r prix. de ITIlm inven tion . cuùcoms. - C'est donc la qu esti on de l'uniformc , qui ... lIIALMA R, - Oui, c'es t là so n a mbitio n. EOn désir le plus a rdent. T u ne sa ura is cro ire co mb ien mon cœur saign e pour lui. Chaque fois qu e nous cé lébrons une pe tite fêl e de famill e, l'univ ersair e de mon mar iage, o u qu elq ue chose du mê me ge nre . le vieill ard fai t so n entrée. revêtu de son unifer me de lieuten ant, so uvenir des j ours heur eux. u uis au moin dr e cou p q u'on fra ppe à la por te, il s' enfuit dan s En cha mb re, aussi vite qu e ses pauvres vieilles jam bes peu ven t le po rt er. Il n'ose pas se mo ntr er ! Cela déchire le cœ ur, lu sa is, le cœ ur d'u n fil,:;. CHÉCOIRE. Combien de Lemps le Iaut-Il il peu pr ès pour ce lle déco uverte ~ IIL\L!IIAR. - Mun Dieu, ne me dem ande donc pas de d éta ils. Combien de temps? Mais un e d écou-

100

LE C.\:": \ Il D S Ar Y\ C E

verte ... o n ne r égi e pa s ce la à sa gu ise . Cela. dépe nd de l'i nspira tion, d'u ne suggestion. Il e..l pre squ e impossi ble de di re dnva nce il quelle épo que elle a r r ive . CRÉGOIil E . Mai s ce la a va nce, cepe ndant? I1IAUI AH. -

Naturell ement , cela a vance. Il ne se

pa ss e pa s un j our que j e ne tr a vaille Ü la découve rte : elle me r emplit tou t entie r. Quo tid ien nemen t , a p rès le repas, j e m'enferme a u salo n, DLI je PU i5 me recueill ir en s ilence . Seulemen t il ne faut pa~ me presse r, cela ne sert â rien . C'est auss i "avis

de H.elling. GRECOI Rt:. -

Ne crains-Lu pas qu'en l'occupa nt

ainsi de ce g re nier, lu ne le la i-ses d is tr a ir e, enleve r à tes idées ? UI,\L:\JAIL Non, non , non i tou t a u contraire. Ne di s don c pas ce la. J e n e p uis aller cl venir lou te la j ournée , SOU5 l'o bsess ion co nstante d 'une m érne idée . L' in spir ati on , vois- l u, le tra it de lum ière, vient tou l de même q ua nd il d oit venir. GRÉG0I 1Œ. 'r u sa is, mon cher Hia lm ar, qu'à mon avi s, il y a en loi qu elq ue cho-c d u canard sa u vage. JHAL M.\R . Du ca na r d sa uvage t Com ment l'entends-l u ~ GB~; G O JR E . - Tu as plong éjusq u'a u fund el t u le t ien s aux varechs. 11l.\LM A R . -

'J' LI

pen-es peut-être à ce coup pres-

101

L E C A N A R O S A U \.\ G E

q ue mortel qui nous il blessés à l'a ile, mon pèr e cl moi. GRÉGOlHE, Pas p réc i -é rnent . Je ne veux pas dire que tu a ie" été estropié. )Iais lu es tombé dan , une ma re empoiso nnée, ll ia lmar, lu as cont racté une mal ad ie lat en te, el lu as plon gé puur mour ir da ns l'obscurité. IIIA UI AIL Mourir dans l'obscu rit é ! Moi ? Tu sa is , Grégoire, ne me dis pas de ces a bsurdités-là. G R~GOlRE. Calme-toi. J e sa ura i le repêcher , car vois-tu , dep uis hi er , j'ai, moi a ussi, un bul J 'existen ce. LIlALMA R. C'est bien possib le, Mais j e te prie de me laisser en de ho rs de tout cela. J e puis t' assur er, qu'en faisa nt la pa rt d'une mélan colie bie n natu relle, je me porte auss i bien qu'on peu t le désirer. GRÉGOIRE. - C'est encore un effet du poison. IIIALM:\IL Ecout e, Illon che r a mi, ne pa rle ~ o n c plus de maladies et de poisons ; j e ne suis p3S h abitué à ce ge nre de conversa tions . Chez moi, on ne me pa rle jamais de choses lug ubres . GRÉe JIlE. J e n'en dou te pas. 1I1AL:\IAH. - - Non, ca r cela. ne me fuit pas de bien . Il n'y a ici ni mia sme, ni marécage, comme tu dis. C:e4 l'h umble tou d'u n ph otograph e, j e le s-uis bien. ct ma con dit ion est mode ..le. Ma is j e suis un inventeur, vois-l u , - ct de plus un l'lo re

6.

IO:!

LE C.\:'i A H II s .\u r ,\{: E

dû fumill e. Cela m'élève au-dessus de s petit esses de m on état. A b! voici le déjeun er! (Gina c t II c l 1 wi ~ (' app ort en t des bouteilles de bière , un car afon d'cau -rlu -vie , des verres, etc. Au même inoment , entrent Holling ct Molvik , sans ch apeau ni pard essus. Mol vik est en noir.) GINA, disposant la table. Bon . Ces d eux -la arrive n t just e à la min ut e. IŒ LLING . "\I olvi k a cr u se n tir un e od eur de hareng et , des. lo rs, il n'y a plu s C il moy en de le r etenir . Enco re un e fois, bonj o ur , Ek dal. lIlALMAR . Gr égo ir e , p erm ets -moi d e te p ré se n te r le ca nd ida t Jl olvik et le'docteur ... C'est ju st e, tu co n na is Rell in g , n 'es t- ce pa s? GRÉGOIRE. - Oui, vagu emen t. REL LI!liG. Ti en s, c'est àl . Werl é fils. Oui, nOLIs n ous so m mes p ri s a ux che ve ux là-bas, il Heyd al, Et vous ve nez VOliS in sta ller ici 't GR ~~GOI RI!:. - J'y su is installé dep uis ce matin. HE LLlNG, MDl viii: el m oi, nous d em euron s audesso us de vous , de sorte que vou s av ez sous ln m ai n u n m édecin el un pr èrc, po ur le cas DLI ,"DU S en fassiez usage. G R~GOlHE . Merci, cela pou rrait bien a rriver. Hier, nou s étions treiz e à tab le. llI ALMAR . Voy on s : ne reviens pas to uj o urs à ces s ujets lug ub res. HE LU~li, T u peux être tranqui lle, EkJ Jl j cc n'est pas toi qu e cela co ncerne .

LE

r..\ ~ A I\ IJ

S.\ U \.\G E

103

I1JALY.\R. - J e l'es père Lien po ur ma famill e. Et ma inte na nt, pre no ns place, mangeon s, buv on s, soyo ns ga is. l;nEGOIRE . - :\OU5 n'attend on s pas ton pèr e? 1I1.\ UI AIL xon, il pr éfère prendre so n re pas chez lu i, plus tard . Pla çon s-n ou s.

.Les homme" s'asseyent, mangen t f't boivent . Gina et Hed wige vont et viennent, faisant le ser vice.) JH:LLPil; . Dites do nc , mad am e Ekdal, :\I olvik s'e-t enco re donné un e fa meu se cu lotte, hier so ir , GI~ A. Commen t , de nouveau î IlELLI\G . vou - ne l' av ez pas ente nd u, qu and je l'ai rame né celte nu it t uix. v, - Non , j e n'ai r ien ente nd u. IlHLI:'iG. T ant mie ux. Il était dan s un tri ste état cette nuit, :\lol\' ik. GI~ A , E..t-ee vrai, àlolvik t MOL\ïK. Passons l' épon ge s ur les in cid ent s de celte nuit. Ce- cho -cs-là ne relèven t pas ctJ e mon me ille ur moi . HELLlN G, a (;l'égoÙ'e. - Cela le prend comme un e suggestio n. Il Iaut a lo r.. q ue j 'aill e nocer avec lui. Le candidat jl olvik est un dé mo nia q ue, voyezr o us! GUÉGO IHE. Un dé mo niaq ue ? HELLt'\:\i. - O ui. jl olvik e -t un dém oniaq ue. GHEGOIHJ::. - Hum . II U l1 \G . E l le..:, natures d émoni aqu es ne peu-

L E C.\ X A H U S.\ U VA G E

ven t pas marc he r droit dans ce mnru le ; il fant qu'elle!" fu-se nt de .. d étour-s de tempo; en klllp". Dites-mo i, vous suppo rtez encore le séjou r de ce vilain tro u d e cha r bo n? GB I~ GOTRE. J e r a i s up po r té jusqu'à pr ésent , n E LLlNG. Avez-voli s r éa lisé ce lte r écla mntion qu e VOliS faisi ez val oir ù droit e et il gauc he '! GRÉGOIRE . Une r écla mation ? (Çomp1·enalll. ) Ah ! très bien . Ul ADL\P.. Tu faisa is de l'esco mp te, Grégoire? GRBGOIRE. Ah , ba..to : RELLI NG. âla is certa inem ent. Il fa isait la tournée che z to us les o uv r iers el pr ésent ai t q uelque chose q u' il a p pela it : La réclam ati on de l'i déal. GRÉ GOIllE . J 'étai s j eun e d an s ce temps-l à. HELLI NG. Vous av ez r aison ; vou s étie z hie n j eun e . Et lu r écIam ution de l' id éal ne VOli S il jamais été pay ée d e m on tem ps. GRE GOIRE. Ni plus tard non plus. RELL I~G . Alors vous avez. eu, sans doute, la sagesse de tra nsiger un peu, n'est-ce pa~? GRt:GOIRE . J e ne tran ... ige ja mais quand j'ai a ffaire h un homme dig ne de ce no m. DlALMAH. Il me se mble qu e tu as par fa itement raison. Du bell'I' c, Gina . R ~:J,I. I N G . Et un mor ceau de lnr d po u r :\l olvik . MOLVII\. Oh ! pas d e lard . (On rr,'ppe li Il poru' du grenie r.)

L E 4. \ \" ,\ I1U S.\ rL\ r. E

1I1.\L)1 \R . -

Ouvre , lied wige, g ra nd - per e ve ut

rentr er . ( 1I('( lwi~t~ en tr'ouvre la porte. LI' IlÎ'rf' Ekdal ent re, pcmaru un e peau Il e lap in fralchemcru enle vée. Ilell wll:)f' refer me la po rte.)

j;!\Il.\L. Bonj our , messieurs. Chasse heur eu se, auj ourd 'hui. J 'e n a i Lué un g ra nd . ll EIlWIGE . El t u lui as enle vé la peau sans m'a ue nd re t [!\ [U L. - J e l'ai salé au ssi, c'est bo n, la viand e de la pin , c'e-t tend re, c'est do ux , on d irait du sucre . Uon appét it, messieurs .

(Il cotre da ns sa ch ambr e.) MOlVlI\ ,

se Levant. - Excu sez ; j e ne pu is plus ; il

faut qu e j e desce nde. R ELLli'i G . -

Primez de l'cau de Seltz, mon bon-

homme. MOL\î K . -

Oh ! oh !

( Il sort pat' la por te û'e r urée.) RELLI:-+ G,

à ltialmor, -



Prenon s un yerre il la

sa nté du vie ux ch asseur . III \ Ll'tL\ 1l, trinquant. - Oui , à lu sant é d' un s po rtsman a u se uil du lambeau . RELLli'iG. A la santé de ses cheveux blancs. (IL boil. ) Au fai t , dis-moi, ses cheveux sont-ils gris ou bla ncs ~ IILU) ! \ I\ . Ent re les deux. D'aill eurs, j e cro is qu'il n'en rest e plus bea ucoup su r so n cr ùne.

LE C,\:\A fi U SA UVAGE

106

REL L1~G. Une pe rr uq ue n'a encore empêché personne de faire so n che min. Au fond, lu es un h omme h eureux, Ekd al. Avec cc magnifique ltut d 'existen ce qu e lu che rc hes à at te indre . .. H1.\LYAR . El j 'y t ra va ille a vec ard eur, tu sais . RELLING. - EL pui s, q uend on voit la femme si diligente, se dand inan t s ur 5CS hanc hes, gl issant s ur ses semelles de feutr e, le prépa rant tout, veillant il tout ce q u 'il le Faut .

llI,UY.-\n.- Gina , oui . (/l iai fait un siç ne de the.) 'l'li es un e bonn e co mpagne sur le chem in de la vic , loi. G I~ A. v oulez-vous bien cë-ser de bava rder

sur mon co mp te .

RHUNG . -

El la petit e Hed wi ge, donc, Ekdal ?

L'enfa nt , o ui! L'e nfan t a va n t tout. Hed w ige , viens près de moi. (Il /ui caresse les cheveux,) Quel j o ur est-ce dema in, dis ~ IŒO WI GI-:, le secouant . Ne di s donc rien, papa. ! DlA Lll.\IL Jl o n cœu r saign e à la pensée qu'il y aura s i peu de chose, ri eu qu'u n e petite fête au gr eni er. r1ED WI GE . -Ma is c'est ju st ernent ça qu i sera jol i ! HELLING Att end s se uleme nt, lIed wige, q ue la m ngni ûq ue d éco uve r te ai t vu le jou r . U1AL MAR , Oh a lors ! - T u \ 'CITa S bie n ! Hedwige vj e me sui" d écid é il as sure r Lon a veni r, Tu se ras heureu - cj usqu'a la fin de tes juu rs. J e dem.mDlA LMAR ,

émIt. -

10i

dera i quelq ue chose pour toi , - un e chose ou une a ut re . Ce se ra la se ule récom pen se d u pa uvre inve nteu r. II E11 W l li ~

lui

J1a~se

les bras autour du cou el lui

fi (oreille . - Che r , che r petit pap a 1 IlE LI.1l'\G, à G1'é!l0il"e. Eh bien! Cela vo us so urit , n'es t-ce pa!', pour cha nge r, d'être assis à u ne ta ble bie n servie, au sei n d'u ne fa mill e heureu se. III\ L:'>I .\ IL En elfel. j 'ou a cbe un g ra nd prix à ces mom en ts pas s é- Ù ta ble. liBt.:liOllU; . Quant il moi, j e n'ai me pas il res-

I11/t1'11IW'e

pirer l'air des mnrécages. HHI.IXG, Des marécages 'f 1I1.\I.:\I.AII . - 'J' LI vas recom mence r ! liISA. J e vo us j ure bien , mon sieur 'VerJ0, q u'i l n'y a pas de mau vai s a ir che z nous , ca r j'aère le logement tnu-, les j ou rs q ue Dieu donne , GHÉGO IHE, se levant de table. - La pua nteu r dont j e parle, vous ne parv iendrez pas à la chas ser . 1II.\ L)IA R. La pua nte ur ! GI NA. Oui, qu 'en dis-lu , E kdal ? R ELLL~ G , Excusez, ce ne se ra il pa s VOU S, pa r hasa rd , q ui a ppo rte riez ce lle puanteu r de l à-bos, des usines t Glt EGOtH E . Cela vo us rc sse mhlerait a ssez d'appeler pua nteu r ce quejapporte tians cett e ma iso n . HELLI:'
\ ' V U::i

euupçu unu lor t de conse r ver

108

L E CANA H D SAU VA GE

enco r e au fond de votre poch e .. . la r écla ma lion de

l'id éal. GRÉGOIRE. -

C'es t là, d an s m a po itrine, que je

la conse r ve. RELLING. - Eh , de par le di able ! co nser vez-la où vou s voul ez: seu leme nt j e ne VO LIS conse ille pa s de fait-e vos encai ssem ents ici, tant que j e-suis là. GRÉGOIRE. - El si j e le fai s l out de même ? REttI NG. Vou s de scen drez l'escali er la têt e la p re m ière. C'est moi q ui vo us le di s. IIlALMAR, se levant. - Voyon s, Relli ng.

Oui, je tez-moi dehor s. s'int e,·posant. - Cessez don c, lt elling . Ma is il faut que j e VOus di se , monsieur W erfé, que cc n'est pas à vou s, qui avez fait tou tes ces malpro pr etés d an s votre poêle, de venir chez mo i pa rle r de pua nte u r. GRÉGOlHE. GINA,

(On frap pe à la por te d'entré e.)

Maman , o n fr a pp e. Allon s, bon! Voil à le train qui co mmen ce , mai nt en ant. GIN A. Lai sse-moi faire. (E lle va ouorirla porte , s'arrête court, tressaille et se retire vivement .) Oh, là , làl UEDWIGE. -

ll1ALMAR . -

(M. w erl é entre et fait un pas dan s la chambre. Il est en fourrure.) WEHLt;. Excu sez-m oi. Mai s je cro is qu e mon fils deme ure dan s celle mai son.

lOV GINA,

sutrnquee. - Oui.

s'app"o c/umt de Werlé. - Donn ez-vou s la pein e, monsieur \ Verlé... WI': HLF;, Mer ci, j e vo ud ra is seuleme nt parl er à llIALMAH,

Illon fils. GH I~GO IHE . WEHLI::' -

GHÉGOll U:.

Qu'y a-t -il ? 1\I e voici. Je d ési re te parl er dan s ta ch a mbre. - Dan s ma cha m bre - bien. {Il

GINA. -

veut y alle r .)

Non , Dieu sa it qu'elle n'est pas en éla t

tic .. . WI::HLÉ. Eh bien a lo rs, s u r le pali er. J e veux. ca use r avec to i se ul à se ul. Ul ALMAI\. A l'instan t, m on sieur W erl é. Viens au salon, Rell lng .

(Ifialma r ct nellin g sortent pal' la d roite. Gina emmène Ilcûwig e à la cuisi ne.} (Un silence .)

Eh bien ! nou s voici se uls. Tu as laissé écha pper qu elqu es •in sin untion s, hi er so ir . - Et co mme lu es allé t' ôtablir chez les Ekdal, je suis lenlé de croire que tu as qu elque m auvai s ~d e s s e i n à mon éga rd. GRÉGOIRE: . Le desse in q ue j' a i, c'est d 'ouv r ir les ye ux à Hialmar Ekd al. Il fau t qu ' il voi e sa situ atio n tell e qu 'el le es t. ... voi là tou t. WERL f: . C'est là ce bu t d 'ex istence d on t lu pa r.. Jais hi er ? GRÉGOIRE. -

WE HLÉ. -

1

110

l..~; C A ~ A n [)

GRÉGOIHE . -

<.\

L\ \l ; t:;

Oui , c'est le se ul qu e lu m ' a ies

laissé. WER LÊ. -

Est-ce donc moi qui l'ai troublé l'e.,..

prit ! GRÉGOIRE. Tu m'as troublé l'existence. Il ne s'agit pas de ma mèr e. - Mais c'es t à loi que je do is les remord s qui me rongent el me pou rsui vent. WERLÉ. - Ah ! c'est donc la conscience q ui cloche. GRÉGOIRE. - J 'aurais dû ag ir contre loi , quand o n il tendu ce pièg e a u lieutena nt Ekdal . J 'a ura is d ù le mettr e en ga rde, car j e me dou tais bien de la façon dont ce la finira it. W ERLÉ. S'il en est ai nsi, tu aurais dû parler, en effel. GRÉG01RE. - J e n' ai pa s osé, j 'étais tr op l âche, trop effray é. J' a vai s un e te lle peu r de toi, alors encore et plus la rd. WERLÉ. - Celte peur est bien pa ssée, à ce qu'i l par ait. Gnf;GOIR~;. - Heureusemen t oui, elle est pa ssée . Le mal que moi el d'autres nous avons fait a u vieil Ekdal est ir répara ble. Mais, qu ant à Hja lmar , je puis le sa uver du menson ge el de la dissim ula tion où il esl en trai n de tomber. WERtÉ. - Crois- lu q ue ce sn i! l il une bonn e aclion ? li HÉGOIRE . J 'en a i la ferme convic tion . W ERL f:. - T u crois peut-être q ue le pho tog raphe

LE C .\~ .\I:U :-'. \l L \t;E

II I

Ekrlnl 1"4 homme il te savoir gré de celle pre uve d' am itié! GREliOIRE. Oui, je le crois. W EHtf;. Nou s verr on s bi en . G RÉ.GOI RE. El pui s. .. si j e do is s up por ter la vic , il faul qu e je che rche un rem ède po ur ma conscien ce mal ad e. WE RtÉ. EUe ne g ué rira j amais. T u as la con sci ence attaq uée depuis lon enfance . T u as hérilé cela de la mère, Grégoire: le seul héritage qu'elle t'a il la issé . GRÉGOIRE, avec un demi-sow'Ü'e d'ironie. Til n 'as pas enco re pu digérer la mépri se au s ujel de la fortune qu e lu croyais épouser . \VERtÉ . Ne nous égarons pas en dehors de la qu esti on . Ain-i , lu e" bien décidé à mettre llialmar Ek.lal s ur un e piste q ue lu crois la bonne . ( i ll l~ GO IR E . - Oui, j'y suis décidé . WERt ~~ . Allon s. En re cas , j'aura i- pu m'épargn er ma démarch e. Il est inutile d ésorm aê de le demander si lu veux rentrer so us mon toit , GnÉGomE . Non. WERLÉ . Et tu nf' VCU'\. pa s non plus de l'associati on? hRÜ'Ol RE . - Non. W ERL~. - C'e-t bien . :\la is co mme j e ye ux me remarier, j e veux le donn er ce qui le revi en t . GIll:l"Utll E, ouiement, - Non. J e ue veux. rien .

I I~

L E CA N J\HI> S A U VA G E

Tu n e v eux ri ent ~U II . .\l a. conscience me défe nd de rieu accep te r. WEItLt , apl'f~S Wl instant. Reto urn es- tu à. WEnLÉ. -

li HEGOIRE. -

fu si ll e ' GutGOtRE . -1'\on . J e m e

considere co mme ayan t

quiné Lon se rvice. WERLÉ . -

~I.1 i ... q ue Yeux-lu

WERLÉ. -

Bon, mais après cela? De quoi vivras-

faire en ce ca ..' GHEliOIRE . - Je "eux atteind re l e but de mon existcnr e. Hien de phi .... lut GHÉGOIHE. -

J 'ai mis de côté une part de mon

tra item ent. Cela te mè ne ra loin t

WEBLE. -

J e cro is que cela suffira aussi lo ng tem ps q ue je vivra i. GRÉGOIRE. -

\VERLÉ. -

Qu e

GRÉGOIRE. -

veu x-tu dire?

Je ne réponds rien .

En ce cas, adieu, Grégoire.

WEHLÉ -

GH ~; G OlR E . -

Adieu . (werté son.)

l l/ AU IAR,

cnl1·'ouvroHl la p ort e. JI es t pa rti 1

(; n(;(,O IllF:. -

Ouï.

(Hi.ünuu- et Ih' lling- rentren t, ainsi que Gina et qui Vil'IHII'1l1 rll' la f lli' illf'. \

1If'r!wi!:

HLl.L! \ li. -

Yuilu un dej eune r JI.:.1In Lé.

113

Va t'h abill er , llialmar, nuu s all ons fai re un e lon gu e promen ad e . GRtGOIRE. -

UlAMAR . -

Volonti ers, Que le voulait lon

p t'I

e?

Est- ce qu'il s' ugiesnit de moi? GIlÉGOIRE . -

Viens toujo urs. Nous avons à cau -

ser. J e vai s m euoe mon paletot. (Il sort par la porte tlu pnlier.) GI:"l'A. -

Tu ne devrais pas a ller av ec lui , EI,d,,1.

RELUXG. -

Non, ne t'en r a

TIl \ LM.\R / l r ell nu t SOlI

p.1C::.

chapeau

Re- te ici.

el son

paletot. -

Co mment! qu and un am i d'e nfa nce é prouve le hesoin de se confier ft moi entre quatre yeu x... HELL1 NG. - Mais, qu e diabl e.. . lu n e voi s donc pa s que cel individu e-Ltoqué, timb ré, fou! GI:'iA. Tu vois bien. Sa mère aus si avait des cr-i -es qui lui tournaient le phy:::- illllC de temps Cil tem ps. III \ D I \ R. - 11 n' en a qu e plu- 5érien~i"men the~oi n d t' l'u-ll vigil ant d'un ami. (.\ Gi1lfl.).\,-a nl tout, 'lu e le d îne r so it prêl à l' heure fixée. Au re voir. (11 sort par LI porte du pnt ier .) m:LLU\G. -- Quel malh eur au ssi qu'un rles puit s de min e d' Ileyd nl n 'nil pa s conduit cd hom me aux enfur -s ! G I~U . Jé su s! pourqu oi dites-vous ça ~ IlHJ.lXG, entre StS dents . Oh pour ri en . j 'ai mon Idée.

LE C.\N I\1l0 SAl'\AGE

11'1-

Croyez-vous que monsieur Werl é flls soit to ut à fait fou. RE LLI:'i'G. Malheureu l;:.c menl non . Il n'est pas plus fou que le commun des mortels, Mais il a une mal adi e dans le corps, c'est sû r. GIXA. Qu' est- ce q ui lui ma nq ue don c? GIXA . -

J e va is vou s le di re, madame Bkdal . Il es t attei nt d'un e ûevre de ju stice ai gu ë. GINA. Une fièvre de justi ce aigu ë,? II E DWI GE . C'est une ma lad ie , ça? llELLI NG. Oui, une ma la die nati ona le, ma is elle n'apparaît qu'à l'ét at sporadique. (Avec la! stane de t ête li Gina. } Au revoir, BE LLING . -

(11 sort P:lI' la port e du p:di er.) GINA,

Ah ! un vilain

?·nquij> (e, d,d(/11( lJW' la clu imbre. -

cc Grégoire Werl é - ça a toujours é ll~ moin ea u. IIEDW IGE, la regarda nt atlt!lllÎl'emellt, debout pr;'s

de la table. - 'fout ça est Licn extrocrdinairo.

ACTE QUATRIÈ ME

L'a h-lier d'H ialm nr Ekdal . On vient de photogrnph le r. Au mi lieu de la pt-ce se t rouv ent un a ppareil r ecouvert d' une étoffe so mb re , un trépied, un e ou de ux chai-es, un e co nsole, etc. L'at eli er est éclairé par les derni er s rayon s du soleil cou chant. Un peu plu s lard le cr ép uscule tomb e. (Gina se tien t fi la. port e d' en trée ouverte et parl e avec qu elq u'un tjui es t deh ors. Elle a en main u n étui à clichés et u n cliché mouül é.) GIXA. Oui, vous pouvez en êt re sû rs. Quand j e promets quelque chose, je le tiens. La premi ère douza ine sera prèle lundi . - Bonjour, bonj our!

(On en lent! des pas qu i descend ent l'escalier. Cina ferme la porte, met le cliché tians t'étui et le glisse dans l'appareil. )

venant de la cuisine. - Ils sont part is ? rangeant. - Oui, grâce il Die u, j'en suis

IIED\\ï GE,

CHU ,

en ûn d éba rra-s ée. IIEDWIGE . Comprends - tu que papa ne sa il pa s encore rentré t

116

LE

CA~ A R V

SAl' V1\GE

GIi"A. Tu cs sùre qu' il n'es t pas chez Ilellin g ? nenwrc e , - Non, il n'y est pas . To ul à l'h eure j e suis descendue voir par l'escal ier de service. GINA. - El SQn d în er qui va êt r e (roid . llEDWI GE. - Dili, pen se donc - Papa qui l'entr e touj ours just e à l'h eure du dîn er 1 GI NA. Il rentrera à l'inst an t, tu vas voir. UEDWIGE. Oh , s' il pou vai t donc venir ! Tou t me se mble si étra nge, maintena nt GINA, avec un cri. Le voici!

(Iliaimar entre par la pert e du palier. ) ll EDWI GE, couran t a u~ del:a~l t de lui. - Papa ! Oh! co mme nou s t'avon s a tte ndu, si tu suvais ! GINA, le reç ardanc. - Tu es rest é bien longtemps ab sent, Ekda]. lIIALMAR , sans la reqarder, Je suis rest é un peu lon gt emps, oui .

(Il ôte son paletot. Gina et Hedwigc veulent l'a ider. Il les êcane . }

As-t u d îné a vec 'Verlé ? suspendant son paletot. - Non. GINA , se dirigeant vers la cuisine . En ce cas, je vai s t 'ap porter ton dlner. IlIALMAn. Non , lai sse cela. J e ne man gerai pas maintenan t. DEDWI GE, s'approchant, T u ne vas pas bien , pa pa ? nJALMAR. - Bien? Oh oui, pas tro p m 11. tous GINA. -

DJAUIAn .

L E C \;'\.\11 11 ;-;,\ l' VAGE

11 j

avons rait une promenade I.uigante , Greg/lire cl moi. {;I~_\, Tu n'aurais pa~ dù le suivre, Hialma r ; lu n'y es pas hulntué. llI\L'l \R. Hum. Il y a dans ce monde bien des choses auxquelles un homme doit s'habituer. (1/ arpente la chambre un instant.) Personne n'e -t venu, pendant mon absence ? GI''i.\. Il n'y a eu que ces deux amoureux . m\L\1 \R. Pa... de nouvelles commandes? GJ:'U. Non, pas aujourd'hu i. DEDWIGE. -

Tu vas voir, papa. qu'il y en aura

demain. 1lI.\DI \H. - Ce serait heureux , Demain. je compte me mettre sérieusement ,'1 l'ouvrage, IIEO"' IGt:. -Drmain! Mais tu oublies quel jour c'c . . t, demain. • IlI.\DI.\R. Ah, c'est vrn i, eh bien ! après-de main alors. Dorénavant je veux faire tout moimême, je veux supporter tout l'ou vrage. GINA. - Voyons, Ekdol, il quoi cela te servira it-il ? A t'empoisonner l'existence, voilà tout. Je suffis hien [l ia pholng rnphie, et toi.tu cont inueras à Iravailtc r à la déco uverte.

IIEnW IGE. -

El le canard enuvnge, et les lupins,

el le' ... 1Il.\U!.\Jl. -

:'\t~ 1l11'

pnrl e duur-

pa~ tir.

cc- tuni-

118

LE

C A~ .\

nu svr vv« L

se r ies t A pa rti r de dem ain j e ne remets plus les pieds a u g re nier . I1EDWIGE. - Ma is, pap a , tu m' as promi s q u'i l y au ra it fê le dem ain. lllALM.\H . C' est vrai. Eh hien ! Ce sera à par lir d'apr ès- dem ai n. Ce maudit ca na rd , j 'aura is env ie de lui tord re le co u . UEDWIGE, poussant un c1'i . - Au ca na rd sauvage : GINA . Si l'o n [1 j am a is vu! DEDWIGl-:, le secouant. Dis do nc, papa, c'est mo n ca na rd, à moi. lllALMAR . C'est bien pour cela q ue j e m' en abs tie ns . J e n' ai pa s le cœ ur de l' étr a ngler . j e n'e n ai pas le cœ ur à cause de toi, lIed w ige . ~I ai s , j e se ns bien, tou t a u fond d e mo i-mê me, q ue je de" rais agi r au trement. Je ne dev ra is pas tolé re r so us mon toit un être qu elco nq ue ven an t de ces mains-là . GI:'l'.\ . - )Jai s lu sais bien q ue c'es t ce l imbéci le de Peter-sen qui l' a do nné à grand -pè re .. . IIIAL:\! \ n, arp entant lapièce. - I l Ya ce rta ins droits , commen lles a pp ellerai-je ? Allons, si vo us voulez , j e di rai les droits de l' idéa l, il ya ce rta ines o bligati ons a uxqu elles un homme ne peut pa s se sous traire sa ns a moindrir so n â me I1EOWIG E , marchan t derri ère lui . Maill., ~onge don c , le ca na rd. le pau vre canard sau vage. .. LlI.\Ul.\ R, s'an·,:tant tout fi coup. Puisq ue j e te

LE C.\;'
110

dis q ue je l'épargne cl. cau se de loi . P as un cheve u ne tombe ra de .. . ; a llo ns, j e le ré pèle : on l' ép arg ne ra . Il y li des devoi rs à l'em plir, encor e plus g ra nds q ue ceux- là. Mai s il est temps qu e tu sor tes un peu, Il ed wige, co mme lu en as l'h abitud e . Le jour a ba issé , c'est ce q ui l te faut. U!:;!)\\ I GE. -

Non, j e ne me so ucie pas de sor tir

en ce moment. UI ALMAn . Si , il faul so r tir. Il me se mble q ue tu clig notes des puap ières. Cela ne le fait pas de bien, tout cet ai r comp r imé. Il y a so us ce toit une a tmo sphè re épa isse. ll E DWI Gi::. Bon , bon, je descends par l'escalier de service et j e remonte dan s un instant. Mon m anteau, mon chapeau? Bon! Il s sont dan s m a chambre . Dis d une, papa, l u ne fer a s pa s de mal au canard , pendant que je se rai dehors.

Pas une plum e ne tombera 'Oe sa tète . (La se/Tant sur soncœw'.) 'l'ci et moi, Hedwi ge , nous deux 1. . Allons, va- t'en. IHALMAR. -

(Hedwige fait uu petit signe de tête à ses parent s et SOI t par la cui stne.) Il IAL:\IAH, GINA . -

"Larchant, sans leuer les yeux. - Gina. Plalt-il ?

IIIAl.)lAIL -

A partir de de ma in, ou dison s plu-

tôt d'a près- dem ain , j'a urai s e nvie de tenir moi-

mêm e les co m ptes du men age.

l'lO

L I:: C \:'i.\ H IJ SAU VAGE

G I~'A . - Commen t , tu " eux mai ntena nt tenir les co mptes auss i ? lHALMAR . Ou du moin s j e veux vé r ifier les r even us. GINA. Ah , bon Dieu! Ce n'est pas lon g il compter, ça . HTALMAR . On ne le cro ira it pas. JI me se mble qu e l'argent d ure bien lon g temp s enlre les main!'. (La ,·egardant. ) Commenl ce la sc rail-il ? GINA. Nou s avons besoin de si peu, lI ed wige el moi. DIALIUAR. Est-ce vr ai qu e père so it si largemen t payé pou r sa copi e , ch ez M. w erl é ? GINA . Je ne sa is pa s s' il est tant payé qu e ça . Je ne co nna is pa s le prix de ces choses-là. llTALMA R. Voy on s, qu e tou che-t-il il pe u prè s? Tu peux bien me le dire . GHotA. C'est si di fférent. Il tou ch e à peu près ce qu'il nous co ûte et, a vec ça, un peu d'argen t de

poche. IlIALMAR. -

Ce qu'il nou s coû te ! Et tu ne me l'as

pas dil plu s tôt ! GINA. - J e ne pouvais pas te le dire . Cela te Iaisail un lei plaisir de cro ire que c'est toi qui le

nourissais.

El celui qui le nourrit , e'est M. Werl é. Oh! II il bien de qu oi, ~r. W erl é, mAUlAR . - Voudrais-tu a llu me r la lampe ?

RlALYAR . -

GINA. -

I l':

GINA,

c.\ :\.\ nn

SA (; Y.\ta:

121

allumant. - El pui s, nous ne pouvon s pas

savo ir si c'es t

~1.

W c-lé. C'est peu t-err e Grab erg. IlI.\ LMAIL Graberg " Pourquoi ce faux-fuyant? G I~ A . Enfin, j e n' en sa is rien , j'ai pen sé... UlALMA R. - Hum! C.l~A. ouviens-toi qu c ce n' est pas moi q ui ai proc uré celte cop ie à grand -pè re, C'est Berthe, qu and elle est enlrée da ns la maison . IHALMAR. - Il me semble que la voix tr embl e. GINA, posant t'ebat-jour. - Mu voix t IIIALMAR. -- 'l'cs mains tr embl ent au ssi. J e ne me tr ompe pas. GI:i A , resolument , Dis-m oi ça fran chem ent , Ekdal. Qu'est-ce qu'il r a do nc dil sur mon co mp tc? J1[ALllAR. - Est- ce vrai , est-ce possi ble, qu 'il yait eu quelqu e chose entre loi el W erl é à l'ép oqu e où tu servais dan s la maison ? GINA. Ce n'est pas vrai. Pas cell e fois -là . ) 1. w erl é éta it a près moi , ça c'es t ju st e. El mad ame a cru toutes sor tes de choses . Alor s elle a mi- tout sa ns dessus dessou s, un bou can d'enfer . qu oi! Elle m'a tir é les che veux, elle m'a battu e, el voilà. Apr ès ~a j'ai quitt é lé service. IlIALMAIL C'est donc plus tard ! GINA . Oui, al or s j e s uis rentrée il. la mai son, comme tu sa is. Mère n'était pas si bien qu e lu pen sa is , Ekd ol ; elle m' n cha nté ceci cl cela . A celle époque, M. w er! é éta it déjà veuf, lu compre nds,

t'!2

LE

C.\~A H U

~ AU \' A r. E

Et ulot s ? Voyon s.. . G I~A. - En fin, il vaut peu l-êt re m ieux q ue tu le sac hes, il n'a pas dém ord u avant d'a voir to ut ce qu 'i l voulait. IUALMA R, j oignanl les mains . - Et c'es t là la mè re de mon enfant ! Comm ent as-tu pu me cac her une telle cho se? GINA. Uui, ça n' est pas bien à moi. J 'a ura is dû le J'a vou er depuis lon gtemps. IIfALMAR. T u a ura is d û me le di re tou t de s uite. Au moins j 'a urais su qu i tu éta is. GINA , M'a urais-lu épou sée to ut de mêm e , di s? llIALMAR . Commen t peux-tu l e su ppose r ! GINA , Voilà pourq uoi j e n'a i ri en osé dire. J'av ais ta nt d 'amou r po ur toi, lu sais bien . El j e ne pouvais pourt ant pas fa ire Illon prop re malhe ur. DIALMAR, marchent dans la chambre. El c'est là la mère de ma petite Hede -ige ! El savoi r q ue tout ce q ui m'en tour e : (Il donne 'Un coup de p ied li une chaise.) To ut mon foyer, je le do is à cet h omrn e l .. û h t qce l beau séducleur que ce W erl é l GINA . Est-ce q ue tu regre ttes les q uat or ze ou quinze ans qu e no us avons vécu ense mble ? IIL\ U IAR , se plaçant en {ace d'elle. Dis-moi, n'as- tu pas gé mi chaque jo ur, à chaque minute, s ur ce tissu de menson ges, q ue tu as fi lé a utou r de m oi, comme une a ra ignée? Rép on ds-m oi 1 N'as-tu Il 1.\ L)L\.R. -

LE

C.\ ~ A R J)

S AC VAC >;

1:!3

pas vécu depuis, tor turée de rem ord s el d'ungoisses t GI:iA. - Ah! Illon che r Ekd al ,j 'ai eu, mu foi, bien assez il fair e à pense r à. la mai son el à la vie de tous les jo urs. ItTALM \ R. Et jamais lu ne jettes un re gard e n arrière, s ur les faut es de lon passé ? GI~,\. -

Non; je les avais presque oubliées ces

viei lles histo ir es, lu sais . U1 ALMAR . Oh, cette insen sibi lit é , ce ca lme de br ute ! Il Y a là que lque chose q ui m 'indigne. Pus m ème d e re mor ds ! GINA. Dis-donc , Ekdnl , qu e crois tu qu e lu sera is deven u, si lu n' avais PU5 tro uvé un e femme co mme moi ? III.UYA R . Une! ... GIN \. Oui, c'est q ue r ai touj ours été, comme qui dirait, plu s d ébr ouill ard e qu e loi. C'~L vi-ai a ussi, qu e j' ai un e co u ple d'a n n ées de pl us. UlA L~'\. R . Ce qu e j e se rais de ven u 1 GIN,\, C'est q ue lu pr ena is tou te es pèce de ma uvais chem ins da ns le tem ps où lu m'as rence nt rée. Tu ne peux pas nier ÇA. lIlAI.MAH. Tu ap pell es cel a de mauva is chemins t Oh! lu ne ...ais pas ce qui ce passe d an s le cœur d' un homme livré au chag ri n et a u d ésesp oir . El sur to ut un h omme à tem péramen t de feu co mme moi !

124

LE Ci\N .\IlD S A UVAGE

GINA. -

C'e st bien , c'es t bien, j e ne di s r as non.

Je ne vais pas tripoter dan s tout ça , maintenan t. Tu es devenu un si bon homm e, si tôt q ue lu as eu une maison et d e la famill e. C'ét ait si ge nti l et si tranqu ille chez nous, à celte heure. EL p uis voil à

q u'Hedwlge el moi, nous a ur-io ns bientôt pu nous paye r u n peu d 'habits el de bonnes ch oses. llIALMAR. Em bourbées dan s le men song e, oui! GINA. -

fourré

Oh, raut- il que cel affreux individu ail

nez ici! lIIALMAR. El m oi au ssi, j e me tr o uvais bien à SO Il

mon foyer ... Ce n'étai t qu'u ne illusion... D'DLI me viendra main tenant l'essor q u'il me faut pour tran sporter ma déco uverte d ans le m onde des réalit és ? P eut êt re mo urra-t- ell e a vec mol . er. du ns ce cas, ce ser a ton pass é, Gin a, qui l' aura tuée. GINA, prête li pleure r. Ne di s donc pas ra , Ekdal , moi, qui to u te ma vie n' ai vo ulu q ue ton bien ! IIIAL:lIAR. Qui, j e le d ema nd e : qu'adviendrat-il main ten an t du rêv e co nç u pa r le pè re de famill e ? Quand j ' étais là, étendu s u r mon so fa, song-ea nt il la d écouverte , j 'a vais bi en Je pr esscnlim ent qu'ell e u bso rbe ra lt mes der nières forces. J e se n ta is qu e le j our où le br evet d'in ventio n m e se r a it r emi s se ra it aussi Je j nur des adie ux. Et mon rêve était q ue lu vives apri's moi , dans J'aisance, qu 'on hon ore en toi la ve uve de l'in ven teur défunt.

LE

GI\'A.

CA~ .\RD

SAUVAGe

essuyan t M S larmes. -

Ne parl e d on c pas

comme ca, Ekdal . Que le bon Dieu me pr éserve de " ivr e le j our o ù j e se ra is veuve 1 lII ,\ LMAR. Oh! peu importe 1 Pu isque tou t

!JEt

fini, maintenant. T oul! (Grégotre Wl'lIé garde.)

GRÈGO IRE

prud emm ent la port e el re -

P uis-j e entre r?

GRÉGOIRE. III.\ LlI\ R. -

OIl Hû

Oui, entre. s'al.:ance. la figw'c epnnouie. Leur

dan l les "WÙl! . -

11'11-

Eh bie n! .'Ie:;; ch er- ami .. ! (Ille s

reçarde l'lm aprè»l'autre . puis chuchote à Il ia/ma,..) Cl' [\'I.:""L ùunc pas fait ~ U1ALMAR ,

d'une voix sombre. - D'est fait.

cnÉGOIRE. - C'est fail ? m,HMA R. - J'ai vécu l' he ure la plus am èr e de

ma vie. li RÉGOIRE . lU ,\ L~AR . liI S A.

-

Ma.i.;:;

au - si la plus pu re, n'est- ce pa c:, ?

Enfin, pour le moment , c'est f1hi. Que Dieu vous pard on ne. monsieur

"'erl é ! lio Hf;GOIRE avec un p1"o{ond étonnement. - Je n'y comprend s ri en . III AJ..MAR. - Qu'est-ce que tu ne com pr ends pa ,;;! GRÉGOIRE. - Celle grande liquidatio n qui devai t servir de point de d épart il une existence nouv ell e. à un e vie , à un e communaut é basée sur la vérité, délivr ée cie tout mensonge.

i.r;

1:!6

HIALI\IAR. -

GBtGOIIU:. -

C_\ ~.\

11I1 S A UV _\(~

I~

Je sais, j e sa is très bien. J 'éta is si intim em ent pe rs ua dé qu 'à

m on entrée je se ra is frappe lJi.U' une lunu-re de trun sfiguratiou illuminant l'ép ou x et I' épo u-e . Et voic i que devanl moi , toul est morn e, so m b re ,

triste, GINA. -

B ien, bie n . (Elle enlè ve l'a bat-j our de la lamp e. )

G RtG OTRB . Vous n e vo ulez p as m e comp ren dre, m ad am e Ekd al. Mai s loi , Hialm ar ~ Celt e g ran de liq uidati on aurni t dû t'initier à des vues plus élevée s . llIALMAR . Oui, naturell emen t .. . (l'est-à -dire, jusqu'à un ce r ta in point. c ncuo ins . - Car ri en au m ond e ne peul être co m paré à la j oi e d e pard onn er il la péche re -se el de l' éleverj usqu 'à so i par l'amour. TIJ AI."-'AR. - Cr ois-lu qu 'un homm e puisse digérer s i facile men t le breuva ge a mer q ue j e viens d'ava1er? GRÉGOIRE. Un homme ord inaire, non. C'est pos sibl e . Mais un homme co m me toi 1 BIABIAR . Mon Dieu, o ui, j e sa is bien . \Ja is tu dois me s tim uler, Grégo ire. Il faul du Le mp s, voi stu ! GRÉGOIRE . Il Y a en loi beau coup du ca nard

sauvage, Hialrnar-. (R,'lIinti est clltn' par la porte du palie r.)

L E cvx vnn S AU rAGE

RE LLING. -

1~ 7

Bon , voici enco re le can ard sau vage

sur le tap is. III.\LM.AR. Oui, la bête hlessée à l'ai le, 1(' trophée de cha-se de mun..leur Werlé. RELLING. De mon sieur " 'cri é ? C'est de lui qu e VOliS parl ez t lIl ALMAR . - De lui el d'aut res. RE LLlNG, à demi-coi» cl Grëçoire, - Que le d iable vous empo rte! IlI,\LMAR. Tu dis? RELLl~G. J ' expr ime de to ut mon cœ ur le d é-i re q ue le cho rlu tan l'en tr e chez lui. S' il rest e ici, il est capable de vo us dét ru ire l' un el l'a utre. GRÉGOIRE. Vo us voyez devant vou e, mo n..ieur Rcll ing , des gen;;, qui ne cra igne nt pas la de ..truclion. Ne pa rlons pas d' Hjalma r po ur le mom ent. Mais au fon d de so n cœ ur il elle, il y a a us-I . j e n' en doute pas, qu elqu e chose de loyal el d'LlOn-

nète. G1~A,

p,·ete à pleurer, - Vo us auriez Lien dù.

en ce cas , me la isser passe r pou r ce que je suis . RELLI~G. - Se rait-ce ind iscr et de vous de ma nde r ce q ue vou s venez fai re ici, à vr ai di re? GIlÉGOIRE. - J e veux. fond er un e véritabl e uni on conjugale. RELL1XG. Vo us croyez do nc qu e l' unio n des Ekdal n'e -t pas ce qu'i l faut? GnÉGOI11E. Elle r a ul auta nt q ue beaucoup

1:!8

L E C.\ :'\ A ltl l ti. \ U \ Al i f'.

d'autres, malheureu sem en t. Miki .., quant à être u ne vér itab le un ion conjugale, non, clic ne l'e ... t pa!1i enco re . III.\L~ \ Il. Tu n'as j am ai s so ngé a ux d ro its de l' idéa l , Relling ? BELLING, - Oc!' so r ne ttes, mo n gu rcon ! "l a i::; exrusez-mo i, mon sie ur , si je vous demande combien de véritables uni on s co nj ugales vo us li vez vu es danvotre vie. Voy on s , là , e n ch iffre ro nd ? GHÉG OIHE . - A vra i d ire, je ne no ie; pas e n avo ir YU un e seule. IlE LLIXG. - Ni moi no n plu", GRtGOIRE. )Ia i.. j'en a i "U u ne infinit é (lu genre o p pos é. El j'ai e u loccasion de voir de p rl"~ cc qu'une t ell e uni on peuL fair e d e ravage..; dan s lin co up le h um ain . III\LlIA R. T o ut le fond e me nt mo ral d'un h omme peu t s'éc rouler sous ses pieds : volt e I' hu rreur ! HEU.ING. - ,jla foi, comme, il pr opr ement parler, j e n'ai j amais été marié. il m'e..t irnpos..ible de me p rono nce r là-de- sus . 'l a is ce q ue je sa is, c'est 'lue l'un ion co njugale co m pren d au ..-i l' en fan t. Et, quant à l' enfant , vous devez le lai sser en pai x. IJIALl\IAR. Hedwi g e, m a pauvre l led wig e ! BELtIS G. -

Oui, vou- aurez la bonté de ne pao;:

m êle r Hr- d wi g e à. tou t ça, V OU .'l l'l/.'" mür, tou- les deu x : vou s po uvez fouiller et Jla lt1U~p r da n... vos

LJ~

CA:'iAIl U SAUVAGE

t 2G

relations, si cela vou - fail plni- lr. Mais, quanl il. Herlwige , il rdul y pre ndre garde. Autrement, VIlU~ pouvez nttirez lin malheur sur sa tête . 1lI.\DI.\R. Un malheu r! RELLl~G. - Oui. Ou bie n elle pou rrait t'a ttirer sur elle-même et pe ul-être sur d'aut res. ('INA . ' lais comment pouvez-vous sa voir ce la, ltel ling 1 II I.\LMAH. - Il )' a dan ger imm inent pour ses yeu x '! RELLING. - Il ne s'agit pa s d o ses ye ux . Mais l ledw ige est dan s un âge cr itiq ue. Ell e es t s usce pti ble de toutes les ma uvaises insp iration s. GINA . T icns. mais. c'es t vrai! Pen sez don c: elle a depuis quelque temp s une si vila in e mani èr e de jouer avec le feu à la cuisine. Elle a ppe lle ca a llume: un incendie . J' ai peu r q uelq ue fois qu 'ell e ne fus-e ûambe r la maison. RELLI"i'G. Vous voyez: je m'en doutais bien. GRÉGOIRE, li. Relling.- Mais co mme nt e xpliq uez vous cela t • RELUNC, d"une voix maussade . - L'époque de la transitio n, mo n bon hom me. UI. \UI.\IL Ta nt que l'enfant possè de u n pere .•. ta nt qu e je s uis tle ce monde. .. -c-

(0 11 fr appe ;'l la port e u'enuée . )

Chut , Ekd ul ; il ~' il. q uelq u'u n s ur le pal ier. (E leVa/li /a vuix.) Entrez! GINA . -

(.\I •rd.nue :;,œruy entre en maute a u.)

130

Li': C.\:\"AHU S A U VA GE

-Bonsoir. allant à sa rencontre. - Comm ent , c'es t loi, Berthe! MAD .\ ME SŒRBY . Oui, c'est moi. Mais j'a rr ive peul-être mal il pr opos? U1AL:\IAH. Nullem ent. Un messager venant de 'cett e maison ... MADA ME SŒ RIl Y, ci Gina. A v ra i dire,j c ne pensa is pa s rencontrer tes messieurs à celte heure- ci . El al or s j e suis mont ée pour ca use r un peu a vec toi el le dire adieu. G1NA. Tien s! tu par s? :llADAME SŒ RBY. Oui , de ma in, de g ra nd matin , pO UT Ile yda l. Mon sieur W cr-l è est parti ce lle aprèsmidi. (J eta1lt u n regard du côt é de Gl·egoil'e.) Bien des choses de sa part. GINA. - Tiens, tiens 1 llIALl\IAR, Ah, monsieur Werl é est parti ? El vous allez le suivre? MADAME Sœ RBY. - Oui J Qu'en di tes-vous, Ekdal t lllALMAR , Prenez ga rde ! Voilà ce qu e j e vou s dis. GRÉGOIRE. Je va is t' expliq uer la ch ose : mon pèr e ép o use )l me Sœr by. IlL\ DlAll. II l' épouse ! G I:"A. VrnÎ, Ber th e, ce la va se fai re enfin 't JlELLlNG , grave , avec lm [figer tremblement dans [a voix . - Cela ne peul pas e tre vrui , n'est-ce pas t MADAME SŒRBY.

GINA I

131 )I.\n_\~E SŒRIIY. -

Si,

m on

cher Rellin g.

c'es t

I·jf'n vrai . IlELLI:iG . -

V OU"

voul ez enco r e un e fois vuu s

marie r? MADAME ~œH D Y. -

Oui, c'es t en tr ain de se faire, Wer-lé a les papiers el nou s fêler on s la noce là-bas, .l-ns le- u- ines . GHÉGmnE. - 11 ne m e r est e plus qu ' à YOUSso uImiter tout le bon heu r possib le, en beau- fils qui -nit :'0 0 devoir. MAOAillE srl,nBV. Merri , si c'est de bon cœ u r que vo us no us di tes ça. J 'esp ère bien qu e ce se r a un honheur pou r w er tè el po ur moi. RELLI:'iG. Vous po uvez y co mpte r. M. W er l é ne -e grise jamais, que je sac he . El il n' a certai ne ment pas l'habitude de rosser sa femme, co mme le faisait feu le vét érina ire. llAO Aill E SŒR BY. Laissez don c Sœ rby reposer en paix . Lui a ussi ava it ses bon s co tés, JU:LLI~G . ü on sieur w ert é en a de meilleurs, j'esp ère, JHDUll:: '1 IF: h BY . En to ut cas il n'a pas pe rdu ce quïl y avait de bon en lui. Ceux qu i agisse nt ain ... i en suppo rtent toujou rs les cons équences . nF.LU"Hi . CP sni r-. jf' vai s nccompncnr-r ,1 (1 1Yik M \ U ,\ ~ i E :-(I;n By. Non, ReUing, ne le faites pas , c'c-t moi qui vous en prie.

132

LI:: t:ANAHU

S A U \ A t' J~

REL Ll:\G. C'est tout ce qu i me reste à faire. (A Hialm ar .) Si tu veu x, vie ns arec nous. GINA. - ,Merci bien, Ekda l ne va pas ti ans ces sortes d'appa rte ments. lllALMA U, à demi-voix , axee colère, - Si tu pouvais te tai re ! RELLL'i'G. - Adieu, madam e Werl é.

(II sorL.) GRÉGOIl Œ 1 à madame S œrb», Il paratt q ue vou s vous connaissez d'assez prés, le docteur HelJing et vous 't MADAM I': SŒHUY . Oui, nou s nous connaisso ns depui s de long ues années . li fut un temps où cela aurait pu ab outir à qu elque chose. GRÉGOIRE. - C'est vraim ent bien heureux pour vou s qu e cela n'ait pas abo uti. MAOAME SŒRBY. Ah! vous pou vez b ien le dire! Al ais je me suis touj ours ga rd ée de suivre mes insp ira tions. Une femm e ne peut pou rta nt pas se sac rifier entière ment. GRÉGOmE. - EL vous ne craignez pas qu e je touch e un mot à mon père de cett e vieille conna issan ce 't M,\ DAME SŒIl BY. Vous pensez bien qu e j e lui en ai parlé moi-même. GRf:GOIRE. - Vraiment' MAD .\:YE sœner . Votre père sa it jusqu 'à la m uiudre chose Lie cc q u'on pourrei t dirc de vra i

133

LL LA:\ .\Hll :5AI.:\'.\I;I :

su r mon co m pte. J e lui a i tout d it moi-même. C'est la pr emi èr e ch ose que j 'ai faitc, dè s qu' il m'a la issé sou pçonner ses intentio ns. GRÉGOIllE, - En ce cas , vous êtes d'un e fran chi se qu'un ne ren con tre pas so u vent. ll ADA~E 'TJ::RlIY. - J' ai touj ours élé fran che . C'e st enco re ce q ui nou s r éussit le mieux , à nous autres

femmes. U1AL)IAR , -

GI:'i'A . -

Qu' en dis-tu , Gina?

Oh ! c'es t si différ ent, les femm es: l'u ne

s'y pre nd d' une f:tt:on, l'au tre d'une a utre , M.\D .nu: sunav. - Quand il ça, Gina, ce qu'il y il de plus Mi r, c'es t de faire comme j 'a i fait. J 'en suis bien ce r ta ine aujourd'hui, W cr!c non plus ne m'a ri en ca ch é de ce qui le co nce r ne. C'est en cor e cela qut nous a le plu s so lide me nt li és l'un à l'autre , A pré -eut il peu l pas- er- son temps, a :- ,; i~ pres de mo i, il cau -e r de to ut avec une Irnnc hise d' enfant. Cela lui a toujours manqué ju squ'i ci. Un homm e plein de furce et de santé co mme lui, réduit à pa sse r t~u l e sa j eun e-se el les meill eures a nnées de sa vie à éco ule r des re mo ntra nces ! El so uvent , à ce qu e je me - uis laissé dire, ce re mo ntra nces se rappo rta le nt Ù
IH

tE GA:'iAHU S.\U \.\G e

j e ne dirai plu s rien . ~l ai 5 j'ai tenu à vous apprendre que je n'ai j am ais usé de mensonges ni de subter fuge s. On croit peut-être q u'il m'arrive un tr ès grand bonheur, el c'es t vra i j usq u'ù un certa in point. Et pourta nt il me semble que j e nu reçois pa s plu s qu e j e ne do nne. Je ne I'nbandnnnerni j amais, c'es t sû r . Et je pu is lui être plus utile, l'Jus nécessaire qu e n'im porte qui , q ua nd il ne pourra plu s s'a ide r, comme cela a rrivera bientôt. lIIAUIAR . 11 ne pourra pl UR s'aide r t Gn'::GOrRE, à madame S œl'by. - C'est bien , c'es t bien j ne parlez pas de cela. MADAME SŒRB\'. -II n'y a pas à dissimul er plus longtemps, qu oiqu'il le dés ire. Il est i la veille d'être aveugle. UTALMAR , tressaillant . A la veill e d'êt re aveugle! C'est singulier, aveu gle, lu i au ssi ? GINA. Il yen a tant qui le devienn ent. MADAME sœ nur. - On peu t sc figurer ce que c'es t, pour un h omm e qui a de si gra ndes a ffaires. Allons ! J e t âch erai de l'aider de mes yeu x, auss i bien que je pourrai. Jl aie il faut qu e j e m'en aille : j'ai ta nt à faire en ce moment. - Ah oui 1 j e tenais il vous dire, Ekdul, que s'il y avait qu elqu e chose en quo i M. Werl é put VOl1 " ê tre util e, vous n'auri ez qu'il YOU 8 adr-esser il Grab er g . GRÉ GOIR E. lliulrnur Ekd al SI} ga rde ra certa inem ent de pr ofiler de celle unrc.

Lb CAS AIlIJ ~.\ U V A G E

1. 35

!1.\ Il\'lC ~lIF:Rnr. -

Yraiment t Je ne sac he pa... qUI' jtl:-it IU '~l 11rt:"enl... til\.\ . Non, Ber th e, Hia lmar n'a pl us besoin de recevoir quo i qu e ce soit de M. W er lé. nlAL~IAn.

lentement, en appuyant sur les mots. -

P r é-entez me... co m plime nts à vot re futu r m ari et dites-l ui que je co mpte me ren dre tr ès prochain ement chez son co m mis Grab erg .. . G n~;(~O IHE. - Comment! Tu voud ra is. .. llIAL III.\ 11. . •. Q u e j e m e rendr ai chez Graberg , d is-j e, pour demand er le co m pte de ce q ue j e d ois à sun pa tr on . J e veux pay er cet te delle d'h on neur ... ; ha , ha , ha ! une dett e d' honneu r, ça! Mai!' n'en parlons plus. Bref! j e veux tout paye r , a vec ~intI pour cent d'i ntérê t. G1\A. Bon Dieu, mon che r E kdal, o ù veux-lu qUI' nous pre nions tout cet arge n t ? II IALll.\ R. Veuillez d ire il votre fian cé qu e j e trnvaille rni ...a ns repos à mon invent ion , Veuinr 7. lui di re q ue ce q ui soutie nt mon e- prit da ns ce truvail forcé, c'est le désir de me lib érer d'un e o bliga tion q ui me pese. C'est mêm e Hl le mo bile de J'inventi on. 'l'null e hé néfice sera em ployé a so lde r les 3 \Il Jl('''S de vot re futur épo ux . MA i)A lIŒ ~(}:IlB Y. Il s'est pns- é q uel que chos e da n.. cette maiso n. IIl\ l.?tI.\ n . - Oul, il !;'y est passé qu elqu e ch ose. MADAME sœnur. Eh bicn : adie u. J ' a ura is à

LE C.\ :'lt\ II U S A UVAG E

1;:)0

cau se r encore un peu avec to i, Gina. Mais ce sem po ur un e a ulre fois. Adieu. (Ilialmar e l Grégoire la sa luent. Gina l'accompagne ju squ 'à la port e .}

Pas a u delà du se uil, Gina.

Ul ALMAH , -

(Mada me Sœrhy so rt. Gina referme la porte.) llIALMAR . Eh bi en , Grég oi re, me voi ci déb arrassé de ceu e detle q ue j 'av ai s s ur le CŒu r. G R I~G O IR E . Ou, du moin s, lu le se ras bient ôt 1I1AL:lI An . J e crois qu e mon a tt itude il été cor-

r ecto. GnÎ~GOIRE, -

'l' II es

l'h omme qu e j'avais touj cur -

cru. liIA.LMAIL 11 est de s ca s DLl l' o n Il e peut pa s sc dérob er aux exi gen ces d e l'idé al . P èr e de fa m ille, i l me fa ud ra ge ind re et pein er il celle t:lche. Cc n' est pa s une pla isanterie, tu comp re nds, pour un h om me sa ns fort u ne, q ue d e sc d égneer d'u ne dell e ensevelie, pou r ai nsi d ire, so us la poussièr e d e J'oubli . N'i mp o rte! L' hom m e, en moi , réclam e a uss i ses d roit s.

GBl~ G OIR"~ ,

tuipoeont la main sur l'épaule. -

Mon

ch er Il ialm ar , n'e s t-il pas heur eux q ue j e suis ven u ? lHALMAR. -

Si.

N'est -il pas heur eux" . q ue la lu mi ère sc soit fa ite s ur toutes ces rela tio ns ? GnÉ GOllŒ . -

IH AI.) I \1\,

avec 111/ p eu d'imp atience. -

Je Il e dis

I. E

C.\~ A H lI

S ,\ [ VA GE

1:0

l'a" 111 111 'l;li" il "Y a q I H 'l lJ lI l' l' h l) ~ c ' lui révolte men scuthncnt d'équit é. GHÊGO IIŒ. - Qu' est-ce d on c ? 11IALMAR . C'e"l que... mo n Dieu , je ne sais si j 'n-e m'exp rimer si libr ement su r le compte de

ton p ëre. Ne fai s pas a tte ntion à moi C'es t bien . J e te d ir a i do nc q u'i l y a quelq ue chose de r évo lt ant , il mon av is, il voir q ue cc n'est pas moi, mais lui qui con tracte en ce moment un e véritabl e uni on conj uga le, GRÉGO IRE. - Voyo ns, co m ment peu x-lu dire cela 1 U1:\ULAR, ~I a i s oui, c'est ains i. 'Ton père el madame Sœrby vont cont racte r un pacte conjuga l ba- é su r un e entiè re fra nch ise de par t el d' a utre. Il n'y il pas de cacho ter ies entre eux, pas de menRo nge derri ère leu rs re lati o ns. Si j'ose m' exp rim er ninsi, ils se sont acco rdés l' un il l'a utr e in du l~e n ce pléniè re pou r lous leu rs péch és. GRÉGOIRE. Eh bie n, np rè-? III.\UL\R . Ou i, ma is tou t ce la se lient. C'est sur la réu nion de tou tes les mi-ères don t lu .10::; été t émoin ici qu 'a été fondée celle veritabl e un ion co njuga le. <;1l(~GOtllE. - ~1tli ~ la situntinn est to ute dilTér enlc . T u ne veux pao::; ('lall lir dl' comparal-o n en tre elle et to i d ce- rleu x .. ? .\lIon ". tu m'entends . IJI.\Dl \11. Je Il l' pui ... r-mpèrhr-r (11Iïl y a il l .t GRt l'OIRE. III AL) IAR. -

138

quelque chose de ble ssant pour m on in -t inr-I d'é -

quité . Un dirait vraim ent qu'il n'y il au cune j u...Lice dans le gouvernem ent de ce monde . GL\'A. - Fi donc, Ekdal! lu ne d evrai s pas par ler a ins i. GRÉGOIRE. - N'abordons pas celle qu e.. . ti on. llI ALMAR. - Il est vrai q ue, d'u n autre coté, il me se m ble cepe ndant apercevoi r un doigt r égulateur. Ain si , il sera bien tôt a veu g le ? GINA. Oh ce n'est pe ut- êt re pas bien sûr. lIlAUlIAll. C'est indu bi ta ble. E n tous cas, ce n' est pa s à nous d 'en d ou ter, ca r la rémun ération es t là. Il a aveuglé jadis un ètr e confiant. GR~;GOIRE.

- Hélas! Il en

il

aveuglé hien d'a utr es.

El voic i qu'un de stin my st érieux, inexorable, lui crè ve les yeux à so n tour, GI~A. Oh! comm ent ne crai ns- lu pas de d ire qu elque chose d'au ssi méchant ? tu me fais peur, vra im en t! UL \LlI\R. Il est bon qu'o n se pl on ge d e temps en te mps d a ns le côté ten ébrcu x de l'exist en ce. lIlALllAR. -

(Hedwig«, en man teau et en cha pea u, entre iuyeuse et essoufü ëc parla port e clu paüet. )

T e voici de r et our! J e n'avais pas envie d 'aller plu s loin et c'e st ta n t m ieux , car j'ai rencontr é qu elq u'un en ren tra nt. UlAUI..\R. Celte madam e Sœrby, sans doute. GINA. -

UEDWIGE , -

139

Oui. arpentant la chambre. - J' espère que c'c ..l la de rn ière fois q ue tu l'as vue. lI EOWICE . -

II I.\LMAH,

(Un silence. Hed wige promène son regard inqu iet de l'un à l'autre, comme pour deviner ce qui ce passc.) lI EOWIGE,

se vapprcehont, ccUine. - Pa pa .

Ill.\UI\lL -

IIEOWIGE. -

Eh bien .. . q u'y a-t-i l, llcd wige Mad am e Sœ r by m 'a appor te qu el ï

'Ille chose. IIIA D IAR, s'arrelant. -

A toi ~

Oui, pour de mai n. Tu as touj ou rs reçu q uelq ue cnd eau d e Ber th e , cc j ou r-l à . HEDWIG!':. -

Gl 'lA . -

III \ L:'tl\R . llEDWIGE. -

Qu'est-ce que c'est ? Non, il ne fa ut pas q ue tu voies ça

maintenant , Maman me le donnera demain malin , da ns mon lit. UlAMAn . - Oh 1 toujou r s quelque chose qU'0J! me cache . IIEDW IGE , arec précipi tation, - Attends, lu peux voir : c'e-t une g ran de lettre. (Elle ure une leure de sa poche).

Une lett re? Oui, ce n' est q u' une lettre. J e pen se q ue le rest e vien dra. plu s tard , ~I a i s qu 'en di s-lu Une lettre! C'es t la p re m ière que je reçois El p uis , il y a mademoiselle dessus (Elle li t) • ) lad emoi 5cll e Il ed wig e Ekù a l J . Pen se do nc .. . c'es t moi . llIA LMAIl . llEDWI GE. -

t ;0

I,E

cv xv n u S!\U V.\r. E

Il nuv-mui Cf'!t(, lettre. lui tendant, - 'I'ieu-. recarde. C'e-t l'écriture de ) 1. Werl é,

lit \1 '1.\11. -

IIEDWlli ..: , fa 1II.\LlIAR . 1

GI~.\ . -

Tu en c." sû r, Ekda l. ltecnr.le toi-même. GI:oIA. Oh ! je ne m' en tends pas à celn . UL\L:\ lA H. IIcd w ige, puis-je ouvri r cette l e ll r ~ et la lir e? m:O\\'I GB. - Oui. j e veux bien, !'Î cola le faH plai sir . GI :"\. Non, pas cc so ir, Ekdnl, puisq ue c'est pou r demuin. U ED WI GE , ri: ioix basse, Oh 1 lai . . se-le do nc lire, d is. C'est pour 51) 1' quelque chose de ~cntii. Ça va le rend re ga i et ce se ra tout de suite plus amusant III \L)J AR . -

id . HI.\DIAR. -

Ainsi, je puis «uvrlr-?

lIEDWIGE. - Oui. papa. je l'en prit'. Ce sera si drôle de voir ce qu'il y a dedans. 1lI.\LlI.\R. - C'c-t hien.1 1l Olwre la lettre, retire tm papier, If! lit el parait 11'ouIJ/I!,) (jue - ign iûe

ceci t G I~A. -

Gu'c- t-ce q uil y il. dànc 't Oh nuiI papa, qu'es t-ce l'J1 1'i1 y n,

IllmWI GE:. di s ? nI .\LMAR , IIIIf!

fins,

]JIUit.

T ir-ns- to i trnuquill e.

nmis

dnnulinn. ll cd wizu,

(/"1II1l'

rnir

I l relit rncnre

('(1111/(,,/ (:'4'-;1 une

LL C.\ :-i.\ H IJ S \ l' v. \ GE

uenwr c z . d on ne ? 1l1.\LM.\n . -

j \'

Vr aim en t ~ Et qu 'est-ce q u' on m e

Lis toi- même .

.,I ledwir;(' s'approche de la lampe, pour Iire .] 1II.\ LlI\R,

à demi-voix , les poings crispés,

C'~;;,

yeux , oh ces y eux ! El pu is celle le ttre ! nuiw«. », s'nü ernnnpont. - JI me sembl e '!'!" c'e- t po u r gra nd-pén-, tout ça . 11I.\ Ul vn, lui prentm: la lett re des mains. Ecoute, Gi na, ." compre nds-tu quelque cho se ? G I ~A . Puisque j e ne sais ri en de r ien, Dia-moi

q ue c'e -t. - )1. \Yer lé écr it li Hed w ig e qu e so n vieux g ra nd-pè re n' a pl us besoin ùe se fa tiguer

CP

IIL\ L'\IAR,

:l

faire d e la co p ie, qu'i l n'a qu'à passer nu x hur eau x pou r to uch er rc nt co u ro nne s par mols. G n h~ 0 1R t: . - Ti en", tien s! lI EOW IG E . Cent cou ro n nes, mam an ! J'aJ Lien YU qu 'i l y av ait ce la . G I ~.\ . C'est bie n h eu reu x po ur g ra nd -pè re. IIl.\LllAR . Cenl cou ro n ne s, aussi lon ctem pqu'i l en a ura be soin , cc q u i veu t d ire, bien ente ndu , tant qu'il vina. GliiA . Le voil à P O UI'VU , le pauv re vie ux. lH AU I AR . Et la s uite , lu n' a u ra s pas lu la s uite, Hed w ige ? Apr l'·... cela, celle do natio n passera s ur toi . IlJo:.OWlt;E . Sur- noi ! To u t ~a !

l. E

lH .U' I.\ll. -

cvxx nn

SAU V.\ f. E

T u as la j ou i-sa nce de cette se mme

ta vic d uran t. I1LOWIGI':. - Pense d o nc .. . tou t cet ar,;-rllt qu'ou m e don ne! (Elle le serrJuP.) Pa p a , papa! Jl'C:;-Iu p a s co n te n t, di- t UlAUI\ R. êritant snn contact. Content! Oh,

qu elle vi-ion. quelle per-pec uve

~c

déroule dev.mt

moi ! C'est Hcd wi g e , ou i, c'est bien elle qu'il dnlt" si richem ent. (; I.' U . - âlai s oui: puisque c'e s t on jou r de nni ..· sance il elle. IlEnWIGE. El t u eurn - ç
Va don c Me r ton mant eau.

(Ilrdwt::t' sur Il' ponu Ùl' pleurer, ~lJll par la Jlurtt' dl" la cuis ine.]

L i:: CA X A ll iJ

~ A la Ala:;

tH

IU.\L.I\R d-el/ire lentement: le papier en (/1'11.1: el place les IIwrcenu.r; sur la la!)!/·. r llilit ma r épo n- e.

GREGOIRI:';. -

Je m'y attendais.

l'ers Gino, debout près de la cheminee, et/ut dit {rUUe coi.r contenue. - El maintenant, l'lu:" UI \L\I.\R l'a

de men-onces. Si tu avais entiè reme nt ro mpu avec lui quand tu us comme ncé il m 'aime r, co mme lu dis. pnurquni do nc n ous a- t-il fourn i les moy ens dp n ou- mar ier ~ GINA, Il aura cru , j e s uppose , q u'il pourrai t veni r da ns la maiso n. III.\L:\IAIL - C'es t toul ? Il n e cra ig na it pas ce rlai ne éve ntuulit é t rot;.; \ - J e ne suis pas ce qu e lu yeux dire. III\Ul.\I\. Je veux. ..a voir -i ton enfant a le droit de vivre SO Ui' mon toit. Gt:'i.\, sr> redressant, le regard fla mboyant . Tu me demandes cela ? 1Il.\L)J.\IL T u vas me r épon dr e : Hedwigq es telle ;1 moi ou bien ... ? Allon v! lit;';A , le bravant fr oidement du regard. - Je ne

sui-, pa .... III A.D l .\R ,

Gl 'H. -

[rissnnnant , - Tu ne sa i", pa s ! Comment veux-tu qu e je sa che? Une

femme co mme moi. .. IIIA.L:'HR ,

tranquillement, en lui tournant le rio,'). -

En ce crs, je n'a i pl us ri en maiso n.

;'l

fuire dan s cett e

lB

Héfl échis, Hialrnnr- ! mettant son paletot. - Il n'y a pas à ré-

GREGOIRE . llI ADI AR ,

fléchi r, pour un homme com me mui. GRÉGUIRE . A u contraire ; il Y a là u n a bîme de réflex io ns. P ou r co m me ncer, i l fau t qu e vou s restiez tou s les trois ense mb le, s.i tu veux atteind re à re t esp r it de sa cr ifice qu i m èn e a u x dévou ements s ubli mes. UlAUIAR . J e ne veu x pas de cela ! J a m a is, j ama is! .\Ion chapeau! (I l prend son chapeau.) ,' Ion foyer est en rui nes. (Il éclate en sanglots.) Grégoire, j e n'a i pa s d ' enfan l! UED\\1 GE ,

qui a ouvert la porte de la cuisine. -

Que di s-l u là ! (Coul'ant à lui.) Pa pa, pap a! GINA. Bon! UlA L:\L\It. Ne m' approch e pa s, Hed wig e ! Val'en !j e ne puis pas te vc !r. Oh , ces ye ux ! Adi eu. (Il veut se diriger vers la porte.)

se suspend à lui en criant. - Non ! non ' no n ! Ne t'él oign e pa s d e moi. 1I1.\ L.'IAR . J e ne pu is pas . J e ne veu x pas 1 Je veux m'en a lle r loin d e tout ce la! II EDWIG E,

(Il se

dt"~ag('

Iles mains d'Uedwigc et so rt par la porte

du pafi ee. ) II EDW IG E ,

le l'rg ar rl dësesp ér», - Il nnus qui tt e ,

ma tunn ! 11 nou s quiuc ! Il ne r svie ndra plu sJ iltlla i(;;;! GI~A . - Ne pleu re pa s, Iled wig e. Papa reviend ra po ur sur .

Ll:: CA :\ .-\H U SA l" \.\(i E

Il ED\\' II.> 1:, se jette sur le sofa, en sanglotan t. . '011. uun. il Ile reviendra jnmnis

.... RtliDlHt:.

Vuus ne doutez pa", madam e Ekdal,

'1.llt: j'a i voulu tout ar range r l'o u r I~ mieux . liDi.\' P eut- êtr e bien . !liais qu e Dieu VOU5 pa ruonne to ut de nième . lIED\\'lGE. Oh! il me semble que Çù m e fera muurlr. Que lu i ai-je donc fa it? :\I arn an, il faut que lu le ramenes ! t.;[:-lA. Oui, o ui, ca lme-lo i. J e vais all er le chercher. (Elle met snn man/Ml' el son chapeau.) Il est peut-être entré chez Helling. .ïfa ls il ne fa u t pas pleurer comme ça. Tu me le p rome ts ~ UEDW IGE, dans une aise de larmes. J e ne pl eu re rai pl us, pourvu que pa pa revien ne. GRÉGOIRE, ri Gino qui veut sertir, Ne vaut -il pas mieux le laisser sou te ni r jusqu'au bout so o douleureu x combat. GL~A. - Ah. bie n ! il y pensera plu s tard . 1\'\'uol to ul , il fau t ca lmer l' enfant.

(Elle sert par la porte du paller. }

s'asseyant et essuyan t ses lar mes. âlnintenunt , il faut me d ire ce qu' il y a. Po u rq ud papa ne veut-i l pl us de mo i t cnf:COII\E. - Il ne fuut pas d ema nd er ce la avan t 'Ille vous ~OYl·7. ernn.!c et raiconnahle. IIED\\ lm:, sanqlotant, - J e ne puis po urtan t nns carder ce terrible chagr-in -u r le cœur ju,,' IlEDW IGE,

9

1'16

L E CANAR D SAUVAGE

q ue je sois g ra nde el raisonnable. J e vois ce que

c'est. Je ne suis peut-être pas l'enfant de papa . GRÉGOIRE, inquiet . Comment serait-ce possible 1 JlEDWlGE . -

Mam a n m'aura peut- être tr ouvée et

papa l'au ra app ris tout il l'b eure. J 'ai lu de ces ch oses dan s les BYTes. G R~GOIRE , - Eh bien 1 si c'é tait le cas! HEDWI GE. - Il me semble qu 'il pourrait m'aim er tout de mêm e, autan t, si ce n' est dav ant age. Le can ard sa uvage au ssi, nous l'avons re çu en cadea u

et j e l'aim e tant malgr é ça. GRÉGOIR E , saisissant lejoint.- C'est ça, Iledwige, le canard, parlons un peu d u ca na rd. DEDWIGE . P au vre canard! Il ne peut plu s le voir non plu s. Pen sez donc: il a so ngé à lui tordre le cou . GRt GOIRE. - Baste 1 Il n'en fera rien. DEDlW GE. Non, ma is il en a pa rl é. C'est si vilain à papa, d' avoir dit ça , Vous sa vez : j e récite tous les so irs un e prièr e pour le canard, a fin q u'il so it prése rvé de la mor t et du mal. GRÉGOIRE , la regardant. - Vous av ez l'habitude de faire votre pri èr e le soir 't DEDWIGE . Mais, oui. GRÉ GOrRE, Qui vous a enseigné r ela' DEDWIGE . - Per sonn e, Pa pa a ét é si ma lad e un e

L E CAl'i A U U SAU VI\Ct:;

H1

fr)Îs. On lui a posé des sa ngs ues sur le cou. Alor s il ,1 dit que la mort était il la po rte . GREGOIRE. - Eh bien t Il EOWIGE. Alor s j'ai pri é pour lui qu and j'ai été au lit, et j'ai to uj our s con tinué depuis. GRÉGOIRE. - Et mai nte na nt vou s priez au ssi po ur le cana rd sau vage? I1EDW1GE. - J'ai pen sé qu'il en av ait be soin: il éta it sl ma lade en a r riva nt. GRf:GOIRE . Faites-vous auss i un e priè re le ma ti n ? liEDWI GE . - Non, j e n'en fais pa s. GR~GOmE. - Pcurqu oi ? HEDWIGë. Le malin il fai l clai r : il n'y a plus de quo i avoi r pe ur . GRÉGOIRE. Et ce ca na rd q ue vou s a imez tant, votre père a voulu lui tordre le cou? nsnwrc s. - Non. Il a di t qu' il devrait bien le faire . Mais il l'épargne à cause de moi . Çil,·c'e:-t gent il à pa pa. GRÉGOIR E, se rapprochan: d' Hedwige. Et si vous le lui sacrifiiez de plein gré? BE DWl GE , se leoant, - Le canard sa uvege t GRÉGOI RE, Si, de votre plein gré. vous lui sacrifiiez ce que vous avez de plus pr écieu x a u mo nde ? np.Tlm GE. - Crev ez-vou s qu e ca ..ervirui t il quelque chose? GRÉGOiR E. - Essayez, Hedwige.

148

l.E CA1'U . HiJ SAL VA G E

BE DWIGE,

a voix

basse, les yeux brillan ts, -

Oui

j 'essayerai. GHÉGOIRE . -

Yo us êtes bien sû re d'avo ir re cou-

ra ge. llL:D WI GE. -

GR ÉGOIRE. -

Je pri erai gra nd-pè re de me le tuer û'e -t ce la . Mais pas un mo t à vo tre

mère. H EDWIG E. -

GRÉGOIRE. ll EDWIG E . -

Pou rqu oi? Elle ne nous comprend pas.

Le ca na rd sa uvazet J' essaierai de-

m ain matin. (Gina entr e par la port !'! du pall er.) llIi:DWIG E,

a üant au-deuant d'elle. - Tu l'as tr ou vé,

maman? GINA. - No n, mars il parait qu ' il C"L ven u chez Helli ng el qu'il l' a emme né a vec lu i. GH f; GOIR~; . GIN A . -

-

V ou s en êtes SÛl'c t

Oui . la portièr e me l'a dit. u olvick était

aus-i avec eux. q u'elle m'a dit. GRf;(,;OlR E . Et cela q uand so n â me aura it besoin de so litude pour lu tter. GDlA, (jlan l sou manteau , - Oui, c'estsi d iffére nt , les hommes, Dieu sai t où Rellin g l'au ra entra îné . J'ai co ur u che z mad am e Er-i k- en : ils n'y éta ien t

pa s. IIF.OWIr.F..

oralant

Sf'S

larmes , -

0 m on Dieu, ~'i l

n'allait p lu-, r e veni r ! GIII::t; OlltE . li reviendra , soyez-en sa re. J 'irai le

L E CA;'L\ n n S AUVAG E

110

11'011\'('1' dcmr l». Vous ver -rez comme nt il rentrera. L,,· If'....us, dnrtuez L'Il [mix , li ed w ige , BOII :::oir . {II sort l'"' 1.1 pUlll' du IMlit·r. )

sautant au l'OU de sa mère en. srmglotant . ma ma n ! en". nver,m ,ÇOll/ JÙ" ('n Lui d01lP1QPll de petites tnll!'s SU, " tépaule , Mnn Dieu, mon Dieu! Rellin e av.rit bien raison. VniLl cc qui se p ,1~se quand il y a d, ~" fou ... qui vlenu-ut IIUU" presenter de ces r écla m _ tion- de malheur. lIEIJW lliF..

-

~I a m il n!



ACT E r: Ji'\QUIÈ }IE

L'ulnlier d'J l ialrnn r- , le ma l in. Un jour crl s et Iroid . Des plaqu es de neige SU t' le toit vi tré. Gina, en tablier à bavette, entre par ln porte Ile la cnistne, t ena nt u n tor chon et lin hou s sotr. Au fTl l'llH' rust ant, 111'.1-

wige entre pr écipua meut par la parle du palier. GIS". s'arl'Ptal1t tout

aun coup. - Eh hien !

1 mam an, j e cr oi- qu'il e-t ch ez Hellin e. GISA. - T u vois bien. OED\nGE. - Parce que la por tière a dit comm e ça q u'i l y en av ait de ux a vec Helling, qua nd il est ren tr é celte nuit. GI NA. O'e-t bien ce que j e croya is. lIED"' GE. Mai;; ça ne se rt à r ien , pui squ 'il ne veut pas m ont er c1 JC:z nous. GIl'iA. - J e vais d u moins desce ndre lui parl er . - Le père E h-lol. eu rohe de cluunbre el en pantou{lI!S, vient de chez lui fuma nt sa pipe. HEDWIGB. -

Eh bien

151

LE CA AnD SAUVAC

Dis donc, Hial ma r. -

EKDAL. -

Hialmar n 'est

pas là ? Non, il sera sorti. Si t ôt que ça ! Et par une si épo uva nta ble tourmente ! Oui, oui, ne te dé ra nge pas, j e pu is faire mon petit tour tout seul. (11 se di rige "ers le grenierçéea rte. avee l'aide d'H édGINA . -

EKDAL. -

l'fige, les battants de la porte et refer me aprè s Iui .)

entre . Hedwi ge

DEDWI GE, à demi-noie , Dis-donc, maman, qu and pauv' gra nd-pere a pprend ra que papa veut nous qui tt er ?.. GL' A. - Il ne faut pas que grand-père sache ça. C'est bien heureux qu 'il n'ail pas été là hier, penda nt tout ce bou can. HEDWI GE . - Oui, mais...

(Grégoire entre par la porte du paller.)

Eh bien ~ Etes-vous su r sa trace! GINA. Il par ait qu 'il est ch ez Relling , à ce qu'on dit. .. GIlÉGOlR E. - Chez Relling 1 C'est donc vra i 1 Il sera it sorti avec ces gen s là ! Gnt;GOlRE. -

GINA. -

Mon Dieu, oui.

autGOIRE. - Lui qu i au ra it si gra nd besoin de solitude, qui a ura it dû se rec ueillir en silence ... GINA. C'est bie n vra i, ça . (R('Bingo entre pa r Ill. porte du palie e.) Il EDW IGE ,

ch ez vous?

courant à sa ,.ellcont1'e. -

Papa est

I.E CA :'iA RD SA rr,U; E

GIXA.

en m ême te mps , -

HHU.\\., . -

Il est che z

Ccrl.uIJélllenl oui . i l

' ·OU'>

?

l ehez m oi.

El vo ue q ui ne no us dite... ri en! IlEL U NG. Oui, j e s uis une vila ine Lêt e. )LJis d'abord j'ai dû m'occu per d'une autre vilaine hète : le dém on iaqu e, quoi. El ap r ès ça, j'ai dormi -i profond ément qu e... IIEOWIGE. -

GINA. -

Que di t Ekd al ce matin !

Rien du tout. Il ne pa rle pas? IIELLlNG. Il ne prononce pa s un e syllnhe. GHÉGOIRE:. Non , non..Je com pr en ds cela . GIXA. - Maie::. qu 'est - ce qu'il fait alors ? HELLlXG. Il ronfle, allo ngé s ur Je canapé . nBLLlNG,

JIIWWIG";. -

G IXA. -

Vra im en t? C'est vrai q u' il rouü c for t ,

EkdaJ. II ED\\lGE. n E LLlXG. -

GRÉGOIRE. -

11 dort '1 il pe ul do rmir ! foi o u i, à ce q u' il parait.

~I a

Cela se comprend . Aprè:". la lutte

â me à dti so ute nir. GINA. Avec ça , qu'il n' a pas l'h abitu de de train er la nuit deh or s. IlGl)\\'IG E. Peut -être qu e c'est bien , mam an , s 'il peul do rmi!', qu c

50 0

GINA. J e crois que ou i. Mais aJol's c'est pas la. pein e de le reveiller tr op tût. Je vo u.., remercie, üelling. xl uintenunt, il fau t que j e Ias-e lin peu la.

rhnmhre pou r que en ait l'a ir ge ntil ici. AIJr,''; .~;l. ,. Viell~ m'aider, Hc.lwigc. (Elit'''; entrent au sulun.] GHÜiOiHE,

se tournent uez-s ReUil/g, -

Pouvez-

vou s m'e xpliq uez le tr avail qui s'acco mplit en t e mom ent dan s l'üme d'Hinlm nr Ektial " RELLl:'iG. - Ma roi, je n'ai point remarqu é qr-e sn n àme fût en travail . GRÜ:OIRE . - (}uni t dans un moment de cri-e o ù s.i vic entiè re se reh.uit su r u ne nou velle base .. . 't Comment p O U\" CI. -\" I IU"; croire qu'un ca rac tè re comme Hja lmar ... R!': LLl NG, - Lui, un ca ractè re ... t S'i l a j am ai - eu en ge r me une de ces d èform nti ou s qu e VOI1S nom mez un ca rac tè re , il en a été ra-Hcalernent gu éri des sun enfance. GRI:GOIIH: , Ce se ra it Lien étonnnnt.c. élevé comme il l' a été, en to ure de tan t d'nffect ione. RH UNG. - Vou.. pensez à ses deux ta ntë s, rës vieille- filles toquées el hy- té riques. GIlL:l ;OlRl::. Ces deu x Iem mes . je vous le déclare , n'outjamais la issé pér ime r les d ro its de l'idea l. ..\.1. lun -e , jf' vois que vo us vou... remet tez ~l bo uffon ner . HLLLI " G , Non. je n'ai pas l.r tète ~l ça . Au demeurun t , je s uis hi en rensei cn é, il a assez verni de pathos sur ces deu x c. m eur tri ers de -o n ûme ... J e ne cro is pas, du reste, qu 'il leur d oive beauco up d'ob ligati on. Le mal heur d'Ekdal . c'est d' av oir lu u9.

1 5~

L E CJ\N A nn S All \' AG E

jours pa-sé pour un a..; !re aux ye ux de son ento urage. cntGOIRE. Il n'en serail pa s un! J e perl e de ce qu'il a a u fond de l'âme. RE LLI:iG. Je ne l'ai jamais remarqu é. Que son p èr e l'a it cr u, ce la ne m'étonne pa s. Le vieu x lieute na nt a to uj o urs été un e brute, sa vie durant. cnÉ GOIllE. - Il a eu t oute sa vie un e â me d'e nfan t ; c'est ce qui vo us échappe, HEtL ING. - Bon, bo n! âla is après cela , 4U iWd le ch er-petit Il ia ima r a pa ssé étud ia nt, co mme o n dit, ses camarades, eux au ssi , n' ont pas manqu é ùe voir en lui une des lumières de l'avenir. II était j oli. .. qa pre na it. .. bla nc et ro ..e.. . tel qu e les petites dernoi sell es aim ent à voir les petits j eun es gen -. Et comme il avait l'humeur se ns ible , de la séd uctio n dan s la voix, comme il sa va it ge nti ment décla mer les vers des a utres , et les pen- ées des autre s.. , GR Ü;OIRE, s'emportan t. - Est -ce d' Hi.d mnr E kda l que vou s parlez a insi ? HELLING. - Oui, avec votre permi ssion, el cela, pour vou s montrer l'intéri eur de ce lte idole devant laqu elle vou s vous prost ern ez, la face co ntre terre, GBÉGOIRE. Je ne me croya is pa s entiè re ment aveug le, cependa nt. IŒLLI:'l'G. li é. hé! Il ne s'e n fa ut pa s de bea ucoup. J ~ vai s vous dire: r ou " êtes un mala de , VOliS

aus si,

LE

C \ ~_\ R J)

S.\U V.\G E

155

Quant il. cela, vous avez raison. Eh oui ! Votre cas est très compliqué. D'a bord, celte mauvaise fièvre d'équ it é. Et pui s, ce qu i es t bien pis, ce délire d' ad ora lion qui vous fait rôder sans cesse avec un besoin ina ssouvi de touj ours ad mire r qu elq ue obje t en deh ors de vous même . GHEGOIRE. - Ah! certes, ce n'est pas Cil moi que je le trouve rais. RELLl.:'iG. llais vous fa ites de si pit oyabl es meprises, grâce à. ces mouches merv eilleu ses qui vous passe nt devant les ye ux et bourdonnent à. V08 ore illes! .. Vou s voici de nouveau che z de s gen s il qu i vous réclam ez les droit s de l'id éal. Sachez donc qu'il n'y a personn e de solva ble dan s celt e maiso n. GRÉGO IRE. Si vous n'av ez pas une plu s h aule idée d'Hi al mar Ekd al , comme nt se fait-il qu e \' OUS t ro uviez plaisir à Je fréqu enter soir et matinê HEL Ll NG. Hé mon Dieu! J'ai honte à le dire, mais il pa raît q ue je suis médecin . Il fau t bien que je m'o cc upe des pau vres mala des a vec qui j'habite sous le même toit, GIH:GO IRE. - T ien!', tiens ~ C'est encore un malade qu'Hialm ar Ekd al ? RELLlNG. Hélas! Tout homme es t un malade. GRÉG OIRE . - Quel tra ite ment lu i ap pliquez- vous. :l lI ia lll1 a r t GREGO IRE . -

RELLlNG. -

LE

l;;ll

CA ~An n

SA U\' AGr.

RELLING. Mon t raite ment ordinnire. Je d'entret enir en lui le mensonge vitul, GRÉGOI RE. -

Le menson ge

," jl3 ft

lilrilr

J 'a ura i mal en-

ten du. RELLING. -

Non . J 'ai d it le men sn nce vital. C'e -t

ce menson ge, voyez-vou!', qui e-t le pr incipo ctimu lnnt. GRf:aoIRE. - Oserai-j e dem and er que l est, en part icu lier, le menso nge vltnl dont Il iulm.u- c..t

poss éd é? R HLlNG. -

Ah non! Je ne révèle pas

CC:"i

secrets

a ux cha rl a ta ns. Vou s se r iez capable de m'nhtm er

mon pa tient enco re plus qu'il ne l'eli t. .Mais la

111(>-

t hode a fuit ses pre uves. T enez, je l'ai app liqu ée t'a Mclvik. Grâce il moi, il est auj ourd'hui. d émo niaq ue » . Enco re un sétu n que j'ai dl) lui introduire dans le cou. à celui- là. GRÉGOIRE. - Il n'e- t d on c pa - d émo niaque t m~LLl NG. Que diaul e v oulez-v ou s q ue cela ~ i­ g nifie , un • dém oniaque :-! Une blague qu e j'ai inventé ' pour lui ent rete nir la vie. Si je n'avais pos fait ce la. il y a bo n nom bre d'ann ées que ce pauvre coc ho n d' ami pataugerait da ns le d ése-p oir et le mépr -i s de lui-m ême. Ell e vieu x lieutenan t. donr? Seulement, q ua nt à Jui, il a tro uvé sun tr nitcment tout -e ul. GREGOIHE . Le lieutena nt Ekdal? Comm ent cela? lU.LU .\I;.

Ou i. IJue Jilt'':'' \ I IU'' de cc tu eur d'ours

LE

cx x vun

SA U VA GE

157

qui nt chn-ser Ir: lapin {1.I II'" lin ;4T('nie r ? Il n'." 1\ pa,.; d,' trappe ur plu,.; lr eurcuv q Ut' ('1' vi eu x bu n" homme, qua nd il tré buch e dan s le pèle-mêle q u'Il va là. Des a r bres de NOl' 1dess éch és, qu'il conserve . . oizneuse mcut 1 rep résen tent exac tement pour lui, la uran-Ie furùl d'H eydnl , dan!" tou te M frniche sph-ndeur. Le.. coq.. et Ir:;:; poules. (Oc ..nnt les grnnd-, ni ..eaux pen-hé- au faite de:' sop in-. Les la pins q ui b-ave r..enl le grenie r en sau ta nt. 4'"C so nt les t HU' ''; nu xquc l-, i l s'attaque. lu i, l'a lert e vieilla rd , l' hn nuu c du g rund ail', tiREGnIR~;,- Ce l'au ne vie ux lieuten.m t : Ah oui 1 11 a dû en r a ba ttre, d e cc qu i ..erv.i it d'i d éal il sa jeune-se. urr.uvc . - Ecou tez. mnnvieur W er-lé fils. ne " OU" servez dune pa... de ce term e élevé d'ÙlélJl. q ua nd H i H IS uvon- pour ce!a , du ns le la ngage usuel , l'excellente expro-sio n de llH' Pl.Wllye, (;n f:i;OIHE , - û ru vez-vou-, do nc qu 'il y a il,.qu cl que pa re nté entre cc .. deu x termes: I11:LU:\'G. ,\ peu pfl\'" l.i nième qu 'e ntr e ceux rie ty ph u.. el de fièv r-e putride. GRf,I;OlRt:. Docteur Hel hn u ! .le ne me r endra i pa.. avan t d'avoi r nrrnrhé u inl rnur de vos ~ r if re.; . BELLI :"/; . Ct~ set-a il LIn t pi-- p Oil l' III i. Si "01\ , Mez le II1 I' n"' tl n ~ \ ' vital il 1I11 ho mme or dinaire, vous lu i enl. vez eu même tem p-, le bonh eur, (.1 lIed ll'i!Je qu i revÎt'1l1 ria .~flltlll.) '\'11011'" ~ Id pe tite . l\I 'I'~ a u can ard,

Lf. cvxx n n S.Il' I' IC E

j e m 'envais voir ..j votre papa est enco re éte nd u s u r le ca napé, il ré fl échir à sa fam eu se invention. (II sort par ln porte du palier.) GRÉGOIRE,

s'approchnnt d'/le dl/lige. -

J~

vois à

votre figure qu'il n'y a enco re ri en d e rail. IJEDWIGE. Quoi don c! Ah! vou s par lez du ca nard sa uvage. No n.

Votre cœ u r a d éfailli , j'imag ine, au moment d 'ex écut er l'acte. GRÉGOIRE. -

Non , ce n' est pas ça . )Tais quand j e me sui s r éveillée, ce m aLin, el q ue j 'ni pens é à tout ce q ue nou s a von s di t, ça m'a paru si ex trao rd inaire 1.. DEDWIGE. -

GRÉGOIRE . -

Extraordin aire , dit es-vous?

Oui, j e ne sa is pa". Hier soir, au moment même , j e me di sais qu e ce se ra it d él icieu x. Pu is ap rès , ,qua nd j'ai dormi el qu e j e me suis so uve n ue, ce n' éta it plus ça. EJEDWIGE. -

GR ÉGOIRE . Ah ! cc n'est pas impuném ent qu e vous a vez été élevée sous ce toit.

UEDWIG~. Ça m'est bien éga l. Si seulement papa pouvait r enlr er ! GRÉGOIRE. Oh ! si vou s av iez seuleme n t d es yeux pour voir cc qui donn e du pr ix à la vic, s i vous avi ez le ferme et j oyeu x co urage , le vér itab le l'''pr il de sa cr ifice, vous verriez Lien com me il

J,E GA:'i'A

no

SAUV AGE

15'

reviendrait auprès de vous! '\la i5 j e cro is en vous, ll cd w ige, j' y crois enco re. (Il sort par la. porte du pal ier .) (Hedwice , après avoir tourné autou r de la cham bre, r-f' di"'pn",p i aller à la cuisine. Au même instan t, on Ir.rppe a l:t porte du grcmer , Hed wfgc I'cntr'uuvre, Il' père Ekdal entre, elle: Ierme la. pouc.)

J-:Kn.\L. - Hum, ce n'est pas amusant, lu sais, de faire : q ue j e ne le tu c ton canard . Juma i- de la vie, ente nds-tu. jnmaie : IlEOWIGE . Non , l u ne pour rai- pa>: . On dit que c'est très difficile à lu cr, un ca na rd sa uvage. t::KO .\L , Po ur ra i... pa:'? ,\ [0 semble qu e si. qu e je pou rrn i-, ! IŒDW IGE, Com men l t' y prendrais-tu, g ra ndpè re? Il ne s'agi t pas de mon cona rd, mai s de n' importe que l aut re . .lKD\L. J e tècberais de lui mett re un plomb lin n... la poit r ine, comp rem ts-tu . C'ce t ce qui l yu de

160

LE CA:"1AIIIJ S Al' VAG E

plu.. sûr. El puis, il faut Hrer con tre le r() Urdlll. vui c-I u , pa~ nvec le cou r-a nt , IIli:n\\'I G~; . - Et il s m eurent a lo rs, g ran d-père ~ EI\ OU. Bon Dieu , oui ! qu'ils meur en t, quand on tireju ste. A11011 :;;, fau t r entr er s' hubiller-. Hum, tu compre nds. hum. ( II pnlrf> cht'z lu i. ) lI f'd w ig-/" rt>;.l':lrdt' la porte fil! salon, s'npPrrlchr tif' l'(oI'IA";'rf'. ~t' c1r"s",,' sur la poillt(' fll"s pit'd ... 'll'f'llIl !O 1•• pistole N l'l'). ImilH>.) ,(; iua rentre, v -nant rlu salon, le torchon "t 1.. hou • soir il la main.) (1It'llwi,:f' 1'0';1' le pistolet sur un rayon, vivement t"t

sans se laisser surpreudre.)

GI." \. -

Paul pas fouiller tians les a ffai res de

pnpn, Hedwi ze ! Je voulais un peu. GI\ A. Va plu tôt voir il la cuis ine, si le rafé est chaud . J e veux aller prendre le p la tea u, pour de- cendre chez lu i. m:nWI GF., s'I>/Oignant de l'é la.?pre. -

seulem ent

t~pn u<:::"etcr

f lll'flwi:.:-r sort . Gina se m et ft ra ng'Pr et :'t bnlavr-r. Vil

i ust.uu de silence. On ou vre avec bésitauun la POl'Il' du pnller. Hmlmar EI'dl.ll jette tin l'l'g'ard dam; la pit,l'I'. Il est en pardr-s-us. san!') chapeau. ni

!:I\,('

ni peignr, Il'''!

cheveux étou rt tlés, les yeux ratig-lll"S Pt ban ua.) Gl\\,

s'rz},l'hc

el

le reqorde, son ba/ni ri ta main.

- Comm ent. c"c~t l ui , Ek dJI! T u re ntres do nc tout rie mèm e t IIJ.\ LMAIl ,

d'wu' voie sOIO'iI(', en s'noançant .

rentre, pour d ic::.l lillï.lill'c li J'instant.

Je

I ,E

(,I~

cvxvn n

~\I1\' .\I~I·:

1ft!

() li, nui, je ... ai- l.icn. 'lai.. comme te iJl' 1 ! 1 vu. - ücmment r-elu '!

v.

r III \L

Il

III' ru

la\ \ - Ellon pa rde .."us 1111 i\"ed .. Ah bien! il a sou compte.

npparaissnnt dmn ln porte rie la cuisine , 1 fau t - i l ? .. (HU,' o prrcoit lliolmnr, J) Itl,~'If'lm cri d» joif' et court ou-deront rie lu i, ) Pap a, pa pa! III nWlli!':,

-

~Ll m iln

IlI.\ L\lAn,

se ddfJltl'llan t et { (tisan t

HI}

geste pour se

:II/I'PI'. - Vil-t 'en , va- t' en! (/1 r; illa.) bien l' t' I. il-;nrr! li' ~\ ,

f; drmi-roi«, -

Veux-Ill

Ya nu sa lon. Il ed w ige.

(lIt,.t,,"i';I' 1;;·{·lnij.;"lle" en süenc '.) TIl \1 1.\11

iouvrnnt précipjuwWIt'1l1 le tiroir de ln Où s ont ml'..

",M. . J~ veux e mporte r Ille... livr-es. livre- !

Quels livres ~ • ~ I e s livre- de scie nce, nnturell ernent, me- pn hlicntinns l c C'hn {)l (l ~dlfll e ~ , celle.. dont j e Ol t ' êer.. JlOU f la décou verte. lil :\ .\ . -

1lI,\U.\Ii. -

/iI:''1.\ , durchnnt sw' l'rlflgÎ'J'(!. C'est peut-ê t re tou t en. qui n'est pas relit'. IIIA L)I.\ !\. Mai!". oui. {il .... ", mettant Wl ]Jflqucr de hrorlnirvs surIa table. - Yeux-tu que j e dree il ll cdwige de co upe r le-, feuil let s ~

162

OI.\ UIAR . -

Je n'a i pas besoin qu' on me coupe

les feuillets. (Un court silence.) GINA. -

Ainsi, lu es touj ours décidé à nous quit-

ter, Ekda l?

{ouillant p armi les liures, -

IIIALM..\R ,

Cela va

sa ns dire. GINA. -

Oui, ou i.

U1ALMAR, avec explosion. - Je ne puis pas rester ici , le cœur tr ans percé à chaque heur e de la jou rnée! G[NA . - Que Dieu le pardonne les mauva ises idées que tu no: sur mol. UlALYAR . Des preuves . .. ! GINA. 11 me se mble que c'es t l oi qui devrai s en do nne r. DlALMAR. - Avec un pa ssé comme le tien ? Il y a certains droits, que j 'oser ais ap pele r les d ro its de l'id éal. GINA. - Et grand-p ère, do nc'!' Que veux -lu qu' il dev ienne, le pauvre vieux! HlALliAR. - J e conna is mon devoir. Le vieill ard viendra. avec moi . Je vuis en ville, prendre mes dispositions. (A vec izésÜati01L) P erson ne n'a trouvé m on chapeau su r l'escali er ? GINA. -



IIIALMAR. -

on. Tu as perdu ton chapeau ! Il est hors de doute que je l'avais

L E C.\:\".\ R Il

~A U VA G E

163

cette nuit, en rentre nt. ~I ai s, ce matin, je ne puis pas le re trou ver. GI~A . Bon Dieu ! Où as-tu tratn é avec ces de ux

noceurs-Ià t 1lI.\L11.\ R. - Ah ! ne me qu esti onne pa s , Crois-tu donc q ue j e so is dan s un e disposition d'esprit à me suu ven ir de cha q ue détail? GI:'iA. Pour peu qu e tu n' ai es pas pri s froid, Eli:dal.

(EI1 I1 en tre li la cuis lne .) llI AL1IAI1 , loltt en vidant son tiroir, mw'mu re rageu· seme'lt . - Rellin g, tu es un coq uin! Vauri en , va! ~Ii ..éra ble séd ucteu r ! - Vrai Dieu , si j'avai s eu q ue lqu 'un pou r le po igna rde r !

(11 met 11,' cole quelq ues vieille s INtres, t rouve le papier qu'i l il d échiré la ""Ilit' et PU examine les morceaux.uu'ü l'carte vivem ent en voyaru entrer Gina, ) GISA, opportont le café sur Wl p lateau qu'elle pose sur la table. - Vo ici un d oigt J e ca fé cha ud, si tu en as en vie. El puis quelq ues ta rt ines et un pe u de haï-en go salé . lllAL)I.\ B, regardant [urt ioement le pla teau, Un pe u de hareng sa lé t - So us ce toit ? J am ai s, Voil à , pr ès de vin g t-qu atre heur-es qu e j e n'ai ri cn mis de solide dan s ma bo uche, N'unp orte l - Mes no tes: Le- souveni rs de ma. vic, qu e j 'a i co m me ncés ! Yoyon s : Ou a i-je don c mon jou r na l el ce qu 'il y a de pl us im po rtant dans mes pa piers ? (IL ouvre la

JE

f,\"\'\r.n s vrvvc r:

porte du salon 1 ·"'·/(h'. Ah! J e la t ro uve -nco rc ld GINA. -

Jluil Dieu! Il faut bien qu e l'enfant soit

qu elqu e part. Allon s, sors.

Ill.UY.\H . -

(II s'..-carte pou r la la isser passer en trr- li Uh l'at-Iier.}

lI f'd w ij::t' ,

Irr l~(' f',

I1UL'~L\R, la 71WÙl sur l e 10'l uf'1 de l n 1Jin'ff'. ( \ f ;i na.)- Pendent les d ern ier s instan ts qu e je I'" .....c

il mon an cien foye r, jc d ésire qu 'on m'ép argn e la

présence des intrus. (II passe au salon .) .~' élmlfmll ver s sa m èr e, bas. rflaie ro tc tremblante. - 11 parl e d e moi! GI"A. Rest e à la cuisine, lIedwig e. Ou plutôl non, va ch ez tni, dan- la petite piè ce. (ft Hialnmr, 'llt'elle va /·ejoÙuÙ'e.) Attends un peu, Ekda1. Ne bouleverse pas tout dan s la commode. Je sais (J i, chaque ch e- e fie trouve . lIEnWIGE •

( lIt' t!w:;:f'. 111I inst ant immobile. nnxreuse, j'fran't', se mord les II\ Ht.'s pour Ile pas pleure r.) nEDWI GE.

(1 viJix b(!Sw!, les poing s crispés. -

Le

canard sau vngc ! (Elle s'a ppro che turuvemeut de l'f.tag-èrp, prrnrl le pi st olet , ' l ' glisse cl an -s le g ren ier, P:1.l' la porte qu 'elle

entr-ouvre

r:1

referm e .qm"s efle. )

(On entend les voix d'Htalmnr el lIt' Gina

qUI

se dis-

put ent .) ItlAL:llAfl,

entrant aoer des cahiers et de »ieilles

165

L E CANAI\U SAU VA( ' !::

feuilles detarhées rn mai1~ , el les posant sw' la table, - Oue veux-lu que je Fa-se de celle vali se ? J 'ai des la .. de choses à emporter. GI:"t \, le suit, en portant la malle. T il pe ux. bie n attend re l'our le re ... te et e mpo rte r se ule ment une chemise et un caleço n . UlALM AR, - Ouf... tout es ces fatigues du départ ! (11 lite SOR pardessus et le jette su r le sora.) GINA. -

Elle café qui va être froid . Hum .

ULAL MAH. -

(Il avale machinalemen t un e gorgée, pui s une au tre. ) GI'liA, essuyan t les dossiers des chaises. - Le plus d ifficile à trouv er , ce sera un gre nier comme celui-ci pour les lapi ns. DUUlAR. Comment 1 T u cro is qu e j'em pe rle aus... i le:" la pins ! GL\A, J e crois, moi, que grand-p ère ne pourra j a mais s'e n passer, de ses lapin s. UlAUlA R. Il faut qu 'il s' y ha bitu e, ma roi. Il y li des sac riûces plus gra nds que celui de q uelq ues lupins et pourta nt je dois m'y résoud re . GINA, ép ou sseta11t les rayons de (ét agère. - Veuxlu qu e j'emballe la flûte ? nI A L'lt AR. Non. Pas de fl ùte 1 En revan che, le p istol et ! G L~, \ . Tu yeux. emporter le jJ l·Holet ' UIAL;\JA R. - Oui : mon pistolet cha rgé .



166

L E CAN .\RU

S.\ U V A G f~

GINA , cherchant, - Il n'est pas lu. Il l'a ura pris avec lui. DIAUIAR . - Il est au gren ier? GL.·U. Peur sûr qu'il sera allé au grenier. OJALMAR . - Pauvre vieill ard solita ire 1

(II prend une tartine, la mange el avale le reste du café .) GINA . Si nous n'avi ons pas loué la cha mbre à ct'heure, tu pour rai s t'y transporter. lllAL!\IAH. J 'irais demeurer sous Je m eme toit que.,. - Jamais 1 Jamais! GI NA. Mai s ne pourra is- tu pa s t'éta blir- a u sa lon pour un jour ou deu x? Tu sera is tout il fait se ul. lllA LMAR. Dans ce logement ! Pour ri en au

m onde!

Dans ce cas , ch ez Rellin g et àlolvik '! Ne prononce pa5 le nom de ce.... gens..• là ! Rien que d'y penser, je serais capable de perdre l'app étit. Non ! J e devrais bien , dan s la neige el dan s la tourm ente , all er de maison en maison, chercher un abri po ur mon vieu x père el pour moi. GINA. Mais lu es sa ns chapeau, Ekdu l. Tu as perd u ton ch ap eau. OIAlMAR . Oh 1 ces rebuts de l'humanit é! Ces monstres de vices! II me faut un cha peau.
OIALYAR. -

lil cherche quelque chose sur le platea u. }

LE CA :s'.\ H U S. \ C \ AG E

tG7

Que ch erc he s-tu DlA U1 AR. Du beurre, G l~A. - Tu en aur as tout de suite. GI'A. -

(Elle va à la cuisine.) mALMAR , la roppelant. - Oh , c'est in utile ! J e puis m e co nte nte r de pain sec. GINA, apportant un beurrier. En vo ici. Il para il q u' il esl lo ut frais.

(Elle lui verse un e nouvelle tasse de café. Il éte nd du beurre sur son pai n, va s'asseoir sur le canapé, Loit et mange pendant qu elques insta nts.} llI AL~I." R. - Pourrai s-je, sans êt r e imp ortuné par per sonne, par personn e, ente nds - tu 1 d erueu rel' au salo n un j our ou deux! GINA. Tu pourrais si bien, si lu vou lais. TlIALMAll. C'est que je ne vois pas co mment je pourrai s op érer tout le dém énagement de mo n pere en si peu d e temps. GINA. Et p uis, il y a encore u nc c ho~e,. : tu devrais d' abord le pr év enir qu e tu ne l'eux plus vivre avec nou s. llIALM.\R, repoussant la tasse. - Oui , cela a ussi. J e d evrais remu er en core une fois tout ce gâ ch is. Il me faul avi ser . J 'ai besoin de temps pour me retourner. J e ne pui s pas venir à boul de ma tâ che en un seul jour. GINA. - Non , el encore par un si vilain temps... UlUllAR. - Ce papi er ne me r eg arde pas.

168

Gt:'iA . Po u r ..l'i r qu e j e ne pen -e pas il m 'e n servir non pl us. IlI AL'I .\.R. "I<.l i;;; ce n'e-t pas une rai-on pour le laisser s'égare r . Dan s le sen" de..-us des- nus du d ém én ag em en t, il pourrai t bi en a rr ive r.. .. . GI NA. J e vais le mettre en sûre té , Ekda l. ll L\ L.ll.\ IL Cet te d ona tio n conce r ne e n p re mie r lieu mon père. C'e::iL ROn uûuire, sil veu t en faire usage. GI NA ,

avec un soupir . - Ah oui ! ce pa uvre \ ieux

père . HL\Ul .\R. Pou r plu s d e sûre té . rai-j e lin peu d e co lle '!

Où tr ouve-

GINA , s'approchant de l' élagère. - T iens, vulci le pol il colle. flI AL1lAn. - Et un pincea u.

Gl ~ A. -

Voici le pincea u.

(Elle lui ten d l'un et l'autre.} n1A UUR, prenant des ciseaux. Un e petit e ban de de pa pier nu revers de la feuill e.. . - " decoupe la bande et colle.) - Il ne "aurait me venir à l'id ée de m'emparer du bien d'autr ui, surto ut d e ce lui d 'u n pauv re vieill ard sa ns ressources. Ni cie celui d e l'autre, m on Dieu ! T iens : Jul..se séc he r ': il qu elqu e temp e, Et , fJlltl l1 d re Sf! ro'l sec, enlèvr- ce papier. J e ne veu x plus j nmai s le voir, j a ma is 1

(<.o ct"i;uirc euuc par la

jJUI~e

du p'l lil'r.)

169

U : C.\N .\Rll S.\UVAGE

avec lm peu détonnement, - Comment,

GHÊl,;OlllB ,

lu es 1:1, Hia lrnar 't llIAUtA R,

se levant avec précipitation. -

J 'clais

ublmé de Isti gue. GREGOU\E.

-

J

~

vois cepe ndan t que lu

as

dejeu né. lUA UJ.\R . -

La nature au ss i récl ame qu elquefois

ses d roils. Qu'as-lu résolu ? Pour un homme comme moi , il n'y a qu 'u n che min à prendre. Je m' occu pe à rns sembler cc qu e j' ui d e plu s pr écieu x. êlui s tu pen-es bien q ue cela dem and e du temps. GI:'i,\ , avec ç uelque impatience. Fau t-il te préparer h chamb re ) o u veux- lu qu e j ' emballe ? GRÉGOtl Œ. -

H I,\ L ~IA IL -

1I1.\L Y".R, aprè« avoir j eté W l coup d'œil de travers li Gl'r;goire. - Emb alle et prépare la cha m bre . Gl'H . preïuuü l a valise. - Bon. Lon! Je vai s em -

baller la chemise el le reste.

,

(L Ue ent re au salon ct reü-rmc la porte derrière elle.) Un in..t.uit de silence .)

J e n 'ai j am nis pensé que cela finirait a ins i. Est-il vraim en t n écessaire qu e tu aban don ne" la mai-on, ton foye r? UUUIAR, marclunu m'ec lJ9i tatwn. -Que veux-t u don c que je fa .... e. G r l ~ ~ o ire ? Je ne su is pas fait pour i'lr~ 1l1~'hPI"·f' II\. 11 me fau t au to ur de moi du caln re, du I ncucu e , de lu N l' uité . GRÉGOll\E . -

10

LE

170

CA~AH U

SAU\A Gt:

Tu p eu x a voi r to ut ce la . Essuie seulement. Il me se mble q ue lu as m ain ten a n t 111\ t errain so lide s ur lequ el lu peu x bâ ti r . •\ lets-tui ;'t l'œuvre e l so uviens-toi a uss i de la d écouverte , q ui esl un but d'e xistenc e. GRÉGOIRE . -

TIlALMAH. Ah ! ne pa rl e pa s de celte d écou ver te. E lle se fer a peul-êt re a tte ndre,

GRÉGOIRE. -

Vra imen t 't

Hé, mon Dieu! Que veu x-l u do nc q ue j e décou vr e, a près tou t 't Il n'y a pr e-q ue rien qu 'on n'ail découvert a va nt moi. Cela devient lie UIALi'lTrAIL -

plus en plus difficile... GRÉGOIRE. -

Que de trava il ce la t'I.I coû té

lHAL MAR. -

C'est ce d éb a uch é Je H.e ll ing q ui

ID 1
1

donn é celle idée.

GRJ.j G01 RE . -

Relli ng '!

TIlALMA IL Eh oui 1 C'est lui q ui, Je premier, m'a fa it comp re ndre qu e j ' avai s asse z de laient pour faire qu elq ue g ra nde découverte dan s Je do maine de la ph otog raph ie. GRÉGOIRE. Ah l c'es t Rell ing 1 lllA Ll'tlAR. Ob! qu e de joi es cela m'a fuit éprouver 1 Pas a uta nt l'in vention elle-même qu r la foi qu'e lie inspirai t à Hed wi z e. Elle y croya it avec tout e ln for re , Lnul r l'énergie rie son âme d'en fant. C'est-à-d n-e : j e Ille su is iruagi uè qu 'clle y croyait, im bécile q ue j 'd ais.

I~

r.\:'iARD

~ A (' V A(a:

171

GR(:l;OIllF.. Peux-tu croi re sérieu-ement ft la fau .... pll· dlledwige enver-s toi .~ IIJALll.\H. Qu'impo rte ce q ue je cro is main tenant! C'e- t lI ed wige qUI es t s ur mon c he min. C'est elle qui obsc urci ra to ute mon ex iste nce , G"f:GnlRt~ . Il edwi ae ! Tu pur-l es dll edwi ge ? Comment po ur ra it-e lle obsc ur-ci r Inn existence '! III\D.IAH, sans répondre. Que d' am our j'ai res-enti pou r ce tte enfunt l Que de joie, chaque fois qU ' CH rentran t lian .. unur l'
LE

c.:_\ ~_\ R D

SArrAGE

GRÉGOIRE. - Ah ! il est au g re nier . (On voit d» la j oie sw ' sa figure. ) J e te d is q ue tu pou rrais bien

a voir la preu ve de J'am our d ' Iled wige , de ce lte pauvre Il ed w ige qu e t u so upço nnes . lIlALMAH . Eh! Quell e preuve pourrait-ell e me d onner? J e Il e pui s pa s cro ire à des pr otestati o ns venan t de ce côté. GIlt: COIRF.. A co u p sûr, Hedwi ge ne co n na ît pas la fra ud e. lll.\DIAn. - Ah, Grégoire! C'est là pr écis ément ce d ont j e ne su is par sû r . Qui sait ce qu e Gina et ce ll e )1"' Sœrby on t pu mij oter ici hien d es fois ? Et Hedwi ge n' a pa s l'h a bitude d e mettre du colon dans ses o reilles . Peut-être celle d onati on n'a -t-elle pas été une telle s ur p r ise, ap rès tout. J 'ai cru m' a perce voir de qu elque chos e. GRÉGOIRE . Quel es pr it mauvais te poss ède au j ourd 'hui, lli altnar I lUAUlAR . - Mes yeux se so n t o uve r ts. Fa is bi en attention : tu ver-r-as q ue celle donatio n n 'e-t qu'un premi er pas , 111 Sœ rby a touj ours eu u n grand faibl e pour Hedwi ge. Mainten ant elle a le pouvoir de fair e t out ce qui lui pl aît pour celle enfan t. Ils peuvent m e l'enl ever d ès qu e l' envie les en pr endra. GR I~G OlRt; . - Jam ais lI ed w ig e ne te qui ttern : II 1.\ L31 \11. Ne co m pte pa s trop là-dess us. S'ils ui fon t signe, les muin v pl cin cs î . . Et moi q ui J'ai

1.1-:

CA~ARU

173

SAUVAGE

lnn l ai m ée ! âloi dont tout le bonhe ur aurn it Né Ile I:l prt-ndre douc em ent par la main et tic 1.1 cond uir e co mme on co nduit, dans une grande cha mb re vide. u n enfant qui a pe ur des ténè bres ! J' en ai ma inte nant la doul oureu se certitude, jam ais le pau vre photog ra phe pe rc hé dan s les co m bles n'a été qu elque ch ose pou r elle . Il n'y a eu là qu ' une rus e pou r vivre sur un bon pied avec lu i j usqu 'à un moment do nné. GH(;GOJnE. Tu ne crois pas loi-m êm e à ce qu e tu dis, Hialma r. DlAL)I.\R. C'est ju-t ement là le terrible: j e ne sais pa- ce qUE" je doi .. pen-er, j e ne le ..au ra i jamais, ~Iais crois-l u do nc impu..-ible q u'il e n sa il ains i! 11 0, ho! mon bon Grégo ire, tu tabl es tr op. ce me semb le . sur la récln rn.u ion de l'id é.d. Qui ls viennenl ..eulement, le.. aut res , qu'ils arrivent les mains plein e-, qu' ils lu i errent : Vien.. chez noue , la vie e..Llà qui t'atte nd t.. . , GRÉG01BE, vive/lient. - Voyons! lu cro is do nc? .. 1Il.\L)I\R. Sije lui dumanduis : Hedwige, veu xlu donn er ta vie pour moi"'! Il ricane.) Ah Lien, ou i! T u verrai" ce qu 'clic me r épond rai t. (On ent end lin cou p de feu dan .. le l-{rl'Il Îf'r.) GR(X:OlllE ,

noec ulle explosion de Joie. -

llinl-

m nr ! II1.U'lAR. -

Don ! Voilà l'autre qui chasse main -

tenan t, 10.

iH

l.. E CA:\A nD SAL:\.\(;E

GIXA, entrant , - Ouf J EkJal.j e cro is qu e ~r a ntl ­ p èr e est encore tout seul au grenier il tirer des coups de fusil. llIALMAR . J e vais voir .. , G RÉGO IRE, saisi, avec/oie. Attend s un peu, Sais-tu ce qu e c'es t ? DJAUf AR , J e cro is bien . GRÉGO IRE , Non, t u ne le sais p as. Jtai s j e le sais, moi. C'est la pr euve. HlALMAR, Quelle preuve '! GRÉGOIRE. Un sacrifice denfant : clle a persuad é il ton p ère de tuer le canard sauva ge . III \LM \ R. Tuer le canard sauvage t GINA. Pense du nc ! D1AI.MAIL A q uoi bon? GRÉGO IIŒ . Elle a voulu le sucrifl er ce q u'ell e avait de plu s précieux. Elle croit t'obliger, de cette façon . à l ui rendre ton a mo ur. IIIAL».\R, mollement , {t une voi.c émue. - Oh, CCHf enfant! l,jll'i.\. Ce qu'elle peul imagin er 1 GRÉGOIRE. - Elle il voulu reconqu érir ton a mour. Il la lma r, voilà tout. Elle ne croyait pas pouvoir vivre sans cela . LIN\ , retenant ses la1'111(,s, - Tu vois hien , Ekdnl. Hl \ L:'>IA Il , Gina! 011 c...t-elle t t;l'\ v, Im'uw!l0,tl. - Pa llu e petit e 1 pour sû r qu'elle -erc toute seul e il Id ru.ciu e.

LE (;A~ .\IlU S.\l: \".\r.E

1I1." 'I.)I.\R, t' a ~ la l, M i e de la cui sine, l'Durre ct tfPI/elle. - Il edwigc, viens ici! Viens pres de mo i ! Il rega l'de .) N'on , clle n'est pas là. Gl:"lA. - .\ 101'5 ell e e-t da ns la pe tite pi èce. 1l1.\I. MAIl , de la (,lIisÜu. Non , elle n'y esl IHl t=i n (1I1 plus. ~ Il "entte .) Elle se ra se r tie. GI~A . Mon Dieu ou i, tu ne voul ai s pas d'ell e Jans la mais on . 1I1AUL\IL Oh ! si elle pouva it rentre r au plul ùl, po ur qu e j e lui di- e... )I a intena nl tout ira bien, Grégoire, j e sen- déj.l qu'un e vie no uvelle pourra co mme nce r pour nous . GIÙ;1I0Illt:, avec calme. - J e le savais . C'est par l'cu lan t q ue deva it ven ir la r édempti on .

(Le père Ekdal paratt da ns la perte dl' sa cbamln-e . Il est en gra nd uniforme et a de la pr-ine au.rclu-r à

So li

sa bre.]

8t H/Je /ait. - Père ! Tu éti\i" là ~ C'c-t tl .l !l:" vot re chambre qu e VO Ui' 'tI\"C1. tire. gr and-pèr e! lKO .\L, en colère, s'approchant d'lIialmal'. - comment, tu va- seul à la chas-e , ll ia lrna r t 1II.\L~I.\n, ému, boulevc-s ë. Cc n'est donc pil~ toi qu i as tir é au grcnier? L1Œ.\L. )I oi ? Non. GRI:r.OIRE, à H iolmor, iJOussallt une exclamation. Hiouu a r! Elle a tu é le canar-d - uuvuce l'Ile-mêm e ! III.\L.I \IL Qu'est-ce que cela veut dire? ( Il III ,\ L:'o( \R,

Gl\ .\. -

li6

LE

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n S.\v r Ar. E

('('II/'I f; la parte du 91'f'llÙ'I'. cn rrnrlr rirement 1""

bntt ants , reqanle et appelle t f"{~." haut. - lI ~ù W J ~ I '! c;r\'.\, coura n t à la p orte. - .lIo n Dieu , q u' e-t -ce q ui c..t a rrive ! I1f\ Ul.\H, entra nt , Elle e-t éte ndu e pur te rre ! Et end ue par t erre 1 GnÉc. OIHE. (Il n' j oi nt IIil 1mrt r .)

en m éme t elJlJl'~ que l ui . - Hedwi ge ! Elle !JI' 'nÙ'r.) - Ah, mon Dieu ! t.:KD .\L. l b , ha ! Elle ,.:e mêle de tirer, clic a u"..i? (Ilialfllal', G Ù W l't UI'i'fllJire rentrent; portant lIedlf'lg e. S01l brus d roit p end . E lle tien t le pistolet dans sa main rrispée .) m AL ~ AR, tout bouleuers ë, Le coup est pa rti . Ell e s'e s t a ttei nt e elle -m ême . App el ez du seco urs 1 Au seco urs ! G I ~ \ , se prec ip iten t sur le p alier et oppetont. GT"'-\ ,

Sf'

/JJ'l:rljJite dans le

It el li ng, Hefl ing ! Docteur lt el l inc ! Ar- courez hien vile , bir-n vite l -Inalmar et Gr égoire EI\O \L,

bas. -

dt"Jln~ent

He-dwi...,· 'ur le sora.,

La for êt se venge.

genou.J,· decant elle. -

Elle va reverur il elle tou t a l' heure. Elle revi ent à elle . Oui, ou i. o ui. (; 1'1.\ , qu i. est rentrée, OLI est-elle touch ée î Je n' aperçois r ien. (/(ellhl{1 entre JJI·':"ipitlllll1l1enl. r 'l insta nt aprè» accour t J/ olvik , ~al/s !Jilet ni cravate, III \ DI.\ Il ,

ft

en cestun. defJullfwH1r!.)

177

LI: CA:\ .\n IJ SAI'\·.\GE

Qu'e-t-ce qu 'il y a! Il s. pr étendent qu'Hedwige s'est tuée. 1H.\LlI .\R . - Au se co urs ! HELL1XG . -

GI~A. -

IIELU:\G. -

Elle s'est tuée?

(II (te rr te la table el l'l am ine le corps .} mm l

couché par terre , regardant anxieuse/{elling. - Ce n'e-t pas da ngereux , n'est-ce

pll ~ '?

Dis, Hellin g ! Il n'y

111.\DI \ H,

il

presque pas de sa ng .

CrLt ne peut pas èt re dangere ux? Comment est -ce a rrivé! Ah! je n'en sa is rie n l Elle a voulu tu er le ca nard sa uvage. - Le co u p sera parti.

HELLlNG. -

IUAL~l\R. -

GI'l"L HELLI'l"G ,

RELLI'l"G. EKD .U . -

peur t oul

de

Hum. Oui, oui. L~ for êt se vence.

~Iai !'

je n'ai pas

m êm e.

(JI l'ntrf> a u gre nier et referme la port e après lui.) 1lI.\L'IAH. RELLI:\ G. -

HI.\L:Y\R. -

RELLI:O;G . -

V OYOIl"' , Helline. Tu ne di .. ri en '! La ball e a pén étré dans la poitrine. Oui, mais elle revi endra il elle . Tu vois bien qu' Ilcdwige a ce-s é de

vine. GtXA,

éclatant en sanqlots, -

.'lIon enfant. mon

enfuut ! GH( :GOllm,

d'une ooic élranglée. -

A u fond des

mer s... lIIAUI ,\I\, bondissent, Si, si, il faut qu' elle vire! .\11 nom de Dieu , ft ell ing . r ien qu'un i ns-

178

tant, - le temps de lui dire flue je n'ai j ama is l' c .~,. é de l'ad ore r . HELLli'iG. -

Le cœ ur e..:.l lou ché. Hém or r bng iu inte r ne . Elle est m orte su r p lace . UfALMAR . El moi qu i l'a i chass ée co mme un e bêl e! Effarou chée, clle s'est r éfugi ée là, dan " cc g re nie r , el 5 'C .. t tuée par amo ur pour moi. (Sanglotant .) Ne jamais pouv oir r épa re r cela ! Ne j amai s pouvoir lui (lire 1..
L' en fan t n 'est pas mort

Il n' est

qu'endorm i. B Et t I NG. -

I mbécile !

flIALM.\R , plus calm e. s'appro che du sofa et, se cl'oisant les bras, regarde JJedwige. - Elle est là ,

ri g ide el cal me . NELLING,

cbcrctiant ri dégage?' le pistolet, -

Elle

le tient si ferm e, si fer me. GINA. Non , non , ûell ing. n e l ui CilS!' CZ p a!" les doigts. Laissez le pissolet tranquille. U L\ L)I A H . Qu' elle l'empor te avec el le, GINA, Ou i, la issez-le-l u i. ~ Iai ;; il ne ra ul IlH:'; qu e l'enfan t reste là , co mme pou r -e ra i re voir. Il

1i9

rut qu'elle a ille chez elle , da n, la petite pièce. Ekdal. nou s a llo ns l'em porter.

Yi ell~,

[Hialmar fit Gina pren nent le corp- d'Hc.lwige.) 11 I.\ UI.\H , en l'emportant. Oh! Gina, Gina! Po ur ra s-tu s uppo r te r cela? GINA. Nous nous aid erons l'un l'au tr e. .\ pr éeut , je uni... q u'ell e es t il tous les lieux. ::lI.OLVIIi IlW I'I1t" r e , ené tendont les mains. - Gloire u Seigneu r.. . T u ret ourneras en pou-sicre... tu

etou rne rn- en pOll..::...:ii·re ... RELLT :'i' G, bali. -

Tai s-t oi don c , a nima l ! Tu es

sao ul. (Iliaimar et Gma e mportent le corps pu la porte lie la CUi!:;I l1C. '\loh ik s'ècltpsn pa l' c"lil' tilt li dier. RELLl~G,

s'approchant de GréfJoire. -

On ne me

fera j amais gvhcr l'a ccid ent. GRt COIRE, qui s'est lem' atterre, les epaules convulsivement se-oeées. - Per...o nne ne peut dire cornme nt celle ho r reu r s'est passée. n ELLI~ (;, - La balle a tr avers é le corsage. II r.1Ut

qu'elle ai l tiré en ap puyu ut le ca non contre eu pol trine. GRÉGOlHE. - Hcdwi ge n'est pas morle en vain. Avez-vou s vu comment la doul eur a dégagé ce qu'il y a de g-ra nd en lui ~ nr r.uv«. - P resqu e tou l le monde se fait crnnd po ur pleurer devant un mort. \I.1i combien ùe tem ps croyez-vo u- que durera ceu e plend eur t

1 ~1l

Quoi ! Il ne la con-erverait pas tou te sa vie, elle ne croît ra it pas de jour en jour! RELUXG . - Da ns q uelques mois . la petite IT edwi ge ne sera pour lui qu'un beau m utif à décl amations. GRÉGOIRE. Et vou s osez d ir e ce la d' Hialmar Ekd al! IlELLlNG. Nou s en reparl eron s q uand la preGR(: GOIRE. -

mièr e herb e aura séché Sur Je tombeau de la petite. Alors VOu s l'ent end rez se rép andre en d ol éan ces s ur « l'enfa nt enlev é trop tôt à son cœ ur de père " VOus le verrez conn dans l'a ttendr-i ssement, l'admiration et la piti é pour lui-m êm e. F ait es bien al ten tio n . GRÉGOIRE . - Si c'es t vou s qui a vait ra ison el s i c' est moi qu i a i tort , la vic ne mé rite pas q u'o n la suppo rte. RELLI~ G. Eh si 1 la vie au ra it bea ucoup de bon mal gré tout, n' étai ent ces mau d its créancier, qu i vienn ent à la porte des pauvres ge ns co m me no us, leur pr ésenter la réclam ati on de l'i déal. GRÉGOlRE, le 1'ega1'd fixe . E n ce cas, j e suis con tent de la résoluti on qu e j'ai pri se. RELL ING. Il n'y a pa s d'indi ..cré tion il vou s dema nd er ce qu e vou s avez r ésolu." GR É G OIR~: , SW ' le point de partir, - D'ëtre Je tr eizit-me il table . RELLI ~ LI . - Al! Li.l IJ ! All t.:l vous ur vur euer !

ROSMERSllOLM nRAME

E~

QUA TRE ACTES



Il

l'W TlC E

S R ROSMERSIIOVII

Dan s Sf'S tir IInt', mcdernee, Ibsen n ous m ontre I ~ resultat tic" conventio ns poli t iqu es el soci ales q u i éto uffen t l' in divi d unl ib- h umai ne el e nt r uve ut notr e libr e developpem en t. Pour ne citer qu e ses d er n iè res pit'cf'!'l , M{LÎsOll de Poupée t rai te de l'é m an cipation de la fem me . 11'.'1 Bc cennnts m ont r ent Je vice in tr od ui t a u foye r l'al' u n m a ras m e co r r up te ur qui e mpoison ne ju-qu'aur ge rmes de l'av en ir , un Ennemi du Pm ple r.vcndi que viol emm r-nt Ies droi ts de j'i nd ividu e n face des maj or ités tr iom pha nte s, if' Canard sauva!J", ce lte

fl. pt't' el en telle sa tirc ,

indiq ue

s )' m h o ll q u ~ rn(' n l

cumhie n la gn n e rè ne est avan cée ct mi lle l'imp uissa nce de q uelqu es naïfs réfor m a te u rs qu i prêch ent la vèritè à des cens vivant d- m en sonc e e Lincapables d e vivre d'aut re chose . En attaqua n t a im i les poli ti ciens lib éra ux et q uelq ue s a p ôtres, leurs all iés, Ibsen se mb la it avoir d onné dl''i gages a ux co nse r va te urs, qu i s'é taie nt h â t és de l'appla udi r. Il y ava it là un mul eu te udu qu r ce t ho m me es-cutiel lcmcnt in dé pen dan t a ten u à di ssi pe r. JI ra Iai t dan .. HIJSIlIt'I"s1l olm uvee u ne exq uise de iicate -e el de .. ecards do nt il u 'c... t l'h pr udi gu e , on po ur -

18. r a it presqu e dire avec un e tri stess e d e sca lde cha n tan t l es choses qu i S'Cil vont. On r etrouve da ns cc dra me I' nrc eut q ui vibre d a ns le ... vieill es ballades scandiuuvea el qu e M. Lecon te de Lisle a si b ien saisi. Une Io.s de plu s, Ibsen ré p ète la qu est ion j adi s posée da ns SO Il p oèm e d ram at iqu e de Branll : c Lit rccn peut-elle ëtvc 5r1ltvt!e' ~- lI é las! r épon d-il il. re cret, e n fi xau t le..ye ux sur ce ux que Ho- m er r eprésente, héla s! ce Il e ser-a pas pal' VOII ;;. Je co n na is vos vertu s ct vus chnr mes : il n'l'Il c-t pas de plu s ~ ra llùs d a ns cc mond e condamné. :'lI ai.. il y a u n ma lh eur: vou s êt es im puis san ts. » Ce so nt là choses q u'on u'nim c pas à s'e n ten d re dire . Aussi le poèt e d èch nl un-t-i l bi en des colères, encore a ccrues pilr la d éce pt ion q u'i l avait causée, JI es t ju st e d'a jo uter q lle, chez quelq ue ..-uns, I'indign ntiou n e fu t pa s exc lu..ivem cnt p rovoq uée par un esprit d e ca . . te. On sc demanda cc qu e visui l il Hill d ire le no uveau t ra it lan ce par cc re dou tabl e j o ùte ur. N'es t-ce pa s la ca d uc ité des c ('o)' a nce~ étab lies, n'e-t-ce pa s mêm e leur act ion é ne r va n te , attristante sur ra me humain e, oui, po ur to ut di re , n'est -ce pa r le ee rme de Inibl esse qu i t' il dan s n otre ci vilisatio n chrét ienne qu 'Ib se n in diq ue av ec u ne alti tu de pleine d e re-peer po ur cette g r a nde ur q ui s'é teint, m a is au ssi a vec une insista nce qui n e lai sse g UlH'C de dou te sur sa peusèe t c Hosmersholm ennoblit , m ai s il lu e le bou he ur . li Or il Ia ut du bo nbeu r. de la joie de vivr e po ur nous rendre lia s ènercies. Celt e joie de vivr e, o u l' a- t-il dune a perçu e? N'est-ce pa s dan ; ce m on de la ti n qu e la pure doc trine évan i{éli \lUf' a cc use d e sac r-ifier a u x idoles? C '('~ l au x bor ds d u ~olfc tic Nap les, où pa ssent enco re des -o uffl-s pale ns, 'lu e lI' poète il écrit ta .Rt: ~ cnunls . O.... I1S Bcsmershal m, culin , celle Heb ecca qui

~lI n

n OS 'I EI: SII OI.\1

dél.ac he Hcsm e r d r la foi qu'i l e nsei g ne, q uc rep rë so u te -t-ell e, i.l prnprcu tont pa 1'1 CI' ? Elle vien t d .: l'extrê me 1I 0rJ, de celle l'l' !!'i o n myst è rie use a il les car actè res et les passions ont q uelqu e cho ..e de pri mitif qu i tro ub le c t q ui èto nuc . Etra nge popululiou IIuc Cf'S hyp e rb o réen s ût-l an d c, d e :'\ur vè:: f', de Suèd e e t de Fin lan de! En ha ", to ut ves tige de pn g nnis me n'a pas e nc o re di sparu. En haut , da ns le ]ll't il noya u eivili- é, co mp osé d'e m p loyés , d e cnmrue rç.ml-, de m éd ecins, r èune une inq uietud e d'e - qu-i t 1'1 11-; Iavoruh!e au x: idées r èvulu tionuuires If'.. plus

uv.mc-cs

(lU 'a ux

dou x euseigue me nts de lE van e ile.

te mp-ra me nts , da ns r-es pa rnccs ::::a,"é", son t so u ve nt a u ~ s i vifs, les hum eur" a US:. 1 capricie uses q ue snus le ciel sicilie n, e t Je c o ul eau y jo ue trop Frcque m meut le 1 1 1l~1lI (: rùle . Ma is les velo ut és y so nt p lus ûj u-es t-t les un uaiuuti on s plu .. lib re .., p lu.. a vid es. plus u-soiffèes d'in co nnu, l'l us di-pos-es ;J acceuillir les r-u-eipnements nouve a ux. Se souvenan t de q UI' I'I ue fille du lointain Fuun ark, l b-e n a svmbulise e n elle l'a c ti on de ce fe r m e nt ca ch é a u fn ud d es am e- , q ue 1l!1i civili sa tion s n'e tou ffen t pa s, q ui renv erse leu rs n'uvrt-s ct é m a nci pe l'esp rit d es form es 'lui I'enmri-unIU'1I 1. C ' f' ~l p arc ~ Ilu C n ébcc- e wc.. t est un e fo rr e tic la n atur e qu e 1l0US lui pa r donno ns, que nOU 3 l'n fmon s mê m e el q ue no us so m mes tout Jlrc.~ d e la plnin.l re q ua nd elle pat-le do lim pui s -uu ce a laquelle n osnu..r -hu tm ra réd uite. ;\ 'importe! l' o ur le cœ ur co m me p ou r le ~ oû l, cc mi ll eu di ssulvuu t es t re m pli de séd ucti o n . L'œu vre d't b-cu est lill'in de pnys uc es et d'iutèrie urs de-,..u n es .11' main dl' mattre. Dan, q j eun es-e. II m'a il voul u, ... Iaire perutre et, s.m- cc-.e , on voi t I" reer ch-z lu t I.t' ''i

186

xorn. c

cette pre miè re voca tio n}, " a i ~ , ùe tous Cf'S décor ~l auc un n'a plus de charme que ce lu i de n..» mer-botm , avec sa vieille m aison de bois . so n allée d'arbres séculaires, von salon menhir, il l'a ncienne morle, au poêto m'Ill' J e ln'a ncb os de houl enu ct d l' üc ur-, 411':-; l'!ltlrup,.;,

l.a simple ct g raci euse ruèluucolte de ce mllicu tout norvé gie n s'h a rm onise avec le caractère du paste ur Hosmer- , figure sinuulièrcme ut poétique et captivante, Lie n fait e peur dé veloppe r da ns un cœur- de Iemnte passion née le se nsualis me my-tiqu e propl'c à quelquena tures d u nord et s i énervant da ns ses eüets. Com me le funatis me, la Inussete, la mesquinerie dr-s partis polilil[lIC'i per-onniflès dan" 1\1'011 cl dans .\101'ten sga a rd detonnent dans un tel miln-u ! Il n'y a 1J,l~ une de nos pet itesses et de 110 ::> lâchetés auxq uelles I:l nob lesse de Hosm er ne fasse hont e. Pourq uoi faut -II, hé las! q ue cet homm e, affaihl i (J ar sa cnuscicuce t imo rée, p:u' ce sentime nt de culpa bilité q ui est le prop t'e de not re foi, ne so it. pas capable de lut ter con tre la bassesse e nvahissa nte ?... Il Y a dans Rosmel'sltolm une g uerre de principes el un co mbat de pussions admirablement cumluuèes. Les person nages, pour être symboli ques, Il'CIi sont pas m oins nais j usque dans les moindres dèt.nts, Il j' a là un phéno mène propre au zènie scandin.rvc. )I;jis il Ile s'était jamais produit uvee autant d'èclnt que chee Ibsen , C'es t à croire q ue, pOlll' lu i, re, tcud.mccs de l'â me , 1(.'5 torees de la na ture , les lois du muudc /Il li rai son t rèe lle ureut representees pa r les iud ivr.lus qu'u n voit ViVl'C c t agi r, Il ne s'ag it qu e tl'o1JS('\'VC I' PUIlI' ape rcevo ir d'ète rnelk's verites so us de fUg'lli\cs apil:.ren ees. Plus I'observatio u e- t min utio usc, plu, le ~~. lll ~ holc se ruu ntr v clair cl vivnu t.

su n nO SMEn S IIOLll

187

Les étiquettes d'idéali ste el de realiste n'o nt pa" de sens pour Ibsen, r idée el la fl'a lllé ne faisan t qu'un pour lui. L'un et l'autre le po-s érient ju squ' à l'obsessio n . J'épr ouve un é tra nge senti me nt de so lit ude à êt re ai nsi sépa ré tout à coup d'un travail ' lui, d uran t plusie urs mois, a exclusivement occupe mon tem ps et mes pe nsées . Au deme uran t, il est vraim e nt heu reu x qu 'il soit fini. Celle com munion cunst unt e avec des êtres d'im a gin at ion com me nçait, e n effet, à m e rend re pnssahle meu t ner veux. • J'a i te nu il cue r ce pas sage d'un e lettre (IUC le poille m'a Iait I'honueur de m'adr esser ap r ès avoi r envoyé â. l'i mpri merie le ma nuscri t de son dei-nier dra m e: ne fai t-Il pas bien comprend re l'ima gi nation il la Cois for- le ct naïve, ct 1\\ conscience urfistiq Il C de cet homm e de génie ?.... I(

AL Pnvzon.



HOSMEHSIIOLM nIlA UE E ~ (~~U A T H L

ACT ES



Il

P EIl S O" .\(; ES : JIU N R O ~ )l; r. R, propriétaire de Itosnrersholm . ei-d. vaut

pasteu r de la commune. 1h::B ~ CC.\

w esr.

Le recte ur K noLL, bea u-frè re de Itosmc r, [;LRIC B RF.="DEL.

P I ERRE ~I O RTE :'i SG A A R D .

âladame 1h.:LSETIJ, lIléll1gèrC à Rosmersholm,

L"IrlÎrm f:C }Jfl SS" fi R I) .~ m c rs h 'li m , viru;c tlaïnuine s illl,l "r/1s dune petit e f i lle uu fJord d 'un fi u/'d) duns fUI It'l>l d e lu Nu/"vt.;!Ie.

ACTE PRE'i\!IER

rn sa lon spacie ux , m eublé à l'anci enne mode, maiélègunt el co nfor ta ble . Au pr em ier plan à. droite, un poêle en Ial en ce o rné de bran ches de bouleaux el de Ileurs d es cha m ps. Plus loin , uue porte. Dan s le Jond, un e porte il deux ballants donnant su r le vest ibule. A ga uche un e fenêtr e, devant laquelle est pla cée une jardinière remplie de fleurs el de pla ntes.

Près du poêle, une table, un sofa et des fauteuils. Aux murs des portraits anciens et modernes, repr ése n ta nt d es pasteurs, des officiers el des employ és en un iform e. La fenêtre est ouverte, ainsi que la. po rle d u vestibule el celle de la mai son. On a per çoit une allée de vieu x arbr es qui conduit a la ferm e. Suirée d'été. Le solei l vient de se co uche r.. Ih~ b(' l: c a

west, ass i..e dans un Iauteuu près de la ten êrre, tricote un châle blan c qui est presque termin é. Cach ée de rrière les fleurs, elle [eu e de temps en temp s un coup d'u .il inqui et au dehors. Au bout d'un instant, madame He tse th entre pal' la port e de droite.

MAD,\)!E UELSF.TJI. J e viens demander à Mademoi-el le, e'ii u'e-.. Lpas Lemps de mettre le couv ert Voici l'heure du souper.

192

RD S~I

RÉBECCA. -

VOU S

ER8MDLM

ferez bien . Le pas te ur ne

lar-

der a pas à rentrer . M..\ DAME JJELSETU . l\Iad cm oisell e n'est -elle pa s dan s un forl courant d'air ? RÉBECCA. - En effet. Si vou s vouli ez ferm er .

(M·· Helseth ferme la porte du vestibule el s'ap -

proche de la Ienèrre.) MADAME DELSETU ,

ce

reqardant au dehors. -

N'est-

pa~

le pa st eur qui vient par là ? Rf;UECCA, muement, - Où cela? (S e leval1t .) Oui,

c'est lui. (Se cachant derrière le rideau.i Eloignezvous. 11 ne faul pas qu'il nous aperçoive. MADAME UELSETD, au milieu de la chambre. Pensez don c, madem oisell e, il recomm ence à pr endre le ch emin dIJ moulin.

.

Il l'avait déjà pri s avant-hier. (Eca,.. tant un peu le rideau.) Voyon s, maintenant. R ÉBE CCA. -

MADAME llELSETU. -

Traver ser -a-t-ii la passe-

reli e! RÉBECCA. C'est ju stement ce qu e j e veux voir . (Après un instant.) Non ; voici qu 'il rebr o usse

chemin com me l'autre j our et remonte le lon g du

coura nt. (S 'éloignant de la ( ené/,.e.) Un long détour. - .M on Dieu , oui. J e co mp ren ds qu 'il lui soit pénible de tr averser ce tte pa sserell e où le malheur est arrivé ... RÉBECCA, rep lîœü son ouvrage. - On ne se d étach e pa s fa cilement des mort s, il ll osm er sh olm. MADAME DELSETU.

R OSlI E Ii S lI O Ll!

193

Quant li ça, m ademoiselle, je cro is pl utôt q ue ce so nt les morts qui ne se déta chent pas facilement de lt os mer sho lm . RÉIl ECC.\ t la rcgm-fiant . - Les mo rl!l.! li \D. \:\1E IIELSETII . On d ira it vr a im en t qu ' ils ont du mal à se sépa re r ent iè re me n t de ce ux q u'i ls laissent après eux. M\D,nu: IIl::LSETIJ . -

Ou'e- t-ce qui YOll S fait croire cela? lIEL"'ETIl . - Je pense q ue, sa ns ça, on ne " errai t pas appa ratt re ce cheval blan c. HÉIUXC.\. v oyon s. mildame Ilelseth, q u'est-cc do nc que ce che val bla nc ? M \D A.Me II ELSET U. Pourquoi e n parl er ! Vous ne croyez pas à ces choses -la, j'im agin e. ltEBECC.\. M \D.nn~

RÉBECCA, -

El

VOLIS ?

MAD.\M E UE LSET!I , allant f ermer la [enêtre. - Oh 1 je ne yeux pas que mad emoisell e se moqu e de mol. (Elle ,'egarde pm- la (e11ê l1'e .) li a is, n'est-ce pas le pasteu r qui a repris le che min du moulin? , RÉBECCA. Cet homme-là ? (!~"'lle s'approche de la fenêtre.) - J e ne me tromp e pas, c'est le recteur t MAOAME lIEL<;ETIT, C'est, ma foi, vra i, c'e st le recteur! RÉUI::CC,\ . - Vous alle r.voir qu'il vien t che z nous, Ah! j e suis b ien co n te nte . MAOAME Il I~L S ETl I, - Il ne se gê ne pas, le recteur . Lui, le propre frère , t ra verse la passerelle sans

n il S \1 E 1\ S Il u r, ' 1

ln..

h ésit er . .. Enfin

j

il fa ut a lle r meure le cou vert,

n'e-t-ce pas, mad emoi- cll e " ( Elit' sort pnr Il Jilll'lt' dt' drOlIf'.) (Itl'hl'cca res te un nuuucut à la Icuèt rc ; on la voit sourt n-, saluer et Ia in' des sig nes de tl'Il'.) (Le jour buissc.) HI~IJE C C.\, entr'ouorant la porte de droite. - Dite" don c, chè re mad am e ll elscth, vous a jo ute rez bien un petit ex tra pour le recteur. qu elq ue plat favo ri don t vou s vou s so uviend rez. M.\ O.UIE III: LSETU . dehors. - Bien , made moiselle. On y pense ra. lli:BECU, oucrant la ]Jflrte du vestibule. Enfin J Cher rect eur, soyez le bienven u. IiR OLL, entrant après avoir déposé sa canne dans le vestibule. - Merci. Je ne vous dérange pas?

V OllS ~ Vou s devriez avoir honte. .; To uj ours aimable . (Rtflardalll autour de lui. Hosrner e-t en ha ut? REUI::Ct.:.\ . Non, il fait ~a promenade. D'h ab itud e il rentre plus Lût. Il ne pe ul pas ta rder ; en attendant , veuill ez pr endre place. RtlJECCA. -

IiROLL. -

(Elle lu i ind ique !{' !lof,'} .}

d-postnu ,wm chapeau. - J e vou s remercie. (Il s'assied et promène un reqard circulaire dans la KR OLL,

pÙ~ce . )

Comme le vieu x sa lon est devenu éléga nt ct j oli .!, Des ûeurs pa rlo ut !. .. RÉ IH':CC.\ . RI)... mer ad or e les fleur s. 11 en veut a uto ur de lui.

!{(I S:\I En :-;lI{lut

195

Et vous auss i, j e crois. ni:uEl:C\. - Oui; el les en ivrent si dél icieusemen t . ulrufu is nous devions no us refu~t'r ce plaisi r. ImoLL, borho»: tristement la ll:ie. La pa uvr e élicie ne suppo rtait pas le pa rfum des fleurs. nÜ::EcC,\. - ="i leur éclat. Elle en était taule KROLL.

ouhléo. KHOI.l. . -

J e m'en so uviens bien . (Changeant de

on.) Eh hi en ! com me n t va-l- on ici ? RÉBECCA . Oh ! to ut v a so n tr ain cal me et r èguier. Les j our s se suiven t el, se ressem blent. El hez. vous? Vot re fem me 't.. . KnOLL, - Chère ma demoiselle W est, ne parlons pas de moi et des miens. Dans chaque fam ille il y quelque chose qui cloche . Surlout à l'é poqu e où nous vivons .

RtBECCA ,

après tsu moment de si/Pliee, s'asseyant

nns ml [auteuü. Po ur q uoi n'etes-vou- pas venu nous voir une seule fois pen dant le:' vaca nces ? • KROLL. - J e n'a ime pns il force r les porte- . .. RÉBECC.\ . Si vous saviez comme vo us no us vez. man q ué... KnOLL. - E l puis, j'ai été (' 11 voyage ..• RÉBECCA. Oui, p end ant ci eux se maines . V Oli S avez ass isté il des réu nion s publ iqu es. parait-il ? lŒ OT.L , faisanl /ln signe d'a.~s(,l/liment. Oui ; qu'e n di tes -vous '! Auri ez-vnus pen- e qu' en vie illi.....an l je tuuru er ais à I'ug itnt uur po litique. Dites '!

196

RO SlIEnS IiOLM

R1~ llE CCA. souriant. Mon cher recteur, VO LI S ayez touj our s agité un peu. ' \H OL L. Eh bien, oui ! pour mon plaisir. Mais il l'avenir ce sera sé rieux, je vou s le jure. Lisezvou s jamais les j ournaux radi cau x 't IlÉBE CC.\ . - Chor recteur , j e ne puis nier que... Ji:HOLL. Ma ch ère mad emoiselle, il ne faut pas vous Cil d éfendre . POUl' VOLlS, cela ne tire pas il con-éq uencc, H ÉIl t: CCA. N'est-cc pa s J 'ni bien le droit de m'i nformer, de me teni r a u cour:tnt.. . JŒ OLL . Alon Dieu , a pr ès tout , j e ne puis exiger d'une femme qu'cite prenn e position dan s la lulte des partis, je pourrais presqu e dire dan s la g uer re c ivile qui dé chire ce lte co nt rée . Ainsi, V OLIS avez vu comm ent ces messieur-s du « peupl e J se so nt je tés à la curée? Quelles inf âmes g ross ièretés ils se sont perm ises envers moi t BEIJECCA. Oui . Ma is i l m e se mble que vous vou s ê tes ret ourn é ave c beau coup d'adresse. KROLL . C'est vrai, j e m e dois ce lle justi ce . Maintenant qu e j'ai se nt i l'od eur du sa ng, ils verront que j e ne suis pas de ceux qui se lai ssent traqu er .. . (S' inteIT omp an t.) Non , j e V OLIS en prie, ne par lon s pa s ce soi r de ce tri st e s uje t. HÉBECCA. - C'est Lien : nous n'en pa rl eron s pa s, ch er rect eur. IŒ OlL. Racont ez-mo! plut ùt comme nt vous ï

ItU ::;M EH S IIOLM

HI1

vous trouvez il llo sm er sh olm d epuis que vou s y êtes se ule ? depui s qu e la pauvre F élic ie t... I11; UECCA. .Merci, je m'y trouv e bi en. Sa ns do ute , elle a lai ssé un g rand vide sous bien de s rappo r ts. Et des r egrets au ssi, ce r ta ineme nt. Mais... KR OLL. Avez-vou s l'i n tention de rest er ici ? Je veux d ir e' déflnitlvement ? . . IlÉ BECCA . - Mon che r r ecteur, j e n'ai pa s réfl échi à ce la. Il me se m ble pre squ e a ppa r te nir il ltosmersbol m, tant j e m'y suis hab itu ée . KROLL . J e le cr ois sa ns peine. n ÉBEccA . Et t a n t qu e ~1. Hosm er trouvera ma. p rese nce ag ré a ble ou util e, eh bi en , oui, j e s u ppose qu e j e r est erai ici. KR OLL , la reçorda vt avec émo liOll . Sav ez-voli s bi en qu 'il y a de la grand eur d an s la conduite d'un e femm e qui sac r ifie ain si toute su jeunesse il faire le bonheur des autres. RÉBECCA . Mon Dieu! qu el autre in térêt l'existence peut-elle m ' oûnr t " KR OLL. D'abord vou s VOliS êtes dév ou ée à votre père ado p ti f qu i é la it paralytique et dont l'hum eur intrai table ... RÉB ECCA. II ne faut pa s vou s r eprésenter le doct eur W est s i intraitable qu e cela tant qu e nou s d em eurion s dan s le Finmark. Ce so nt ces terri bles voyages sur m er qui l' ont brisé . Quand nou s nous sommes établis ici, il y Il eu, qu elques a n nées ùif-

198

n OS)1 E I\ SIIOL .\I

flciles à p asser. En fin , il est arr-i vé au te rme de ses so u ffra nces... 1\1lOLL. Et les a nnées qui o nt sui vi '? N'o nt -elles p us été e nco re p lus pén ibles pour VO U:i t H1~BI~ t:CA. Oh! comment pouvez-vous p arl er a in si 1 J' étais si tendrem ent attach ée à F éli cie! Et elle, la pauvre malh eureu se , se n ta it si viveme nt le besoin d 'être entou rée d e so ins cl d e ménag em en ts 1 KRO LL . Que le ciel \ 'OUS r écom pen se pou r le souveni r indulgent que vous lui ave z ga rdé . ncucccx, se rapprorltal1l un peu. - A la manière fra n ch e ct p leine de cœur don t vou:' me dites cela,

che r recteur, j'ose croi re qu'il n'y a pas en

VOliS

le mo indre fond de m alv eill a nce li. mon éga rd. liHDU..

dire

-

De malveillan ce ? Que voulez-vous

t

H~;BE C CA. Oh ! Qu 'y a ura it- JI d'éto nna nt à ce q ue la v ue d 'une é tra ngère go uve rna nt à ltosmers ho lm vou s fût pé n ible? KnOLL. - .'lIais com ment avez-vous pu '!... RÊnECc.\ . Ain :,1 vous n'avez pas celle irnpres-don . ( Lui tendon: lu. main .) ~l cr ci , cher r ectem-, merci, merci . KnOLL. Commen t a vez-vo us pu co nce voi r une tell e id ée ? BI:; BECCA. - La r aret é de vos visites co m me nça it à Ille fa ire pe ur. l'HI u.t., En vér ité, rn .idemoi-cll c w est , vous

19!1

1111 :-; "EIl.SI!OI.'\

vous ètes trompée du tout au tout. Du reste, il n'y a r ien de nouv eau dan s cette sit uation. C'était d (~j à ' O UI;, vou s - eu le. q ui d iri ei oz la. mai son durant les tri..le-, «n néc- (lu i o nt jl l'l ;t'é ù\~ la mort de la. pauvre F élicie. RI~B r.CC\. - Ce n' étnitlù quun e so r te de régence exercée au nom de la ruaitre-se de la mai son. KnOI.L. -- Quo i qu'il en soit, sa vez-vous, made moi selle w est, {flle, pour mon compte, j e n'auruls rien Ù objecte r si... , mais peu l-être est-ce là un s uje t au que l on ne doit pus lou ch er. aru cccx . - Que voul ez-v ou s dir e? su ou.. - S'il pouv ait se faire . .. que vous pri ssiez ln place libre . JÜ:ll ECl:.\. J 'ai la place qu e je dési re avoir, mun-leur le recteur, KR OLL. S'tl ..'aeit de travail , oui ; mais il s'agi t. , ntBEcCA,

tinterrompc nt, d'un

L01l

serieux. •-

Vous de vr iez avoir- ho nt e, rect eur, de parl er a in..i. RII OLt. Assurém ent , l' exp érience qu e notre bon Ho-m er a fait e du maria ge doit lui suffire am plem ent. E l ce penda nt.. . neue ccx. - Sa vez-vo us que vou s me fuites presque rire, Kn OLI.. - Cep endant, permettez-moi de vous fai re un e q uesti on, mad emo iselle \ \'C!" l l sl ce n'est pa s trop indi-crel . IJlIl' 1 ;ig'~ ovcz- vou- . a u juste '!

n OS .11 E HSII O LM n ÉBECCA. J'a i hon te il l'avoue r, recteur , j'Hi. vingt-n euf an s bien sonnés . Je suis dans ma tr entième . KROLL . Bien . Et llo- ruer , quel Ù~e a-t-il '! voyon s. Il a cin q ans de moi ns que moi, donc, il il quaran te-trois aus . Cela irait à merveille. R ËDECCA, se tecant, - Comm e vous d ites, A merveille. Vou s pre ndrez bien le thé avec nous '! KflOLL. Certainemen t. J e compte m' étnhlir ici, aya nt à m'entre tenir avec notr e ami commun, Et puis, mudernoiselle West, pour qu e vos id ées sa ugrenue s ne vous repren nent plus, je viendrai souvent ici, comme autrefois. R~~ B E C C,\. Oh oui ! N'est-ce pas? (I.ui serrant les maÙJs,) :'lf erci, vous étes bien gentil tou t de

m èm e.

g1'ommelant. - Vraimen t ! C'es t ne me d it pas à la maison. KnOLL,

cc

qu' un

(ftosmer entre par la port e de d roite.] HÊDECCA, HO:S YE B. -

) 1. Ho snrer-, vous voyez qui c s: t là? Madam e Hel-eth me l'a déjà d it

(Le recteur Kl'ôll s\' .;t Il'\·\'..

d'une voix lin pcu contenue, Iw' serrant les mains, Une fois de plus. sois Jc bienvenu da ns celte maison 1 m on cher Kro fl . (Lui posant les mains sw' les epaules et le reçardanc dans les yeux.) Mun cher , m on vicil umi ! J e savais hien 11u\1II n OS-YER.

j o ur ou l'au tre n o us d evro ns uuu- re l l'Il Il \

CI',

~O l

KROLL. - Quo i, mon bon a mi ! toi a ussi tu t 'éta is follement im a gi né qu 'il e xistait un obs tacle en lre nous! ntuEcCA, ci Rosmer. - Pe nsez d on c , ce n'éta it qu'une im agin a tion ! Quel bonh eur, n' est-ce pas ~ l\O~.YE It. Vra im en t, Kroll ? âla is a lo rs, pourquoi l'es- lu élo ig né de no us ~ KROLL, d-une t'oix serieuse el contenue, Parce (IUC j e ne voulais pas être pou r lo i le souven ir vira nt d'u n tem ps malh eureu x, et de celle q ui a t rouvé sa fin da ns le torrent d u mou lin. ROSYER. - C'e-t Ià un e noble pe nsée, Tu es tou jours plein de d élica te sse . âlai s tu n' aur ai s pa s c u besoin de te len ir il J'écart. Yiens asseyons -no lis su r le so fa . (Ils s'asseyent.) Non , je n'éprou ve a ucu n to ur ment en pensa nt à F t-liri c. Nou s par-lons d'elle tous les jou rs , Il no us semble q u'clic n'a pa~ quitté celle maison. Kn OLL , Vrai men t , il \' OUS semble .. . n.~8EccA , allumant la lampe. Sans aucun doute, ROSMEIL C'es t bien nat urel. Ell e nous ét a it si chè re à Lou s les deux . El Hé bec. ,. , mad emoi- el le West ct moi, n OU5 a vons la conscie nce d' avoi r fa it to ut ce q ui éta it en not re pou voir pour la pa uvre malade , Nous n'a vons ri en il no us repruc he r, Voila pourq uoi il me se mble deus ..c pen -e r maintenant à Fél icie.



20:!

Ho S M1. H ~ Il Il L ~[

I\R OLL. - Br aves cœur- que VOliS ètes ! Dor énnvant j e viendrai tou- lu- j ours chez vou s. Bf:ru;cc.\, s'asseyant dan s tm fa uteuil . - Reste à voir si vou s tiendrez parole. nO,SlIER, av ec un ]Jeu, dhé siu üum. - Mon che r Kr ull! J e do nnerai s la nt pour qu e nos re lntion s n'eu ssent jamais été int errompues, Depuis clue nous no us connaissons, depuis l' époq ue Où j'étais étudia nt. t u a!' touj ours été pour ainsi dire mon co nseill er nature l. KnOLL. - C'est vrai. Et j'en su is bien lier. Y aurait-il quelqu e chose qu e r... HOSMEB . - Il y a tan t de choses dont je voudrai s m'entret enir avec toi san- co ntra inte , à cœ ur o uver t. RtBECCA. N'e st-ce pas, mon sieur Ho."mer? Il me se m bic qu e ce doit -être si bon de s' épa nche r en tre vieu x am is. KROLL . Eh bien , moi, de mon côté , j'ai e nco re plus de co nfide nces â fa ire. T u n'Ignoree pa s que Je sui . . devenu un homme polltiquc " nusarn. - Oui , je le :oa i:"" Expliq ue-moi comment cela s'es t rail ? KROLI•• J'y ai été for cé, hon c ré, mal gré . De nos juurs il devient irnpu.-- ible
HO ::-~ILn ~ lIn l.)1

plus ét ro ite me nt notre pet it ce rcle d'ami s. Il es t

grand temps. en v érité. H1~nr.CGA , al'ec lOI lev er sow'Ù'e. -

N'est- ce pas

mêm e un peu ta rd t KnOLL . Evidemm ent il eù t mieu x valu s'y pre nd re pl u- tûl po ur a r rê te r le torrent. Mais qui pouva it pr évoir ce qui alla it a r r iver? Pas moi, dans t Oll :-; le- eus. (Se levant et arpen tant la scêne.) Oui, ma intenant me.. . yeux so nt ouverts. Car, il l'heure qu'il e- t, l'esprit de révolt e a pé né tré ju sque dan:' J' école. RO sMI.R. U 1 11:' l' école t Pa s dan s la ti enn e au mo ins ? KnOLL. - Si fail , dan s ma propre éco le . Qu 'en dis-t u ~ J 'ai d écouver t qu e, depui s pl us de six mois, les ca r çons des ela . . ses s upé rieures. du moin s une par tie d'entre eux, ont formé un e société secrè te et qu'ils so nt a bo nnés a u jn ur na l de lIortensgaarJ.! RtBECC A. 'I'iens ! Au Pha re ? KnOLL. - Oui , qu e vou s cn se m ble t C'est JtÙI en v érit é. une nourriture bien saine pour l' âme de futurs emp loyés de lï~t H l! Ai ai ", ce qu'il y ad e plu s triste, c'es t qu e le!" gnrço ns les mieu x d ou és de la ela -se sont tou s membres de ccuc réunion. C'est d 'eu x
Il 0

~:D I

E ns Il (1 J~M

li ROLL. - Si cela me f ait de la peine! Me voir a insi contreca r ré d an s un e œ uvre à laqu elle j'ai vou é mon existe nce ! (Plus bas. ) El pour tanl j 'en aura is peu t-être pri s mon parti, Mais il y a pire qu e cela, (ltegardmll autour de lui ,) Pe rson ne n' écoule au x portes ? H1;~B F.: C CA. - Soyez tran quill e. KROLL. - Eh bien! Suchc z qu e la di scord e cl la révol te ont pénétré dan s ma propre maison, ju sque so us mon pai sible (oit. C'en est fait du ca lme de mo n foyer, 1l0 SMEIL - Que di s-lu là! Dan s ta pr opre mai-

son ? RÊB ECCÀ, al/mit vers le recteur, - Voyon s, mon ami , qu 'est-il a r-r-ivé t J\ROLL. - Figurez-vou s qu e mes pr opres enfan ts ." en un mol, c'est Laurent qui est li la têt e d u complot. El Hilda a br odé un portefeuill e dan s lequ el on cac he . le Phare s , ROSlIER . Voilà ce qu e je n' aurais jamais supposé, Chez toi, dan s ta famill e, .. KnOLL. - N'est-ce pas! Qui j'eût c r u t Chez m oi o ù l'ob éissan ce et la. di scipline o nt touj ou rs régn é , où tou s, jusqu'a pr ésent, n 'av aient qu 'un es pri t et qu'une volonté.. . 1It; IlE CCA. El qu'en pense votre femm e 't KnOLL. Ah! voilà cc qu 'il y a de plus incroya ble, Elle, qui lous les jour-s de -n vie , d uns

20â

nOS)IE IUi llOLA1

les frra ndes ch oses com me dans les petites, a partag é mes opini on s, approuvé ma manièr e de voir, elle n'est pas hien loin de se r anger, sou s plus d'un rap port, d u coté des e nf.mt s, D'après elle, ce qui a r rive, est de ma fa ute . J 'exerce une action déprima nte sur la j eun esse. Comme s'il n'était pas indi- pen- nble. ... . Enfin , voila comment j'ai la discorde chez moi . Bien ente nd u, j'en pa rle le moins possibl e. Ces choses-ln ne doiven t pas tr a nspirer. (Arpentant la scène.) Ah ! mon Dieu, m on Dieu! (JI se place fl('\,:\nt la. fenêtre, les main s derrière le dos, ct regarde ail dehor s.)

nÊuEcc.\, qui s'est approchée de Iiosmer, lu i d/ t à demi-voix , sans étre rema rquée du recteur, Parle ! 1l 0 :-; ~IEn , de m,:me. Pas ce so ir . n(:IlEcc.\ , fi demi -voix . - Si , maintenant! ( Elle s'approche dr la taùle el relJzonle la lampe. ) KROLL, descendant la scène. - Tu vois, mon che !' Hosm er , co mme nt l'e-prit du tem ps es t venJ a:,so mbrir 0 1011 œ uvre pu blique ct mn vie de famill e. El j e ne comuuurais pa s cet esprit de destruct ion , de r uine cl d- dissolu tion av ec tou tes les arm eq ui sont a mn portée !_.. Tu peu x ê tre sur qu e j e le ferai pal' in 1 t.role el pur les éc rits 1..• ROSMEIL - Lt lu esperes a r river ainsi il q uelqu e chose? KIIOLL. - Da m, tous les l'as, j e veux m'ac quitter

12

~ 06

1l 0 SII EII S II ULM

d e m on ser vice obliga toi re d e citoy en. Et j ' esti me q u'il est du d evoi r d e tout bon pa tr io te , ct de lout homm e q ui ti ent à voir tr iom ph er la bon ne cause, d'e n fa ire a u ta n t. Et voilà, m on che r Hosrner, le prem ier mo ti f d e ma visite d e ce so ir. n ôSlln: n . Mais, Illon am i, q ue veu x-l u d ire? Ou' at tend s- t u de m oi ? :K ROLL . - Il fau t ven ir en a ide à tes vieux amis, faire co m me les a utr es, m ettr e la m ai n li l'œ uvre ct nou s se co nde r d e tou tes te s for ces . RÉlmœA . Ma is , r ect eu r, vous connaissez M. l-losm er , et sa r épu gn an ce pou r ces so r tes d e choses. KROLL. - Il est g ran d tem ps de la va in cr e, ce lle r épugn a nce . Tu ne s uis pa s assez le mouv em ent, Rosm er. Tu t' en ferm es ici, lu t' en terres da ns te" collectio ns his tor iq ues. Mon Dieu , j'accorde tou t le r esp ect qu i leu r es t d ù a ux ar br es généalogiq ues el à tou t ce' qu i s'e n suit. Mais Je tem ps n' es t pas, hél as! à ce g en r e d 'occup a tion s. T u ne te fa is pas un e idée d e l' état d es chos es dan s la cont rée . Ta ules les not ions son t bou leversées, il faud ra un v érita ble tr av ail d' Herc ul e po ur d étru ire to ut es ces erreurs . nOSMEH. - J e le crois auss i. Mai s ce ge nr-e de tra va il n'e st pas fa it po ur moi. R ÉBE CCA. - Et p uis, je cro is qu e monsie ur Rosm er voit main tenan t plu s clai r da ns III vic . KnoLL. - Plus clai r '!

I\ OSIIEn SIIOL!I

n(;OECCA . -

~Oj

Oui, il J'envi sage d'un œ il plus libr e)

plus exempt de préj ugés . J\IlOLL. Qu' est-ce à dir e, Rosmer ? J 'esp ère que lu n' as pas été asse z faib le pour te lai sser l;garcr par un fait aussi acc ide nte l que le tri omphe passager des men eurs pop ulaires ? nO!'~IE n.

- .Mon cher ami , lu sa is qu eje n'entends

pus gra ndc hose il la politique . )l ai s il me se m ble que dans ces de rnières a nnées l' opinion individuelle a acq uis, pour ain si dire, plu s d'ind ép endance . KnOLL. A merv eill e! Et tu n'h ésit es pa s un instan t il trou ver ce la bie n ! Du reste , lu le trom pes grande me nt , mon am i. Renseign e-toi sur les op inio ns q ui onl cou rs parmi les radi cau x, ici comme en ville . Il n'y a pas de diffé rence entre elles e l la sagesse prêchée ùans t: Je Ph are J . n~~8EccA. - C'es t vr ai; Mortensgaard exe rce dan s celle co ntrée une g ra nde influ ence considé ra ble , KnOLL . Oui. C'est incom pr éhen si ble! Avec un passé si fa nge ux... Un ma ilre d'éco le des ti tué pour ca use d'hrun ornlit é ! Un parei l ê tre s'avi se de faire le meneur! Et cela r éussit. Cel a réussit à merveille. 11 veut mai nt enant a gran dir so n j ournal , il ce q ue j'ent ends dire. J e sa is de SOurce ce r ta ine qu' il che rche un h abile collabo ra te ur. III: ll ECCA. Il me parait éto nna nt qu e vou s el vos amis n'a yez enco re rie n crga ui-é co nt re lui.

nO S)1 EH S IIO L li

l \ HOLL. C'es t h ien ce qu e nou s nous p ropnô:om de fai re . Xous a vons ache té aujou rd'hui m ême '1 Le J our nal du Dist r-i ct » . Le côté pecuniaire n'a pas p ré- en t é de diffic ul t é- ')Iais (~e tournant t'crs Ifosmer ) m e vo ici a r ri v é a u fait, à la p rn pusil ion qu e j e vien s le fa ire . Il s'agit de la direct io n j c'c-t la di recti on d u journa l q ui nous emba rrasse. Dis-moi, Hosrn er , ne te se n ti rais -tu pas a pp elé â la prendre en main , par a m ou r pou r la bonn e ca use '! ncsaun, atl(JC une sorte d'e/(1'oi. - ' loi '! H(;UECt:.\' CUll J111enl po uve z-vou s ~ ' so nger? K IWLL. -Qu e tu cra ignes. le- ré uuiun - popu la ires et qu e lu ne veuil le.. . pas t'exposer a ux douce urs qu e l'on y distr-ibu e , ce la peut se co mp rend re , .:\Ia is le travail plus iso lé d 'un r éd acteur, o u pou r m ieu x d ire .. .. . IlOSliEH . l\' OD , non, mo n a m i, il ne fa ut pa me dema nde r cela .

KHOLL. Je ne de mander-ais pa . ; mieux, certes, q ue de m e cha rger éga lement de cr-ue part ie du

t r av a il, mai s cela m 'e...1 absol ument inip fJ :'..ihlc. NI' sui..-je pas déjà surcharg éde be...;o,gnc 1 T o i, pllr con tre, libre qu e lu CO; dé -orm nis de Ioule cha rge pu blique .. .. . Nous t' aid eri on s. hi en entendu, d an s la m esure de nos fo rces. IIDS.m:H. - J c ne le p uis pas, l\ l'O II. Je suis În-

eomp étent. hlloLI.. -

l ucn mpeu-n t ~ T u dl - ai s la mêm e

n U S~IEIl SlI lJl..ll

ch Me quand ton pè re l' a fuit ent re r dan s le pasIurut , HOS)lE: H. J 'a va is rai son . Au, ,,,i m' en s uis-je

d émis. K nO LL. Si tu le mo ntr es se ule me n t au ssi ca able cu mme rédacte ur q ue t u l'a s été co mme usteur-, nou s se ro ns sa tisfai ts . RO!'MEH. Mun che r Kr oll - je te le di s un e Iuis pou r toutes , - j e n' accepte pas. I\BO I.L. Mais alors, - t u nous prê teras d u oins ton nom . nOS:\IEIL Mon no m? I\ROlL . Oui. Le nom se ul d e J ea n Rosmer , cra déjà un av a ntage pour la feuille. Nou s autres, .1 n (I US co ns idè re co m me des ho mm es d e parti ien prononcés. Qua nt à m oi , en par ticuli er, j e uis regardé, me di t-o n, co m me un fanatique enagé. Voilà pou rq uoi nou s n'espérons pus nOLIs ire écouter par les fo ules égarées, si nou s éc '\Ï uns so us notre pr opr e nom . To i, pa r co n lre , es toujours res t é en deho rs de la lutle . 'l'o n 'p rit doux et jUSlC', la d istinction d e tes pen sées, droitu re ina tt aq ua ble de ton ca rac tè re, son t conus et appréciés de tous, Ajou te il cel a la co ns id étion cl ic res pect que t'a tti re le sace r doce qu e I II ~ exercé, enfin la respecta bi lit é attachée au no m e ta fam ille . Pen se donc! nO~;\lE:l:. - Quanl u nom de ma famille . .. .. ü

12.

uosn EII SIIUUI KR OLL, montrant les p ortraits, Le.. llo..mer de Ho..mersh ulm - des prêtr es el des suldal- , de haut s di gn ita ire- , des ge ns honnêtes c t correct" un - famill e qui pe nda nt près de deux cents [111" a été la première d u d istrict. (Lui -posant tes muins sur les épaules.) Ho-m er , - lu te dois à loi-m êm e et a ux tradi tion s de la r ace de pr endre part nu combat el de défendre tout ce qu e le tem ps a sa nctionné parm i nou s. (.Se ,·elou1'n anl .) QU'Cil dites VOliS, ma demoiselle We-l ~ R ÉB E CC \ , avec un peti t rire tranq uil le, Cher recteur, - j e ne sau rais VOus d ire combien tout celame semble drô le il entendre.

KROLL. -

Drôle r Comment ccla?

Oui i c'est que j e vais vous di re fr anch em ent. .. .. ROSlI ER, t'Ù:emenl. - :\011, nan , - aUenciez ! Pas enco re ! KHOLL, les "c[jardall t tour à tour. - :.'lI ai" au nom du c iel , m es chers a mis! .S'illterroUlpalll.j Ah 1... RtBECCA. -

l)1 • Helselh entn pnr la porte de d l'oitr .) m

Il y a un homm e q ui de ma nde à voir monsieur Je pa..teur, HOS)'I ER, soula gé . C'est bien. Pri ez-le J'en::tt (' llELSKI'II. -

trer, ) ,m. IIEL" l: TIl . -

IHJ" m~ lI . -

AlI

snlo n ?

'lai:-- o ui .

nO S.MEIl SIIOI.M

C'est qu'il n'a pas une figure li ça? Quelle fi gure a- t-il donc , madame

Mnlll ImLSETIl.nl~8 E CCA. -

Helseth ? ~l' e U E ~ I::TU . -

Celle d' un pas gra nd'chuse , ma-

dem oiselle,

N'a-l-il pas dit son nom? Dil i, je cro is qu'i l m ' a di t s'a ppeler Kekm an , ou qu elq ue chose d'a pproch ant. noslIt:n. - Ce nom m'est inconnu. MID UEL~H U . - El puis il dit qu'il s'a ppelle Ulric, aussi. n OSlIHm , tressaillant . - Ulric ll ek man 1C'est bien cela! Mme IlELSETU, - Oui, Il ek man. KROLL, - Je crois avoir entendu ce nom, RtB ECCA, N' était-ce pas ainsi que signait cet homm e étra nge ? n OSMEIl , ci Kroll . - C'est le pre udonyme d'Ulric Brendel. • KnOLL. Ulric Brend el, I'cnlant perdu ? En elfel. .... HÉDECC.\. - Tiens, il C3 t enco re Ch vic. HOS:'!lER . Je croyai s qu'il voyageai t «vcc une troupe de corné diens. KnOLL. La derni ère chose que j'ai entendu dire sur son compte, c'est quil avait été interné da n- une maison de correction. HO~"IE n. Pri ez-le d' entr n-, mad am e llelselh. ll OSMER . -

Mnl ll llEVŒTl1. -

I lO S1IEH ~J1 0U I

Mme IIELSETII. -

Oui, mon sieu r.

Ii:nOLL, - Peu x -I LI r ra ime ut su Jl po rter la présence de cel homm e chez loi.

T u sai s bie n qu'i l a été mon pr écepteur pendant quelqu e temps. I\BO LL. Oui, je sa is q u' il te bou rrait Jo. IHe d'idées de r évolte el qu'alo rs Lon père l'a chassé il. coups de cravac he, R05YER. -

nOSMEB , avec un peu d'amertume. Mon p el (: est toujou rs res té col one l, jusque dans sa prupl'e maison.

T u de vra is l'en re mercier dan s sa to mbe, mon cher Rosmer. Voila ! KnOLL. -

p l· · Helselth rait en trer VId e Brendel par ln porte Ile droite ct la referme H II' lu i. C'est un hom me d'une belle presta nce, à la ûgu re un peu min ée, mai s ag ilf' et t1 i'J;a ~ ~ da ns les mouv ement s. Barbe et chevelu re g rises. Ou res te , il es t ha billé comme un sim ple vag nucnu. 1J;' }Jit râp é, chaussures en mauv ais éta t; pas de l inge vistule , gan ts noir s usés, uu cha pea u mou ct sa le SOllS le br as, un e baguette il la main .)

uuu c 8RE~OEL, m(ml1'e d'abord quelque hésitation, puis il ,<;'avanre vivement vers le recteur et lu i tend la mai" . - Bon soir, Jean! Ii:lt OLL. -

) Ion sieu r. ..

U ll E ~ O ~ L . -

Tuncnduis- tu il. me re voir, dis? El cela dan s l'en ceint e ùe ces mur s d éi e-t és KI\OLL. ~ t)nsietlr (imliquallt du rioiat ). v oi ci . .. n n E .\I J E:L, se retourn ent, Ah oui! C'est Lien î

n U ~M Ln SIl OUI

lu i. J ea n -

mon enfa nt, -

~1 3

l' êtr e que j'ai aim é le

pl.IS en ce monde ! RO~"n: R, lui tendantla main . - :.\Jon vieux maître!... DlU:::\DJ::L - ~l a l .~lr~ certa ins -ouvenirs - je n'a i p as voulu passe r de vant Rosm er ..kol m , sa ns y fair e une courte visite. BOSM ER. -

Vou s y êtes le bienvenu . Croyez-le

Lien. URE>; I EL. Oh ! Et ce ll e séduisante personne '! (s'inclina/Il Xa tur ell ement mada me la pa st ore- se. HOSYI:: R. - )l lùemoiselle West,

Pro ba blem en t une p roc he par en te. Un collègue il ce que j e vois. nOSlIER . - Le r e c t eur Kr o ll. nnE:SO EL. - Kr oll ~ Kr oll ~ Attendez u n peu. An z.vou s étudié la ph ilologie dans votre j eune âg e ? Ii HOLL. Oui, sa ns do u te. IHIENDEL. - M ai ~ l sapristi, en ce cas j e t' ni connu ! Il IŒ NDEL , -

ELcel inco nn u '? -

l \ ROLL . -

nHE:'W EL. K HOLL . -

DIlL:\DEL. -

Monsieur ... N'étais- lu

p a" .. .



âlonsieur.. . Un d e ces pilie rs de vert u qui m ' ont

expulsé d e la conférence t Im OLL . - C'es t bien pos sible. Ma isj e d éclin e loul e intimit é.. . nIl DDEL . - Al lo n ~l a llo ns ! Comme il vous plai ra, mun-l eur le d octeu r. Cela m' est Lien éga l. Ulr ic Br end el n'en rest er -a

P:I ';:

moin s I' bc m me qu'il c- t.

214

nO S)IER SIIOL~1

HI:;BECCA. Y Oll S av ez pro babl cme il lï n ten lit Il e vo us rendre en ville, monsieur Brend el ! n RE ~DE L. - )Ia da me la pasto resse a deviné juste. De temps en temp s, j e me voi s forcé do lull er pour J'existence. Je le fuis ;'l con tre-cœur, mai5, - en fin - la force d es chose- ... ROS:'I.I E:R . âlo n che r mon sieu r Bre udel , VOli S me p errn etLrez bien de vou s ve nir en a ide, d'u ne man iè re ou d'u ne aut re . nHENIlEL. - Dieu, q ue lle pro positi on ! Vou l rn i- . lu û étrir le lien q ui nous un it ! J am a is, J ea n, ja • 1 murs :

HOSMEH. - Mai s qu e co mpte z-vo us fair e e n ville? Il Ile vou s ne se ra pas facile d'y tro uver de l'uceu-

pati on , croyez- moi. La isse cela, m on ga rço n. Le sort en est j et é . T el que lu m e r ois, j 'ai en trepris un g rand voyage , plus gran d q ue tou tes rnes excur-ions d'au tr efols pri ses ense mble. (A K,·oll .) Entre nOU5, oser:'li "-je faire une qu es tion il mon ..le ur le profe-s cur" - y a-t-i l u n local de r éu nion à pe u près déce n t e t sufl1sa mme nL va st e , d an s votre honorab le D1lENDEL . -

cit é? K ROLL . La plus vast e salle es t celle de l'a -suciatio n des o uvrie rs. BHI::;"
do nt la h aut e t.Iilit é me -emblo évidente ~

n OSAIEH SIIULM

KnOLl.. RÉBECCA . -

215

Je n'ai rien à y voir. JI fau d ra vou s ad resser à Pierre ôlor-

[ensgua rd . IlItE :'\DEL. -

Pardon, madam e, -

qu el est

ce l

"di nl ! n èasccv. id iot t

Pourquoi voul ez-vou s qu e ce so it un

IIIŒN I)EL. -

Comme si Je nom seul ne l'indiquait

pa<. Un plebeien !

VOilà une r épon se à laquelle je ne 'attendais pus. KROLL. -

IHlENDEL. - Mais j e sa u r a i me vaincr e. Il ne me r est equ e cela à faire. Quand o n se tr ouve - com me

mo i - au croisement de deux rou les. -

C'e~l

J e me met s en ra pport a vec l'indivi du -

dit:

j 'entre

en pour parl ers di rects. nOSMER. - En êtes-vous sérieusement là? BRENDEL. - .\100 che r g ar çon, ne sa is-tu p as qu o, quel qu e soi t le pa r ti auq ue l s'a r rête Ulric Bren del,

c'est toujours sérieux? - Oui, mon che r, je vllis devenir un aulre h omme , so rtir de la r éserve di scrête qu e je m e su is im posée jusqu 'à p résen t. BOSMEIl . - Com men t cela! n R~;NOEL. - J e v eu x prendre une parl ac tive à la vi e, m e m ettre s ur les ran gs, m e produire. Nous tr .rvcr-uns un tem ps d 'o rage, un e péri od e éq uinoxia le. Je veux dépose r Illon de nier su r l'autel de la dé li vra nce .

:?IG

I\ O::DI EH :jll OL 11

KnOLL. -

,"OUS a uss i .

nUE XDEL.

s'üdressant à unu , -

Quelq u' un ici

a ura it-i l app ro fondi mes éc rits ~ KIWLL. - Non, j e do is avoue r que ... RÊBI:-:CC.\ . · - J 'en a i lu plu sieur s. .lIon pere adoptif les possédai t. RREXD EL . Delle châtela ine - en re cas YOIl'" a vez perd u vo tre te mps. To ut ce la c'e-t du r ndo t <.l ge. RËBECCA . Vraim en t ? UBENI)E L . Ce que vou s avez lu, oui. Mes seules Œuvres rem ar q ua bles ne so nt con nues ni des h ommes ni des femmes - ell es ne le son t qu e de moi- mê me. RÉBECC.\ . Commenl ce la se fa i t ~il ! BRENDEL . Pa rce qu 'ell es n'ont jamais été éc rites . nOSMER . Mai" . mon cher mon sieur Brendel.. . nnEXDE L. Tu suis, J ea n. mon enfan t. que je -uis un e espèce de syba r-i te, un délicat. J 'ai toujours été ainsi, J 'a ime il j ouir dans la solit ude, Car alors je j oui s dix fois, vin gt fois pl us. Tu comp re nds .. . q ua nd les r êves d'or ven aien t me visiter, q uand je senta is na it re en moi des pen sées no uvell es et qu e des idées vertig ine uses, d' une envolée superbe, m'empor tai ent a u loin sur leurs a ile- - je les tr an sform ais en vers, en vision s, en images. 'j'o ut ce la dan s de vasles propositions, - l u comp re nds.

n O S!lEII ~It OLM

2 17

Oui, ou i. BBENDI':L. - Oh ! comhien j'ai joui, sa vouré dans ma vie! Les j oies mystiqu es du développ em ent int érie ur - toujours dan s de vastes pro portio ns. - Les applaudissements, les actions de grâces, les louanges et les couronnes de lau ri er - j'ai tout recueil li avec des mains trembl an tes de joi e . Je me sui s repu , dan s mes sol ita ires visions, d'une allégresse - oh! d' une allég resse verli gin euse ? KItOLL. H m. ROSlUER! Mais vou s n'avez jam ais ri en écrit de tout cela? BRENDEL . - Pas un mot. Ce pl at métier d'écrivain m'a toujou rs dégo ûté. Et po urquoi au ra is-je profané mon idéal , quan d j e pouva is en j ouir dans tou te sa. pure té, po ur mo i tout seul? Alais a ujou rd' h ui, il do it êt re sacrifié. En vérité - j e me sens co mme un e mère qui va remettr e sa fille dans les b ras d'un é poux. Et pour ta nt, je me décide a u sac r iûce, j e le fais So ur l'a utel de l'é mancipa tio n . Une suite de t!on· fér en ces bien faites - à trav er s tout le pays 1 RÉ BECCA, avec vivac ité. C'est une nobl e idée, monsi eur Brendel 1 Vous donn ez ce qu e vous avez de pl us précie ux. BRENDE L . Mon seu l tr ésor. Rf:BE CCA, jetant u n regard significatif ti Rosmer, - Tout le monde n'en fait pas auta nt. Toul le monde n'a p as ce courage, ROSMER. -

13

2 18

nosu eu suoi.u

"épandant à son reqard. - Qui sa it ? .. La soc iété s'ag ite : cela me retremp e le cœur 1 cela me for tifie la volo nt é, el là-dessus je me met s à l' œuvre. Encor e un e q uestio n. - (A u recteur .) Pouv ez-vous me dire, monsieur le pr écepteur , - s'il y a dans la vill e une société d'abstin ence t D'a bstin enc e a bsolue? Cela doit ex ister . KROLL. Oui, à votre service. J 'en suis le d irect eur. B1n: NDEL. - J e l' av ais deviné à volre fi g ur e. Eh hien 1 il n 'est pas du tout imp ossible qu e je vien ne chez vous, m'y faire in scrire pour une sema ine. KR OLL . Excusez-moi, nous n'accept ons pas de membre à la se maine . B RE NDEL . A la bonn e h eure, monsieur le pédagogue. Ulric Br en del n 'a pas coutu me de forcer les po rtes de ces sor tes d'in stitutions. (Se tournant vers Rosmer .) Ma is, je ne veu x pas pr olonger mon séj our da ns celle maison , si r iche en souven irs. J e dois me rendre en ville et m'y procurer un logement convena ble. J 'espèr e qu'on y tr ouv e un h ôtel à peu pr ès décent. RÉBECCA . Ne boirez-vous pas quelqu e ch ose de cha ud ava nt de pa rti r ? BRENDEL. Quelle espèce de boisson, belle dam e ? RÉBECCA. Une tasse de thé ou... BRENDEL. Merci, gé néreuse hôt esse : je n 'ai me ROSM ER,

BRE NDEL. -

H OS}I

En ~1I0L~1

219

pas à ab use r de l'hospitalit é privé e. (Falsant un s dut de la maÙ1.) Port ez-vous bien . madam e ct me-sieurs! (Il sedirige vers la porle.) Ah! c'es t vrai, J ean , pasteu r Hosm er, vo udrais-tu rendre un service à lo n an cien maitre, en souvenir de sa vieille a mitié ! ROSMER . Oui, avec le plus grand plaisir. BR ENDEL. Eh bienl Prêl e-moi pour un jour o u deu x - une che mise à manchette s, repa ssée. ROSH EH. C'est là tout ! BRENDEL. Car. vois-t u, j e voyage à pi ed , ce lle foi...-ci. )Ia malle me sera ex péd iée plus tard. ROSMER. Bie n , bien . Mais n'y aurait-il pas enco re q uelque chose qu e j e pui sse fair e pour

vous ! BHEXDEL . Sa is- tu quo i! Tu pour ra is peut-être le passe r d' une red ingote d' été qui ne sera it pas

neu ve. .Mais oui, bien ce r ta inement. BRENDEL . Et pour le cas où il y au ra ib une paire de bottes asso rties à la reùing ote.. . ROSYER. Il Y aura moyen d' arranger cela. Aussitôt qu e nous co n na ît rons votre a d resse nou s vou s enver ro ns ces objets. BRENDEL . Jamai s de la vie. Pas de dérangements à ca use de moi ! J 'emp nrterai ces bagatelles. ROSK ER . C'e~t bien. En ce cas, voulez-v ous mo uler (nec moi t ROSMER . -

n OS ll ER SU OL l1 RÉBECCA . Non, laissez-moi ra ir e . Mme Il elseth el moi, nou s ar rangerons cela . BRENDEL. - Jamaicj e ne permettrai qu'un e dam e aussi dist inguéel . .. REBECC A. Venez seu lem ent, mon-leur BrendeI.

(Elle sort par hl porte de droite.l RQSMER, le retenant, Dites-m oi, n'y a -t-il plu s r ien q ue je puisse fa ire po ur vous? UiŒNDE L. J e ne sa is vra ime nt pa s ce qu e cela pou rra it êt re. Ah, o ui, tonnerre de Dieu ! q uand j 'y pe nse! J ean , lu n'aurais pas pa r h asa rd huit co uro n nes en puche t ROSMER . TOLIS a llons voir. (Ouvl'ant son portemonnaie.) J'a i là deux billets de dix co uro n ne.., BRE:"i DEL . Bien, bien, c'est égal . J e puis les prendre. J e pourrai touj ours les cha nge r en ville . ylerci. merci. Souviens -toi qu e ce sont des billets de dix que lu m'as donn é . Bons oir mon tr ès cher garçon! Bon soir, très hono ré monsieu r J

(Il va vers la porte de d roite, Rosm er l'acco rnpegn-, lui dit adieu et terme la porte derrière lui. ) KnO LL. Bon té di vine J d ire que c'e..t là ccl Ulr ic Br en del à qui des ge ns ont tro uvé l'étoffe d'u n g ra nd homme. KOSMER , avec calme, Dan s tous les cas , il a Cu le r-uu r.u re de vivre à en gouise. Il me se m ble q ue cela vaut bien qu elqu e chose .

2~1

nOS~IERS IIOLM

Que dis-tu la '! Une vie comm e la sienne ! On crot ratt vr.u m -nt quï l e-t homme à te bouleKIIOLL. -

ver -er le- id ées enco re un e fois. BOShfEIL -

Oh non,

Illon

cher ! jlaintenant,

je

s uis sû r d e moi , sous tous les rappor ts. KROLL. -

Di eu "cuill e que ce soit vra i, mon

rbc r Bu-m er. Tu e... si accessibl e aux impre- slnns d u .ebors J... !l.O":\ŒR. - .\ .. -eynns -nous. J'ai il l e parl er. KHOLL. -

Je veux hien.

(Il s prenne ,1 place sur le

noc n:n. apri ...

lUI

~ora.)

rf/url silence. -

Xe trouves-t u

pa- q u'i l l't' ~n l.' ici une nt mo- ph-rc de paix et de bon heur ? IŒO LI.. - Cert ainement. vous ('le s hie n ici, ct vou.. nvez la paix. Oui. tu n..; f:ag'llé lin foyer,

Rosnur, lundi.. '11W j 'ai perd u le mien. R n ~ :\11 R. - Xc d i.. pao: cela . mun a mi. O ù r égne aujou r d'hu i la d iscorde, l'harm oni e renai tr ü ~ûr~ · m ent. KHOLl.. Jamni... ja r nnis. L e germe d e dis cord e surn touj ours lu . J am ais je ne r etrouverai le Il
n O ~~IER.

- Ecout e-m oi hien, 1\1'011. Nous avons i-, pe rulnn t de lruurues, ti l ' tr es lnnz ucs ann ées. Peux-lu le ûgure r q u' une telle amitié en vienne a été

Il Il

se uri"er ! IŒoU.. -

Hiun nu mon de, que je -ac he . ne pOll r-

rait amener un e rupture entre nou s. D'o ù te vient re tl e id ée! ROSMER. C'es t 'I lle tu att ach e..; un s i gra nd prix à l'accord des jugement-, el des op inions. KROLL. - Eh bien } oui; m ai s en ce qui n ou s con cerne, nou s som mes à peu près d 'a ccord, s ur to ut , o u au mo in s sur les qu es tions fondurn entnl es. RO!'MEIl, douremenl. N' on; n ous n e le som mes p lus . KnOLL} [aistnü tm brusque mouvement pour se leuer, - Qu'est-ce a di re t ROSME R,

le retenant, -

Res te as sis . Je t' en pri e ,

Kra l!. KROLL. -

Que veu x-tu dire? J e ne te co mp rends

pas . P arl e clairem ent. R0 5MER . Il s'e st Iait u n ren ou veau d an . . mon esprit. Un nouveau r uyon d e j eun e-s e m' a frappé. Et voilà comm enl j 'en -u i.. là ... moi aus..i. KROLL . Où cela , o ù en es -tu .? HOSMER. Au mêm e point qu e le.. en fant - , KROLL. Toi ? toi! Mais c'est impos-ih lc. 'l'li d is q ue .. . R0 5MER. J e su is d u m êm e cô té qu e Laur ent ct q ue Hilda . I\ROLL, baissant la tête. - Ren éga t 1 J ea n llo- ruer e..t un renég at ! n O:-:-'I[R. - Que de jo ie} q ue de bonheur j'aurai s pu trouver dan s ce r en iemen t} co m me tu l'appel-

RO S)l "R SIlOLM

223

les 1... Au lieu de ce la, j'en ai cr uelle me nt so uffert , sacha nt qu el ame r chag rin ce la te ca use rait. KI\OLL. Rosm er!. . . - Hc emer ! J e ne m'en remettrai ja mais. (Le reqardiuu douloureusement .) Te voilà donc a uss i pa r mi ce ux qui trav aill ent à l'œuvr e de cor r uption et cie ruine qui ronge notre malheu re ux pays. ROS!lER. - C'est à l' œu vr e de son affran chissemen t q ue j e veux pr endre part. KROLL. Oui, j e sa is bien , c'es t là ce qu e disent les corr upteu rs cl les éga ré s. Mai s cro is-tu vr aiment qu 'on p uisse atte nd re un a ffra nchisseme nt q uelco nq ue de ce t esp r it qui empoison ne notre

soci ét é ~ ROS1IER. - Je ne suis pas enlratné par l'esprit du tem ps, ni pa r a ucun de ceux qui co m batte nt. J e yeux faire un ap pel àtous, lâ cher d'unir les homm es en auss i gra nd nombre et a uss i étro itement que possible. J e veux vivre et em ployer loutes les r~r ces de mon êt re à ce bu l uniqu e : l'avènem ent, dans ce pays, de la vr aie so uve raine té populaire. KROLL. - Ainsi t u tro uves qu e nou s n'en avo ns pas enco re assez, de celle so uvera ine té l Pour ma pa r t , il me se mble qu e Lous, tant que nou s som mes , nou s a llons bient ôt 11 0U 5 tro uver dan s la boue, o ù la pl èbe seule se complaisai t j usqu' ici. nO::;MER. Voil à po urqu oi je veu x un rég im e po pu laire qui r épond e à. sa vr aie mission.

224

KROLL. ROSH!':R. -

ROSMER SIIOLM lJlld le mission ' Celle d'en nobl ir tous les homme..

du pays. . Tou s! Du moin s, un auss i grand nombre q ue possi ble . KROLL. - Par quels moyens ' nOSMER . En a ffra nch issant les espr its cl en purifiant les vol ontés. KROLL. Tu es un rê veur , Ho..mer. T u veux les a ffra nch ir? Tu veux les pu ri fier? Rü SMER. Non 1 che r am i, j e veux seulement les réveill er. C'est il eux d'agir ensui te. KROLL. - El tu les cro is en étal de le faire' ll OSl IER. - Ou i. KROLL. - P ar leur pro pre for ce, n'est-ce pas ? ROSMER. Oui , p ar leur propr e force . Il n'e n ex is te pas d' au tre. KROLL, se levant . - Est-ce là le la ngage q ui convient à un prêt re 't ROSM ER. - J e ne s uis plu s pr être. KnOLL . Oui, mais... la foi de ton enfance' ROSMER. - J e ne "ai plus . KROLL. - Tu ne l'as pl us 1 ROSMER, se levant. - Je l'ai a bando nnée . J 'a i dû l'a ban donn er , Kroll! Kn OLL, avec émotiun, mais eu se maîtrisant. - Ab! ah! - Oui, ou i, oui. L'u n nr va pas sans l'autre... l'ROLL. -

n OSMER. -

HOS\ILH:-. IIUUI

225

c'es t ça! - C'c"t l' eut- êtr e la ca use qul l'a fait qu itte r le se r vice
n OSMEll sIIOL'1

so nt pus d e lon boni, d u surca- rnc qu e lu mùlni- il le s ce ns ures , Ah, IÜ olI, le voi r a insi tr an sform é ! C'est a lors q ue le devoir m' est a ppa r u, un devo ir impé r ieux. Le co mba t qui se liv re ren d les hommes méch ants. Les esprits o nt besoi n de pa ix, de joie, de réco ncilia tio n. Voilà po urq uoi je me mets -ur les ran gs, me don nant ou ver te me nt po ur ce que j e suis. Et p ui s, je ve ux essaye r mes fo rces! moi a ussi. Ecoute-m oi. Kr oll : ne vo ud rai s-tu pas de ton coté - seco nde r cc mcuve ment " KROLL..- Ja mai s de ma vie je nc ferai de co mpr omi s a vec ces for ces de des t r uction q ui mine nt la société. n OSMER . - Eh bien! S'il faut abso lument co mbattre, ne nous se r vons. du moins qu e d'a rmes courtoises. li:ROLL. - Quico nq ue n'est pa s avec moi dan s les qu est io ns vita les, j e ne le co nna is plu s, cl ne lui dois au cun ména gem ent. R O ~M E R . Dois-je pre nd re ce la pour moi ! KROLL. - C'est de toi. Rosrner, q ue vien t la r uptu re. n OSMER. - C'est don c une r upt ure 1 KHOLL. - Si c'e n est une! Une ru pture avec tous ce ux qu i te tena ient de pr es. Oui! Et tu en su ppo rteras les co nséq ue nces . (Rèbl.'cca west entre par ta parle Ile drone, qu'l'Ile laisse graude ouvcne.)

227

I\ USll U I S Il OL M

HI:m·;CL:\ . -

Enfin, le vcil.i en route pour le sa·

criflc e. Mai ntenan t nou s po uvons nou s meUre à Labie. Venez, recteur. KROlL, saisissant son chapeau. - Bon soir , mademoiselle West. J e n'ai plu s rien à faire ici. Itf;UI:CCA, émue. - Que se paese-t-il t (Fermant Ir. porte et s'apP,·oc!lant.) Avez-vo us parlé .,

nOSMER. -

Kn OLL. -

Il sait t out . ' NOliS ne le lâch er ons pas. Rosmer.

No us te for cer on s à revenir parmi nou s. ROSMER. -

J e ne le ferai j am ais.

Nous verron s bien . Tu n'es pas homm e à supporter la solit ude . HO!"lIER. - J e ne reste rai pas se ul. Nous sommes deux ici là à la suppo r ter . KR OLL . -

"ROLL. Ah ! ( Un soupçon 1. lraverse.) C'est comme cela t Oh, les pa ro les de Féli cie 1 ROSMER . De F elicie t s nou, repoussant son idée. - Non, non, j'a i eu tort , Pardo nn e-m oi. Adie u. ROSMER. - Q!J oi ! Que veux-tu d ire ! K HOLL. Ne pa rl ons pas de cela . Fi ! Pard onn e-m oi. Adie u.



(Il se dirige vers le vestibul e.)

nosusn, rac compagnan t. - Krull! Il ne rau t pas que nou s nons quittions ain si. J 'irai le voir demain .

~28

n OS )1 EnC; 1I0L~'

KR OLL , se retournant SW ' le seuil du nestiùule. Tu ne mettr-as plus les pieds da ns ma maison !

(II prend sa canne el sort .) (Rosme r reste un moment IIt'vanl la pene ouverte, purs il la fer me el SE' d irig-e vers la mble.] ROS1IER. Ce n' est ri en , Rébecca. i\ O ll 'i 5l.1urOIlS tout supporte r, à nou s deux , en a mis fidèles que nous sommes. HÉBECCA. A qu oi pensait-il en d isa nt Il Fi J a , Le sa is- t u ~ HOSME R . - Ne t' inqui ète pas de cela, chè re amie. Il n'en croya it rien lui-mem e. Dem ain j 'irai chez lui. Bonn e nuit l R ÉBE CCA. T u te retir es de si bonn e heure , ce soir, après ce qui vien t de se passer ? ROSMER . Ce soir comme d'h a bit ude. ~I a i n t e­ nant qu e tout es t dit, j'éprouve un gra nd soulagement. Tu vois bien: je suis tout à fa it calme . Soisle éga lement, chè re Rébecca. Bon ne n uit! RÉB ECCA. Bonne nuit, mon a mi. Dors bien.

(Bosmer sort par la porte du vesuo ule ; puis on l'en, ten d m onter I'escalier.) (Rébecca s'a pp roc he de la che minée el tire un cordo n Je sonnene .j (M- Helseth entre par la por te de d roi te.) RÉBECCA. - Vous pouvez desservi r, madam e Helseth, le pas te ur ne ve ut rien prendre et Je recteur est pa rt i. MADAME IJEL SETR . Le recteur est parti ? Qu'estce qu i lui a pri s?

ROSYERSIIOL M H~: B ECC " , pl'~llnn l son O ll l' rag~. -

Il pr évoyait lin

violen t orn ee, C'est hi en cur ieu x. On n'apercu it pas I~ moi nd re pet it nu aee ce soi r. RÉ BECC \ . Pourvu qu 'il ne r en contre pas le ch eval blan c. Je crai ncq ue nou s n' entendions bientô t parl er de fantô mes . MADAME II EL"ETII. Doux J é-us ! ne parlez pa ." ain si , mudr mnis el!e ! HEIlE CCA. Allons, a llon s, MAIlAm: IIELSETlI, baismnt la voix. Mademcl sell e c roit-elle vraiment qu e qu elqu'un va bientôt ,,'en all er d 'ic i ! ) IADA\Œ lI ELS ETII . -

RÉB ECCA. Pas du tout. Mai" il y a plusieurs espèces d e che va ux bla nc!' d un s ce mond e. rnada rne Hel-eth. - Allons, -uon..o ir. J e rentre che z m oi . K.\o .\ . n : IIH SEru . Bon-oir , mad emoiselle.

(Rt>bl'CC3 son ouvrage ft la m.uu sor t par la por,e de droit e.} M.\o .nu; IIELs ETn ,

éteint la lampe. en secouant la

tete et en mu rmu rant . -

J ésu - . J ésus , Celle d emoiselle \\'e~ l , co m me clic (Jad e quelquefois !

ACTE SECOND

Le ca bine t de tr-avail de Jean Ho- mer . A cau-he une por te. Dans le fon d. un e porte donl la portière est so ulevée et q ui cond uit il la chambre à couche r . A droite, de va n t u ne fc u ûtre, un e La bi e à éc rire couver te de livr es et de papie rs . Des rayon s d e livr es et des a rmoires so nt disposés contre les mu rs. Ameublem enL simple . A gauche, s ur le premier plan, un sofa el un e tabl e de forme ancienne. Jean Rosmer, en veston, est ass is devant la table ft écrire , S U I' une cha ise ft hau t dossier. Il découpe et feuuleue une revue. {On frappe à la porte de gnuche .) ROSMER,

sans se "elow·ne". -

Entr ez,

(Rébecca West entre, en IJt'glir;é de matin.) R ÉB E CCA. -

Bo nj o ur .

tenant Le livre ouvert , - Bon j o ur, chè re ami e. Dési res-tu qu elqu e cnose ? Rt UECCA. J e voulais sa voir se ule ment si tu as hien do r mi ? ROSMlm ,

nO S ~IL H S IlO L M

IHl ~ '1 1:I1. -

231

x.Imirnl.lc.nent . Un -oui mcil sans retournant, Et toi " RÉBECC.\. - "l'res bie n, me rci. Vers le ma tin .. . naSMEl1. Il Y a longtemps q ue je ne me s uis se nti le cœ ur a ussi léger . C'est si bon d'av oir tout di t. RÉBECC.\.. Tu n' aurais pa s d ü ga rde r Je sile nce ai longt emps, Rosmer . ROSMER. J e ne comprends pas moi-m êm e ma lâcheté. RËBECCA. )I on Die u! Ce n'était pas pr écis ément de la lâcheté. ROSM.ER . Si, si, j e le sais. En m' interrogeant hien, j e vois qu e la lâch et é y était pour qu elqu e chose. RÉBECC.\ . - T u as éll~ d'au ta nt plu s cou rage ux de rompre en vi-iere . (E lle s'assied sw' une chaise près de la table il écrire.) )Iai ntenanl, j e val .. te raco nter ce qu e j'ui fai t - tu ne le fâcheras pas ? • ROSMEII . - )le fà cber? Co mme nt peu x-l u cro ire ce la , ch ère am ie? RÉBECCA. J 'ai peut-êt re t ro p pris su r moi : mai- . ROSMell . - Voyons, racon te. REBECt: ,\ . ll ier -olr, en pr ena nt congé de cet Ulric Bren del, je lui a i do nné deux ou u -ol-, lig nes pou r )\ or len:"gaar d . BOS:'!ll::n , avec quelque inquietude. âl nis ma r èvc- , -

~ Se

I\OSMERSHOLM

232

ch ère Hébe cca ... Voyon s, qu e pe ux lu lui avo ir écrit ? R ÉBECCA. J e lui ai dit qu'il l e ren drait service en s'occu pa n t de ce pauvre homme ct en l' ai dan t d e tout son pouvo ir ,

RQSlIER. - Chère a mie, c'est ce q ue t u n 'aurais pas d ù faire. Cela ne peut q ue n uir e il Bre ndei , el .\\ Io r lenc;ganrd es t lin homm e qu e je d é- ire tenir fi. d istance. Tu con nais le d ém êl é q ue j'ai cu av ec lui jadis. 1I~;BI ·; Cr.A, Ne emis-tu [Hl S qu 'aujourd 'hui il te s er ait peut-être u til e d'a vulr de bonn es rela tion" av ec cet homme '! n OSMlm . Av ec .\lo l' te n~g a a rd? moi ? Pourqu oi ce la ? IÜ:nEt:C.\. Parce qu e ta s itua tion est t:hranll!e - depu is ta rupture av ec les a ncie ns a mis. ROSMER ,

la reç ordont et secouant la tete. - As-tu

vr aim ent pu su p pose r qu e Kro ll o u un autre voud raient se venger - '! Qu'i l:-; se ra ient capa ble..; de t... Rf:BE CCA. Dan s le premi er emporte ment. mon ch er, personn e ne sa il ce qui peut a r ri ve r, A en jug er par la manière dont le r ect eur a pri s la cbo- e.. ...

nO~ lIE R, -

T u devrai s le co nnaître mieux qu e U ll parfait honnête homm e, Cet

cele. Krull est

R O S ~I EII S ll OLlI

233

ap r ès-midi J'irai en vill e, lui parl er . J e veux leur parle r a to us. Tu verras co mme ce sera facile. ( W'~

llelserh ft la porte de gnuche.)

nt;BECC,o\, se levant. -

Qu'y a· t- il, madam e Hel-

-r-rh t )lAO .UIE UEL"HU. Le recteur Kroll est là da ns le vestibu le, nOSllER, se levant avec l'iI.'arité . Krolll

HEBEce.\, -

L e r ect eur! Ti ens !

H fuit demand er s'il peut monter chez monsieur 10 pas teur . RO:;YER, s'ad ressant à !l ,;becca. Tu vois hien ! Certes, il peut monte r . (Il L'a ju ~qu'â ln porte et app elle.) âlonte do nc, che r am i ! Sui, mille fois le bienvenu! MADAME IIH SI·:TJI. -

(üos mer li ent 111 por te ouverte. - " •• Hel-s et h sor t . û ebecca baisse ta portiè re et se met à ran ge r dans la cham br e.)

(1\.1'011 entre, Il' chape a u à la maln . ] RO~:MEn,

dourement , avec émotion. - Je savais • bien que ce n' était pas la derni è re fois.. . KROLL, J e voie aujourd 'hui la question sous lin tout a utre j our . 1l0SlIER. -Ou i, n'est-ce pus , KroIl ! J 'en étnis sûr , Maintenan t q ue lu as ren ée hi. .. KROLL. Tu le t ro mpes en tière me n t sur le sens de 1111>", pa roles. (Posant so" chun m u sw' Ill. tab le p rès du canap é.) Il import e que j e tr- parl e seul à -eul.

1I0 S1l r ns nn t. »

ROSME R . -

Pourq uoi Wle \Ve.;:; l ne pourrait-elle

pa s ? . . HI:;BECC\. -

Non, non , monsieur Hnsm er, jf' m'e n

vais. KRO LL, la considerant . Et pu is j 'ai à faire mes exc uses il mademoiselle d'êt re venu de si bonne heure, de la sur prend re ava nt q u'e lle a il eu le tem ps de ... R ÉBE CCA, tressailiant , Comm ent cela? AuriezVO l! ':; qu elqu e objection à ce q ue j e pa ra isse en négligé à la ma ison î J\ RO LL. Comment donc ! J e ne su is pas au coura nt des ha bitudes actuelles de Itu-m er- holm. ROr.:;YER. - .\luis, KrolI, je ne le reconnais pas auj ourd'hui ! nÉoEccA . - J'ai l'h on neu r de vous saluer, monsieu r le recteur .

(Elle sor t par la port e de guuc he.}

KnOLL. -

Av ec la pei- ml-sion. (JI s'assied su r le sora.)

RO S ~1F:R .

- Oui, che r a mi, asse yo ns-no us el parIons il cœur ou vert . (JI prend une cha ise et s'assied vis-à-vis du rec te ur} KR OLL. J e n'ai pas ferm é l'œ il dep uis hier. J 'ai r éfléch i to ute la nui t. HO'U IE R . -

Et q ue d is-tu aujo urd' hu i '!

KIlOLL. - Ce sera long , Il osmer. Permets-moi de

nn ~ ' IEn ~ I IO I , '1

commence r par un e sorte de préa mb ule . J e PUi5 te do nne r des no uve lles d'Ul r ic Br end el. RO~~lI.m . Es t-il venu rhez to i '? K ROLL. Non . H s 'est eta bli d un- un icnoble bou ge,b ien en te nd u dan s lu plus ignoble co mp agn ie . II leu r a offer t à boi re et a tri nqu é avec eux auss i longt emps qu 'il lui est rest é un so u da ns la po che. Après q uoi , il a injurié to ut e la band e en l'appel an t vile po pulace et tus de g red ins. Alors on rossé el jeté a u r ui..seau . RO ~)I En , J ~ cra ins qu 'il ne so it in corrig ible. KIlOLL. - Il avai t au-si mi s en gage la redi ngote . Mai;; que lq u'u n la lu i a dégagée . Devin e q ui. nO~MER. T oi , peut-être ~ KnOLL. - :\ 0 0 . Ce noble M, .ll o r te n ~g a ard .

ra

nO")ŒR . -

vraim ent

t

J e me - uis lai ssé dire qu e la prem ière vi site de ". Bre ndel a élé pour « l' id iot ~ el po ur le 1: plébéien. ~ • KIVlLL. -

nO~~IER. -

Dela po uva it lu i ètre utile. J e cro is bien. (Se J j e~l ch anl en avant Sllr fa uible p our se rapprocher de Rosmer. ) àla is voi ci qu e nou s lou cho ns à un fait , d on t je crois de mon devoi r de l'aver tir , e n so uven ir de notre vieille (se 1'epl'enant) de notre anci en ne a mitié. HO"'M EB . - Qu 'est -ce donc, che r am i? 'KROlL. - C'e -I q u'il se jo ue d uns ce lle maiso n un j eu qu e tu ne sou pçu nnes pa s. K nOLL. -

236

n O S ).I En SlI OL ~r

RDSMER. Comment peux-tu noi re cela! E..t-ee à HéLec... , à ~W le "'c~ L q ue lu Fais allu- ion ? KROLL. - Pr écis ément. Cela ne m'étonne pas du

tou t de sa part. Dep uis lon g temps elle est hab it uée il tout d irige r ici. Mai s cepen dant.. ; RDSM ER . - ~ l on che r Kroll , lu le tro mpes entièr ement. Nou s n' avons rien a u mond e (le secret,

l'u n pou r l'aut re . KnOLL. - Tu- t-elle avoué la correspo ndnnce qu 'elle il cllgag-~~ ;l\'CC le rédacteur du « Phnru :1 t nosx s n. - Oh! lu penses à ces deux ou trois h g nes q u'ell e Cl d on nées il Ulric Bre nd el. KnOLL. - T u as do nc upp ri- ce la? El tu app rouves q u'ell e se mett e en ra ppor t avec cel auteu r de chrotu qu es seandale u-es , q ui ne luis-e pa.'i passer une se maine sans me Illettre SUI' la se llet te au suje t de m on ecole e t de mes fon ctio ns publi qu es ? ROSM.ER , - Cher a mi, elle n' a certainement pas envisag é ce cote de la qu.s üo n. Du rest e, ell e a nat urellement sa liberté d' agir, to ut co mme moi j'ai la mienn e. KROLL, - Yr'liment ! J e suppose que cela s ncco rde avec la no uvell e voie ou tu t'es engag é. Ca r il est prob abl e q ue .\P le \Ve ~ L el toi, \ 'OU3 Y OU3 trouve.. . ex ac tcm enl au même po int. ROS~II::R, Cert ai ne ment. C'e..t la ma in d.rn- h main qu e II O US a vo ns marché ver s not re b ut 1'0111 mun ,

HO :-;.\IEH SIIUL'I

KnOLL le considère, en hochnnt lentement la tête. - Aveug le, q ui ne vois pas le pi ège! nOSMEn. - ~I oi ? P ourq uoi dis -t u cela ? KnOLL. C'e- t que j e n'ose pas , que j e ne YtW X pas croire a ut re chose . Non , non, la isse-m oi m'expl iquer, Tu attac hes d u pri x il mon a mitié, cl à mon estime aus ... î? N'est-ce pa.., Rcsmer t ROSll ER. Je n'ai pas besoin de rép ondr e à celle ques tion. KROLL. - C'est qu'il y a encor e d'autres questions qui ex ige nt des répon ses, une fr anche exp lica tio n de ta part. Conse ns-tu il ce q ue j e te fusse subir u ne so r te d'in terrogatoire 1 ROSMER. - D'interrogatoire ! snou.. - Oui; qu e j e touch e à certa ine suje ts do nt le so uvenir pou rra t' être pénible t Vois-tu , ton a postasie , ou ton a ffra nch is..e ment , co mme tu d is, se rattache à ta nt de choses d ont il est néce-saire qu e tu me re ndes compte , da ns ton propre intérê t. • nOSalER. F ais t o utes les questions qu'il te plaira, che r ami . J e n'ai ri en il cacher. KR OLL. Eh bien , dis-moi qu elle a été , selon toi, la véritable raison qui a poussé Félicie au sui cid e? RO"'M1.;R , - Y a -t-il le moindre doute à ce sujet 1 Ou plu tôt, peut-on demand er les r ais ons d'agir d'un pauv re être mula Je et irresponsabl e :

ROSMEH SIIULM KHOLL. - Es-t u bien sûr de l' enti èr e irr esp o nsa bilit é de Félicie 1 Dans to us les cas, les méde cins ne se pro nonça ient pas avec cette cer titu de . aosusn. - Si les médecins a vaient pu la voir dan s l' état où j e l'ai vue si souvent mol-même, et cela durant des j ourn ées et des nuit s entiè res, ils n'auraient pas eu le moindre dout e. KnOLL. - J e n'en avais pas non p lus, à cette époqu e. uosuca . - Ah non , mon a mi, le dout e n'éta it malh eur eusement pas possible ! Je cro ie t'a voir parl é de cette passion sa uvage , effré née qu'e lle me dem and ait de partage r . Oh J quelle épouvante elle m'in spir ait! Et pu is ces reproches sans motifs q u'elle se faisait et qui l'ont tor turée pendant ces der nièr es années. KROLL. - Oui, quand elle a su qu'elle ne pour rait j amai s être mère. RDSMER. Tu vois bien . Se livr er à un si violen t désespoir, se tourm enter de la sorte pour un fait dont elle n'était nullemen t responsa ble! Q ui peut préte ndre q u'ell e eü t tout son bon sens? KROLL. Hm Te souviens-tu si, à cette époq ue, tu avais chez toi des livres traita nt du vra i sens du ma riage d'après les idées avanc ées d e notre temps t ROSMEn. - J e me sou vie ns que M ilo West m'avait prêté un ouvrage de ce genre. Elle a h érlté.com rne

n O S~lEll SII OLM

23!1

tu sais, de la bibliothèque du docteur. Mai!', mon cher Kro ll, lu ne pe ux pas nou s s uppose r assez im pr uden ts pou r avoi r initié la pauvre mal ad e il de pareilles ques tio ns. J e puis a ffir mer solen nellemen t qu e nou s fi 'avo ns rien à nou s reproch er. C'es t so n propre cer vea u el ses nerfs ébranlés qui

l'ont éga rée. Dan s t ou s les cas, il y a u ne ch ose q ue je puis te racont er mai ntena nt. C'e- t q ue la pauKnOLL. -

vre Félicie, tourmentée et exaltée au delà du possible, s'est suicidée pour te laisse r vivre heureux, libre. il la guise. ROSMER, avec un brusque mouvement pOU)' se lever. - Ou'entends- tu par là ? KnOLL. Il faul m'écouter tran quill em ent, Hc sm er, J e pui s tout le dir e, maintenan t. Durant la der nière an née de sa vie, elle es t venu e deu x fois chez mo i pour me co nfier son angoisse el son

désespoir. A ce sujet? • Non. La pre mière fois, elle est ven ue me di re que tu étais sur le po int de re nier la foi, ROSMER . -

KROLL. -

d' abandonner la religion de te p ères. ROSMER, vivement. - Ce qu e t u d is là est imposeible, Krull! To ul il fa il imp ossi ble . Tu te trnm pes certainemen t. KROLL. - Pourquoi ce la ! 1I0SMEK. Par ce que, du vivant de F éli cie, je

BOS MEH SIIU L 31

me dé ba lla is enco re da ns le d ou te el dam l'i nce rti tu de. El ce co m ba t, j e l'a i livré se ul dan s le fon d de ma consc ience . J e crots 4ue pas mêm e Ré becca .. ... K nOLL . -

Rébecca t

Eh bien , o ui, mademoiselle W est. J e l'ap pelle Rébecca pe ur sim pl ifier les choses . K ROLL. - J e l'avais remarqu é . ROSMER. Voilà po urq uoi il me se mble tout il fuit in com pr éh ensi ble que F élicie a il eu celle idée . Et pourqu oi ne m' en a-t-el le j a mais parl é ? Et j am ai s elle ne J'a l'ail. J am a is un mot! ROSMER. -

KnO LL . L'infor t un ée J t ant supplié de t'e n pa rle r.

E lle m' a tanl pri é ,

RO SME R. -

Et po urquo i ne l' as lu pa s l'a il ? Je n ' ai pas do uté un ins tant qu 'elle e ût l'e sprit tr o ublé, celle fois-là . Une pa reille accusa tio n con tre un homme co mme to i ! Env iron un mois plus ta rd, elle parai ssait plus calm e, mais. en pa rlan t, elle me di t : Préparez-v o us à voir bi e n t ôt le che va l bla nc a Rosm ersb ol m . :t KnOLL. -

1[

R0 5M.E R. Ab, oui, le cheval blan c, elle en parla it sou vent. K nOLL. Et co mme j e tâch ai de l'ar rach er à de si tristes pensées, elle se contenta de répond re : 1: J e n'en a i plus pour lon et em pe, ca r main tena nt il Iuut qu e J ean épo use Rébecca , sans ret ard. »

n Il :; '1 E usuo 1.M

2il

nOC;:~IER,

d'une voix étranqlée. - Que dis-lu l à ! épouse r !. .. KnO Ll.. - Ceci se passai t un j eudi, dans l'a pr èsmid i. - Le sa medi soir elle se j eta de la pa sserelle dan s le torrent du moulin. HO!' MER, El dire qu e t u ne nous avais pas avertis 1... xnou. . - Tu sais toi-mêm e qu'elle ava it pri s I' huliitu de de dire q u'e lle n'en avait pas pour longtemps. 1l0l'YEIt. Je sa is bien . Et cependant, - tu aurais dl, nous ave rtir ! KRO LL. J'y a i pensé. Mais alors il n'était plu s te mps. HOSMEn. Et plus tard donc, pourquoi n'a s lu pas. . - 't Pourqu oi m'av oir cac hé toul cela '! Kn OLL. A q uoi bon te tourment er et rouvrir la bless ure t - J e n'ai vu dan s tous ces propos qu e des Ian tai.. . ies dé réglées . J e l'ai cru j usqu'a hi er . soir. RO~MEn . - Ainsi t u ne le cro is plus? KROL L. Fé licie n'a -t-elle pas vu clair, en pr étendant qu e lu éta is sur le point de renier la foi de ton en fance? nosMElI , "egardalll fixement devant lui, - Oui , et j e n'y comp re nd!'> rien . C'est là une chose a bsolum ent inex plicabl e po ur moi. auou, - In explicable ou non, elle n'en est ~I n i

.

"

1I0S~IEII SIlOLll

pas moin s ce r ta ine . El main ten a nt . Ho- mer, je le demande ce q u'i l r a de vr ai dan ...... un autre accusa tio n, la dern i ère ? ROSMER . - Son accusation , dis -t u? ELa il-ce donc là une accu sation ! KR OLL. 'ru n'a s peut- être pas fai t attention a ux termes dont e lle a'es t -er-vi. Elle m'a dit q u'elle voulait mourir. Pourquoi t Yoyons : RQSMER. P OUl' qu e je pui sse épouser Rebecca. K80LL. Ce n'est pas exac te ment ai ns i qu' ell e s'es t exprim ée . E lle a dit: c Je n'ai plus que peu d elemps à Y(\'I'e , ca r, main ten an t , il Iau t que Jea n épo use Rebecca salls retard . ROSMER.

le fi.ce lOI momm l , p uis il se Leve. -

~Iaill ­

tenan t j e le co m pre nds, Kroll . KR OlL . Eh bien '! Qu'us -tu il répo ndre? R OS~ER , avec calme, se dominant, - Répondre ces choses sans nom ? La se ule r éponse a faire serait de te montrer la. por te . KR OLL. se tenant, - C'est bien . ROS)'IER , S e p laçant devant lui. Eco ute-moi. Il v a un an et plu s, depu is la mort de F élicie, qu e Rébecca \Vest et moi vivon s se uls, à Ho-mersholm . Depu is ce temps, el bien que tu connusses l'accusation de F élicie, j e ne t'ai pas vu un e se ule fois sca ndali s é de nou s voir vivre ense mble , Rébecco el mo i. à

I\U SM EII SHULli

243

KnOL L. Depuis hier so ir . seuleme nt, je sa is que c'est un ren égat et un e femme éma ncipée , qui vivent a insi en co mmun. HOSMER. A b!! T u ne cro is don c pas que des renéga ts et de . . fer nmc-, éma ncip ées pui ssent vivr e en esprit de chaste té? 'fu ne cro is pas qu 'ils pui ssent être do min és par l'in stinct de la mor alité comme pa r une loi de la na lure? KROLL. - J e ne fuis pas gra nd cas d'une mor alité qui n'a pas ses farines dans la foi de l'Église, RO~MER . Ce q ue t u dis là s'a ppliquera it, selon toi, il Hébecca et à mo i! A mes relations ave c Rébecca t KROLL. - Je ne puis pas changer d' opi nion pa r égard po ur vous : je ne vois pas d'a bîm e infranchis-able entre la libr e pensée et. . ; RO~MER , Et '! KROLL. Et l'am our lib re, pui squ e tu ~'eu x que j'appe lle les choses pal' leur nom. ROSMER, lenlellwrl,l. Et tu n' as pa s hont e de me dire ce la 1 Toi , qui me co nna is depuis ma première j eun esse! KROLL . Ju st em ent parce q ue j e te connais, j e sa is avec quelle facilité tu subis l'influence de t on e nto urage. Et qu ant à ta. Héhecca. (Mouvement de Rosmer.v Bien, bien l qu ant à ce lte demoiselle W est, no us ne la connaisso ns gu ère, à vrai

nosu E Il S IIOLM d ir e. En un mot , Rosm er, je n e t' ab and onn e pas . Et tu d evrai s tâ ch er d e te sauver avan t qu' il so it

tro p lard. Me sa uve r ? Comment ce la

ROSMER. -

t

(Mon. Helseth entr'o uvre la porte de gauche.)

Que vou lez -v ou s ? ' J e vien s pri er Mad em o ise lle de de scendre . RO!'MER. Mad emoiselle n'est p as ici. ) IAOAME ll ELS I::TII . - Vraim en t t (Jetant un 1'e{JQ1·r{ aulOur d'elle.) C'est ex tr aord ina ire: ROSil.IER. -

MADAMI': UE LSET II . -

(Elle SOI'I. )

Tu disa is? KnOLL. Ecou te-mo ï. Ce qu i s'es t passé e n cacneue du rant J'exist en ce de Félicie - et ce qu i se pa sse ici depu is, - je ne veux pa s l'examin er de trop pr ès. T u éta is ex t rê me me nt ma lh eureu x en ména ge . Cela peut jusq u' ê un certain p oint te se rROSi'IE H. -

vir d' ex cuse.

aosaen. -

Comm e lu me co n nais p eu uu fond . p a s. Ce q ue j e lie ns à te dire, c'e st que , s i ta vie en com mu n av ec M lle w est d oi t continu er, il est ab solumen t indi spen sa ble que lu tienn es cac hé ton revir ement -la tri ste d és erti on à laq uelle elle t'a entrutn é. (Mouvement de Rosmer .) Laisse-m oi p arl er! Laisse-m oi parler! J e di s qu e, pui squ e le malh eur est a rr ivé, lu es libre d'av oir to utes les idées, to utes les co nKn OLL. -

Ne m'interromps

RO S~f EH S HOL)t

victi.ms ct to utes les croyances qu e Lon te semb le,

s-ur n'importe quel -ujet, -mai..., a u nom du ciel , garde- les po ur toi . Aussi bien, c'e st Ia un e qu eslion tou t il fai t personnell e. Je ne vois pas la moindre nécess ité de cr ier cela par dessu s les toits, HOS:'!IER. Ce q ui pour moi est une n éces-it é, c'est de sorti r d'u ne positi on fausse et lou che. KR OLL. Mais les tradition s de ta famill e t'i mposen t des devoirs, Rosm er. Souviens-toi! - Husm er ..holm a élé de temps imm émorial un centre d'ordre et de disc ipline - un foyer pour toutes les opinio ns adoptées, resp ect ées pa r l' élite de la 50 ciet é. To ute la contrée por te l'empreint e de Rosmersh olm. Cela pr ovoquerait un d ésord re irrémédiab le si l'on a pprenait que tu as ren ié toi-m ême ce que je voud ra i- a ppel er l'idée de famill e des Ho- mer. ROS~ER . 'Ion che r Krull , j e vois la chose autre me nt. Il me se mble qu e j' ai le devoir aJt:::ol u de répandre un peu de lumi ère e t de joie dan s une co ntrée q ue le.. Hosm er ont gard ée pend ant de longues années da n-, les tén èbre .. et l'oppression morale . KR OLL, le reqardan: Ijevèremenl . - Ce sera it une di gne ml-elon pour le dernier rejeton de la ra ce ! Laisse donc cela! Ce n' est pas un travail qui te con vienne. T u es créé po ur mener 1.. tra nquille existence d' un penseu r. 11.

216

nO S!lEn SIlOL l f

n OSMER . D'est poss ible . Mni" moi aus-i , je veux e nfin p re nd re part au co mba t de la vie. RH OLf•. Ce co mbat -là, - sa is tu ce qu' il sera pour toi ? - Une lu ll e il. m or t contre tou s tes amis . ROSMER, tranquillement. Il s ne son t pas tous a uss i fanati que s qu e toi , j e pen se. KROLL. - Tu es un e âme naïv e, Rosmer . Une âme sa ns expér ience. Tu ne te doutes pas d e la viole nce av ec laqu elle l'o rage écla tera su r ta tête. (!W'~

Helsetb enu''ouvre la porte de gauche .)

kludem oiselle fa it d em a nder. .. .. Qu'y a-t-il t Mme llE LSETll. Il y a qu elq u'un en bas q ui désire parler à mon sieur le past eur. ROSMER . C'est pe ut-être le même h omme qu i est venu hier so ir t Mme HEL SETll . - Non , c'est ce jfort ensgaard . ROSlIER . Morten sgaard 1 KBoLL. - Ah, a h ! Nous en so mmes-là! Nous en so m mes déj à là! BOSME R . Que m e veu t-il! P ourqu oi ne l'avezvou s pa s r en voyé ? Mme ll ELSETU . Mad em oiselle il d it que je deva is d em an der s' il pou vait montee. ROSil.1 E R . - Dites-l ui qui l y a que lqu'u n che z moi. K li U LL (à A/Ille Il e/seth ). Vou s n'a vez q u'a le laisser m onter, mad am e ll else th . Mme B ELSETIl , -

ROSMER. -

(Ma.. Helseth scrt.)

nO S:\IEn ,,1I 0"'1 KROLl, l0'elWlll SOI! dW}JPa It, J e cede la place pour le mument. 3.la b Je combat décisif n'est enco re livré . ROSli EH. Aussi vr ai q ue j'e xist e, Krcll, - je n' ai ri en de commun avec .lIortcmgaard. KROLL. Je ne te cro i-. pl us sur a ucun point. Dorénavant je n'a i plus co nfiance en toi , ..nus a ucu n r upport. Maintenant, c'est une guerre au coutea u. :\ OU5 allo ns bien voir, si nous ne r éussi, l'ons pas à le me tt re hor s rle com ba t . nOS XEIL Oh, Krull , - comme tu es tom bé

l'''''

bas ! KROLL. ~I oi ? El c'est un hom me co m me toi qui di t ce la ~ So uviens- to i de Féli cie ... n OSMER. Tu recommences ! KROLL. N on, C ' e s l à la co nsc ience, ~ i tu en a s enco re une, de so nde r l'énigme q ui se cache a u fund du tor rent.

Pierr e ~l ul' ~t e ll ~ gJ ar ti entre à pas lents cl discrets par la porte de gauche. C'est UII peri r homme cbèuf, à la chevelure el à la barbe roussérres, clairsemées ,

avec Wl reç ord haineux, - Allons.' Vo ici le Phare - a llu mé a H.'):;;lOers holm. (BoulolHJant ~a redingote.) J e n'ai plu s de doute s ur la d irec tion qu e j e do is pren dre. MORTE:i";GAARO, douremmt: :-: Le Phare sera lo ujuurs allume quand il :-"i.lgira de mo ntre r le che min à monsieur le rec te ur . KROLL,



n O ~'IHI Sll nUI

KHOI.I.. Oui, il." a IOTl!!IPmp" que vou " trez vos bon nes int en tio ns nJUII egard . N'y a-t-il pas un co mma nde ment qu i défe nd de por ter fa ux t ém oign age co nt re son proc ha in? à

Monsieur le recteur n'a (las besoin de m' enseig ner les co m ma nde ments. MOHTENSGAAR D. -

P a s mêm e le - ixieme f

KnOLL. no"~IE R .

- .1\.1'011 - J

Si c'était nére-eai re. ).1. lMhe mons ieur le pa..teu r-. KnOLL, al1ec une perfide ironie, - Le pasteur r Sa n- aUCUTl do ute, le pasteu r Ho- mur est un homm e co mpé ten t cn cette mati ère . Bien du plni sir, messieurs. 'IORTE1"tSGAARD. -

incomberait

à

(II sert et referme bruyammen t la portf ' derrlëre lur.)

à part, le ,'egard fi·ré 510' la porte. Allon .., le ..urt en u-t jet é. Se rebmnwnt.)VuulezRO~~IEH,

me di re , M. Mor tensganrd, a quoi je dci-, votre visite ! MORTENSGAARD. A vr a i di re . J'clai,., venu voir M lle w est. J 'a i cru de voir la remercier puur la bon ne lett re qu'e lle m'a écrite hier , n OSMER. - JtJ sais q u' elle vous a écr it. Lui avezvou s parlé? l\IOIlTEN:;G"ARD. - Oui, lin i nstnnt. (,lt'ec Wl demisourire .) J 'e nte nd- dire que les opinLIIII"t ont challgé su r quelques l)o inl~ à n o- mer- holm .

,"DUS

no~m:R . - Me5 o pinions o nt changé en bien des a ticresje puis presqu e dire en tout. MO II.T ~~SGAAH IJ . - C'est ce que madit celle dam e. ~ u~s i a -t-elle été d'avi s qu e j 'aille m'entret enir un insta nt avec VOU" il ce s ujet. RO~M ER . - A qu el s uje t. mon sieur Morten sgaard t MORTE~:;G \\RD. ~I c per mettez-vo us de publier IIan.;; le Phare qu e vos idées o nt pri s un e nouvelle di rect inn, et qu e vous vou s as sociez à la ca use du p rog rès el de s idées libérales? 1l 0 "' ~IER . J e vou s y autori se volonti er s. J e vou s prie même de faire celle révélation. 1I0RTE~SGAARO.- Elle pnrultra dem ain. C'e:::t une g rande et im por tan te no uvell e à répan dre q ue le pasteur Ho-ru er . de Roeruer -b olm , cro it devoir com battre pour la lumi ère sur ce point comme sur d'a utres. 1l 0~ M ER. -

J e ne vo u- co mpre nds pa s bien.

lIORTE:\"SGAARD. Je veux dire qu e no tre par li acq uier t un fort appoint moral chaque fnis qu e nou s gagnon" à notre cause un ad he rent série ux, anim é d' un esp r it vr aimen t ch ret ien. ROS;\lIm ,

avec quelque élD,memenl. - Vou s ne ? MUr W est ne vou s a pas tou;

savez donc pa s -

dit? lilOHTEX<.;GAAR D. Quoi , monsi eur Je past eur ? Elle était probable ment trop pres s ée. Elle m'a



2~O

nOSMEn S IIOLM

dit de monter et que j'en tendrais le reste de vot re

bouche . ROSl'lIER. Alors je vai s vou s r a pprend re mo im ême: j e me suis en tière me nt a ffra nc hi, li bér é de tout lien. J e me trouve actuellem ent sa ns a uc une attache av ec l'Eglise et s on en seign em ent. Désormais , ces choses là. ne me re gard ent plu!'. MOHTI::NSGAAIlD, le reç arda nt obasourdi. - Non si la lune tombait du ciel j e ne se ra is pas pl us su rpris! Le past eur en per sonn e a bjure - ! ROSME:Il. - J' en s uis a rr ivé a u po in t o ù vou s VOLlS trou vez depui s lon gtem ps. C'est ce qu e vou s pouvez publier demain dan s le Phare. MORTENSGAAIlO. Cela ous-i ? Mon che r pa 'O:teur ... Excu sez-m oi , mai s voil à un Côté {le la questi on dont il vaut mi eux ne pas parl er. ROSME.R. Ne pa s en parlert l'!IOnTEN5GA AIW . Pa s tout de s uite , du mo ins. nO SMEB. J e Il e co mp re nds pas. MORTEN SGAAIW . Voyez-vou s, mon sieur le p .1 Steur, VOli S n' êtes pa s au co u ra nt de la s itua tion comme moi. Mais, du moment o ù vou s vous êtes as socié il la ca use lib érale, et o ù vo us voul ez, comm e di sait tout il l'h eure ~I " e West, pren dre p art au mouvem ent, vou s ay ez na turell em ent Je d ésir d'être uussi util e qu e possi ble à ladite cau se et audit mouvem ent. HOSMER. Je Je désire (le tou t m on cœ u r.

R OSM EIl SIIOLM

MOUT ENSGAA RD. Bien j a lors j e pui s vou s ap rendre qu 'à l'In-tant mê me (dl vo u.. vou s déc la riez ouvertemen t -éparé de r E:;li~e , vous vous ieriez les bras. HOSMER . Vou s croyez ce la ? MORTE:'iSGAA RD. Oui. Vous pouvez être sü r que ans celle cont rée, il n'y aura plus g rand 'cho -» u ai re pour vou.... Et pu is. nous HYOn..; bien as sez de ibres pen se urs , mon-leur le pas teu r . J'allais dire , ue nou s en avons tr op. Cc dont Ie parti a besoin, e son t des élé me nts religieu x - qu elque cbose qui impose le re-pect il tous C'es t ce q ui nou s ma nqu e errible ment. Voilà pourquoi je s uis d'a vis que no us ne suut llions pas un mol de ce lle qu e..linn, q ui t: regarde pas le pu blic. C'est là mon opinion. nOSMER. - Ah ! c'es t ainsi? - Si donc, j e pro la me hau tement mon apos tasie, vous ne vou- rislier iez pas a entre r en relation" avec moi ! MORT E:'i!;G.URD. J e n'o-erais pas , monsieur Je aste ur. Dans ceg derniers temps je me suis fuit me règle de ne jama is sou tenir r ien ni personne ui puisse nuire aux intérêts de l'Eglise. RO!'Y..ER. Èle~·\'o u" donc rentre dep uis peuda us e c iron de l'Bali - e t 1I1ORTEM;G AARD . Ceci est une aut re a ffaire . ROS!lJo;R. Ah! c'est ai nsi t Allon .... j e vou s cornpr"nd .... 1I.0 R T J:; "~ u AA RD . - Monsleur le pasteur, il faut



1l 0 SJJ~H Sll OL JI

vous souvenir que moi, tout spécia lement, je ne su is pas en tiè re ment libr e de mes ac tions.

Qu'est-ce donc qui vous lie ? MORT ENSGA AR D . Ce qui me lie, c'est que j e suis un homme û éu-i 1 ROSMER. -

ROSMER . -

Ah oui 1...

MQRT ENSGAA RO. -

Un homme flét ri, mo nsieur le

pasteur. Vou s s ur to ut ne de vriez pa- l'o ublie r, ca r c'est vou s loul le premi er q ui m'avez impri mé Ia flétriss ure. ROS:\IER. Si mon point de vu e à ce tte époque a vait été le mêm e q u'a ujourd' h ui, j'a ura is traité votre er re ur avec plus de ménage ments. MORTE NSGAA RD . Je le pense aussi. Jlais il est tro p tard ma int enant. Vou s m'avez flétri pOUT toujours, flétri pour la vie. Sans do ute vou s ne vo us rend ez pa s co mpte de taul e la portée de la chose. Mais av ant peu , monsieur le past eu r, vOUS sentirez peul-être vous-m êm e la cuisso n du fer.

ROSHE R. -

Moi ?

MORTENSG.URD. - Mais o ui. Car vo us ne su pposez pas que le recteur Kr oll et sa cote rie, pa rdonne nt une faule co mme la vô tr e ? El l'on di t qu e d ésormai s le jour na l du distr-i ct va mo rd re à bell es den ts. Il pou r rait bien se faire qu e vous soyez flétri à

votre tour. aosa cn. -

J e me sens invuln éra ble dan s ma vie

IW S)IEH~1I0UI

privée. Ma condu ite n'o ffre a ucune pr ise aux aua qu es. MORTE7'~G A \ R D, sow'l'ant tranqu illement. - C'est là un bien gra nd mol , mon sieur Je pa steur. nosarn. C'est possible, mai s j'ai le droit de prononcer ce mot , si g ra nd qu 'il soit. MOnTENSGAARD. 1I1 ème si vous scr utiez votre conduite au ssi série usement que vous a vez j adis scruté la mi en ne ! 4nQS».EIL Vou s d ites cela d'un ton singulier, Qu'y a-l-il t A q uoi fait es vous allusion? Est-ce à qu elqu e chos e de spéc ial ? MOHT ENSGAARD. Oui, il y a une chose, une seu le, mai s il se ra il gra \'c qu' ell e lombâl da ns les mai ns d'ad versaires malve illants, HOSYER. Auri ez-vou s l'obli gean ce de m 'apprendre de qu oi il s'ag it r MORTENSGAARD, Mon sieur le pasteur ne pourrait-il pa s le deviner lui- mê me ? ROSMER . Pas le moins du mond e, J e ne de .. vin e pa!". MORTE:'i~G. UR D . - Allons il me faut desserrer les dent s, J e poss ède un e lettre fort extraordinaire, datée de Hosm er sholm. 1l0 S:
1 : 0 ~ ~ 1 LH;-.III1I.~1

De )111 ' ,"est ézalement ? MORTB SG.U Rn . - Xon, monsieur le pa ..leu r , HOSllEH , - )I ai ~ .ilor-, de q ui ~ de qu i t MORT EX:"G.\ARD. De feu mad a me Ho-mer. ROS:llER. De ma fem me ~ ,"lIU S a vez r eç u un e lettre de ma femm e! MORTE~ 5 G.\.\ no . Oui, j'en ai r eçu un e . nosuen. - Quand ce la '! ?IlOHTE.\ SG.\Ann. Dan s les derni er s tcm p-, d t' sa vie ; il Y a u n a n ct demi enviro n. C'est de cc ue lett re-l a qu e j e pu r-l e : clic est vr aim ent ex trao rdina ire . ROS:llER, Vou s savez bien qu ' à cet te épo q ue ma femme ét ait atteinte de mal adi e men tal e. :\lORTEXSG.\ARD. J e sa is qu e beaucoup de personnes le croy a ient. mai s. sa lettre ne l'indique nullement, à mon avi s . En d isa nt qu e la lett re e..t ext ra ord inaire, je l' entends a ut re men t. ROS:YER. ll ai~ q u' a-t- ell e bien pu tro uve r ,l vous écr ire , ma pauvre femme ? M ORTE~ S G _\.ARD. J'ai la let tre chez mui. Elle co m mence à peu pr ès ain si : Elle rit , d it-ell e, dan s de s trame s continuelles, il cau se de tout e", les méchantes gens dont la co ntr ée est pl ein e. Ces ge ns là ne son gernicnt qu' il vou s nuire et a YOU "; faire tout le mul possible. HOS:llER . A moi If R OS~E R . -

:'tIQHTE:,, 'r:. \ \ 1lI1. -

Oui. d 'apr ès elle. 'fais vo ici

mai nte na nt ce qu 'il y a de plus curie ux . Dois-je co nti nue r, mon sieur le pasteu r ! BOSMER . Nature lle ment! Dites tout, sa ns r é cilcnces. lUOBTEXSGAARD. F eu ~lme Rosmer m e supplie d'être géné reux . Elle sai t, dit- elle, q ue c'est à monsieur le pasteu r que je dois d'avoi r pe rd u ma place d'i nstitute ur, E t elle m' a djure de ne pas me venger. 110SMER. -Et co mme nt , d 'a pr ès elle , a ur iez-voë s pu vous venge r ? lUOnn;:'i'SG.\ARD. - Il s'agit d ans la lettre de bruits qui pourraient me parvenir et d'après lesq uels il se passerait de vilaines choses à lt osm er sholrn . J e ne devrais pas y croire, ce ne pou r raie nt ê tre q ue des calo mnies répa nd ues à dessein pa r des ge ns che rchan t à vous nuire. nosutu. - La lett re dit cela 1 MORTEXSGH nn. ~f on si c ur l e past eur pourra s'en convaincre lu i-même à J'occasion . nOS:UER. Je n'y comprends r ien ! Que po uvait-elle s'imaginer? A quelles ru meurs fai sait-el le allu- ion ? MOIlTE:"SG .\AHD . D'ab ord mon sieur le pas teur aurai t a bandonné la foi de so n enfa nce. Un fait qu e ~l'''c Rosm er nia it éne rgique ment - ce tte fois-l à. Ensu ite. - h m . nO:-,YER En-uite t

nOSJJEH SHOUI

MDRTENSGAARD . Ensuite elle dit , el ceci est passabl em ent e mbro uillé, - qu'il n' existe pas , à son su, de relat ions cr iminelles à Rosmersh olm el qu e j amais on ne lui a fait de tort. S'il circulait des brui ts de ce ge nre , elle me supplie de ne pas en parl er dan s le P hare, ROSMER . Elle ne nomme personne? MORTEN SGAARD . -

Non.

Qui VOLI S a app orté celle lettre ? MDRTENSGAARO . J 'ai pr omis de nc pas Je dir e. Elle m'a ét é remi se un soir , qu 'il faisait déjà sombre. ROSMI::R . Si vou s vous étiez renseigné tout de suite, vou s auri ez su qu e ma pa uvr e femme n'était pas entiè re me nt responsabl e de ses ac tes. MORTE ~ SGAA RD. - J' ai pris des renseig nements, monsieur le pas teur. ~I ai s il faul bien le dire: ce n' est pas exactement là l'impression que j'en ai gardée. ROSMER. Vraim ent ? - Au fait, pourqu oi me r év élez-vous auj ourd'hui l'existen ce de celte lettre insensée '! MQRTE NSGAARD . Pour vous conseiller d'être extrêmement prudent, mon sieur le past eur. nOSMEn . Dans ma mani ère de vivr e, voulez... vous dire î MORT ENSGAARD . Oui, il faut vous rapp eler qu ' à l'h eure qu 'il est vous n'êtes plu s inattaqu abl e. RO SMER. -

2~7

nO S~IEl\ SIlOLM

nOSME R. - Ainsi, VOliS persistez. il croire que j'ai un secre t il dissimuler ~ l\IQRTENSG.URD . J e ne vois pas pourquoi un homm e qu i s'est aff ranch i de tout, s'abstiendra it de jouir pleine ment de la vie. Soyez se ule me nt pr udent il pa r tir d'auj ourd 'h ui. Car, si l'on a pprenait sur votr e co mpte telle 0 11 out re chose co ntra ire aux préju gés, Vf)US po uvez être sûr qu e la cause de la liberté en souffrirait. - Je VOli S salue , rnonsieurçle past eur . n OS:llER. Bonj our . ?llOn TE~ ~G .\ A RD. Je vai s m aint enant à l'imprimeri e fair e publier la gra nde nouvelle duos le Phare. n OSl IEIl . -

Publi ez t out.

J e pub lie ra i tou t ce qu e le bo n publi c a be-oin ci e sa voir. MORTE'i SG \ARD. -

(Il salue ct son . Peudnnt qu'il desccud t'cscmtcr, n esmer resle prè s de l'ent rée. On en te nd la pen e de la

marson se retermer. ) nOSllER , fi demi-voix, appelant . - Hébecca! Ré... - !l m. (llaul. ) ~I aù am c Hel-eth , - ~l "' West n'est elle pas en bas? mo M II ELSHII. d'en bas. - Non, monsieur le pasteur, elle n'est pas ici.

(La portière du fond sc soulëve : on ap erçoit Rèbecca.} RÉBECCA. -

nOSYER, SC

Itosmer l retournant , - Comm ent , lu

é tais

dans

2~8

n OS .MEn SII OUf

ma ch a mbre à couche r ? Que faisais-lu donc là, ch ère a mie ? Hl~ I3 E CCA, s'apP"Dchant de lui. - J' écoutais. RQSMER, Rébecca! Commen t as-tu p u faire cda? R ÉBECC.\. - Comme tu vois; - c'étai t si mécha nt, ce qu'il il dit au sujet de mon négl igé. ROS;\lER, Ainsi , tu éta is déjà là quand Kr oll ?.. . R..~ B EC CA . Oui. J 'ai voulu voir le fond de sa pen sée. n OSMER. J e t 'aura is tout raconté. n ÉnE ccA . - Non , tu ne m' aurais pas tout dit. Du moin s, pas da ns les mêm es termes. R OSMEH. Tu as tout entend u? R I~ B E C CA . La plu s gran de parti e, j e pense; j'ai d û descendre un inst ant qua nd ?Iorl ensga ard est arrivé. ROSMEH. El puis lu es remonlée ? R ËB ECCA. Ne te Li che pas, che r am i. R O S ~IER. F ais en tou te occa sion ce qu e tu tro uve just e et bon. J e veux que tu a ies pleine libert é d'a ction . - Mais q u'en dis-tu , Rébecca ? Oh! j amais j e n 'avais senti, com me en ce moment, combien tu m' es indi spensabl e. RÉBECCA . Nous étions prépa rés tou s les deux il ce q ui de va it a rriver tô t ou la rd . ROSMER. Non, non, - pa s à cela . R ÉIH::Cl:A . Pas à cela?

:!~!J

ROSYER. - J'ni pu cro ire q ue , tM ou tard , notre belle et p ure a mit ie po ur rai t êt re m éconn ue, qu' o n lui j et ter a it de la boue . Pa s Kr oll, De sa part je ne m 'y se ra is jam ais a ttend u. Mai s les autr es, ces espr its gross iers , ces ge ns aux regards ig nobles. Oh ! tu sais , - j'avai s un e bonn e r ai so n po ur j et er un vo ile j alo ux su r not re all iance. C'était là un se· cre t bien d an ger eu x. ni;BECCA. Ah ! peu im po rte l' opini on ges uu tres ! Xnus so mmes sû rs nou s-m êm es d e n' avoir rien il nou s repr och er.

Ilien il me r epr och er ? Moi ? - Oui, j e l'a i cru, - [ u-qu'ù ce j ou r . Ma is à présent , Rébecca.. . .. BOSMEIL -

REBECCA . ROSMEH. -

Eh bien ? Co mme nt m ' exp liq uer la terribl e ac -

cusutinn d e Fé licie '! n t BEc c.\ , relatant, - .\ 11 ! ne pa r le pas de F élicie ! Ne pense pl us à Fé licie ! Tu ava is s i bien r éu ssi il te sépa re r de ce u e m or te. RO:-:llE B . Depu is qu e j'ai a pp r is cela , elle m e pa rait é pou va n table me nt vivante. REUt:Cl.:.\ . Xun, non, je t 'en prie, ü os mer : J e t' en pr -i e ! RO ~ :\I CR. Oui . te d is-je. Il Iau t tâ ch er d' éclair cir cc mys tère. Comment en est-elle arrivee il cette fa lal e m épri s e ~

260

R OS1/ ER SIl OL l!

RÉBE CCA. T u ne vas pas d au fer mai ntena n t qu 'elle ai t été foll e o u peu s'e n fallait. ROSMER. C'est q ue, vois-t u - je n' en su is plus to ut à fait s ûr. Et pui s - m êm e si elle l'a vai t été ... RÉBE CC.\. Si elle l'av ait été? Eh bien, quoi ! nOSMER. - J e veux dire, où devons -nous cher ch er la vér itabl e cause, qu i a tran sformé sa fai blesse d' esprit on fol ie ? RÉBECCA. - Ah voy o ns ~ A q uoi bon te torturer l'esprit av ec tou tes ces pen sées q ui ne mèn ent à ri en ? ROSMER . - Je ne pui s faire a utrem ent , Réb ecca . J'eura ls beau le voul oi r, j e ne pui s pus me déba r.. r osser de ces d ou tes qui m e r ong en t. RÉDECC.\. Oh ! mai s, ce la peu t d eve nir da nge r eux - de to ur ner to uj o ur s a utour d e ce poi nt noi r.

RDSMER,

arpentant la scène, inq uiet et songeur. _

J e me se r a i tr ahi d ' un e mani ere ou d' une autre. Elle au ra r emarq ue q ue depuis ton a rrivée j'ai com men cé à me se ntir heureu x. RÉBECCA. )J a i~ l che r a m i, m êm e s'il en a vai t Clé ai nsi. n OSMER, Vüis-Iu, - elle au ra r emarqu é q ue nou s lisi ons les mem es livres, q ue no us a imi on s à r est er ense m ble el à no us en tretenir d e to ut es ces id ées nouvelles. Et po urt ant j e n' y comprends ri en l J 'a p porta is ta nt de soin à la m énager, Quand j e

HO SMEH SIIOLM

261

me repo rte il ce lle épo q ue, il me se mble qu e j e m' efforça is, com me s' il y all ait de ma vie, de la teni r en dehor s de tou s nos int ér êt s. N'est-ce pa s,

û ébecca nÊ OECCA. - Oh, bien cer tainement. 1l0SMEIL - Ett u as agi de même . El malgré cela! - Oh ! c'es t épouvanta ble d'y penser J Elle vivait là , - elle - dan s son a mo ur mal adif, se tai sant î

toujour s, -

nous s ur veilla nt, -

ob servant chaqu e

chose el, -

el se mépr enant sur tout. RÉBECCA, se tordœü les mains. - Oh ! je n'aurais ;am ais d û veni r à Rosm er sh olm.

Songe d on c, co mbien elle a dû sou ffr -ir en silence ! qu e de vilain es choses son cer vea u mal ad e a dû co mbiner el forger sur notre co m pte . Ne t'a-t- el le ja ma is rien dit qui aurait pu le mettre su r la voie ? RÉI3 ECCA, avec trouble el elf1'Di. - A moi? Croislu qu e dan s ce cas , je serais restée un jour de pl us à Rosm er sh olm ? nOSMER. - Non , non, cela s' entend. - Oh! qu el com bat elle a dû livr er! El livrer seule, R ébeccn, seule et dé ses pé rée ! Et cc tri omphe à la fin, poi gn an t, accusateu r - a u fond du torrent! HOSM cn. -

(Il se lmsse tomber sur la chaise devant la table à ècrlre, pose les coude s sur la table et se cache la figur e da ns les maiu s.) \l ~BE CCA ,

venant douceme»: se placer derri ère lui. 15.

nOSllER SIiOLll

- Ecout e-moi, H.osmer. S'il était en Lon pouvoir de rappeler F élicie - aup rès de toi - li Ilosmer sholm - voudrais-Lu le faire? RQS:\ŒR. Est -ce qu e j e sa is? J e ne pu is pen ser à rien, qu 'à une seule chose, irrépar a ble. RÉBECCA. Tu all ais pr endre part à la lutte, Rosmer. T u avais déjà co mme ncé . Tu av ais con'lui s toute la liberté. Tu le se ntais s i ga i, si sou lagé. nosxen. - Oui, ta nt cela est vr-ai . Et voilà qu e j e suis écra sé par ce poids terribl e. RÉBECCA. s'appuyant au dossier de sa chaise. Pen se à ces moment s délicieux , à nQS dou ees cau seri es au cr épu scul e, dan s le sa lon où nous a llio ns tous les deux nou s a sseo lr. :\ OU5 formions ensemble des proj ets d'exi st en ce nouvelle: tu voulai s le j eter dans la vie ac tive, dan s la vie in tense d'auj ourd 'hui - comme lu disai s. Aller de Ioyer en foyer porter la pa role de lib erté, gagner les esp rits el les volont és, donner la nobl es-e aux homm es, pa rtou t il la ronde,- élargi-sant ton ce rc le de plus en pl us. La nobl esse! HOS:'lIER . - La noble sse el la j oie. R~~BE CCA . - Oui, el ln joie . R O"iMER. Car c'est la j oie qu i ennoblit les esprit s, Rébecca . RÉHECC\. El la douleur auss i - ne crois- lu pas 1 La g ra nde doul eur '!

1I 0 S~1

263

EII S II OL M

RO~'IEH . - Oui, quand on peul la travers er, la surmonte r, la vainc re.

Il!:ln::cC\. -

C'est là cc qu' il fauL fai re, Rosmer .

nO;';YER, secouant tristement la tste, - Oh ! je n' en sortirai jarnai- , il me r o-tera toujo ur s un cloule, une inter roga tion da ns l' espr it. J ama is j e ne co n-

nattrai l' lus cc sentiment qu i don ne à ln vic un charme inexprim a ble.



plus bas, penchée sur la dossier. - Quel sen liment , Ho-rner ? RÙl ECC\.

nO'~IEH,

levant la tête }Jour la regarder. - Le plus

calme, le plu .. joyeux de to us : la pu re té de co nscience.

ncurccx, se reculant d'un pas. de conscience,

Oui, la pureté

En court silence.) Ro..;m~R . rrgardant devant lui, le coude sur la table, la t ête appuyée SUI' la main . El com me elle il. su tnut combiner ! Quelle suite dans ses idées ! E II ~ commence pa r ép ro uver- un d o ute au sujet de ma. foi rc lig ieu -e. D'où lui est venu cc d ou te, en ce mo ment-là. ? Mais enfin il lui est venu . Puis c'es t devenu une ce rtitu de, E t puis... Ah ! il lui a été si fuclle après cela de cro ire to ul possi ble . (Se redressanl ct sc passant les mains dans les cheveux.) Ah! To utes ces crue lles visio ns, j am ais j e ne pou r rai m'en défairc ! Je Je sens si b ien. Je le sais.

R OSll En SII OLM

A un moment donn é, elles surg iront el me ra ppelleront Ia morte. n éBECCA . - Comm e le cheval bla nc de Il os m e r sh olm. ROSMER. -

Oui, exactement. Dans les ténèbres,

dan s Je silence. R ÉBE CCA. El grâce à ce misér able cauchemar, lu voudr ais r enoncer à la vic active o ù lu commen-

çais déjà à prend re pied.

ROSliEn. - Tu as raison, c'es t dur, Rébecca. )l uis j e n 'a i pas de choix . Comm ent veux-tu qu e j e so r te de là 1 RÉBECCA, derr ière sa chaise. - En te cré ant de nouvell es rel ati on s. ROSlIIER , tressaillant el levant la tête. - De nouvell es relati on s! R ÉB ECCA. -

Oui, de nouvelles r elations, avec le

mond e ex t érieu r. Vivr e, ag ir, trav a iller, cl ne pa s rester là à r um iner les pe n.. ées el à te cre user l' espri t s ur des énigmes insolubles. R OS ll ~~R , se levant. - De nouvelles relation... ! (Il trauerse la sc ène jusquà la porte, s'y arrête un instant el1"eVÙm t à la même place. ) Une q uestion me vient à l' esprit N'y as tu pas songé toi-même? RÉB ECCA, respirant avec peine. - Dis-moi de quoi il s' ag it. RO~M.En.

-

Duel!e tourn ure, croi s-tu que nos r e -

lati on s pre nd ro nt il partir d'au jourd 'hu i'!

n OSl/EH SII OLlI

Je pense que not re amit ié saura r ésister à n'importe quelle épreuve. RÉOECC.\. -

RO:'lIER. Oui, mais re n'e-t pas exacte men t Ia ce que je voulais dire. Je pa rle de ce qu i nous il rapprochés dès le commencemen t, de ce qui nous lie si fort l' un à l'aut re, de no tre croyance co mmune à la pos-ibilité d'une chaste un ion entre homme cl femme vivant ensemb le .

nt:m:cc.\. -

Oui, ou i, eh bi en ?



nossu.n. - C'es t su rtou t à un gen re de vie paisible el heu re ux que con vien ne nt, n' est- ce pas, d es relations de celle espèce, des rapports comme les nôtres !

Eh bien! nO:')lER. - Or, ma vie sera désor mais ple ine de combats, d'inquiétudes el de for tes émotions. Ca r je yeux vivre, Rébecca! Je ne me lai-serai pas terrasser par d'horribles suppositions. J e ne me la isserai pas impose r une lia ne de conduite ni pa r les RÉDECC.\. -

vivants, ni .. . pa r pe rson ne . RÊBECC.\. 1';00 , n'est- ce pas , Rosm er ? Sois en tou t un homme li bre ! ROSMER. Comp re nds -t u mai nt en ant à qu oi j e pense ? DiC) ? Ne vois-tu pas cc qu' il y a il faire pour me débarrasse r de tous ces so uvenirs q ui Ille rongent, de tout mon t riste passé t RÉBECCA. Contin ue!

nosn cnsuot.x nOS:\IER . - Je veux opposer au passé une ré alit é nouvelle el vivante. H~BI!:CCA, comme saisie de vertige, clurrhe le dossier de la chaise pou)' s'y appuyer . - Yivante ? que veux- l u dire ?

nosx rn, se rapp roclumt d'elle. -

Rébecca, si je

le demandais: Yeu x-l u èt re ma seco nde fernm e ? RÉBECCA, J'es te la! instant sans pouvoir porter, puis, avec une ecplosu»» de joie. - Ta femme! A

loi! Moi! nOSMER. -

C'est bien . Essayons de ce moyen.•

Ne fais on s plus qu'un, loi el moi. Il ne faut plu s

de place "ide après la morte Ht:8ECC.\ . 1l0!'MEIL -

âloi, à la pl ace de F élicie! Comme cela, elle disparalu-a pour

toujou rs. Pour le temp s el pour l'éternité. RI~B ECC .\ , d'une voix [aible et craintive. - Le croistu, Rosmer ? HOSl IEH . Il faut que ce sai l ! Ille faul! Je ne puis pas, je ne yeux pas traver ser- la vie a vec un cadavre sur le dos . Je veux m'en d ébarrasser . Aidemo i, Rébecca . El pu is, é tou ffons tous les so uveni rs da ns la liber té, dan s le pluislr, dans la passion . Tu se ras pour moi la se ule épo use qu e j'ai e jam ais eue. n ÉBEccA, avec [ermeté, - Ne me reparl e pas de cela. Ja ma is. j e ne se ra i la femme . HO"'.\It:R . Que db-le là ? Jam ais! Oh! ne pour-

1: 0 S~IERS IIO L M

261

ais-tu donc pas app re nd re à m' aim er ! Est -ce qu 'un er-me nt d'amour ne se cac he pa s déjà a u fond de .otre a mitié t RÉUECCA,

fée. -

se bouclumt les oreilles, comme épouoa n-

Ne par le pas ai nsi , Rosmer! Ne di s pas

cela ! HOS~IE Il. -

~e

Oui, oui, il y a là une possibilité . Oh 1 vois q ue tu le sen; co mme moi . N'est-ce pas

Rébecca ? RÉBECCA ,



reprenant son ca/me el se dominant. -

Ecoute-m oi bie n: j e le dis qu e si lu persistes dans celle idée, j e quille Rosm ersh olm . ROSYE R. Toi, partir! Tu ne le pourrais pas! C'est imp ossible, RÉBECCA . - Il m' est enco re plus impossible d'êtr e la fe mme . J am ais de la vie j e ne le pourrai. ROSMl::R, la regarde, frappe. 'ru dis c j e ne le pou r ra i» el tu le dis d 'u ne fa çon si étra nge, Pou rqu oi ne le pour ra is-tu pa s ? RÉBECC A, lui prenant les mains,- Cher ami , dan s ton intér êt et da ns le mien. ne me dem and e pas pourq uoi. (Lâchant ses mains.) Assez, Bosmer . {Elle se dirige vers la porte de gauche.) ROSM~R, -

A pa rtir de cc moment, il n'y a plus pou r moi qu' une seule question : Pou rqu oi ? l\I;BECCA, se retournaiü et reqardan: 1l 0 S11le1' , En ce cas to ut est fini. Ro<:;~n:n. Entre loi el rn llÎ ?

~6 8

nO SM EIl SII OI,1I

Oui . J a ma is nou s ne sero ns dé tac hés l'U II de l'a utre . J am a is tu ne qu itt eras Ros mersholrn . n ~;BE c c .\ , la ma/n sur le bouton de la porte . Non; c'es t bien possible . Mai s, si t u me qu estionn es enco re, tout n' en sera pas moin s fini. ROl:::MEIL - F ini ~ Com ment ? IlÉ BECC.\. Ou i, car en ce cas, je prend ra i le même che min qu e Félicie. 1l0 SMEIl. Hébecca! HÉDECC.\ , près de la porte , avec un /en! hochement de tete. - Tu le sa is mainten ant. RÉBECCA . ROSM ER. -

(Elle sort.) 1l 0 S~lER , fixalli d'un aÏ1' égaré la-porte qui s'est '·C· [ermce. - Qu'est-ce q ue cela veutdire t

ACTE TROI SIÈME

• ;\lèmc déco r . La fenê tre et Ia porte du veslibule sont ouvertes. Au deho rs, le soleil du malin écla ire )0 paysage.

ûébcccn West, habillèo comme tians le premier "etc, est dehout pr ès (le la Ienèt rc, occupée il soigner ot à arro ser 11'5 üeurs. Elle a jet èson ouvra ge S U I' un fa uteuil. ~l - Itelseth , un plumeau à la main, époussette les meubles. REDr.CC.\, ap rès tut moment de silence. - C'est singuli er que le pasteur ne soit p a~ encore descendu. Mill UHlOETU . Oh ! cela a rrive souve nt. Mais j e pens e qu'il ne peul plus larder maint ena nt.

L' a vez-vous YU a uj ourd 'h ui? A pein e. Quand je lui ai monté su n café, il était en tra in de faire sa toilette dans la chambre à cou che r. n CUEL:C.\. -

Mlfl O IIEL~ETIl. -

RI;m:cc,(. - Je demande cela , parc e qu'il n'allait pas trés hien hier soir.

~iO

n O S )I E R SII OI.'1

Mme nEL5ETU, - Je J 'a i Lien rem arqué, Et puis, n'y aurait-il pas quelque brouille entre lui et son beau-frère ? nÉBEccA . A prop os de q uoi cette brouille? Que croy ez-vous ? Mmo HELSETII. Que sais-je? Peu t-êtr e ce l\fortensgaard les au ra -t-il montés l' un contre l'autre. RÉBECCA. C'est bie n poss ible. Savez-vous quelque chose a u suje t de ce Pierre )Jor te nsgaa rd t ?oLme ll ELSETII. Comm en t mademoiselle peutclle le suppose r? Un ho mme comme lui! RÉ8ECC.\. Vou pensez à ce vilain journal qu'il r édig e " Mille Il ELSEl'U . Oh ! il Y a encore aut re chose. - Madem oisel le a bien entend u dire q u'il il. cu un enfa nt avec une fem me ma riée abandonnée par son mar i ? RÉBECCA. On me l'a di t. Ma is cela a dù sc pas se l' long tem ps ava nt mo n a r rivée , MUle DEL SETU, Oh oui, il éta it toul j eu ne alo rs. Elle au rai ldû être plus raisonnable que lui. Il voulai t même l'épouser , mais cela n'a pas pu se faire et il a payé cher cette h i..tcire. - .\fai3, depuis ce tem ps, .\Ior tensga ar d s'est re levé, ma foi, el ma intenan t il y a beau cou p de gens qui le reche rchent. RtDECCA . La plupa r t des petites gens s'a dressent il lui de prcf ér -ncc, quand ils sont duns l'embar ras.

nosu rn sum. u

2i l

Olt, il se pourra it qu'il y eût d'aut res que les pet ite... gens qui. .• n(:DECc.\, la regardan t li la derob ée. - Vraiment. :\l IIE L!'ETU . - f rottant et netto y ant energiquement le sofa . - Il se pourrait bien , mademoiselle, que cc fût a rrivé à de- ge ns dont on n'aurait j amais pu le croire . ntDEcc.\, rançean: les pals dl' fleurs, - Cela ne peut ètre qu 'une -u pposition, mada me Helseth, ,,"OU3 ne pou vez pa!'; savoir cela au j u-; tc. li. II El"iI:.:TIJ , v rai ment. mademoiselle ~ Eh bien, mademoi-elle se trompe. Car , pui squ'il faut absolu ment to ut dire. j'ai moi-même port é, dans le te mps. une lettre à '1 II r te n ;; ~ a a l d . nÉDECC.\ . se retournant, - Pa- possible l .. . )l.'n UEL5 ETII. Bien sûr que oui. Et cett e leUre avait été écrite il Ilosmersholm même. ,Ü:OEt C\. - Vraiment, mad ame lIelseth? ) l"C :MEL~ l::TU . )Ia foi , oui. El cela sur un bea u pa pier fin , et cache tée d'un beau cachet r ouge. R I~n l:: C C\' Et on vous l'a co nfiée ~ En cc ca s, chèr e madam e Ilclscth, il n' est pas bi en di fficile d' en deviner l'auteur, Mme Il l:: LSI:TlI. Vraiment ? nÉIlEcc.\. - Na turellement ça a dù être quelque fantaisie de malade de celle pau vre 'Iadam e Rosmer, l\lmo UF:L5ETH. -

~ 72

Mme HELSE:TIf . -

no 5 11E I\ S Il 0 LlI C'est ma dem oiselle q ui di t ce la ,

pas moi. RÉBECCA . - Ma is q ue co ntenait-el le d onc, ce lle leUre ? Ab! c'es t vrai , vous ne pouv iez pas Je sa l'a il'. Mme UELSETU. Hm, il se pou r ra it bien tou t de mêm e . .. R ÉB ~ CC:\. Vous a- t-ell e d it de q uo i il s'agis-

sail? Mmc I1gLSEl'll. -

Non , ce n'est pa s to ut à fa it ce la . Mai s, q uand ce ~I orl en s g a ard e ût ac he vé de lir e la lettre, il s'es t mis il me q uesti on ner en lo ng et en large , de sort e q ue j'ai fo r t bien co mpr is de qu oi il s'a g issa it. RÉBECCA. De qu oi s'agissa it-i l d on c ? Chère, bonne mad am e I lelseth, raco ntez-mo i ce la, j e vo us en pri e . ),Ime UE LSETII . NOIl, mademoiselle. Pou r rien au mond e. Rt n ECCA. Voyons, vou s pouvez bien me con fier cela. Nous so mmes de si bo nnes a mies. Mme n F.LSETJI. Que Dieu me garde de vous en parl er, mad em oiselle. J e ne puis d ir e qu'u n mot : il s' ag issa it d 'un e vila in e cho se qu 'on avai t fait a ccro ire à la pa uvre dam e. n l~B E C C_\. - Qui ce lu ? Mme 1IEL5E1'II. - De mécha ntes gens, ma dernoiselle , de mécban les ge ns.

I\O SMEIlSIIOLM

213

n ÉBECCA. - De mo ll E: r. ~ ETU. -

méc ha ntes . .. .. Oui , j e le rép èt e , ce devait êt re de méch antes gens . nÉBECC.\. - Qui soupço nnez vous? M m~ ImLSETIl . - Oh ! je sa is bien à qui je pense. -'lais qu e Dieu me ga rde d'en so uiller mol. Il y a en vill e cer tai ne dam e - hm! nÉBEcc.\. - Je vois il. votre fi gure que vous pensez à mad am e Kroll. Mme llELSETll. - Ah! en voilà une , celle -là ''''Avec m'Ji, elle s'est to ujo urs montrée d'un e hauteur. Et soyez sûre q u'ell e ne vous porte pas dans so n M

cœur . HI~ IlE C C;\. Croyez-vo us qu e madam e Rosm er e ût toute sa rai son quand elle a écrit ce lle Iettre à Mortensgaard t mo M llE LSETIl . C'est ..i curieux, la rai son : o n n' y compre nd pas g ra ndc hose . mad em oisell e. Pour moi , j e ne cro is pas qu e m adame e üt jamais perdu tout SOD bon se ns. R ÉBECCA. - Cepend ant, elle a é lé comm e égaré e en apprenant q u'ell e n'auruit juruais d' enfants. C'e st alors qu 'a éclaté sa folie. MiliO lIELSE Tll , Oui, cela a beaucoup épro uvé la pauvre dam e. RÉBE CCA, preïuuü san ouvr age et s'asseyant sur le fauteuil , près de la fenêtre. - Du re ste - ne pensez-vo us pa s aussi, madame Helseth, qu'au fo nd

n O S )IEH SII OL ~1

c' est ce qui p ouvai t a rriver de plu s h eureux il mon sieur le p asteu r ~ Mme lI1~LS E TlJ. Que voulez-vous dire, mademoise lle ? RÉB ECCA. Qu'il n'y eût pas d'en fants, n'est-ce pa s '! Mme ll ELSETU. - Dame , je ne sa is tr op , mad emoiselle. HEBECCA. - Vous pou vez m'en croire. Le pasteur Hosm er n' est pas fait pour passer sa vie ici à écouler crier des en fants. Mm" lI ELS ETLI. Les peti ts enfants ne crient pas il Rosm er sbolm , mademoiselle. RÉBECCA, la regard ant. - Ils ne crient pas ? Mme HELSE" IL De mémo ire d'h om me, on n'a en tend u les pet its enfa nts crier à Itosmershol m. llÉB ECCA. C'est bien ext rao rd ina ire . n?" ll EI. <;' ET U . - N'es t-ce pas, mademoise lle ? C'est de fami lle. EL pu is il y a enco re un e chose. Plu s lard , ils nc rient jama is . Ils ne rien t j a ma is dura nt toute le ur vie. RÉB ECCA. Yr-aim ent, ce sera it bien sing ulier . "lme llELSETU . - Mademoiselle a-L-elle une seule fois vu ou entend u ri re monsieur Je pasteu r '/ nf:B ECCA. N0n ; en y réfléch issa nt bien, j e cro is qu e vous avez r-aison . ?\1ais il Ille semble que les gens, en gé né ra l, ne r ient pas beauco up, da ns celle co nt ree .

HO ~ )J En SIlOL11

M" IIELSETII . - 1\00 , bien sû r. Cela a co mme ncé à Rosmersholm. il ce qu'o n dit , el p uis cela s'est ré. u ndu à la ron de; o n di rait un e co n tagion .

nÉDECC.\. -

V Oli S êtes une femme de g rand

sens, m ad am e Helseth . M"' O III~ LS E TII. -- Ah , il ne faut pas qu e m ad em oisclle sc moqu e d e moi - (i"·coutallt .) Chut, chut, voic i le pa ste ur qu i d escend. Il n'a im e pa s à voi r le bala i ici.



(1-:1 11' sort par la pnrl!' Ile drcite.I (Jean n osmer, sun cha peau et sa C31l1le il la IlMUl , entre par la port e d u \"c"tl hu !c.}

nosm:n. -

Bonjo ur. R ébecca.

Bonjo ur , che r a mi. (Un instant de .~i lence. E lle l)'icote.) T u vas so r tir ? nf:uEcc.\. nOl))I Ell. -

Oui.

nùutccv . -

Le tem ps est t rès bea u .

n OS)ŒIL -

'l'li

n ' e s pas m ont ée chez mo i ce

ma-ru ? HUlECC\. -

nOS)IER. RÉDECC.\ . -

nosaea . mul ?

Non . Pa s a ujo u rd'h ui. T u ne le feras plus il l' nvenir î J e ne sa is pas e ncore . A-l -on appo r t é que lq ue chose pour

Journal du dist ric t , RQ:' )I EB. Le Journal du distri ct" HËllECC.\. - -II e st là, s ur la table. IÜ:ll ECCA. -

Le

216

n O S~IEn S IlOL!I

HD SMER) déposan t son chapeau, el sa canne . a-t-il quel qu e chose? RÉBECCA . -Oui.

RûSMER. -

"Y

El malgr é cela lu me l'as pas en-

voyé. RltBl~ CCA. -

Il se ra touj ours tem ps de le lire. Voyons ! (Il pr end le journal et lit debout p rès de la table. ) Quoi! .:On ne prend j am ais as sez de pr écauti ons contre de pitoyables déserteurs. • (Il la ,·c!l"'·de.) Ils m'appell en t déserte ur , ROSMER . -

Rébecca.

nÉBEccA. - II n'y a personne de nommé. HOSN ER . Cela revient a u mêm e. - (Il continue à lirc. ; c; traîtres, pe rfides enve rs la bonn e ca use, nat ur es ùc Jud as qui avo uen t impudemm ent leur ap ost asie a ussitô t q uïl s croient le moment prop ice el profit abl e ar rivé . :J Un at te ntat sca nda le ux co ntre la mém oir e des a ncêtres l. dan s l'att en te d'u ne réco mpense honnê te de la part de ce ux qui , p our le mom ent, déti enn en t le pou voir. • (Replaçant le journa l sm' la table.) Et voilà ce qu'il s écr iven t sur mo n co mp te 1 Des ge ns qui me co n na issen t de s i pr ès et dep uis si longtemps. To ut en sac ha nt qu 'il n'y a pas un mot de vrai dans tou t cela. - Cela ne les ernp èche pas de l'écrire. Rf;8 ECCA. Ce n'est pa s tou t. nosMER, reprenant le journal. c une excuse (1

nosMERSIlOI.!1

2i1

dans un jugement peu exercé; une influence perverse , s'é te nda nt peut- être jusqu 'à un ordre de faits dont nous ne voul ons pa s encore fair e l'objet d' une allusion ou d'un e censure publique. :t - (Il reqarde Rébecca.) Qu'est-ce que cela veut dire? RÉBECCA . Cela me concerne, comme lu v o is. ROSll ER, dep osant le journal. Rébecca, c' est là le fail de malh onnêtes gen s. RE BECCA. Oui, je crois qu'ils rendrqient des points à Mortensgaa rd. ROSMER, arpentant la scene. - Il faudrait songer au salut public. Tout ce qu 'il )' a de bon au fond des h omm es sera étouffé si on lai sse subsister cel éta t de ch oses. Mais cela ne doit pa s durer! Ob! quel bonheur ce serail, quel bonheur de pouvoir app orter un pen de lumière don s cel abîme de t én èbres el de méchanceté. RÉBECCA , se l el:Q1ll. Oui, n'est-ce pas, che r ami t Tu as là un g ra nd, un magnifique but d'existence! R0 5MEli. Pense donc , R ébecca , si j'avais le pouv oir de leur faire avouer leurs tort s, de réveiller la h onte elle repentir dans leurs cœurs, de les a mener il se rapprocher de leurs sembla bles av ec confia nce - avec a mour , RÉBECCA. Si tu y em ploies seule ment toute s tes forces, tu verras que tu r éussir as, ROSJil.ER . - Il me semble qu 'on pourrait y arri16

278

ROSMERSHOLM

ver . Que la vie deviendrait belle alors ! Plu s de combats ha ineux, rien qu e des luttes d ' émula tion , tous les regar ds fixés sur un même but, toul es les volontés, tous les esprits tend ant sans cesse plu s loin, touj ours plus h aut, chac un suivant le chemin qui convient à son indivi du alité. Du bonheur pour tou s, cré é par lous. (Il se (l'ouve pal' hasard devant la fenêtre, reg arde et, tressoillant, dit avec une sombre expl'fssion.) Oh! - Ge n'est pas par moi ... .. RÉBECCA. - Ce n'e st pa s... Ce n'est pas par toi ! ROSMER. Ni pour moi non plu s. RÉBECCA. Voyo ns, llosmer, ne le laisse pas all er à ces dout es-là 1 ROSMER . Le bonh eur , ch èr e lt ébecca , c'est avant tout le se ntiment doux, ga i, confiant d'un e con science pu re. flÉDE CCA, d'tU! ah' absorb é, - Oui, ce se n time n tlà .. .. . ROSMER. - Toi, lu ne peu x guè re en ju ger . Mais moi.. ... Rt;BECCA. 'roi moins qu e per sonn e 1 RaSHE R, montrimt la [enètre dl' doigt. - Le torrent du moulin ... RÉBEC CA. Oh! lt osmer ? (M·· Helseth se montre à la porte de droite.)

Mad emoiselle 1 Plu s tard , plu s tard . Pas m ain tena nt

MADAME ULL SETU . -

RÉBECC.\ . -

R O Sli ER SII OL ~1

M \D .\M E IIEL5ETII. -

Un seu l

mol ,

2i9

m ademoisell e.

( R~becc.'l

se 'dirige vers la porte . ~I - Ilelsetb lui communique qu elq ue chose. Elles parlen t un inst ant à veix basse . M- Helserh rait un signe de t ète e t sort . } RO~lI ER,

inquiet . -

Est-ce quel que chose qu i me

regard e? n ~;BEC C \.

- Non, rien que des affaires de ménage.

Tu devrais sor tir mai ntena nt, Hosm er, respirer l'air frais, fai re un e lo ng ue pro me nade. • nosuen, prenant son chapeau. - Oui ; viens,

nous irons ensemble. n'ÉIlEcc..\. - Non, mon am i, je ne puis t'accompa gn er main tenant. Va seul, mais pro mels- moi de

secouer Ioul es ces tri stes pens èes. Promets-le-moi. n O~ME R. Je n'y r éussira i j amais. Je le crai ns bien. Rt:BECCA . - Dire que tu te tou rmentes ainsi pou r de vai nes imagin ati on s. R O ~;V ER , Hélas ! ce ne sont pas de vain es irnag ina tions . Rébecca. J 'a i passé tou te la n uit à retourner ces choses dans ma tête. F élicie a pe ut ètre VlI ju ste, quend même, RÉBE CC\ . En qu oi? nO!'MER . - Quand ellc a cru que j e t'aim ais,

Rébecca. ni:IlEccA. -

E ll e aurai t vu ju sl e!

nosacn , dt:pDsant SDn chapeau sur la table. Une qu estion me travaille sa ns ces se. N'avons-nous

280

n OSll EII SIl OUI

pas été du pes de nous-mêmes en appelan t amit ié Je lien qu i nOU3 unit! RÉBE CCA . T u cro is peut-être qu 'on au rait dû l'ap peler .... . ROSMER. Amour. Oui, Rébecca , j e le cro is. Encore du vivant de Félicie, c'est vers toi q u'allaient taules mes pensées. J e n' éta is h eureux qu'avec toi. Auprès de toi seule j 'épr ouvais ce bonh eur sans désir s} fait de ca lme et de j oie. Si nou s réfléchissons bien , Rébecca , nos ra pport s ont co mmencé comme une douce et fur tive amo urett e d'enfants} sa ns d ésirs et sans rêves. N'ép ro uvais-l u pas les memes se ntiments ? Dis! R~ 8 J::CCA } t âchant de se maitri ser, Oh, je ne sau rais te répondr e. ROSliER. Et c'es t celle vie inti me, l'un avec l'autre, l'u n pou r l'a ut re, qu e no us a vons prise pour de l'ami tié. Non, vois-tu , dès les pr emiers jou rs peut-être, nos relations n' ont été au tre chose qu'un mari age spiritue1. Voilà pourq uoi j e su is coupable. J e n'en avais pas le dr oit à ca use de Félicie. Rf;OE CCA. Tu n'avais pas le dr oit d'être heul'eux ? Le cro is-lu, Bosmerr ROSMER . Elle voyait nos relations a u point de vue de son am our il elie, elle les j ugeait d'apr ès la natur e de cet a mour. Cela va de soi. Elle ne pouvait pa s ju ger au trement.

281

RO SII E IIS IIOL !I

RÉBECCA. -

Mais co mme nt pe ux - lu t' accuser toi

même de la m épr ise de Félicie ? nosssn. - C'est par a mo ur po ur moi, un am ou r sa manièr e , qu 'elle s'es t j et ée dan s le torrent . C'est un fait révél ateur, Rébecca . Ja ma is j e ne

,'l

sortirai de là . Oh ! ne pense plus qu ' a u bel el nobl e but auquel lu as vou é ton ex iste nce ! ROS MER, secouant la tête. - Il est inaccesibl e, pou r moi , vois-t u. J e n'y a tte ind ra i j am ais , a prè s ce que je sais mainten a nt. RÊBECC.\ . - Pou rq uoi n'y atte nd ra is- Lu pas ! ROSYER. Parce quïl ne sau ra it y avoir de triom ph e da ns une œ uvre q ui a sa ra cine da ns le crime . RÉBECCA, nrec éclat. - Ah ! voil à. do nc l' es pr it RÉBECC A . -



de ta race, ses do utes, ses an goisses, ses scrupules ! On se racon te ici qu e les morts revienn ent co mme des che va ux blan cs lancés à fon d de tr a in . C'est l'im age de ce qu e j e reconn a is en to i. RoSlIt::R. - Que ce soit vr ai o u non , j e n' y pu is rien, puisque je ne sau ra is m' y dérob er. Croismoi, Rébecca ; c'es t co m me j e le d is : pour q u'une œuvre triomphe u j am ais, il lu i faut un cha mp ion joyeux. el sa ns reproche. RÉBECCA. La j oie , Hosm er, est-elle don c un e condition de vie pou r toi ~ HOS)lER. La j oie ? Oui, Rébecca. IG.

IIU S )1E II S IIOUI

P our loi qui ne ri s j am ais ?

Ht::llECCA. -

ROSMER . Qu'im por te! J e t'assure que j 'ai une grand e dispos ition à être j oye ux.

RÉBECCA. - Sors maintenan t , cher ami , Va loin, tr ès loin , entend s- tu 1 T iens: voici ton cha pea u

el voici ta canne. ROSM ER, prend l' un

el

l'autre. -

Merci. El lu ne

m'accom pag nes pas '! RÉ BECCA . Non , non, pas maint en an t : cela m'est im possible.

Allons! tu n' en es pas moins toujo urs avec moi. R OS;\IER. -

(JI sort par la perte du vestibule, qu i reste ouverte. Un instant ap rès, n ébecca s'e n app roche et regnrde. Pu is elle se d irige l'ers la porte de dro ite qu 'elle ouvre.)

Rt BECCA, à demi-voix . Ilelseth,

YOU S

~I a i n l e n a n l ,

madame

po uvez le fa ire entrer.

(Elle traverse la scène et s'approche de Jo. ïcnètre.) (Un instan t apr ès, le recteu r Kroll entre par la porte de d roite . Il salue en s ilence d' un a il" compassé et ne d épose pas so n chapeau.) KR OLL. -

RÉBECCA . KR OLL . -

Il est so rti '! Oui. A-t· il l'h abit ude de r ester longt emps

dehors ? RtB ECC.-'. . Oh oui 1 ~r a i s a ujo urd'h ui il est impossible de rien pr évoir. El si vous ne voulez pas le rencontrer . . ...

ROSlIERSIiOLM

283

KROLL. Non, non. C'es t à vou s que je désir e parl er, seul à seule. REBE CCA. En ce cas ne perdons pas de temps.

Prenez place, mon sieur le rect eur. (Elle s'ass ied dan s le fauteuil prês de la Ieuètre. Kroll prend place sur un siège, il côté d'elle .) KnOLL. -

)I adem oisell e \Vest , v ou s ne saur iez

vous faire une idée de la douleur

prorond ~

que me

cause le change ment sur ven u d an s Jean Rosm er. RÉDECCL N'DUS avio ns pr évu qu e cela vou s

ferait cel effet au pr emier momenl. Au pre mie r mom ent, di tes-vou s? Rosmer a va it l'esp oir ce r ta in que , lût U II lard , vo us vo us ra ngeri ez de so n côté. KROLL )loi 1 KHOLL . -

HË8E CCA. -

RÜ ECC.\. - Yous el tous ses a utres amis. KnULL. - Vo us v oy ez bie n! Telle est la fai blesse de son jugem ent quand il sagi t des hom mes el de la vie r éelle . R ÉBECCA . Du rest e, il sen t le besoin ' de s'affra nchi r en lo ul.

JmOLt. RË 1H:CC,\' -

Voilà. ju stement ce qu e je ne crois pas. Que croyez-vous donc ~

KR Ol.L. - Je cro is que c'es t vou s qui ètes au fond de tout cela . RÉBE CCA . - Cell e idée vous vienl de votre femm e, recteur . KROlL . Peu impo r te de qui elle vien t . Ce qu i

28',.

I\O SMEI\SIIOLM

est cer ta in, c'est qu ' en songeant à toute votre cond uit e, depui s votre a r r ivée à Hosmersholm, el en coordo nnan t l ou s mes so uvenirs , il me vient un so upco n, un fort , un très fort so upço n. ntnEccA, le reqardant, - J e crois Ole ra ppeler qu 'i l y eut un tem ps, cher rect eur, Où vou s aviez une im mens e confia nce en moi, j'alla is d ir e une confia nce sa ns bornes. KnoLL, d'un e voix contenue. - Qui ne r éussiriezvous pas à en sor celer, en vous y appli quant ? nt':nECC.\ . - J e me se ra is a ppliqu ée à!. .. KnOLL. - Oui, vous r a yez fait. J e ne su is pl us as sez fo u main tenant po ur s uppos er q u'il y ait eu du sentime nt dan s votre j eu . vo us vo uliez tout si mp lem en t vous fai re accep ter à Ros mer sholrn , vous enraciner ici. C'est à cela qu e j e deva is vou s aid er. J e le vois bien maint enan t. ntoEccA , Yous a yez d onc entiè re me n t o ublié qu e c'est aux pri ères el aux s up plica tions de Félicie qu e j 'ai cédé en ven a nt dem eurer ici . KnOLL. - Oui. elle a ussi 1 vou s l'avi ez ensorce lée. Croyez-vous q u'on ClU pu donn er Je nom d' amiti é a u se nlim en t qu 'ell e épro uva it pour vo us î C'est deven u une idol ât ri e, un culte, co m ment di re, une foll e ad ora tion: c'est là le vrai mot. RtnEcc.\ . Souvenea-vous, je YOll S prie, de l'étal d'esprit de votre sœ ur . Quan t à moi, j e ne pen se' pa s qu 'on pui sse m'a ccuse!' d'exu lta tion .

H O S~IEIl SllOUI

KROLL . Non , cer tes , on ne peul pa s vou s accuser d'exaltation. El c'est cela qu i vous rend si da ngere use po ur les perso nnes su r lesquelles YOU S vou lez établ ir votre empi re . Il vous est facile d'agir a rec délibéra tion, de calculer ju ste , pr écisé me nt parce q ue vou s a vez un cœ ur froid . RÉBECCA. Un cœ ur fr oid ? Vou s en êt es s ûr ! KROLL. J 'en suis tout il fuit sû r maintenant. Auri ez-volis pu, sa ns ce la, poursuivre v ~lre but, d' ann ée en non ce, avec celle impassibl e ferm eté. Oui, o ui, vou s avez réu ssi. Lui , e l tout ici est en votre pouv oir. Mais, pour y a rri ver, vou s n' ay ez pas cra int de le rendre malheureu x. RÊ8t: CCA. Ce n'est pas vrai, ce n' est pas moi, c'es t vo us-m ême qu i le re nd ez ma lh eureux. KRO LL. .lIoi ! RtBEee .\. Oui ; en lui fai sant croi re qu'il es t responsable de la ter rible fin de F élicie. Ii ROLL. - Ah ! ce la lui a do nc fait une si viol ente impr ession ! RÉBECCA. Pouvi ez-v ou s en douter ! Une ûme tendre co m me la sie nne ... KROLL. J e pens ais qu'un homm e éma nc ipé, co m me on dit , sa vait se mettre a u-dess us de tou s les scr upules de ce ge n re. Jl ai s voilà! Oh o ui ! au fon dj 'en étais co nvain cu . Le descend ant des ho m mes qui nou s regard ent ici (Il montre les portrai ts d'un geste) ne po urra. j am ai s
286

RO SlIERSUOLII

qu'il s se sont légu és de gé néra tio n en géné rat ion. nt:B EccA, d' un air pensif. C'est bien "rai : J ean Rosmer t ien t à sa race par de for tes racines. Kn OLL. - Oui ; et si vou s a viez été bonne pour lui , vou s en auriez tenu co mpte; mai s probablement vou s ne pouv ez pas vou s a r rête r à des co nsidératio ns dc cc ge nre . Yorr e point de dépar t e s] ent ièreme nt différent du sien. IlÉBECCA. De quel point de dép art parl ezvou s~ KnOLL. - J e parl e d' or igines et d'extracti on , madem oisell e W est . RÉBECCA. - Eh bicn , o ui. C'est vra i, je su is d'u ne tr ès humbl e ext rac tio n . Cepen da nt.. . KnOLL . Ce n 'est pas â la classe ou ~l la situa tion socia le q ue j e fa is a llusion. J e pense aux origines mor al es. RÉBECCA . Quell es origines? KROLL. A ce qu i a prés idé il vo tre naissance. RÊBECCA. - Vo us dites? KnO LL . J e n'e n parle q ue par ce q ue cela expl iq ue toute votre condu ite. R~nE C C:\. J e ne vou s co mpre nds pas. J e demande un e expli cation cla ire ct nette. Ven ez a u fait. Kn OLL. Je cro yais vraiment q ue VOLIS ét iez au fuit . Il sera it étra nge, sa ns cel a , q ue vo us vous fussiez b issé adopter par Je docte ur' w est .

nOSllEII SIIULM

RÉBECCA,

2b7

se levant. - Ah! je comprends m ain-

tenan t.

KnOLL. - Que vous eussiez pris son nom. Volre m èr e s' a ppe la it Gamvik. RÉBECCA, traversant la scène. nom de mon père, ~1. le r ecteur.

Garnvik était le

KROlL. Les fon ctions d e votre mère devai ent n aturell em ent la meUre cn rappo rts co ntinuels av ec le m éd ecin du d istri ct. , n ÉB~:CCA. - C'est vrai. KROLL. - Aussit ôt après la m ort de votre m ère, il vou s acc ueille ; il V OLIS tr aite durement, el mal gré

cela vous restez a uprès de lui. Vous savez qu'il ne YOUS laissera pas un sou. Pour t oul héri tage, YOUS a vez eu, je crois, un e caisse remplie de livres. El cepe nda n t vou s r estez che z l ui, vou s sup po r tez t out et vou s le so ig nez jusqu'à la fin.

nf:BEccA,p,'Js de tc table, le reqardant avec ironie. - El si j'ai fail tout cela, c'est, signe d'après vous, q u'il y a quelque chose d'immoral et de crimin el dans m a naissance 't Ii ROLL. Toul ce qu e YOUS avez fait pour lui, je l'attribue à un in stinct filial inconscient: j'estim e, au sur plus, que , pour expliquer toute votr e conduite, il faut remonter ju squ'à votre origine. RÉ BECCA, brusquement, Alais il n'y a pas un mot de vrai dans tout ce que vous avancez ! Et je puis le pr ouver: à l'époque de ma naissance, le

288

IlU SJ llllS IIOLM

docteu r W est n'é ta it pa s enco re venu dans le Fin ma rk. KnOLL . Exc usez-mo i, Mademoiselle. Il s'y est étab li un an auparavant. J'ai vér ifié le fait. RÉBECCA. Vous vous trompez, vou s dis-j e! Vous Y OUS trompez! KROLL . Avant-hier vous avez dit ici-m êm e qu e vou s aviez vingt-neuf ans. Que vou s étie z da ns vot re trentième . REBECCA . - Vraime nt t J'ai d it cel a? KnOLL . Oui, vou s l'avez dit . Et, partant de là. . . .. RÉBECCA. - Halle! Vous cal cul ez pour ri en. J e pui s vou s le dire tout de suite : j'ai un a n de plus qu e ce qu e j 'avou e. Kn OLL , avec un sow'i1'e d'in crédulité. Vraiment ?.. . Voil à du nouv eau . Comment ce la se

rail-il ? RÉBE CCA. - Quand j'ai eu vingt -cinq ans , il m'a semblé, n' étant pas mari ée , qu e j e deven ais trop vieill e. Alor s j'ai résolu de me rajeunir d'une année . I\R OLL. Vou s! Une femm e éma ncipée. v o u s no ur rissez des préju gés à l'é gard de l'âge où l' on se ma rie t RÉBECCA. - Oui, c' éta it ab surd e, c'é ta it ridi cule. Mais on ne réussit jamais li. s'é ma ncipe r entiè re rentent . Nou s somme, a ins i rait es.

I\ O S!l~I\ SIlUL:J

C'e-t hien poss ible. :lJaisle ca lc ul pourbien se trouve r juste tout de mêm e: c'es t que le docte ur ' Vr :-;t a fai t un e courte visi te dan s ces parages, l'ann ée qui a précéd é sa nominat ion. I lf~ Bl~ r. CA , avec éclat . - Ce n'e st pas vra i! l\IIll LL. - Cc n'est p as vrai ? nt!lECCA. Non, ca r ma mèr e n' en a j amai s p.n-le. KnOLL. - Vrai menl! ntUF.CCA . Non, jamais 1 et le docteur West non plus. J a ma is un mol. KnOLL. - C 'e ~ t peul-être qu 'il s avaient tous deux une ra ison pou r sau te r par d essu s un e ann ée 'F Exac te ment co mme vou s l'avez fait vous-m êm e, made moise lle W est. P eut-être est-ce là u n trait de fam ille . nÉBEccA, marchan t avec agitatio n et se tordant les mains. - C'est impossi ble, Vous voul ez m'en imposer Cc n'est pas vra i ! C'est faux 1 Cela ne se peut pas ! J a ma is, jamais l KHOLL, se lel.:ant. Yoyon s. ma chè re a mie, pourq uoi le prendre a insi, gra nd Dieu! Vous m'etIrnyez, vraime nt ! Que dois-jo cro ire? Que dois-je KnOLL. -

relit



penscrt nf:IlECCA. -

Hi en . V OLI S n 'avez

ri en

à

cro ire, rien

il pe n-er. KnOLL. -

Expliqu ez-m oi a lors co mment il se 17

wo

n O S M EIl Sll O L ~1

fai t que , DUS preniez celte chose, celte possibilit é tellem ent à cœur. RÉBECCA. reprenant contenanre. C'e4 'l~l:;ez clair , me semble-t-il , mon-teur le recteur . JI'! n'a i pour tant pas envie de pa sser ici pour une enfant ill égitim e. KROLL . Bien . J 'accepte celle explica tion. j usqu 'à nou vel ordr e. Mais voilà donc enco re un po int sur lequ el vous avez conservé cerinins pr éjugu-. R ÉB ECCA. Il paraît que oui. KROLL . Eh hien! il me semble qu'i l en es t de m êm e de la plupart de s idées qui co n..ti t ueat ce qu e vous appelez votre éma ncipa tio n. v otre e-prit s'est appropri é tout un fond de pe nsées, de convicti ons nouvelles. Vou s avez acqui s qu elq ue con naissance des tra vaux accomp lis dans cer tains domaines , el qui paraissent renver-ser let ou tel aut re p rincipe regardé jusqu'à prése nt, pa rm i nnu - , comme immuable et hor s d 'att einte. 'bis toul cela, mademoiselle W est, est resté chez " nus il l' état de notion. Ce n'e st que du savoi r. Cela ne vous a pas passé dans le -ang. R ~B E CCA , pensive. - Peut -être avez-vou s raison dan s ce que YOUS dites. KROLL. Inter rogea-vous seulement et VOliS verrez. E t, s'il en est ainsi de VOUI=ï , il est far-i le de comp rendre ce qui se passe dan s I'nmo de Jean ltosmer . C'est de la folie pure el simple. Puur lui ,

Jlu S~ I1':H s IIU LM

291

ce se ra it a lle r droit à I'ebt me qu e de se don ner ou vertement po ur un renégat ! Le voye z-vous , a vec son e..prit timo ré . repousse, poursu ivi par le milieu au que l il a ap pa rte nu ju squ 'à ce jo ur ? Exposé à être a tt aq ué sa ns pitié par ce qu 'il y a cie mieu x dan s la soc iété ? J am a is de la vie il ne pou rra it résister à cela . R~IlECCA , Il fa ud ra bien q u'il y r ésist e ! Il est trop tard pour recul er . .. KROL L. Pas le moins du monde. On pourra fa ire le silence au tou r de ce qu i est a rrivé, ou d u moins r epr ésen ter tout cela comme un ée.u-emcnt fat al , ma is p a~ c:; a gè r . Ce pend ant, il ya une rè~ le de co nd uite q u' il sera en effet indispensa ble de suivre . lIl~Il E C CA. Laq uelle ? KHO LL. Il f'nudru, mad em oiselle W est, q ue vous l'a meniez il lega liser celle situa tion , RÉBECCA. Sa situation à mon éga rd? KR OLL . Oui, il faut l'y a mene r. RÉ8ECCA. - A i n ~ i donc, vous ne pouvez pa .. vnü-; defaire de l'Idee q ue I1U5 relations aien t bo-ui n d' être l égal is ées, com me vou s dites. KR OLL. J e ne veux pas disc ute r celle q ue-rion . Mais j e cro ts av oir rem a rqu é qu'il n'est jama is a ussi facile de rom pr e avec les soi-d isa nt p réju g és qlle lorsqu e. . . hm . RÉREr.CA. Lor squ'il s'agit de relati on s en tre houuuc cl !C UlI Ul;;, vou lez-vou, dire t

KnOLL. -

Oui, franch eme nt , je le cro is.

tra oersant la scène et allant reqorder pm' la [enèt re. - J 'a llais presqu e dire : Iun l mie ux si c'était le cas, mon sieur le recteur. REBECC.o\. ,

Kn OLL. - Voilà de singulières paroles. Que vo ulez-vous dire î

RÉBECCA. Peu imp orte 1 Ne pa rlons plus de tout cela . Ah, Je voici. KnOLL. - Déjà! En ce ca" j e m'en vais. nÉBE ccA, se tournent vers lui. Nun, restez. Vous a llez entendre du nouveau. KROLL. Pas mainten anl. Il me se mb le que j e ne supportera is pas sa pr ésen ce. RE BE CCA. Je vou s en pri e, rest ez. Ne pa rtez pas! Vous vou s en r ep entiriez plu " ta rd . C' e- a la der niè re fois que je vou s fais un e pr ièr e. KROLL,

la reqardasu,

étO ~Hl é,

et deposant son cha-

peau. - C'est bien, mad emoi sell e w est. J e reste. (Un moment de silence . Jean Rosmer entre par la porte du vestibule,) RO SMER , aperçoit le recte ur et s'arrête sur le seuil. - Comment! Toi ici! RÉB ECCA. Il aurait préféré ne pas te rencontrer, Hosmer. KROLL, repetant involontairem ent. Te rencontrer . HÉBECCA. Oui, recteur. Rosmer et moi , nous

nOS IIE RSIiOLII

293

uu ..' tutu yon- . C'e4 une suite naturelle des rela -

tions qui existent entre nous . KnOLL. - C'est donc cela q ue v ou s vouliez m'appre ndre? n(mECCA. - Cela, cl au tre chose encore. nosasn , se rapprochant , - Quelle est le motif de 1.1 visit e d'auj ourd'hui? KROLL. - J 'ai " ou lu essaye r encore tJne fois de l'arrêter , de te reprendre. HO"m::H, montrant Ie j ournal. - Après ce qu i est rr r il· l~l

'!

Ii.HOLL. -

HOSi'lEH. -

Cc n'est pa s de moi. A s-l u (ai l 411C1qUC

demar ch e pou r

l'pm pêch er 't I\llOLL. C'eut été manquer à la cause que je ser-. D'ailleurs cela ne d épendai t pas de moi.

dechire le j ournal, l'Pl froisse les ffWJ"ceaux el les j eu» dans la cheminee. - Voilà. C' ('~l loin de- yeux : qu e ce so it aus si loin du cœur. Car il n'arrivera plus ri en de pa reil, Hosmer. KllOLL. Pui ssiez-vous faire en sorte q ue ce su it vrai . I U~ U I ~ C C A , Asseyo ns- nou s, mes a mis, tou s les t rni s . J e va is tou t vous dire. nO ~)lER, lui olH'issnnl ïnvoionto irement . - Qu'as tu, Hébecca ? D'OII te vient ce calme effrayant? Qu'y e-t-il t HlH H .: r..\,

ROS!! ER8 HOI,M

RÉBECCA . C'est l e ca lme de la r ésolution . (S'a ssey ant. ) Vous aUFFi, r ect eur, prenez place .

(1\1'011 s'assied sur le sofa.) ROSMER. -

Le ca lme de l a résolution? Quelle

résclution f RÉBECCA. Mon ch er ami , j e v,ais le rendre ce dont lu as besoin pour vivre : la j oie d'un e con scie nce pure. HOSMER . Que veul ent dire ces paroles ? HÉBECCA . Je te raconterai ce qui s'est pa s- é. Cela su ffira .

n. OS ~IE R . -

Parle!

R t~ BEC CA . - Quand je s uis ve nue du Finmarrk , avec le docteur W est, j'a i eu comme la révélation d'u n monde n ouveau qui s'o uvra it tout g rand devant mo i. L e docteur m'avait ens eign é un pe u de tout. Ces notions épars es é ta ient al ors tout ce qu e j e connaissai s de la vie, (se mait1';sont avec effo1't, d'une voix à peine inte lligible.) Et alors... Im OLL. Et al ors 't ROS:\ŒR. Mais 1 Rébecca , tout cela m'est connu. RÉ BECCA, se maîtrisant. Oui, oui, lu as bien raison : tu ne Je suis qu e Irop . K ROLL , la 1'PfJCll' d a nt fixe lJ~ e nl. - Il vüut rnieux , p eut-être qu e je m'en a ille? RI~ B E:C CA . - Non. I! faut qu e VOliS re stiez, ch er recteur. (S' adJ'e:iSalll à /(osJn pr.) Voici de quoi il

1l0SMEIlS IIOLM

295

l"uS;iL: j e voulais vois-tu, être de la nouvelle époque qu'o n voyait poind re, m'associe r à toutes ces nouvelles id ées. Le recteur Kroll m'a dit un jo ur qu'Ulr ic Brendel avait eu un gra nd empire sur loi. Il me se mbla que cel empire po urra it mainte nant me tom ber en partage. nO:-'~IER . - En venant ici, tu avais donc un but caché ? • H1~nECC A . - Je vou la is mar cher avec loi ver s la liber té . Avan cer sans cesse, d'un pas toujours plus ferme . Sluis un mur sinist re, infranchissab le , s' éle" ait ent re toi el la véritabl e indépendance. aosasn. - De quel mur parles-lu ? R88ECCA. - J e veu x d ire, Eosm er , qu e lu ne po uvnis at teind re à la lib er té qu'en plei ne lumièr e, e n plein solei l. Au lieu de cela, plongé dan s les ténèbres d'une union comme la. tien ne, je le voyais d ép érir e t t'étioler. RO"')IER. J am ais encore tu ne m' as parl é sur ce lon de ma vie conj uga le . Rf:BECCA. Non. J e ne l'a ur ais pas osé, de peur de l'effraye r. KROLL, faisant un signe à R osmer, - Tu ente nds 1 R I~D E C C .\ , continuant . Alai s j 'a i bien vu d'où pouvait venir le sa lut, Je seu l sa lut qu'i l y e ût po ur loi. Et j'ai ag i. RO~:UI::R. 'r u as ad. dis-lu? Comment ? KnO LL. Voudriez-vou;') raire ente ndre que ?.. .

ROSllER S IfOLlI

RÉBECCA. - Oui, Rosmer. (Se levant). lteste a-s is , el vous aussi, recteur, Il faut qu e la. lumi ère :-c fasse: ce n'est pa s to i, lt osmcr, - toi , lu es inn ocent, - c'e st mo i qui a i a tti ré , - qui a i été a menée à attirer P él icie dan s le chemin où elle s'est perdue. ROSMER, se levant d'lm bond. - R(ohccca! KROLL, se levant. - Le che min où elle s'est pur due! RÉBECCA. -

Le chemin qui I'u cond uite a u tor-rent

Ma inten an t vous s avez tout , l'un el l'a ut re. ROSMER, comme égaré. J e ne comprend- pas. - Que dit-elle là'f J e ne co mpre nds pa s un mot ! KROLL.-Oh si ! J e comm ence il comp rend re, moi ! ROSIIER. - Mais qu 'us-tu don c fa it ? Q u' a~. l u pu l ui di re? Il n'y avait rien , a bsolument rien! HÉBl·; CCA. Elle il appri s q~e tu ch er chais à l' affran chi r de lo us les vieux préjugés. ROSMER . - Maisj e n'y so ngeais pas encor e à celte "poque. R~;BECCA. Je sa va is qu e tu y arriver ais bientôt. KROLL, [aisont un signe à Rosmer, - Ah, ah! ROSMER . - Voyons, continue! J e veu x tout savoir,

maint en a n t.

Quelque temps après, - j e l'ai suppliée de me la isser quitt er Rosmersb nlm. ROSMER. Pourquoi voul ais-lu partir - en ce lem ps -là T nÉBEccA. -

ROSMER SIfOLM

2tl1

ItI.UI.U':.\. J e ne " DU la i!' pas pa rt u-. J e ten ais il r e..le r où j ' éta is. )r a i5 j e lui ai d it qu e d an s not re int ér êt à tou s, - il val ait m ieu x qu e j e m' en al lus- e il tem ps. J ~ lui a i lai ssé cu mp re nd re qu'un plu s Ione séjou r - pourrai t, - pourrait ame ne r d es s ui tes inévi tabl es. H O~ :\I ER . Ain si lu as dit cela, lu as fa it ce la '1

nEIIECCA. HO ~MEn.

-

Oui, Rosmer. _ C'est cela que lu appelai s agir?

d'u ne v oix brisée. - Oui , c'est cela. nosu tn. aprês lOt instant de silence, - Tu as tout

IÜ:IIE CCA,

r(ln~e:'!'t"

It ébecca '! Oui. KROLL. Non. m.usccv, le reqcrdant avec eill'o i , - Que r esl er a it-il encore? KnOLL . - ~ "'l"ez·v ou s pa s fini par faire co mp ren dre il Félicie q u' il était nécessaire. non pas dés imole, - nécessaire el pour vou s-m êm e e l po ur Hosm er , qu e vous di s parussi ez - le plus lOt possi, bic '! - Dites ! RÉ UECC.\ , bas, d'tmc t'oix à peine intelligible. Peut- être a i-je pu dire qu elque cho se d 'approch ant. ,Ü:B1':CCA. -

n O S ~II~H , se laisscmt tomber sur le fauteuil placé près de la fenetre , - El c' est il ce tissu de Iruud e s

cl de m en son ges qu'elle , - la pauvre malade , a ajouté fui tout le temps! Une foi pl ein e el e ntièr-e, inebranl abl e 1 (Refla rdant ttrùecca.) El j a ma is elle 'l1,

2~S

11 0

S ~I

EliS " 0 UI

ne s'est adressée il moi. Ja mais un mol! Ah, Rébecca 1je le vois à la ligure, c'est toi qui l'en as détournée ! RÉBECCA Elle s'était mlse en tète que femme stérile, elle n'avait pas le droit de reste r ici. El p uis elle s'est imaginée que c'était un devoir à elle, un devo ir envers toi de céde r la. place. nOSMEH. - El toi, - lu n'as rien fuit pour J'ar r acher Ü de telles idées ? HJ~BECCA . Rien. KnOLL. - Vous l'y avez confi r mée peul-être! ll.êpondez! Vous l'avez fail? RÉBECC A. C'c5L ainsi, je pense, qu'elle aura compris mon langage. ROSUER. Oui, oui. -

En tout, elle se courbait

sous ta volonté . Et elle a cédé la place. ~Se levant tl'un bond.) Ah comment as-lu pu poursuivre cel épouvantable jeu ! RtBECCA. J 'a i pensé, Rosmer , qu'il y avait ici de ux vies mises en balance. Il fallait choi ..ir. KnOLL, d'un lon dur et péremptoire. - Vous o·a viez pas le d roit de (aire ce choix 1 nf:uEccA, avec emportement. - Mais vo us croyez donc q ue ï a g j ~ ,;;d s avec une prémédita tion froide et ruisonnée ! Ah ! j e n 'étais pas a lors telle que

vous me voyez. en ce moment où je vous rucnnte to ut. Et pui:" n'y a-t-il donc pas da ns tout êt re deux sortes de volo nt é... t Je voulais écarter Fél icie,

R OSlI eus 1I 0 L ~(

299

l'écarter d'un e façon ou d' une a utre. Et po urta nt je ne pouvais croi re q ue les chose s en viendr aient là . A cha que pas qu e je ten tai s , que j e hasardais en ava nt, j 'entend a is com me une voix intéri eure q ui me criait : T u n'iras pas plu s loin ! P as un pas de pl us 1 El néanmo ins j e ne pouvais pa s m'arréte r, J e devais co nt inuer encore, quelque s pas seulement. Rien qu ' un pas, un seul. Et .,puis enro re un et encore un . Et tout a été consommé r C'es t ains i qu e ces choses-là se passen t. (Un cour t silenoe.} ROSIIER, à Ilébecca, - El m ain ten ant, a près cet aveu , qu 'advi endra-t-il de toi 1 HÉBECC.\ . Peu imp orte, cela n' a pas grande im portance. liROLL. Pas un mot qu i tra hisse du r epentir. N'en éprouveriez-vous p as 1

Rt:BECCA, fr oidement . Excusez, m onsieur le recteur, cela ne regarde p er sonn e, c'es t une chos e 'lue j e regl erai avec m oi-mêm e. JiROLL, à R osmer, - El c'es t avec celte femme que lu habites sous le même toit , da ns un e étroite in tim ité. (Rega rdant les portraits .v Oh ! si les morts po uvaient voir ce qui se passe ici ! ne-am. - Rentres-tu en ville 1 KROLL, prenant son chupeau, J e voudr ais y être déjà .

n OS\l En 1I 0 LM

300

ROSME R , prenant p{Ja lement son cùopeau. bien ! je t' acco mpag ne.

KROLL. Vr aim ent! J e sa va is bien q ue tai s pas per d u po ur n o us. ROSMER . -

Viens, Kroll , vions

C il

lu

(J 'é-

~

(Ils sorte n t par la porte (hl vesubule sa ns r(' g: ~ l"f ll ' r Rébecca. - Un inst an t aprè s, lt ébecca sc llil'i;:t' aH (: pré caunon "crs la fen êt re et rega rde, cach ée demère

les ûeura .] RÉUECC.\ , S e p arlant à elle-même li voix basse. Aujo ur d' h u i en co re il é vite la passe re lle. J nm ni.. il ne tra versera le torr ent. J nrn a is. (S'élvignant de la

fenêtre.) Allons, c'est bien ! (Elle sonne. - Pe u après, 1\1- Hels ct b entre par la port e de dro ue .) Mme IJE LSET II . R EB ECCA . -

Mme

Que désire madr- moleclle j Ilelseth, au riez \ 'O US lu bon té de

faire d escen d r e ma m alle du g re nie r. Mme UELSETII. Vot re mall e ? R ÉB ECCA. Ou i, vou s sa vez lne n, la m alle bru ne r ecou verte e n le ut e . MIDlI DE LSETII. Bien sû r. Mais, Se ign eur J ésu-, qu e sig nifie cela ; m adem oisell e veu t- el le IHlrtir ? R ÉBECCA . Ou; - j e veux pa r tir . Al me lI elseth . M DI II lI ELSET II. S UI' le ch o. mp? HÉOE CCA . Aussi tô t qu e j'aura i fai t ma m all e, :trime II ~:LS ET U , Je n' ai jama is ente nd u ri en d e p areil ! ~L.lis mad em oisell e revi end ra bicn t ùt, pour sûr .

nO ~MEnS I IOLM

301

J e ne revien d rai j am ai s. J um nis ! 'fais, a u nom de Dieu, que fer a-t - on à Hosm ersh nlm qu an d .\JI' W est n'y sern plus If Le naU\TC pas teu r com mença i t enfin :'t vivre heu re ux .. . RI.nJ:CC .\. Oui, mais voye z- vou s, .lIme Il el set h, r ai eu peur a ujou rd'hui. M iu.t-xru. - Peur! Seign eur J ésus! et de quoi donc '! HEBEi..:C.\. Il m 'a semblé, q ue j'ai ape rç u les chevaux blancs. MO lIHSHU. Le:' che vaux blan cs ! En ple in nl.I:l.L:CA. -

lme IIELSI: TII. -

j our? HEOI-:r.CA. -

Oh. il" "ont deh ors nuit el jo ur , -

Ie- cheva ux Liane:' tic Hnsmer-... hulm (riulIJ(Jemzl de Yoyo n- , .\1"

Lou .

lIeh.. et h , no us pa r lio ns de la

mnlle, M

1l1':J....ET ll. -

Ah, o u i, la rnnll e.

(Elles surteut toutes

lit ll\

par la port e de d roite.)

ACTE Q{TATRIÈlIIE

Même décor. Unc heure avan c ée de la soi rée . SUI' la table, une lampe allumée ct cotûéc d' un uha t-jo ur. Bébeeca W PS1, près de la table, est occupée à emballer plusieur s petites choses dans un sac rie YOy 3 J.rt'. Son manteau, son chapeau et son châl e blan c sont je tés sur le dos-ter du sofa . M- Helsetb ent re par la porte de droite. Mme llELSETU , d'une L'Dix contenue, et arec des all ures discrètes. - Voilà, mad emoi selle. On a sorti tous les bagages. Ils sont dans le corridor del a cuisine. RÉBECCA. C'es t bie n. Le coche r est-il pr évenu? Mme IJELSt:T H. Oui. Il fail demander qu elle heure mademoiselle d ésire la voil ure ? RÉBECCA. Ver s les onze h eure s. Le bateau pa rt à

à min ui t. ?lime llELC;;ETD, (lt'I!C quelque hésita tion. EL Il: pasleur 1 S'il ne rentrait pas il temp s?

RO SMEn SIlO LM

303

R~~nECC A. - Je partirai qu and même. ;:-i j e ne le vois pas , VO llS pouvez lui dire qu e j e lui éc r ira i. Il recevra u ne longue lettre, Dites-lui cela. Mme I1ELSETn. Ah oui 1 c'es t bien d' écr ire mais - ma pauvre demoiselle - il me se mb le que

vous devriez essayer de lui pa rler encore un fois. n'BECCA. - Pe ul-ê tre. Ou p l utô t no n. 1l1"lC m;LSETU . - Non ~ - Dir e qu e je d evai s-assistor il qu elque chose de parei l 1 J e n' aura is j a mai s

nu cela . ntBEccA. seth f

Qu'aviez vous donc pensé . Mme lIel-

Mme UEL~ETD. -

J' av ai s pe nsé q ue le p ast eur Iles-

m er était un h omme plus comme il fa ut que ce la . RI:nECC.\. - Plus comme il faut 1 Mme DELSETII . - Ma foi, oui. Hf:OI~CCA. - Voyon s, ch èr c ~I mo ll e l ~ el h , qu e vou-

lez-vous dir e! )l. 1M UELSETU. Ce que je d is e-t bien vrai el bien juste, mudemoiselle. Ce n'e -t pas ainsi qu' il aurait dû se reli rer de toul cela, pour sûr. nuncccx, la reqardtnu, - Eco utez, :\1R}(t ll el seth, d ites-moi bien fra nche ment. - Pourq uoi croyez· VO U5 que je m'en vais ?

Mon Dieu , m a dem oi sell e , je suppo-e que c'e ...L néce-saire l Ah o ui, ou i, ou i ! ) lai6, en vérit é, je ne tr ouve pas q ue ce soit hie n Mme

UEL"-ETO . -

de la part d u paste ur.

M or te n ~ ~a ard

avait une

10\

Rn S:\IERSHOLM

excuse, lu i: le mari é ta it viv ant , de ...o rle qu'avec la m eill eur e volonté du mon de , i l~ ne pou vaien t pas se m ari er, eux, ta ndi s q ue le pn-teu r - h m. nÉDECG.\ , GI'ec lal peu d'h';sitat/un. - A ve z-v o u s n'a im ent pu s u ppose r pareille chose de moi c l du pa" te u rt l'![AOAME UEI. SETlI. -

Jamai s de la vic. C'est-à-dire

pa s avant au jourd'hui. nÉBI~C C A. -

Ainsi a ujo urd' hui? .. Enfin. a p r('l;l to utes les horreur s qui ont été écri tes S U I' le compte du pasteur dan s Ip,:;; j ourn au x. R'::m:CCA. Ah , a h 1 MAD.\lIE UEL"'i':TII. Oui; ca r. dnp res moi, lorsM\DA MI~ II n ~ ETI[' -

qu 'u n bomm o pe ut pas -e r Ù la rclicion de .' l fl rl c Jl ~ ­ gaa rd, o n peul, rna fui, le croire capable de n'im-

por te quo i. RlmECC.\ . -

-'leUon . . qu e vnus ayez r ni - un ; m ai s

m oi 't q ue dites-vous de moi t MAD .\M E Il EL~I ; T II. ~f on Dieu , mad em oi sell e, co nt re vou s il n'y a pa" c rnn d'c hose il dire, il ce qu'i l m e se m ble. Ce n'est peut- ètre pns si facile iL un e femme se ule d e r é-i . . te r. On est remm c, nprcs tout, mad em oisell e w est .

JU~ 8 E CC .\ . C' est hien vrai ce qu e ," Oll~ dites-lit , mada me Hel -eth . Un est fem me, Qu' écout ez. " DUS ù une '!

n O ~" En SIlO J.~1

IIU:;ETII , Û voix

M.\11 \ )\

je

CI'U IS

basse, - Jé..us, mon Dieu,

vraimen t q ue c'est lu i.

1u":IIFI:l: \ , jcl l~ J (d ' Ull

tressuiliunt, - Allon s ! le so r t en Cil. 1 ton f·ésolll.) r,' u:iL Lie n. Advi enne qu e

puu r ra . [Jr-an RORmf'r entre par la porto du w'R1i hul<' .)

aprrremn t tes l)J'cparaUfs de vuyage, ri l i éberr a . - Que signifie cela ? •

n O,)IEH, s'n llri's ,~/'

Itf.IH: I:n. -

nn- an;n. IÜ;lH :CC.\ . -

O n/.C

J e pu rs. '1'0 11 1 de su ite?

Oui. là JJIU I/ e/selli). C'esl dit :

il

heures.

M,\I)UJE HH~ E'I' II . -

Dien, rnnd em oisel le .

(Ell(' sor t pa r lu port e de dro lte.)

ncsx en, après un court silence. -

Où v as-Lu, Hl:'-

becon '! JÜ:Ilt:CC.\ . -

HO;;m:n. H I-: IU:I :C \ . I\O'i)IUL -

nl":lI1:c\:.\ . HO:-\lEn . HI:II I·:CC.\. -

Vers le no rd . Ver... le nor d ? Qne va s lu faire lÙ?

C'c:'>t de là q ue je viens. lu n' a>; plu- rien q ui t'v appe lle.

~ I ai ;.::

l ei no n pl u- . ri en ne me l'cli en t. (l ll e co mp tes-t u Ia ire ?

J e n'en snis ri en. Toul ce q ue j e dé-

sire, c'e - t que r-e lu finisse. no-x cn , -

Une veu x- t u dire 1 HO... mc r -hul m m 'a bris ée . acsa ea. auenti]. - 'Tu dis 'f nfiJEcl v. -

306

n OSM EI\ SIfO L M

Bris ée, di s-j e. En venan t ici, je me se nta is ta nt de cou ra ge à l'âm e et si ferme de vulo nt é. Ma inten ant j e s uis cou rb ée so us le j o ug d'u ne loi é tra ngè re . A l'a veni r, j e cr uis qu e je n'oser.u plus rien ent rep re nd re. ROSMER . P ourq uoi don c ? Quell e es t celle lni dont tu parl es ? Ht.:8 ECCA. Cher ami, ne nous occu pon s pa s de cela en ce mo men t. Dis-m oi ce qui s'est passé entre RÉBECCA. -

toi et le recteur. Nous a vo ns fa il la pa ix. Ah vr aim ent ? Vo ilà don c co m men t cela devait finir . ROS~IER . Il avait rassem bl é tous nos vieux a mis che z Jui. Ils m'o nt cla irem en t pr ou vé , que la m ission d' enn oblir les espri ts, ne me convie nt pas du to ut. Du reste, la ca u-e en e lle-même est si Jesespé rée, vois-lu! J e ne m'en occuperai plus . RÉBECCA. Ou i, o ui, ce la ve ut pe ut-être mieux. nDSAlER . - Voilà commenl l u parl es ma int ena nt t C'est là lo n o pin ion 't RtBECCA . Oui, c'est mon op inion. J'y suis arriv ée dura nt ce- de ux j ours . ROSJ\lER. 'f u mens, Rébecca. RI-: IlI::CC.\. Je men s ? ROSliER. - Ou i, lu mens. Tu n'as jamais eu foi en moi. J a ma is, t u n'as cr u que j'ét.us l'homme q u'il fallait pou r f a ire triom ph er une telle ca use, ROSMER . -

RÉBECC A. -

301

ROSllERsnOLM

RÉBECCA. -

J 'ai cru qu'à nou s deux, nous y par-

vi endr ion s. RO ...)JER. -

Ce n'est pas vrai. Tu as cru que toi-

ni èm e, lu pourrais acco mplir un e g ra nde œuvre .

Que je pourrais le servir d'in strument, être util e à tes proje ts. C'est Ià, ce qu e lu as cru. HÉUECCA. Ecout e-moi , Ho-m er. ROSMER,

se Laissant tomber sur le sofa. -

eai ~:;c­

m oi don c 1 J e voi s tout, m aintenant. J'ai été , en tre t es main s, s ou ple comme un g ant. Rt BECCA. - Ecoute-moi , Hosm er. Il faut que nou s parli on s d e cela une d ernière fois. (E lle s'assied sur Wl siège 1J1'ès du sofa.) J'avai s l'int en tion cie l' ap-

prend re tout par écrit , une fois renlrée là-bas. j e pré fère le le dire tout de suite. ROSliER. - Tu as enco re un aveu à fair e? Rt.BI.t:C \. -

RO:,~IE IL -

~hi i'i

Oui, et le plus g ra nd . Que veu x-tu dire t

n~BI:CC.\.

- I l s'agit d'un e cho-e qu e tu n'as jamais sou pçonnée el q ui j ett e du j our el de l'ombre sur tout le resle. ROSMER,

secouant la tête. - Je ne comprends ri en

de tout cela. RÉBECCA. C'est bien vrai qu'un j our j'ai tendu m es filets pour me faire acce pte r il Hu-m er sh olrn . J e pen sai s y raire mon che min, d 'une fa çon ou d'une a utre , tu co m p re nds .

:108 no~ :\n:B.

n05MEnS llO LM

-

Et t u as r éu.. . si, dan s toul ce q ue lu

a- vo ul u.

m.neccv. - Je cruis qu' à celle époque il n'y ava it rien qui ne m'e ût r éussi. C'est qu 'al or s j'avais CIJco re ma vo lonté, libre, fièr -e cl hardi e. Pas d' égard" 'lu i m'urr ètu- sent, pas de situation qui me fil reculcr ! ~I a i s c'est alors qu e j'ai senti poindre ce q ui a bri . . é ma vol onté, ce q ui m'a rendu e si l ùch e pou r toute ma vie . HQS:'>U::Il. Qu'a s-tu se nli? Parl e de façon il Ce q ue je pui:-..e le comp re nd re. nÉBEcc.\. - J'ai senti un dé- Ir, un élan sauvage

invincible. Ah, Hosmer ! Un é la n? Ilébecca 1 vers..• Vers Loi . Hosm;n 1 faisant lm mouvement p Dur se lecer , HOSMI':R. -

Il Ell ECC.\ . -

Que dis-lu '!' HEUI::Cr,\ , le retenant. Reste IÙ, mon ami . .l e n'ai pail fi ni. H O ~ )l EH . El lu dis, qu e lu m 'a s a imé .. . de ceue fucnn. I:EUECC \. J e croyni ... alurl' que cela s';.ppchil aime r. Cela me -e mhlai t de l' am our, rnuis ce n'en et ai t pa". J e le r ép ète : c'ét a it un d ésir sa uvage ,

ind om p t abl e.

accablé. - Hébecca , c- t-ce toi , est-r-e bi e n toi, que j e VOi 6 ass i-e il celle pla ce el me fui - n ut ce r écit ! HO";:llEB ,

nosMERS llllL lI.

Rt:BECCA. - Oui. Qu'en dis-tu, Rosme r ? nosxen . - El c' est pou r ce la, c'est sous l' em pir e de ce lte pas- to n qu e tu as agi , comm e tu di-" UEBECC.\ , Elit s'est a ba tt ue su r m oi com me u ne tempête s ur h mer. comme un e dp. ce- tou r m ent es d'hiver qui s évi-se nt là haut, d an s le nord . Elles pass ent, co mp re nd s- t u, e l vou .. e nlè ven t , vous emp ortent 3\'eC elles . On n'y r ésiste po1". H n S~ER . Celle tou rmente a pr écipité Félicie (Li ll "; le torrent d u mr.ulin . • JŒBECCA, C'es t que nou- étions là comme de ux uaurru eées luttant sur un e m èrne épave. RO:,YER - Tu éta is certes la plus forle il Ho-mer-shol m. Plus forte qu e nous de ux en-omble , Ft-He le el moi. ill:nEccA. - J e te conna i-, assez pour savoir qu e je n'aura is pu l'atteindre qu e libre de fait et d'esprit . ROSY ER. - J e ne te co mprends pa s, R ébecca . T u es pou r moi une énigme inso luble, loi el tou te ta co nduite. Me voici libr e maintenant, li br e d e fa it , el d' esprit . Tu as atte int le but que tu t' ét ai.. 11ropos é dé.. Je commencement. Et ma lcr é cela !.., Rt:BECC"\. J e n' ni j nmai , été au-..i éloignée d e mon bu t qu 'en ce moment. nosxea. - El mnlar è cela, d is-je. qua nd hi cr je t'ai su npli ée d'êtr e ma femme, lu "l '" p:tru <::ti...ie d'cürui el t'es écriée que cela ne ~e pourrai t] ..ulI "U::l

310

U OSM EHSUOLM

otRECCA. - J'ai cri é de désespoir, vois-tu, RQSllER . - P ourq uci ! RÉBECCA.- Parce que Rosmersholrn m' a énervée . II a mutil é ma forcé el ma volonté. Il m'a ab îmé e. Le temps est pa ssé où j'aurais pu ose r n'importe q uoi. J 'ai perdu la faculté d'agir, entend s-Lu, Rosmer. Et comm ent ! ... Comment t... RÉBECCA . En vivant avec toi. ROSMEK . Explique-t oi donc! RÉBECCA. Oui, 'qua nd j e me suis tr ouv ée seu le ici avec toi , el qu e lu as été rendu à toi- meme.. . RûSMER . Eh bien ! Rf:UECCA . - Car lu n'étais pas entièr-ement toi aus si longte mps qu'à vécu F élicie. ROSMER. Hélas! c'est bien vrai . RÉBECCA. - Quand j'ai pu enfin vivre av ec toi ici, dan s le ca lme, dan s la solitude, co nfide nte absolue de toules tes pensées, de toutes tes im pr essions, telles que tu les ressen tais, d élicat es et fines, alo rs s'est accomplie la grande tran sform ation. Cela s'es t fait peu à peu, compre nds-t u, presque imperce pti blement, et pourtant j'ai été a bat tue il la fin, a tte inte ju squ'au fond de mon êt re. ROS MER. - Oh J Que me dis-tu là, R(l becClL 1 R ~B ECCA . - Alors tout le r esle, Je d ésir ma uvai s, l'ivresse des sens, tout cela s'e n est all é si loin, si loin de moi. Toutes ces pui ssan ces soulevées so nt RO~~lER. -

IlO SME II S IiOLM

311

r eto mb ée- dans Je néant et j'ai co nnu un e pai x profond e, silencie use comme celle q ui règn e che z nou s, au so le il de m inuit, sur les rochers où l'oiseau de mer fait so n nid. R O~:UER. Explique-toi mi eux enco re . Dis-m oi t OI1L. RlBECCA. Il n' y a pl us gra nd'chose à di re. L'a mo ur me fut révélé. Le gre nd'amo ur fail de sa crifi ce el de re nonce men t, ce lui qu i se co nte nte d'une existence com me celle qu e no us avon s con nu e. ROSiIlER. Ah ! si j 'avais pu avoir le moin d re soupçon de tout cela ! HEUE CCA. Il va ut mieu x que les ch oses se so ien t pass ées ain- i. Hie r, q uand tu m'as de ma ndé d'êt re t a femme , j'ai été n-an-po rt ée de joie. RQS}fER . N'est -ce pas, Rébecca r c'est bien ce que j'ai cru. RlBECCA . - Un instant, o ui. P en dant un in stant, j'a i to ut o ublié. Déj à j e senta is se ran imer ma fière volont é des a nciens j ou rs . Mais sa force est brisée: elle ne peut plu s se so utenir lon g tem ps . ROSHER. - Com ment t'expliq ues-tu celt e t ransformation ? RtUECC.\. C'est l' esp rit des Rosmer , le ti en e n tout cas, qu i a été contagieux pour m a vo lonté. RO ~MER. Co nt agi eux! Rh t:cCA. - Et qui l'a rend ue mal ad e. Ell e a été

Jl2

uos n EII S IIOLM

pliée sous des lois qu i lui étaie nt étrnncères . Cnmp rend -tu , La vie à Les cotés a ennolili mon ètre. nO ~M ER . - Ah, si j'osais le cro ire ! 1l(:II ECCA. Tu le peu x sa ns cra in Le. L'es prit des ll osm er en no blit - (serOllant la têle) mai s, mni-r... RO!';lIF.R. ) Iai s '! Voyon s! ntIlECC_\. ~ l aJ;: , vole-tu. il tue le bonheu r, ROSME R . Tu crois cela, R ébecca R ÉB E CCA . Du moi ns en ce qu i me co nce rne. ROSMER . En es- lu bien sù re ? El si je te de manda is encore un e fois ? Si j e le supp tiuis. .. R~:BECC A. Ob, mon am i, - ne m'en repa rle plus! C'eet im pos-i ble ! C'est q ue. .. il Faut q ue Lu le sac he . Hosmer. j'a i un passé derrière moi. ROSMER. Quelque chose de pl us que cc que lu m' a s app r is? RÉBE CCA. Oui. Quelqu e c hose de plus et qu el.. q ue chose d'autre. ROSMER, avec un ( aiMe $ourire. - C'est singulier, Hébecca t Figu re-toi qu e j'en a i eu le sentimen t par in- tunts. nEBECG.\. Vra iment ! El cepe ndant ce la n'a pas empêché ? .. R O S ~IER . - Je n'y a i j am ais cr u. Je n' a i fait, ro mprends- tu , q ue j oue r avec ce lle id ée. Il ~BE C CA . Si tu l'exiges, j e s uis pr ê le ft to ut te di ri' ·11 r· Jr-.r h ruuu. IlU~.\lI:.H , tanéunu du !Jesle. Non, non ! je ne î

RO SMER SIIOLM

313

yeux rien savoir. Quoi qu'il y ail , je le l oue à l'oubli. Rl'.DECC.\. Pas moi. RO~)lER . H-becca , oh ! IH::Ut:CG.-\. Oui, Hosmer , ce qu 'il y a d'h orribl e, c'est que le bonheur est là, la vie m'offre tou tes ses jo ies, el moi, telle que j e suis maintenant, je me sens arrêtée pa r m on prop re passé. RO~YER. Ton passé est mor t, Rébecca. Il n' a plu" de prise sur loi, aucun rapport avec ce q ue tu es devenue. RÉBECCA. Ah, mon ami, ce ne sont là que des mots, El la pu reté de conscience ? D'où me viendr ait-elle r RDSMER, avec abattement. Ah, oui, la pureté de con..cience . RÉ BECCA. La pureté de conscience, en effet. Enelle e-t la jo ieet le bonh eur. N'est-ce pa s là l'enseiznernent dont t u voul ai s ins pirer Lou s ces êt res nobles et joyeux qui all aient pa rait re 1 ROS;UER , Ah, ne me rapp elle pas ces souvenirs J Ce n'étai t là, vois-tu, qu 'un rêve à demi ébauché, une inspiration mal venu e, à laq uelle je ne cro is plus moi-mê me . Les homm es, Rébecca, ne se laisse nt 1)3S enno blir (HU' une influence ex té rie ur e , RÉBI::CGA, boissant la coix. - Pas même par celle d'un amo ur sile ncieux "! ROSMER, pelllllf. Uh uui, c'est là ce qu'i l 18

3Jj

nosx in s u.u.»

y au rait de plue; g rand, de plus bea u d an s l'existen ce, - S'il en était ain si. . ... (Il s'ogile àl quiet.) Mais que pu is-je faire pour éc la irc ir ce pr ob lè me , et comment le r ésoudre r RÉ8E CCA. Ne me crois-tu pas , Rosm er î ROSMER . Ah, Réb ecca , ro mmr nt te croi ra isje san s r éserv e î T oi q ui as p u "i vr e ici, en dis ... imul an t tout un mond e de myst ères t Et e n vo ici e ncore de nouveaux. Si t u as qu elqu e dessein cach é, si tu d ési res obtenir q uelque chose, dis-le mo i franch em ent. li n'y a rien qu e je ne fera is pour toi, si c'es t en mon pouv oir. RÊBECCA. Ah , ce doute mortel ! - Rosm er ! Rosmer ! ROSli ER . N'est- ce pas, Ilébecca t C'est a ffre ux, mai s j e n'y pu is r ien, Ce doute, j e ne m'en d éfer ai ja mais . J a ma is je ne se ra i s ûr qu e lu m'aim es d'un amo ur pur et sans réser ve. H(~8 E C CA . - N'y a-t- il don c au cun e voix in téri eu re pour t'auester qu'une tran sformati on s'es t acco mpli e en moi, et qu e c'est toi , toi se ul qui m ' as transformée , 8 0 S111o:8 . Non , R ébecca.je ne croie; pl us à mon pouvoir de tr an sf orm er les â me" , J e n'ai plu . . de foi en moi-m ême , so us a uc un rapp ort. Je ne cro is plu e; ni e n loi, ni en moi. R ~~BECCA, le ?'/'f/fU-dan l d 'lm air SUII1Ul'e. Cornmeut feras-lu po ur vivr e Cil ce cas '!

R O S~I En SIl OLlI

Ro".n:R. -

315

J e n'en sa i... n on mo i-m êm e . J e ne

croi-, pa.; pouvoir vine. D'ailleurs, je n e conn ai s rien au mon d e qui va ill e la pei ne d e viv re. lŒUECG.\. -

Ah , la vie! Elle conti ent en elle If'

r e no uv ell em en t. Te non -s- nous y ferm e, Rosm er.

Elle

IW U"

échap pera as sez lût.

nosxeu, se leoant agité. - Alors r end-m oi la fo i e n toi, Hé becca ! La foi e n lo n a mo ur 1 ~e veu x une pn-uv e! VIW preuve 1 1Il~Il E C CA. Une pre u ve ! Commenlle la d o nn ernis-j e ! 110"':'11:11 . Il me ln fan t ! (I l remonte la $chu'. ) J e Ile p lll:'i s uppo r te r celle . . itu uti un, ce vide a ffre ux. ce . . . cc .. .

[nn fI' Illpp fortement à la porte d'e ntrée.) Rt\IECG\.

SP. levant efJ.uj1e. -

Ah , -

tu enten ds î

La porte S·OllH'~. Entre Ulnc Brendel. Il l'urie une chemise ;) manchene , une re.hn gote rume 1'1 tics hOlI(t'-. l'Il bon état pa r dt'!l U ~ son pantalon. LI- reste de son costume comme eu premier acte. Il paralttrcublé.

nO:-i:\IF,R. UHE:'iI)t:L. -

Ah , c'est vouv, " . Brend el. J ea n , mon e n fa n t , j e l e s..du e.

Adieu ! H o ~ mm .

-

al! all ez-vou s

si lard ? J e de sce nd s la cot e, n O"m:H. Co m me nt ce la? U1U: ~ II F.L . J e r ent re chez m<.JÎ , m on pr ér ie ux él ève. J 'a i la nostnl gie du g ra nd néan t. n HE:\ l lI·:L. -

316

n OSMER SIIOLM

ROSYER . Il vo us es t a r rivé quelque ch ose. M. Bren del , di te s- le moi .

BREN DEL. -

T iens! lu as r em arq u é la trnnsfor-

rnaticu ~ Cel a ne m' é ton ne pas . La derni ère fois que j'ai fran chi ton se uil, je t'a i appa ru comme un homme da ns " ai san ce, la main sur so n go usse t. ROS MER . - Vraim ent! J e ne comp rend!'; pas bien. BREi"DEL . Mais, tel que tu me "ois celle nuit, je s uis un roi dép ossédé su r les ru ines de -on palais en ce nd res. ROSMER . Si je pouvais VO U" aider en quelqu e .:h050 .

Tu as co nservé ton cœur d'e nfan t, Jean . Pourrai s-lu me faire un e ava nce? ROSMER. Certain ement, avec le plus grand BR ENDEL . -

pla isir. BRENDEL. -

Disposerais-tu d'un idéal , ou de

deux. Vou s di tes? BRENDEL . Un e paire d' idéaux usés. T u fera is une bonne ac tion. J e su is a bso lumen t il sec, mon che r e nfa nt. La dèc he la plus complete, RÉB~CCA. Vou s avez ren oncé il faire votre confé re nce! DRE:'iDEL. Kan , séduisa nte dame . ~ Iai.; pen sezd on c ! Au moment même où j'allai.. vider ma corne d'ab on dan ce, j' ai fa it la pénible découverte qu'i l n'y av ait plu s ri en ded an s, ROSlIlER . -

H.U::D II:: Il 311 U L~l

317

nf:nr.CCA. - Eh bien , et to us vos ou vr age... ceux tille vous n'av ez pa s éc r its ? IlRE~DF.t. Pend an t vin et-cinq a m; j e s uis r esté l à, co m me uu a vare ass is s ur so n coffre-fort. Et voilà qu'hier, en ou vra nt le coffre-for t, pour en t ire r le tr ésor, j e m'aper çois qu' il est vici e. Le tem ps a to ut ron gé , tout réd uit en pou ssière. N,i, ni, c'es t fini : plus rien de r ien. .. RO~'IEIL E'} ères- vo us bien sû r', au moin s. IJRENUEL . Il n' y a pas il en doute r , mon ch er: le présiden t m' en a co nvainc u? n O" i\lEIL Le pr ésident '! nRE~DE L. Son Excell ence, si tu aime mieux. Va pou r So n Excell ence . ROS\IE R. - Voy on s! de qui parl ez-vou s! IJHE:'iDEL . De Pie rre ~l orten s gaard, cela s'ente nd . ROSMEH . Quoi! llItE'i DEL, mYlitérieusemeut. - Chut, chut, chu t 1 Pierre u ort en- gaard est le maître de l'a venir . J ama is plu s g ra nd qu e lui ne m'a admi s en sa pr ése nce . Pi erre Mo rt ensgaard a en lui les attributs de la route-pui ssan ce. 11 peut tout ce qu'il veut. nOS~lEH . Ne croye z don c pa s cela. Bn E ~() J:;L. Si, mon enfant ! Et cela parce qu e Pierre Mor te nsga ard ne " cu l j amai s plu s qu'il ne peut. Pi erre Mur ten sguu rd est ca pable de vine sans au cun idéal. Et c'e-t là , vui c-tu , c'es t ta qu e g ît 18.

3 18

ROSM ER SII OLM

Loulle secret de la lu tte et de la victoire. C't.~'L la le com ble de la sagesse en re monde. Dix i. ROSllER , d'un e coi» étouffée. - J e comprend -c , En effet, vous par lez d'i ci plus pau vre que YOU:-i n'étiez venu. BR ENDEL, All ,'ight! P rend s d on c modch- su r ton vi eu x. m aître . Efface tou t ce qu 'il S'Cl'iL
310

l 'oreille ga uch e, si ndm ir-ihlcment moul ée. (IlM-

che la Iltain Ile Hcbecca et se tourne ven; RusIJH'r.) Adieu, Jcnu le Virt cu-ieux . no ŒIL - \ UU:-i IhlTlez? Pa r celle nu it noire? lJHL'iIlE L. L n nuit no ire, c'est enco re là ce qu'il y a de mieux . Qne la paix so it a vcc vou s.

(II sort.)

(I'n instan t de -ilence.)

H ~: B ECC \, respimnt peniblement, lo urd r-t étouff'ant ici !

Ah

qu'il fait

tElle _ rpproche de la rcnètre qu' elle cnvre .)

HO'" IEn, s'as~e!J(Jnt sur le [auteuil, mt coin de la clieminée , - J e vuis bie n, lt.il.ecca, quil ny a e n effet, q u'u ne cbo-e à fuirc : il fa ut qu e tu par les. HÉDECCA. OUÎ, il n'y a pas dl' choi x, q ue j e suchu. 1I0S~I[R, J oui sons a u moins de nos dernie rs in stnnts : viens t'a-seoir prè:'. de moi. Idn :CC\ , allant se placer SUI' le sofa Qu' as-tu ù. me d ire H n ~m e l' ? HO... ER. D'abord, je ti ens h le décla rer que lu dois ètrc san s inqui étud e pour to n a ven ir. nt.n .LI \ , ut'er. Ull sourire. - Hum. \l on aveni r. uosarn. - J'ai songé à toutes le:'. éventua lités . el cela depuis longtemps, Quoi qu 'Il arri ve, ton surf e:--l assu ré, HI.R1::t;C \ . - Tu a.. pen-é même il c -la, mon ami! H U :ot~ll; ll. Tu a ura is pu le pré voir.

320

nOS!lEnSIIOL!I

RÉBECCA . Il s'es t éco ulé du temps depuis q ue j'ai e u de ces pr éoccupati on s, ROSJUER. Oui , o ui, lu pensai s n'est-ce pas, q ue cela durerai t to ujours ent re nou st .. n~B E ccA, J e Je croya is. ROSMER. Moi a ussi. Mais si je venais à disparaUr e. .. n É 8I~ C cA. Oh , Rosm er , t u vivras plus lo ngtem ps qu e moi. n OSl\IER. J 'ai , Dieu merci, le pou voi r de disposer de ce tte mi sérable ex istence. RÊBECcA.-Que veu x-lu dire r T u ne pense pns à .. ROSIdE R. Cela t' étonnerait ? Ap r ès la p iteuse. la lam enta ble défaite q ue j 'ai subie! âlui. q ui voulai s vivr e pour le tri om ph e de ma cause! 'l e voici en fuite , avant même qu e la lu lle 'lit co mmencé . R~;BECC A . - Hepr end - le co mba t, Hosm er l Essaie et tu verras . - La victoire t'a tte nd. P ar toi des ce ntaines, des mi lliers d'àmes seront en nob lies. Essai e te di s-je! ROSME R. Allon s do nc, Rébecca 1 J e ne cro is pl us moi-m êm e à m a pr opre cuu se, R~:BECC A. Mai" elle a ("lit ses preu ves , cette C[I USC J Dan s tou s les cas , il es t un ètre q ue tu as ennobli : c'est moi , et je le su i... pour toujours. 1l0t;;'lIER . Ou i, si se ulement j e p ou vai s le croi re . HEBECCA,

se tordan t les mains. -

Ah, Hosmr-r,

_n.Id.



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322 HJ~JJE CCA, -

n O S ) I E n ~II OL M

Si , Ito -ruer ! Si, s i l 1h :i, et tu verrue

bien . R O S~IER. Aurai s-tu le co urage , vou drai s-t u joyeuseme nt , comme d isait Ulri e Br end el , pal' am our pour moi, ce lle nuit enco re, j oyeusement, entends-tu, prendre le che min, qu 'à pri s F éli cie "

RÉBECCA , se levant lentement, d'u ne volx li peine intell igible . - Ho-mer ? .. RO S ~En , Oui, R ébecca, c'es t là la q ues tion qui se posern ét ernell em ent à moi, quan d tu se ras partie. Ell e se présent era à tou tes les heuredu j our. Ah, j e cro is t'y voir : te voici s ur la. passerel le : là , Lien au dessu s du torrent, Tu le pen ch es sur le pa ra pe t : un vert ige te pren d, l u fJi ... un mouv emen t vers le go uffre . Non 1 lu recul es, tu n'oses pa s ce qu'elle il osé. RÉBECCA. Et s i j'avais ce co urage, ceue YOIont é jo ye use t Qu'en dirui s-tu î nO S ~lER . J e devrais le croire, al or s. Je de\T ,IÎ'" croire à ma ca use, à mon po uvoir d'enn oblir l'â me h uma ine, et qu e l' àrne hum ai /le peut être ennoblie.

H t m:ccA, d'ulIe voix contenue, pren unt lentement sun châle, qu'ellejelle sw' ~a Ide. - Ta fui te se ra

ren du e . ROSMER. Tu as le courage et la volont é de faire ce la, It ébecca t IŒ BECCA, Tu l' Il ju geras demain uu plu s tard, quand on m'aura re p èch èe.

n OSM L1I 51101, 11

RO SMEIl,

se prenant le [ront. -

323

Il y a là un e s é-

dut- ante horreur ~ .. . IlEBECCA. C'est que je ne voudrais pas rester là lon gtemps, plus longtemps quï l ne le fau t. Il faudr a veill er à ce q u'on me r etro uve. RO~'lEH, bondissant, .Mais tout cela, c' est de

la folie. Pars, ou reste! J e le cro ira i su r pa role , celle fois a ussi. R~:BECC ,\. Des mol s, Rosm er. Plu s"p c fau x-

fuya nts et de lâcheté, maintenunL! Comment me cro ira is- tu sur parole ap rès ce qui s'est passe a ujou rd'hu i t RO~MI~n . - Mai s j e ne veu x pas ass iste r il la d éfait e, H ébecca 1

Ce ne sera pas une défaite. Si, c'en sera une . T u n'cs pas faite pour prendre Je che min de Félicie. RÉBECCA. T u cro is? RtUt:CCA . RQSMER . -

RO~YER. Non , vr ai ment f T u n'es pas comme F élicie, loi. T u n 'es pas so us l'empire d'un éga rem ent qui le fait voir la vie en fau x. nÉBEccA . No n, muis j e vois aujou r d' h ui la vic comme on la voit à Rosm er sh olm. J e suis coup able, il est [u- te que j'ex pie , HOSMr:.I\ , la reca rdant fi.cement. Tu Cil es do nc li'l t

nCBECCA. -

Oui. ton resolu. -

ROSMER l d'w~

C'ust hien. Mais moi,

1I 0 , MI;I\ SII OLM

Rébecca, je vois ]1\ vie telle qu'elle doit apparaître à nos esp r its aûranr-hi-. Nous ne tessôt-ti-..ons d'au cun tribu nal. C'est donc à nous de juger nousmêmes . RÉBECCA , se mëprenant sur le SPllS de ses paroles. - C'est j uste. C'est juste. E n m'en a lla nt, je eauverai ce qu 'il y a de mieux e n tôL ROS;\1ER. - Oh! Il ne reste plus en mo i rien à sa uver . RÉBECCA. - Si, Rosruer. Seule me nt je ne po urrais être que le mauv ais nén ie du navi re où lu do is t' embarq uer , suspe nd u à se- flan cs et I'em pe cba nt d'avan cer. Il faut q ue je soi- jetée à la mer. Vautil donc mi eu x que j e tralne de pa r le mo nde une existe nce br isée, q ue j e me mor fon de el gémisse sur le bonh eur échappé. su r cet enje u que mo n pa ss é m'a fait pe rd re? Il vaut mieux quiller la partie. Ho- ruer. RO~MER. - Si lu l' en va s, je pars avec toi. HE:BECC.\, le regardant avec Wl imperceptible snurire et baissmlt la voix . - Oui, vien s, H O ,:; II1 ~ r , ct sois témoin . ROSMER. - Je le su ivr-ai, le d is-je. REBECCA. J usqu ' à la. pus-orelle , oui, puisq ue tu n'n""f"~ jamais y mettre le 'lied. nos-n-u. - Til us remarqué l'eh! RÉ BECCA. d'une voix brisée. - Oui. Et c'est là ce 'lui a ùté tout espo ir a 1I10 U a mo ur.

ROS)!

"~1\ ~110LM

32~

I\O~M ER . Hébecca , Voici qu e je pos e ma ma in su r la tête, (li {ait le mouvement) el te pr end s pour femme légitime. n É8EC C,\, lui saisissant les nlflius et posant sa tête ssu: la p oitrine de ROSIne,.. - Merci 1 Hosm er, (S e dégG:Jeont. ) El mai ntenan t je m'e n vai s, joyeuse-

ment.

L'époux et l' épo use ne doivent j arnai...

RI)....llER. :-:,~

qu ille r. R~;BE CC\.



J usq u' à la passere lle seulemen t,

-

llo-mer. n O"lI ER. -

J'y montera i avec toi. Auss i lo in q ue

t u ir a!', j e te suivrai . A prés ent, j'en a i le cou rage . REBI:CC.\ . Es-lu sûr, à n'en pas douter , q ue ce -oit !a le meill eu r ch emin que tu pu isses prendre! ItO..,MEIL C'est le seul, j'en su is sû r. REBECC.\ Et s i tu te t rompais' Si ce n' était là qu' un mi rage. quelqu e che va l bla nc de Rosm er s-

holrn

î

ROS~IEn. -

C'c4 p n s sible. Nous ne pou vons nou s

y sou..traire. no us, le!' ge ns d 'ici. nEBl~CCA

S'II en e - t a insi, reste, Hosm er ! Le mar i doit suivre sa femm e, co m me la femme doi t suivre SOli mari. HEB I~CCA. Ecoute. Hosmer : dis moi d'abord une chose: lequ el de no us de ux s uit l'autre ? nOSll EIL

ROSMER, -

NOli S

chercherions en vain li nous en

rend re co m pte , 19

ROS ll E RSII OLM

326

RÉBE CCA. -

El pourtant, je voudrais bi en le sa-

voir. ROS MER . Nou s nou s suivons l' un l'a utre , Hébecca , l'u n suit l'au tre . RÉBE CCA. C'es t ce qui me semble a ussi. RO SllER . - Car à pré se nt nou s ne faisons q u'un RÉBECCA. Oui. Nous ne faisons plu s q u'u n . Viens! Nous march er on s j oyeux .

(Ils sor te nt en sc tenant la main, tr aversent le vesubul e, on les voit tourner li ga uche. La po rte d'entrée rest e ouverte derrière eux .) ( La scène demeu re un ins tant vide . Mad am e Hel sot h entr'cu vre la por te de droite.) Mme IIELS ETU . Ma dem oisell e , la voit ur e c-t là . (Hegal'dant autour d·elle.) Sor lis. Sorti s ensemble à ce lle heure ~ Ah bien, on peut dire ! - Hm ! \ E lle va regarder dans le vestibule et 1·e'J~re. ) Pas sur le ban c. Oh . non. E lle s'approche de la [enëtrc et ,·egarde.) J ésus ! - Celte chose blanche la-ba-: - Que Dieu me vienn e en a ide , les voilà tous deux sur la pa sser ell e 1 Ayez pit ié des pau vres pécheu rs: 1\ s'é tre ignent. (EUe l' ou, se un çrand cri.) Ah ? tombés lou s les de ux da ns le to r ren t! Au seco urs: Au seco urs 1 (Ses genoux tremblent , elle s'appuie en chancelant au dossier d'rme chai~e et peut ci peine ba/but ier.) Non 1 Il n'y a pas de secours possible ~ I a d a m e le s a pri s 1

TABLE

v

Note de l'édite ur



Le Cww,.tl :;;ulJ, vaf/l', drame.

Noti ce su r

II

L E C.\ :'\.\RD S.\t; VAuE •

t~ t

n Ol mcrl h" lm, dram e

181

sur nOSKEII"1I0UI

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